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INTRODUCTION

Lorsqu’on embrasse d’un coup d’œil la marche et les progrès accomplis, à travers les siècles, par les sciences dont les origines se perdent dans un passé lointain, on reste saisi d’étonnement, en comparant leur période, qu’on pourrait appeler embryonnaire . avec leur état de développement actuel, et à la vue des profondes métamorphoses qui les ont transformées. L'esprit est confondu en présence des fluctuations qui ont marqué les diverses phases de cette évolution et des ruines accumulées par la chute des systèmes qui se sont successivement remplacés : fragiles constructions bâties sur le sable mouvant de la fantaisie et de Lhypothèse, dont le souvenir fait naître aujourd’hui un sentiment de surprise mêlé de regrets ; on ne peut, en effet, s’empêcher de déplorer la somme immense de labeurs et de stériles efforts consacrés à produire ces œuvres éphémères. Sans doute, dès Quinquaud. i

les premiers temps, on a vu, on a constaté des faits, mais faute de savoir observer et tirer parti de ce qu’on voyait, à l’aide de la comparaison et du jugement, ces premiers instruments de toute méthode scientifique, on restait simple témoin, spectateur incapable des déductions légitimes, des conceptions lumineuses qui devaient immortaliser plus tard les grands génies dont s’honore l’humanité. Avant Newton on avait vu la chute des corps et la lumière, mais personne n’en avait fixé les lois.

Ces considérations ne sont pas moins applicables à la médecine qu’à l’histoire des autres sciences. Née dans les temps les plus reculés, du besoin de soulager les souffrances humaines, elle devait marcher à l’aventure jusqu’au moment où le flambeau de la physiologie guidant ses pas incertains devait lui permettre de quitter les sentiers non battus où elle s’égarait, pour entrer dans la voie large et féconde qu’elle ne doit plus quitter.

« Les lois qui régissent les phénomènes de la vie, dit Cl. Bernard, sont toujours les mêmes à l’état normal et à l’état pathologique; aujourd’hui les faits abondent pour le prouver. Il en résulte que l’on ne pourra jamais comprendre le mécanisme d’une maladie si l’on ne connaît préablement le mécanisme des fonctions troublées qui s’y rapportent. Le traitement rationnel d’une maladie doit s’adresser à son mécanisme physiologique ; donc la physiologie est le pivot scientifique sur lequel tournent toutes les sciences médicales. »

L’état morbide consiste dans un trouble des fonctions normales, or les anciens ne connaissaient ni la nutrition, ni la circulation, ni la respiration, comment pouvaientils en connaître les altérations? Il était malheureusement

inévitable que la médecine devançât la physiologie ; les conséquences ont été déplorables. Aussi, pendant une longue suite de siècles l’histoire de la médecine n’est le plus souvent que celle de théories imaginaires, de doctrines sans fondement sérieux, de systèmes bizarres créés et soutenus par des hommes de talent qui les faisaient parfois accepter pour une longue période et en déduisaient même des règles thérapeutiques qui souvent faisaient plus de victimes qu'elles ne soulageaient de malades.

Mais les vains systèmes se sont écroulés, et grâce à l’observation, à l’expérimentation, aux procédés des méthodes exactes, un nouvel édifice fondé sur d’inébranlables assises s’élève et grandit tous les jours.

La doctrine des métastases a eu sa part dans cette évolution. Née sous l’influence de l’humorisme d'Hippocrate et de Galien, elle a régné en despote pendant plus de deux mille ans. Durant cette longue période on admet quatre éléments qui diversement altérés produisent la lésion des humeurs, lesquelles se transportent dans différents points pour constituer la métastase.

Quelle que soit l’erreur de cette interprétation, nous devons reconnaître les services qu’a rendus l’idée première de cette doctrine qui a engendré l’expectation, la révulsion, la dérivation, qui a enseigné qu’il était dangereux de guérir certaines maladies, et a mis en évidence ces localisations insolites, se produisant parfois avec une extrême rapidité et pouvant provoquer la mort; les faits invoqués sont incontestables, l’interprétation seule succombe ou plutôt se transforme.

Nous montrerons, en effet, dans ce travail que le plus

grand nombre des métastases peut s’expliquer par les lois de la physiologie, nous verrons les métastases laiteuses condamnées par la chimie pathologique, certaines métastases vasculaires expliquées par la théorie de l’embolie, quelques autres par les nouvelles notions acquises sur le système nerveux. Pour les métastases comme pour les maladies essentielles, à mesure que se multiplient les observations dues à des procédés plus exacts, on découvre leur véritable pathogénie, et les faits nosologiques auxquels on donnait le nom de métastase, reçoivent une interprétation en rapport avec les données fournies par les méthodes d’investigations de la science moderne.

Les doctrines des métastases, presque nées avec la médecine, ont eu, comme toutes les doctrines médicales, une période de début, un apogée, et un déclin. Nous aurons donc à établir d’une manière précise différent es phases historiques.

Cette étude rétrospective nous permettra d’embrasser les faits et les doctrines dont se compose cette grande question des métastases. Il nous sera facile ensuite de donner une définition , qui servira de hase à notre travail.

Nous verrons que les métastases sont un des problèmes les plus obscurs de la médecine; que les doctrines qu’elles ont suscitées varient surtout d’après la conception que l’on s’est faite de la maladie; la physiologie a eu sa part dans ces diverses théories. Il sera donc indispensable d’étudier la physiologie pathologique | des maladies à métastases, o.fm de rechercher etd’appré-

cier quels sont les rapports entre les localisations dites métastatiques et la maladie elle-même.

En nous appuyant sur la définition et sur la physiologie pathologique, nous pourrons aborder ensuite l’étude de chaque métastase en 'particulier.

Comme corollaire des notions auxquelles nous arrivons, nous établirons des déductions diagnostiques, pronostiques et thérapeutiques.

Enfin, jetant un regard en arrière, et comparant le passé avec le présent, nous montrerons que l’antique médecine humorale avec ses métastases se retrouve dans la médecine moderne avec des théories différentes mais avec le même bagage de faits, dont un certain nombre, il est vrai, n’ont pu résister à l’analyse de la critique actuelle, mais en somme le gros des faits reste, le passé donne la main au présent qui prépare l’avenir dont la médecine nous apparaît, dans le lointain des âges futurs., grande et victorieuse par la conquête des vérités scientifiques et la solution des difficiles problèmes de physiologie pathologique et de thérapeutique.

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