‹ Des métastasesChapitre 2 sur 9 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

lrc Epoque. — Naissance des ?nétâstases.

(Hippocrate. Platon. Celse. Galien.)

C est le sort des sciences à traditions de conserver dans leur vocabulaire des expressions représentant de

vieilles idées, expressions ayant survécu aux systèmes qui les avaient créées ; c’est que ces mots expriment à la fois les faits et leur interprétation doctrinaire ; les faits restent, sont repris et expliqués d’après la physiologie régnante et les termes qu’on leur avait appliqués sont conservés. Tel a été le sort des métastases qui ont une origine essentiellement humorale.

Les anciens observateurs voyant des maladies se transporter sous leurs yeux d’un point à un autre, cherchèrent, par une tendance naturelle à l’esprit humain, à expliquer ces faits et supposèrent que la cause morbide est constituée par une matière fluide et mobile, susceptible de se déplacer, telle a été l’origine de l’humorisme et de la naissance des métastases.

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Hippocrate. — Hippocrate prend l’observation pour guide et quoi qu’on en ait dit, il n’appartient ni à l’école empirique, ni à l’école dogmatique ; il étudie et les affections des organes et la cause de la maladie, sans idées préconçues au moins dans sa pratique ; il admet les quatre humeurs d’Empédocle, avec quatre qualités particulières : le chaud, le froid, le sec et l’humide.

Le sang est chaud et humide, doux au goût, de couleur rouge, il nourrit les parties et il est la source de la chaleur animale ; la 'pituite est froide et humide, blanche, gluante et un peu salée; elle sert aux membranes et aux nerfs, donne la souplesse et facilite les mouvements des autres parties ; la bile , jaune , sèche, gluante, amère tient ouverts les conduits par où les excréments s’évacuent et aide à la coction des aliments ; C atrdbile ou mélancolie est froide et sèche, très gluante et facile à

fermenter. Voilà sa physiologie, voyons sa pathologie :

Qu’est-ce donc pour lui que la maladie ? C’est une altération de l’état naturel des humeurs, elle consiste dans les opérations actives de la force vitale qui a pour hut de rétablir l’équilibre au moyen de la coction et de l’évacuation des humeurs altérées. La coction est l’acte préparatoire pour faciliter l’évacuation, et l’acte évacuateur se nomme crise ; de plus, pour lui les humeurs se séparent parfois les unes des autres, elles se meuvent et se déplacent et lorsqu’elles le font avec une certaine impétuosité on a la métastase. De là est né le fameux trio : la coction, la crise et la métastase; idée féconde qui conduisit à l’étude empirique des sueurs, des urines, des crachats et des liquides, dont l’examen avait une grande importance dans le pronostic des anciens et n’en a pas moins dans la médecine contemporaine. La pratique d’Hippocrate était basée sur l’observation et valait cent fois sa théorie subtile.

Les maladies, dit-il, sont produites par la bile et le phlegme : lorsque dans le corps l’une de ces humeurs éprouve un excès d’humide, de sec, de chaud ou de froid, sous l’influence des aliments, des boissons, des fatigues, des blessures, de l’odorat, de l’ouïe, de la vue.

La métastase se manifeste quand les deux humeurs, phlegme et hile, étant mises en mouvement, se condensent l’une avec l’autre pour se jeter aveuglément sur telle ou telle partie. Alors surviennent des pleurésies, des péripneumonies, des arthrites.

11 y a crise dans les maladies, lorsque se produit une exacerbation ou un affaiblissement, ou bien une mé-

taptose ou une autre affection, ou quand la maladie arrive à son terme.

Les dépôts sont des sortes de métastase qui se font parfois dans la partie la plus fatiguée. Pour lui il y a dans les maladies aiguës trois périodes avec un état particulier des forces de la nature dans chacune.

Après une étude attentive d’Hippocrate, nous restons convaincu qu’il n’émettait une théorie que parce qu’il l’avait reçue par tradition, mais qu’elle ne dirigeait point sa thérapeutique. Il ne parle de la métastase qu’en passant et sans y attacher d’importance.

Platon. — L’école dogmatique, avec Platon, se borne à continuer d’enseigner la théorie de la métastase hippocratique. C’est l’inflammatiou de la bile qui cause les maladies aiguës et phlegmasiques. Disons toutefois que c'est surtout à cette époque que commence la théorie de la dérivation et de la révulsion.

Celse. — Celse, le Cicéron de la médecine, est assez peu partisan des métastases. Cependant, dans la pratique il les admet et cherche à appeler au dehors la matière nuisible.

Galien. — Sa physiologie. — Galien distingue trois principes dans le corps animé : les parties, les humeurs et les esprits. Les parties se composent des quatre humeurs d’Hippocrate : Les esprits sont de trois sortes : les naturels, les vitaux et les animaux. Dans les premiers il fait rentrer la vapeur du sang ; ils se forment dans le foie, de là ils vont au cœur, se combinent avec l’air

dans le poumon et deviennent esprits vitraux qui se changent en esprits animaux dans l’encéphale; de même que pour Hippocrate c’est la nature qui gouverne tout. La doctrine de Galien peut se résumer en deux mots : pneumatisme et humorisme.

La maladie est l’altération d’une ou de plusieurs facultés, la naturelle réside dans le foie, la vitale dans le cœur et l’animale dans l’intelligence.

La thérapeutique de Galien repose sur sa théorie, il crée la polypharmacie pour guérir les dépravations humorales; la révulsion et la dérivation sont à leur apogée.

Il étudie avec soin les affections sympathiques, surtout les troubles cérébraux en rapport avec les affections de l’estomac. Galien poursuit ses doctrines jusqu’au bout, Hippocrate se hase sur l’expérience et échappe ainsi aux conséquences pratiques de sa théorie. Hippocrate est un clinicien, Galien est un médecin philosophe, promoteur de la doctrine de la métastase et de l’humorisme.

Pour Galien la métastase s’applique à toute espèce de changement de la maladie, déterminé par les efforts de la nature ; les humeurs jouent le principal rôle, les parties et les esprits jouent un rôle aussi. Pour lui la métastase comprend toutes les crises et toutes les transformations d’une maladie dans une autre. La conception est vaste.

Ln résumé Hippocrate réunit les faits de métastase et Galien en formule la doctrine.

A partir de là, jusqu à la fin du xvi° siècle, ce n’est que confusion et obscurité; 1 alchimie et la magie aveuglent tous les esprits. A peine si vers le xvi° siècle on voit

briller quelques intelligences : Fernel, le fondateur du solidisme moderne, Paracelse, qui dirige l’attention vers les principes chimiques, et introduit la doctrine des acretés chimiques, qui a servi à établir une théorie des métastases.

Avec le xvne siècle commence une ère nouvelle. Roderic à Castro (1), le rénovateur des métastases, admet 3 espèces de métastases qui sont la métaptose, la métastase et la diadoche, cette dernière diversement interprétée. Par métaptose, il entend toute mutation d’une maladie en une autre (permutatio unius inalterum abeunte priore); la métastase est produite par un excès des forces (natura valide impellente), tandis que la diadoche est causée par un défaut de force (cum debili impulsu), c’est-à-dire qu’elle annonce un changement nuisible.

2e Epoque. — Le siècle des métastases.

Sydenham. Stahl. Baglivi. Boerhaave. De Sauvages. Hoffmann. Cullen.

Lorry. Reil. Stoll.

Cette époque nous présente deux tendances bien manifestes : d’un côté le progrès, de l’autre l’attachement servile à la tradition. La chimie s’engage dans une voie nouvelle.

Brand trouve le phosphore dans l’urine, Willis démontre l’existence du sucre chez les diabétiques. À côté de la découverte d’Harvey se placent celles d’Aselli, de Pecquet et de Rudbeck ; Robert Hocke commence ses recherches sur la respiration, Leeuwenhoek découvre les

(1) Rodoric a Castro. Quæ ex quibus, Florence 1627, in-12.

globules du sang, les capillaires, les spermatozoïdes, tandis que dans un autre ordre d’idées Newton établissait les lois de la lumière et de la pesanteur ; Pechlin et Mayow formulaient la première théorie de la respiration.

Au milieu de ces nombreuses découvertes, on voit refleurir les vieilles doctrines des métastases avec leur cohorte obligée, l’humorisme galénique (les choses ne changent guère au milieu de notre xixe siècle, on voit encore des médecins de talent rester fidèles à des systèmes surannés).

Sydenham (1) appartient à l’école empirique.

Les avis salutaires du grand Bacon et ceux de Leibnitz ont fait impression sur son esprit. Hippocrate est son guide, si sadescription pure des maladies estbonne, ses théories sont inintelligibles. Il définit la maladie « un effort de l’organisme qui expulse le principe morbide de la masse des humeurs. » Si l’effort a lieu rapidement, il y a maladie aiguë, si l’effort rencontre quelque obstacle ou si le principe ne peut être chassé dans le temps convenable, l’affection revêt le caractère chronique. La constitution médicale influence les maladies aiguës, les fait naître même et produit la diversité des symptômes, ce qui entraîne des méthodes curatives différentes. Comme conséquence de sa théorie de la maladie, la métastase est produite par le transport de la matériel peccans sur un autre point de l’organisme ; aussi, pour la chasser, il faut saigner, donner purgatifs et sudorifiques; il signale des métastases dans la goutte, les fièvres éruptives, etc.

(1) Sydenham. Opéra omnia J 769.

Stahl (1) est de l’école dynamique. A cette époque la philosophie tend à refuser toute sorte de force active à la matière ; Stahl méprise l’érudition, en vrai piétiste.

L’hématose est attribuée à la seule influence de l’âme; tout en enseignant la chimie et l’anatomie, il ne parle que de l’abus de ces sciences auxiliaires. La maladie est un trouble, une irrégularité dans le mouvement de la vie animale gouvernée par l’âme : la grande cause est la 'pléthore sanguine et les hémorrhagies ne sont que des mouvements toniques que la nature excite pour diminuer cette pléthore.

L’écoulement menstruel et les hémorrhoïdes ne sont qu’un effort salutaire que la nature entreprend pour faire cesser la congestion du sang dans le bas-ventre. A un certain âge le flux hémorrhoïdal peut guérir des maladies chroniques qui relèvent non pas de la grande, mais de la petite circulation.

Veina porta , porta malorum: La goutte, la mélancolie, les affections calculeuses, les hémorrhoïdes sont dues à l’obstruction du sang dans la veine porte. Jamais d’âcreté des humeurs, jamais d’altération de la masse du sang dans le système de Stahl.

De sa conception de l’état morbide découle sa doctrine des métastases ; la nature excite des mouvements toniques, des congestions et des excrétions. Le médecin ne doit cependant pas forcer les évacuations. Dans les fièvres la nature a en vue de se délivrer du sang superflu, il faut l’imiter et saigner. Son explication diffère

(1) Stahl. Dissert, de decubitu humorum Halæ 1771. — Lasègue. (Revue des Cours scientifiques 1865.)

de celle de ses devanciers ; mais sa thérapeutique est la même (il en est souvent ainsi de notre temps.)

Baglivi (1) est un adepte de l’école iatro-matbématicienne, de cette école italienne qui introduit les calculs mathématiques dans l’étude de la médecine; cependant, par suite d’une contradiction, sa théorie de la métastase consiste toujours dans le transport de la matière morbifique. 11 cite des métastases goutteuses et cutanées dans son chapitre sur les causes des maladies.

Boerhaave (2) appartient à l’école iatro-mathématique et galénique. L’inflammation consiste dans la stagnation du sang dans les petits vaisseaux et dans son afflux plus considérable pour dissiper l’engorgement.

Boerhaave distingue les maladies des solides et des liquides, ces dernières forment une classe à part, les Humomm morèi ; l’altération humorale est produite par l’acidité, l’alcalinité ou la viscosité.

Pour lui, dans les métastases il se produit un mouvement anormal des humeurs altérées, qui se transportent d’un point dans un autre.

De Sauvages (3) est un partisan à outrance des métastases, sa doctrine est humorale bien qu’il soit de l’école iatro-mathématique, 60 maladies environ sont engendrées par la métastase ; les plus fréquentes sont les affections

(1) Baglivi. Praxis medica 1719.

(2) Boerhaave. Oratio de usu ratiocinii mecanici in medicina. Lugd. Bat., 1703.

(3) De Sauvages. Nosologie méthodique, t. I, II, 111, 1770.

cutanées et les maladies arthritiques qui produisent les métastases.

Le système d’HoFFMANN (1) précurseur d’Haller est mécanico-dynamique ; pour lui il est important de connaître la cause spéciale de chaque maladie., attendu que les causes sont en très petit nombre, une seule et même matière corrompue en occupant des sièges différents peut occasionner des maladies innombrables. Prenons un exemple, dit-il, une certaine portion de sang enfermée dans les vaisseaux engendre ici des douleurs, là des inflammations, dans le cerveau c’est du délire, dans les yeux c’est, l'ophthalmie, au larynx et à la gorge c’est l’angine, dans les poumons c’est la péri-pneumonie,dans les reins c’est la néphrite. Le sang menstruel peut se porter sur les parties internes: poitrine, tête, intestins et y produire des maux innombrables.

Il en résulte un traitement plus facile des maladies et une théorie plus raisonnable, cette théorie est celle de la métastase.

11 y en a deux espèces : l’une qui se fait par excrétion et qui doit surtout porter le nom de crise , l’autre où la matière se transporte, et dans ce cas, c’est la vraie métastase qui survient lorsqu’une matière viciée et morbifique est transportée de son siège dans un autre et qu’elle abandonne la région qu’elle a coutume d’occuper ; ordinairement elle quitte des parties moins importantes au point de vue fonctionnel pour -aller sur des parties plus importantes. Quelquefois elle est salutaire, lors-

(1) Hoffmann. Do metastasi, sive sede morborum muta ta Halæ, 1731.

quelle quitte des régions internes pour aller vers des parties externes. Il passe en revue une foule de métastases produites par rétrocession d’une affection cutanée: teignes, érysipèle, variole, celles des maladies exanthématiques et autres, etc.

Une maladie peut être engendrée par une autre (pour Hoffmann il peut donc y avoir une mutation d’une maladie en une autre) il emploie même le terme de changement de maladie en une autre comme synonyme de métastase ou palindrome des grecs.

Cullen (1) admet les métastases, mais déjà on entrevoit l’idée de la maladie générale, de la diathèse franchement exprimée à propos du rhumatisme : « l’inflammation, qui a commencé dans un endroit peut se jeter sur un autre, parce que la diathèse générale se fixe sur différentes parties. De quelque manière que ces métastases arrivent, elles exigent beaucoup d’attention. >> On le voit, pour lui, les métastases rhumatismales sont des manifestations de la diathèse générale.

Nous assistons à l’aurore de la transformation de l’idée de métastase, qui se change en un équivalent, la localisation.

Pour Lorry (2) la métastase est un changement de la maladie suscité par les forces de la nature en lutte avec la cause nuisible. Quoique la métastase puisse être comprise sous le nom de métaptose et que ces deux change-

(1) Cullen. Eléments de médecine pratique, t. I et II, 1785.

(2) Lorry. De morborum mutationibus, 1781.

ments de maladie puissent être rapportés au même genre, pourtant la métastase diffère de la métaptose en ce que celle-ci est toujours dangereuse par elle-même puisque son apparition est de mauvais augure, qu’elle dénote la violence et les progrès de la cause morbide, qu’elle trahit l’inertie ou l’aberration de la nature prostrée; tandis que dans l’autre, la nature et ses forces sont ordinairement victorieuses.

La métaptose est souvent surajoutée à la métastase, par exemple : dans la variole et les autres maladies éruptives on voit souvent se produire une métastase salutaire, mais souvent aussi il s’y joint de la métaptose avec corruption putride qui entraîne la défaillance des forces de la nature.

La métastase doit être regardée comme salutaire lorsqu’elle se fait des parties nobles vers les parties non nobles par exemple lorsque la matière nocive que cause la maladie est entraînée des parties vitales vers les articulations. Elle sera détestable au contraire si elle se fait du tissu cellulaire ou des glandes externes vers les organes vitaux : elle sera utile si l’humeur nuisible se fait par les organes sécrétoires, elle sera grave encore si elle éclate en temps inopportun.

Mécanisme de la métastase d’après Lorry. — La métastase se produit dans les viscères qui ont une structure analogue, celluleuse et dilatable. Elle se distingue de la crise par sa gravité.

Il groupe les métastases comme il suit :

La lre classe comprend les métastases des maladies inflammatoires avec production de pus, dans ces cas la

matière morbifique s’élimine, l’abcès est constitué par la substance morbide et le pus est éliminé par les parotides, les aînés, les articulations, l’urine, l’anus, les reins etc. Dans cette même classe il place les métastases des phlegmons et des érysipèles.

Dans la 2" classe, il range celles des maladies de la peau qui sont causées par un principe morbide, tantôt provenant d’un point plus ou moins éloigné et déterminant des affections variées (propellit ad cutem) tantôt, né de la peau et allant infecter d’autres points de l’économie. Il divise les maladies en maladies de causes externes et en maladies de causes internes. On voit ici poindre l’idée de maladie générale.

Dans sa 3e classe il place les métastases des adénites suppurées des aînés et des aisselles, les métastases des maladies épidémiques. Ainsi Lorry admet la transformation, le changement d’une maladie en une autre.

Reil(1) est un solidiste qui modifie la théorie des crises et des métastases, lesquelles doivent être considérées comme des crises incomplètes, n’entraînant jamais le transport des humeurs altérées d’un lieu dans un autre, les métastases ne sont que des fonctions accidentelles.

Stoll (2) étudie avec grand soin dans ses éphémérides la constitution médicale, reprend la question des influences atmosphériques d'Hippocrate, fait jouer un grand rôle aux maladies rhumatismales (l’idée du

(1) Stoll. Médecine pratique. Paris, 1809.

(2) Reil. Memoral clin ic, \ol. II, fasc. 1.

Quinquaud. 2

rhumatisme cérébral est ici en germe) qui engendrent les métastases cérébrale, parotidienne, péripneumonique, [et pense qu’on peut les prévenir en tenant le ventre plus libre à l’aide de purgatifs qui chassent les humeurs par l’égout général qui est l’intestin. Pour lui, la matière bilieuse est l’humeur peccante qui donne naissance aux métastases. Stoll reste un promoteur des métastases bilieuses.

En résumé, pendant cette période, l’observation est plus exacte que dans les siècles précédents mais on interprète à la manière d’Hippocrate et de Galien, à part quelques dissidences, qui surgissent de temps à autre. L’Allemagne a été un véritable foyer d’études sur les métastases, les écrits des écoles de Leipzig, d’Iéna, de Halle, de Gœttingue, de Stuttgard sont parfois remplis de dissertations latines sur les métastases. Partout ces doctrines sont discutées. Le cadre limité aux métastases produites par les actes morbides parait même trop étroit et l’on ajoute celles qui seraient produites par suppression de fonctions. On est à l’apogée des doctrines métastatiques, mais leur exagération dépassa bientôt toute limite, et engendra une réaction qui fut violente, comme nous le verrons dans la 3e époque.

3mc Epoque. — La décadence des métastases.

Haller, limiter, Broussais, Barthez.

C’est avec l’apparition du solidisme que les métastases qui régnaient jusque là sans conteste sont battues en brèche, d’abord timidement par quelques médecins de l’époque.

Glisson, précédé par Fernel, est le précurseur du solidisme moderne,. il entrevoit la nécessité d’admettre une force radicale inhérente à la fibre, qui la détermine à se contracter indépendamment de l’influence des esprits vitaux.

Gorter ne restreint plus cette force aux muscles seuls, il la concède à toutes les parties du corps vivant. C’est à cette époque également qu’apparaissent les formes substantielles de Leibnitz qui croit àl’activité de la matière.

Mais c’est surtout Haller qui, en 1739, démontre l’irritabilité musculaire et distingue trois forces musculaires : La morte , Y intégrante et la nerveuse. La seconde ne se conserve que fort peu de temps après la cessation de l'existence. Apartir delà, physiologistes et médecins se mettent à l’œuvre pour expliquer comment les tissus sentent et réagissent sous l’influence des excitations.

Hünter (1) devient un des plus chauds défenseurs de l’irritation, tandis qu’en France, Pinel (2), à la suite des découvertes physiologiques d’Harvey, des recherches chimiques de Fourcroy et Bartliolin, et des travaux de Bichat, se met à l’œuvre et fonde sa mémorable classification des fièvres basée sur l’irritation. Néanmoins il accepte encore la métastase humorale dans le rhumatisme et les oreillons.

(1) limiter. Leçons sur les principes de la chirurgie. Trad. Richelot, t. I, p. 368.

(2) Pinel. Nosographie philosophique ou méthode de l’analyse appliquée à la médecine, 1807.

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Enfin parait Broussais, (1) dont le système médical est fondé sur l’irritation. Avec lai la localisation des maladies va devenir la préoccupation du pathologiste. Les métastases n’existent plus, et lorsqu’une localisation parait diminuer ou cesser avec l’apparition d’une autre, c’est la révulsion qui a modifié l’état morbide local. L’influence de Broussais a été immense. Un grand nombre de pathologistes adoptèrent ses idées.

Barthez (2) fonde le vitalisme moderne :

La n aladiese traduit parla fluxion, laquelle consiste en tout mouvement qui porte le sang ou une autre humeur sur un organe particulier.

11 adopte un peu les opinions de Galien et admet des humeurs en mouvement et des humeurs déjà fixées. En somme la fluxion reste toujours humorale. Ses disciples n’en sont pas restés là. Poureuxilexiste une fluxion goutteuse, catarrhale, tuberculeuse, rhumatismale et nerveuse. La métastase consiste dans le déplacement de cette fluxion.

Nous arrivons aux découvertes du professeur Bouillaud, qui portent un coup mortel aux métastases rhumatismales.

« La théorie des métastases, dit-il, telle qu’elle nous est donnée par les auteurs, ne supporte guère un sérieux examen. Parfois certaines phlegmasies intérieures regardées comme le résultat de la métastase d’une plilegmasie

(1) Broussais. Proposition do mélecine dans l’examen des doctrines; et Goupil : expérience des principes de la nouvelle doctrine médicale. Paris, 1825.

(2) Barthez. Science de l'homme, t. I.

extérieure, préexistaient à cette prétendue métastase, ou du moins existaient en même temps. Les faits de succession ne suffisent pas à la démonstration des théories des métastases. »

A notre époque, on a réuni divers symptômes considérés comme des entités morbides, grâce à la notion plus exacte de la diathèse.

La maladie générale, admise par Stoll, Cullen, a été mieux étudiée par l’école moderne, à la tête de laquelle nous devons placer Pidoux, Guéneau de Mussy, Bazin, M. Hardy.

Ces idées ont conduit à considérer les métastases comme des manifestations d’un même état général, à délaisser la métastase, à remettre en honneur la localisation.

En définitive les causes de la décadence des métastases peuvent se résumer en quelques mots : irritabilité de Haller, irritation de Broussais, travaux de Bouillaud, recherches histologiques, découvertes des maladies parasitaires, et notion de la maladie générale.

Théories des métastases pendant ces trois époques. — Nous venons de voir en parcourant l’histoire des métastases que les théories ont marché à côté des faits, chaque système a apporté son explication; nous y trouvons en effet trois principales théories.

La Théorie humorale est la plus célèbre et la première en date. Pour les humoristes anciens, la cause morbide est une matière fluide, qui produit les symptômes généraux en se répandant dans l’organisme et les phénomènes locaux, en se déposant çà et là dans les organes;

puis elle subit deux directions : tantôt après s’être modifiée, elle s’élimine, c’est la crise, tantôt elle se transporte d’un organe à un autre, c’est la métastasé. Dans la théorie solidiste, la métastase est produite par le déplacement de l’irritation qui se porte sur une autre région, la sympathie joue un grand rôle dans cette explication.

Au point de vue du mécanisme de la métastase, les anciens invoquent la communication de la veine azygos avec les poumons et les artères émulgentes, les uns croient que dans les métastases nuisibles, la matière se jette sur l’organe pulmonaire et que dans les favorables elle s’échappe par les reins ; — les autres, rapportant tout à la circulation du sang, en trouvent la raison dans la reprise de la matière par les vaisseaux absorbants, qui la transmettent aux vaisseaux sanguins, d’où elle est portée par le torrent de la circulation aux différentes parties du corps, et, chemin faisant, s’arrête dans la partie la plus disposée à la recevoir.

Fabrice d’Aquapendente pensait que le pus se faisaitjour à travers les pores des parties.

Ruyscii, cherchant à débrouiller la structure du tissu cellulaire, lui accorda la faculté de servir de passage aux humeurs qui produisent la métastase.

Même opinion dans Boerhaave.

Bordeu, Foüqüet, admettent qu’il y a dans l’interstice des fibres, à travers le tissu cellulaire, des voies ouvertes dans lesquelles les humeurs peuvent aller et venir en tout sens. C’est en traversant ce corps cribleux (corpus cribrosum ) que la matière, portée d’une partie sur une autre, se fraie un passage facile.

Théorie vitaliste. — « La maladie est une lésion de l’activité vivante, manifestée ou devant se manifester par des opérations spéciales, extra-hygides, tantôt funestes, tantôt utiles, tantôt mixtes. » (1)

La lésion de l’activité vivante ou des forces vitales se traduit pas des actes morbides, et la métastase s’explique

(1) Traité de pathologie et do thérapeutique générale, par Jaunies. Paris 1869.

par le déplacement de ces actes, tels que la fluxion, le spasme ou la phlegmasie ; la maladie ne change pas de nature en se portant tantôt, sur un organe, tantôt sur un autre.

Notons en terminant que de 1830 à 1840, on entrevoit déjà le rôle que remplit le système nerveux dans ces faits de métastase :

Pour Holland (1) il y a des causes qui, en agissant sur le système nerveux, modifient la circulation locale en dehors du cœur (il pressent l’indépendance des circulations). Il est possible qu’un trouble nerveux entre en jeu dans la métastase. Parmi les autres éléments qui agissent il note l’analogie du tissu, les connexions fonctionnelles. Beaucoup de métastases de la goutte ou de la scrofule semblent liées à des états morbides du sang. Pendant la période de transfert il y a des troubles cardiaques nerveux ou autres.

Bellini (1) n’admet pas les métastases, le plus souvent il s’agit de nouvelles maladies coexistantes ou produites par extension, ou encore ce sont des phénomènes dus à l’irritation réflexe, ou à une suppléance organique par suite de la perte d’une fonction.

Quatrième époque. — C’est la période actuelle.

Bn parcourant à travers les âges l’évolution des idées

(1) Henry Holland. Medical notes and reflexions. London, 1839.

(2) Bellini. 1845.

médicales sur les métastases, nous y trouvons des définitions variées et des théories : voyons s'il en est de même à notre époque.

Rappelons que le mot métastase vient de p.eTacrTa<rtç, de peOuroipi, je change de 'place, je transporte. Les anciens désignaient encore la métastase sous les noms de metaschematismus (transformation), de palindromie , de metachoresis , de métaptose , de diadoche ; ce dernier signifiant souvent, mais pas toujours, un changement favorable.

Il y a métastase, dit Chomel, quand la maladie ne fait que changer de siège ou de forme; on y ajoute l’épithète fâcheuse ou favorable , selon la gravité de l’affection secondaire (1). »

La métastase existe, dit Dalmas, toutes les fois qu’avec la cessation d’un phénomène physiologique ou pathologique coïncide l’apparition de désordres nouveaux dans une autre partie du corps que celle où lephénomène primitif a cessé (2).

Pour Hardy et Behier, c’est un changement avec transformation d’une maladie en une autre ; il faut de plus que la première affection ait disparu et se soit effacée complètement devant la nouvelle, autrement il n’y aurait qu’une complication (3).

Pour ces auteurs, la métastase est excessivement

(1) Cliorael. Pathologie générale, 1856.

(2) Delmas. Des métastases. Thèse concours. Paris, 1840.

(3) Hardy et Béhier. Pathologie générale. 1877, p. 140.

rare, ils pensent que le plus souvent les phénomènes dits métastatiques peuvent s’expliquer par les lois de la dérivation, de la diathèse et de la sympathie. « Le plus ordinairement la première maladie ne commence pas par disparaître avant que la seconde se développe, ce qui devrait arriver dans le cas d’un transport véritable, mais, au contraire, la seconde paraît habituellement alors que la première existe encore, celle-ci ne cessant que plus tard : ce qui nous permet de conclure que la cessation est l’effet et non la cause de la seconde maladie. »

Pour eux la cessation d’un certain nombre de maladies, attribuées jadis à la métastase, s’explique par la diathèse.

Monneret la définit : un mode de conversion de l'état morbide consistant dans le développement rapide d’une maladie dans un point plus ou moins éloigné du lieu qu’occupe actuellement la maladie qui s'est manifestée la première; il faut que l’affection ainsi métastasée dépende de l’affection première et que celle-ci cesse ou diminue notablement, c’est la répétition sympathique de la même maladie en deux endroits différents (1).

Voici 1 opinion de Ti-iolozan; « il est possible, probable même que certains phénomènes observés pendant la marche des maladies sont la résultante et la conséquence de la cause morbifique. Si l’on met ces faits en lumière, on pourra leur conserver la dénomination de métastases (2). »

(1) Monneret. Pathologie générale. 1857, p. 221.

(2) Jholozan. Des métastases. Thèse concours agrégation. 1857.

Dans son chapitre sur quelques vraies métastases, il cite la métastase calcaire de Virchow et la suppression des sueurs aux pieds ; ainsi le nombre des métastases est singulièrement réduit en 1857. Il est vrai que nos classiques n’ont point accepté cette réduction des métastases.

Pour l’école vitaliste, le trait essentiel de la métastase est le déplacement d’une activité qui se porte dans un organe moins approprié ou plus dangereux. Il faut aussi que les scènes pathologiques nouvelles se rattachent, comme effet, à l 'effacement d’un acte morbide.

Pour Fernet, ce mot sert à désigner les déplacements d’une maladie ou d’un acte morbide, qui disparaît d’une partie de l’économie pour se montrer dans une autre. Dans les métastases par défaut de fonction, il ne trouve à réserver comme métastase possible que les menstruelles et les urineuses. Dans le second groupe, ce sont des maladies locales régies par l’affection générale ; une maladie nouvelle se développe et bientôt celle qui la précédait s’efface. Avec cette acception restreinte; on peut admettre les métastases des oreillons, de la goutte, du rhumatisme et de la scrofule.

Limites du sujet. — Tantôt c’est la même maladie qui change de lieu, par exemple une arthrite goutteuse cesse et alterne avec des troubles gastriques ou cérébraux ou bien est remplacée par eux ; tantôt il y a transformation d’une maladie en une autre, citons la pneumonie dans le cours de la rougeole.

On comprend encore sous la dénomination de méta-

stase la suppression! d’un acte physiologique : de là les métastases par troubles de fonctions.

On alla plus loin, en voyant certaines affections chroniques cesser au moment où se développe une éruption cutanée, ou une fièvre continue, ou une autre maladie, on pensa qu’il s’agissait de métastases. Ici la seconde maladie ne dépend pas de la première, il n’y a donc pas métastases.

Par un singulier abus de langage, on a même désigné ainsi le passage de l’état chronique à l’état aigu; ici l’absence de changement de lieu exclut la métastase.

On a encore rangé les crises dans les métastases : mais Monneret fait observer que la crise est un acte favorable, qui annonce la solution heureuse et rapide, tandis que la métastase est un événement toujours fâcheux. Nous rejetons donc les crises hors du cadre des métastases.

Pour nous, la métastase se compose d’un acte morbide primitif et d’un acte morbide secondaire. Il faut que le premier ait entièrement disparu ou se soit effacé devant le second; il faut de plus que celui-ci soit sous la. dépendance de celui-là. Dans la goutte entre le premier et le second acte morbide, aumoment du transfert pendant 24 à 36 heures, il y a accumulation rapide d’acide urique dans le sang; si nos analyses se confirment, peut-être est-ce là le vrai critérium de la métastase moderne. Toutefois, nous adoptons que le transport de l’acte morbide puisse etre solidien et se fasse par l’intermédiaire du système nerveux.

Nous ajoutons, pour nous conformer à l’usage, les métastases par suppression de fonction.

Nous aurons ainsi à étudier deux groupes de métastases : les fonctionnelles ou sécrétoires si les pathologiques : les premières résultant d’une suppression de fonction , les secondes ayant pour point de départ un acte morbide. Mais comme la métastase est une localisation anormale, il est de toute nécessité de connaître les lois qui régissent en pathologie les localisations morbides.

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