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CONCLUSIONS

Les métastases anciennes et les métastases modernes.

En définitive la grande question des métastases est dominée, à tous les temps et à toutes les époques, par l’idée que l'on se fait de la notion de la maladie ; aussi voit-on varier les doctrines métastatiques comme les doctrines médicales elles-mêmes.

La médecine, depuis qu’elle a une histoire, a subi l’influence successive de deux grands systèmes, l’un reposant sur l’humorisme ancien d’où est dérivée la métastase ; cet humorisme, magistralement décrit par M. Jaccoud, prétend expliquer les maladies à l’aide du rôle joué par des humeurs imaginaires dont l’altération était spontanée. La lésion du solide était tout à fait accessoire. Aussi la métastase était-elle produite par le transport, le déplacement de ces humeurs dans l’économie.

Dans l’autre système ce sont les solides qui deviennent le pivot des écoles anatomo-pathologiques et d'observation exacte. L’idée humorale avait fait développer et croître ladootrine de la métastase, l’idée solidienne la détruit. Hippocrate et Galien ont pour adversaire Broussais ; mais, de nos jours, tout en réduisant le nombre des métastases, on en admet la réalité.

Résumons en quelques mots l’évolution qui s’est opérée :

Idée humorale. — Les anciens voient deux pliénom è-

nés se succéder, ils en concluent que le second est l’effet du premier, c’est cle la métastase ; comment l’expliquer? Il leur fallait une physiologie, ils l’inventent, ils ignorent jusqu’aux caractères physiques des humeurs, peu importe! ce sont elles qni se déplacent pour produire ces accidents, ils ignorent les qualités des sécrétions, leurs, effets physiologiques sur l’économie, ils n’en imaginent pas moins que leur suppression doit engendrer mille maux.

Malgré le néant de ces fragiles hypothèses, ils ont une sorte d’intuition de certaines vérités.

Celles-ci restent en germe pendant bien des siècles jusqu’au jour où elles sont fécondées par une puissante synthèse qui dissipe les ténèbres et met en lumière les notions précises et les procédés exacts de la science moderne. Le xvne et le xvme siècle ont préparé cette nouvelle période qui devait s’ouvrir dans le xix°.

Idée solidienne. — L’irritabilité nous montre que chaque tissu est doué d’une certaine indépendance ; l’irritation nous fait voir les phlegmasies locales, l’anatomie pathologique est fondée. On ne peut comprendre comment une lésion se transporte d’un point à un autre pour engendrer la métastase, on invoque alors la sympathie et la révulsion,

Idée moderne. — Un peu plus tard la découverte des lésions cardiaques, sous l’influence du rhumatisme, vient porter un nouveau coup à la métastase; ces lésions sont sous la dépendance directe de la maladie générale et la métastase se change en localisation. De notre temps, grâce à la notion de la diathèse un gTand nom-

bre de métastases apparaissent comme des localisations d’une maladie générale.

La réaction contre l’idée ancienne, fait de nouveaux progrès à mesure que l’étude des humeurs devient plus précise.

On observe attentivement les faits et l’on reste sur une prudente réserve. Les méthodes se multiplient ; les études microscopiques, les nouveaux procédés d’analyse, les recherches expérimentales, tout concourt à donner sur la maladie des notions plus exactes et à battre en brèche les doctrines [des métastases. En effet les liquides 11e s’altèrent plus spontanément, la dichotomie entre les solides et les liquides n’existe plus, il y a une unité véritable de l’être vivant. La chimie nous montre que les humeurs ne sont pas aussi nombreuses que le croyaient les anciens au point de vue de leur origine, qu’elles ont une subordination mutuelle et dérivent toutes du sang*. La chimie nous fait voir aussi qu’il y a des sécrétions dont les éléments préexistent dans le sang1 et d’autres dont les éléments sont fabriqués par l'organe lui-même, si, dans les premières, il y a cessation de fonctions, la métastase pourra survenir tandis qu’elle est impossible dans les secondes.

La physiologie reprend avec activité l’étude des sécrétions des divers org’anes et en particulier du système nerveux, qui régit tous les autres. Elle nous montre que les réflexes peuvent transmettre d’un point à un autre des changements divers, qu’il existe des circulations locales non influencées par l’organe cardiaque, que ces circulations sont régularisées par un appareil

particulier, lequel est soumis également aux lois des réflexes; alors on peut s’expliquer comment un trouble local peut retentir à distance sur un autre organe ; la métastase, dans ce cas, ne suit ni les vaisseaux veineux ni les lymphatiques, c’est la voie nerveuse qui la transporte. Le foie, l’estomac vont produire des désordres sur le cœur, et c’est encore ici la voie réflexe qui nous explique ces accidents.

De son côté, la clinique se caractérise par une grande rigueur d’observation.

La médecine ancienne suppléait à l’observation des faits par l’hypothèse ; -la médecine moderne interroge les faits avec une patience et une habileté jusqu’alors inconnues.

Idée actuelle. — De l’union de la clinique, de la physiologie et de la chimie est né un déterminisme pathologique plus éclairé, qui nous montre la métastase existant réellement, mais beaucoup plus rare qu’on ne le croyait. La grande question des métastases est dominée par la maladie générale ou généralisée, la métastase est une localisation insolite dérivée d’une autre manifestation, et se produisant là où existe un locus minons rêsistentiæ.

La métastase est partout d’ordre sécrétoire; en effet, la localisation morbide peut-être considérée comme une sécrétion interne qui sert d'émonctoire; dans ce cas les matériaux qui la constituent sont préformés dans le sang, et si elle vient à cesser brusquement, il en résultera une dyscrasie plus intense, de là possibilité de métastase. Au contraire, dans certains cas, la localisa- Quinquaud. 11

lion n’a rien de commun avec l’émonctoire ; si alors elle vient à cesser, même rapidement, il n’en résulte aucun accident fâcheux.

En résumé, on peut admettre dans le domaines des métastases, les métastases urineuses, les métastases goutteuses et les métastases des affections cutanées.

Là doivent s’arrêter nos conceptions théoriques ; il faut, en effet dans la médecine moderne, se contenter d’observer scrupuleusement les faits, leur subordonner les explications et rester constamment sur le terrain solide qu’ils nous offrent; il y a en effet trop d’inconnues pour édifier la théorie de la maladie et partant des métastases qui se lient si intimement à la nature de l’état morbide.

Enfin, s’il nous était permis de devancer la marche des temps et de nous fier à nos pressentiments, nous dirions qu’on finira par surprendre l’agent morbifique pénétrant dans l’organisme par toutes les voies d’absorption et transporté par le liquide sanguin jusque dans l’intimité des tissus où il agit à la manière des ferments solubles ou organisés, se localisant par une sorte de sélection ou d’affinité; ainsi le curare agit sur les extrémités des nerfs moteurs, la strychnine, sur les cellules excito-motrices de la moelle ; dans l’ordre pathologique, la pneumonie épidémique des bêtes à cornes localise, son foyer infectieux dans le poumon, dans la rage, le virus s’élimine par les glandes salivaires, le cancer occupe surtout l’épithèlium, chaque maladie a sa localisation propre; véritable foyer morbide ou infectieux d’où émanent continuellement des produits délétères qui se répandent à flots dans le torrent circulatoire.

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Lorsque, dis-je, nous connaîtrons tous ces produits multiples dérivés des albuminoïdes, tous ces poisons qui s’éliminent par les sécrétions, lorsque nous connaîtrons bien et leur physiologie et leur chimie, nous serons bien prêts d’avoir une idée assez exacte de la maladie et alors les faits métastatiques auront leur dernière explication. Lorsque le système nerveux sera mieux connu dans ses activités et dans ses modes d’action, nous ne doutons pas que les métastases qui auront échappé au naufrage ne soient expliquées par une théorie nervoso-humorale.

11 n’est pas moins certain que ce foyer infectieux pourra être atteint et modifié par les agents thérapeutiques dont l’efficacité sera garantie par des notions précises sur leur mode d’action.

Mais revenons au présent. Embrassons par la pensée le chemin parcouru; nous verrons l’immensité du labeur représenté par tant d’efforts accumulés pour arriver à démontrer l’unité de l’être vivant à l’état physiologique et à l’état pathologique, à faire voir ce que doit être la métastase.

Ne soyons pas injustes pour le passé, il a longuement préparé les voies aux progrès de la médecine actuelle. Pour nous en tenir à notre sujet, l’ancienne doctrine des métastases, qui a engendré tant d’erreurs, a donné aussi naissance à d’utiles méthodes thérapeutiques : la dérivation, l’expectation rationnelle.

Ronorons l’ancienne médecine dont les vicissitudes, les erreurs même, ont servi à l'enfantement de 1a. médecine moderne.

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