II. — PRONOSTIC
La gravité ou la bénignité des métastases dépend de deux choses : de la métastase elle-même et de l’état des malades chez lesquels elle se produit.
La métastase est bénigne ou grave suivant son siège, plus g’rave lorsqu’elle se jette sur les viscères, les organes nobles, comme disaient les anciens, d’où 1 indication de rappeler l’état morbide à l’extérieur.
Le pronostic dépend aussi de la nature de la maladie; s’il s’agit de simples troubles fonctionnels tels qu’une névralgie externe ou viscérale, il y a lieu d’espérer qu il ne surviendra rien de fâcheux, toutefois il faut excepter
les métastases qui se portent sur le plexus cardiaque, on voit alors se produire les accidents d’angine de poitrine avec issue funeste. Lorsque la névralgie se jette sur un viscère abdominal, la mort par syncope est possible, on n’en est pas surpris après les expériences de Brown-Séquard ; un coup, une irritation sur les ganglions cœliaques peuvent produire l’arrêt du cœur et la syncope mortelle.
Mais, s’il survient des phénomènes congestifs, la mort peut être rapide soit qu’il s’agdsse de congestion pulmonaire, cérébrale, médullaire ou autres ; encore ici, la métastase est en rapport avec l’importance physiologique de l’organe.
On doit aussi prendre en considération l’état pathologique antérieur de l’organe affeclé ; si cet organe est atteint d’une lésion, le pronostic est plus g rave ; ainsi dans l'angine de poitrine métastatique, s’il n’y a ‘ pas de lésion de l’aorte, des artères coronaires, de dé- ; g’énérescence graisseuse du cœur, la vie pourra être conservée; au contraire si les vaisseaux du cœur et le cœur lui-même sont lésés avant la métastase, le malade a plus de chances de succomber.
La physiologie explique en partie ces faits ; Tarchanoff a fait voir que l’excitation d’un péritoine non enflammé peut ne pas produire de réflexes mortels, au contraire, s’il est phlegmasié, l’irritation peut causer la mort par reflexe cardiaque.
Le pronostic dépend encore de la maladie dans le cours de laquelle la métastase se produit; dans l’hystérie, 1 anurie bien que sérieuse, n’a [inut-être jamais causé la mort parce que la nutrition est lente et que
les matériaux toxiques ne se forment pas ou peu, et que l’élimination, quelque faible quelle soit, a le temps de se faire ; il n’en est pas de môme dans l’anurie calculeuse. Dans la goutte et même dans les dartres, on peut voir survenir des accidents fâcheux, mais je le répète, ils sont plus rares qu’on ne l’a pensé et écrit.
Reste la seconde indication pronostique, elle est fournie par Y état général du malade, s’il est bien portant, s’il n’est point taré, ainsi que ses organes, ne soyez pas trop inquiets. Le sujet, toutes choses égales d’ailleurs supportera bien sa métastase. Mais s’il est déjà fortement affaibli par la maladie, défiez-vous, la métastase pourra être grave ; les expériences de Chossat, de Brown-Sequard nous rendent compte de ces faits ; ces auteurs nous montrent que chez des animaux affaiblis ou inanitiés, une légère irritation suffit pour déterminer l’arrêt du cœur et la mort : la métastase chez le malade joue le rôle dé sexcitant des physiologistes.
Un autre élément du pronostic est Y intensité de la lésion hématique. Si les matières extractives sont en grande quantité, si l’hémoglobine est fortement détruite, si dans la goutte l’acide urique est en forte proportion le pronostic est alarmant.
§. III. Indications thérapeutiques.
Les indications sont multiples, elles varient selon que le médecin intervient avant la production de la métastase ou après qu’elle est produite.
Si c’est avant, se présente [la grave question de la
prophylaxie, qui change suivant la variété des métastases. Faut-il g’uérir les éruptions herpétiques, les gourmes? Oui, dans la grande majorité des cas, mais si l’on ] a pressenti un terrain à métastase, il faut le faire avec réserve, avec prudence. Mêmes considérations pour la goutte.
Quant aux causes externes il faut éviter dans ces mêmes cas les refroidissements brusques au moment de l’accès de goutte, de même à l’époque des catarrhes, des diarrhées avec diminution des éruptions du tégument externe.
Tou tefois il ne faut pas pousser la chose à l’extrême; on peut faire de l'hydrothérapie prudenteà latin del’attaque de goutte (Fleury, Relier).
Après l’évolution de la métastase il y aura plusieurs indications : traiter la métastase elle-même, ses variétés et le malade avec son état général que nous avons exposé au chapitre du déterminisme’ Quant à la métastase si elle est externe, nous la respecterons. Si elle est viscérale la révulsion sera utile sous toutes les formes que nous avons décrites à propos de la physiologie pathologique.
Si l’on a affaire à des phénomènes congestifs, fluxionnaires, on a des chances de réussir, mais s’il s’agit de i lésions sérieuses, nous constatons avec Blachez toute notre impuissance thérapeutique, quoique nos médications soient basées sur l’imitation de ce qu’on croit être les procédés de la nature. Quelle que soit la variété, il faudra faire appliquer des corps chauds, des révulsifs sur les jointures; médicaments qui, suivant Garrod, auraient souvent pour résultat de rappeler l’inflammation
et d’amener un amendement des symptômes viscéraux. Charcot fait observer que les faits authentiques propres à démontrer que la goutte peut être appelée sur les jointures primitivement prises, sont rares.
Les indications des variétés sont multiples. Dans la métastase gastrique de la g’outte, deux cas peuvent se présenter. Tantôt il s’agit de troubles fonctionnels sans fièvre, lalangue est nette, le pouls peu fréquent, il y a peu de sensibilité à la pression, ici les stimulants trouvent leurapplioation (Cullen),enparticulier les vins mousseux, les aromatiques. Si au contraire il y a de la fièvre, on emploieradepréférence des alcalins, l’eau de Vichy, l’eau de Vais, quelques sangsues ou des ventouses scarifiées sur l’épig’astre. Dans les deux cas les vésicatoires doivent être employés.
Lorsqu’il y a métastase cardiaque, ces mêmes moyens trouvent leur application ainsi que le café noir, les vésicatoires à la nuque.
Dans la métastase cérébro rachidienne, les stimulants sont encore indiqués, quelques sangsues derrière les oreilles ou à l’anus; des ventouses scarifiées à la région dorsale, et si les phénomènes apoplectiformes devenaient menaçants, il ne faudrait pas hésiter à couvrir toute la tête de larges vésicatoires volants après avoir rasé les cheveux.
Dans les dartres lorsque des asthmes, des entérites marchent en sens inverse de l’efflorescence cutanée, il faudra respecter jusqu’à un certain point 1 affection de la peau, et lorsqu’il y aura obligation de guérir la dartre, un exutoire permanent, fait observer M. Hardy, est un moyen précieux pour atténuer les accidents.
Dans les métastases urineuses il faut surtout agir sur la nutrition, en empêchant autant que possible la désassimilation à l’aide des alcooliques à haute dose.
I Quant aux éliminateurs, il faut peu y compter, même sur le jaborandi; je sais bien que ces médicaments font éliminer de l’urée, mais iis amènent aussi une déshydratation sanguine, nuisible au malade ; d’autre part,
: les accidents sont engendrés par des toxiques sur lesquels nous avons peu de prise. De plus les évacuations intestinales sont plus nuisibles qu’utiles; outre que l’élimination est peu active, si on les répète, on détermine de l’entérite qui suffit pour opposer une barrière à l’issue des matériaux du plasma sanguin.
Quant à l’indication tirée de Y état général , elle est double : d’abord il faut traiter la diathèse qui régit les ! accidents locaux; « au catarrhe qui chez les individus \ herpétiques dit M. Jaccoud, alterne avec des manifestations cutanées, on opposera Jes préparations arsenicales, on cherchera par des topiques irritant à fixer les dermatoses. » On ajoutera de petites doses de phosphate de chaux et de soude dans la dartre, des sels minéraux et végétaux dans la goutte. L’autre indication est fournie par la faiblesse de l’organisme qui ■ réclame les toniques surtout alimentaires.