DÉFINITIONS. GÉNÉRALITÉS
L’ordre par nous accepté semblera peut-être un peu étrange ; quelques-uns se demanderont pourquoi donner une classification générale, avant d’avoir exposé, suivi les méthodes antiseptiques dans leur développement chronologique, leurs transformations successives ? Il nous paraît cependant qu’une vue d’ensemble, dès le début, doit guider plus sûrement le lecteur, qu'il lui sera désormais toujours possible, au courant de notre historique, de voir rapidement à quelle idée théorique répond telle ou telle. Puis, une raison non moins importante nous engage à maintenir cette division, c’est, avant de pénétrer dans le dédale monotone de recherches historiques, la nécessité de définir d'une façon précise ce qu’il faut entendre par antiseptiques et surtout par méthodes antiseptiques.
Observons en effet, dès maintenant, combien les termes méthodes antiseptiques diffèrent du simple mot antiseptiques, ou de ceux-ci: pansements antiseptiques; combien ils sont incomparablement plus larges, plus généraux, ces derniers ne constituant qu’une partie limitée des premiers. Les antiseptiques, les pansements antiseptiques visent une manière d’agir étroite, un modus déterminé
pour arriver à l’antisepsie, mais ils n’embrassent pas ce vaste ensemble de méthodes qu’en langage chirurgical, sans avoir égard à la façon dont s’obtient le résultat désiré, on appelle antiseptiques. N'est-il pas évident, par exemple, que i’écrasement linéaire, que les pansements rares, la cautérisation, forment des méthodes antiseptiques au même titre que l’emploi des pansements les plus listériens? En un mot, c’est, l’idée générale d’antisepsie que nous avons en vue, c’est l’histoire des méthodes, des doctrines médicales poussant les chirurgiens à la recherche d’une antisepsie plus ou moins raisonnée, tandis que l’étude des pansements antiseptiques n’est que la description aride, restreinte, d’un groupe isolé de procédés.
Sous son allure grecque (orm contre, cnr^iç putréfaction) ce mot nouveau, antisepsie, caractérise lebut de la chirurgie contemporaine dans le traitement des plaies, le résultat théorique à la réalisation duqueldoivent tendre tous les efforts du praticien; il exprime en quelques syllabes le combat livré aux agents de putréfaction ou de fermentation qui envahissent les surfaces purulentes, lutte sans merci, où les défaillances se payent trop chèrement par la mort des malades. Dans leur idée première, dans leur essence, les méthodes antiseptiques sont une, répondent touies à l'indication antisepsie ; quelles que soient les théories, les opinions diverses relatives à la genèse des phénomènes septiques, toutes s’adressent à ces phénomènes cherchant à les supprimer ou à les réduire au minimum. A ce point de vue philosophique on devrait donc dire : la méthode antiseptique, et non les méthodes, puisque leur principe fondamental est fixe, immuable, général à toutes; il n’y a qu’une seule méthode, elle-
même divisée et subdivisée en procédés multiples. Mais cette réserve établie, acceptons pleinement l’habitude prise; à cause de la facilité plus grande dans la discussion ou la comparaison des faits, mettons les termes méthodes antiseptiques au pluriel et disons : sous le nom de méthodes antiseptiques, on désigne en chirurgie un but unique, l’asepsie des plaies, mais une série de procédés très variables, divisibles malgré leur nombre suivant certaines analogies, certains traits de rapprochement. Maurice J eannel (1) définit ainsi la méthode antiseptique dont il ne parle qu’au singulier : « L’ensemble des procédés d’opération, de traitement et de pansement des plaies dont le but est d’obtenir l’antisepsie, constitue la méthode antiseptique. En d’autres termes, la méthode antiseptique a pour but l’antisepsie des plaies et de l’organisme tout entier ; elle a pour moyen les procédés antiseptiques. »
Gela étant, voyons quelles considérations nous ont servi de point de repère dans notre tableau comparatif. Deux grandes sections principales nous apparaissent tout d’abord nettement distinctes : d’une part les méthodes aseptiques , de l’autre les méthodes antiseptiques proprement dites. Les premières sont indirectement antiseptiques, elles ne tuent pas les protorganismes ; comme l'indique leur nom (a privatif, 07]<|nç) elles s’efforcent de mettre la plaie à l’abri des germes, elles tendent à maintenir les surfaces vierges de contacts impur», vierges de microbes, mais elles n’entrent pas en lutte contre ces derniers, elles ne les détruisent pas, leur rôle est purement protecteur, défensif. Toutes, elles datent de la
(t) M. Jeannel. Encyclopédie internationale de chirurgie. Art. Pyohémie, Paris, 1883.
longue période d’antisepsie inconsciente, de cette époque où l’on ne pouvait que se défendre à tâtons, à l’aveugle, les invisibles ennemis charriés par l’atmosphère demeurant ignorés ou méconnus. Sans doute, comme nous le montrerons plus loin, l’antisepsie vraie, offensive , l’action directe d’un agent chimique ou autre sur les germes existe empiriquement dès les temps anciens, mais il n’en est pas moins digne de remarque que toutes les méthodes aseptiques, défensives, sont nées de Tardent désir des chirurgiens perpétuellement entraînés à chercher, non pas des armesnouvellescontreles complications des plaies, mais des voies détournées, des procédés d’expédients par lesquels la blessure leur paraissait arriver plus facilement sans encombres à la guérison.
Ces méthodes aseptiques, bien que nombreuses, viennent logiquement se classer sous trois chefs :
/ naturelle,
1 asepsie j opératoire,
f par pansements méthodiques.
Sous le nom d ' asepsie naturelle, nous désignons les opérations à la campagne, lespansements par eaux de sources, l’isolement des blessés, l’hygiène nosocomiale, etc. Ce groupe, comme on voit, renferme les méthodes les plus simples: Tabsencedes microzoaires, la limilationreslreinte de leur développement, par conséquent de leur action nuisible, s'obtient sans efforts, er^ mettant simplement en œuvre l’emploi de moyens naturels. Mais si ce sont les plussimples,cesont aussi les plus anciennementconnues ; aux temps préhistoriques, elles présidaientà la guérison des blessés ; de nos jours elles constituent encore la thérapeutique inconsciente des peuplades sauvages. Les paroles magiques, les signes cabalistiques d’une dévotion
superstitieuse, le suc lui-mêm3 des prétendues herbes cicatrisantes, n’ont de valeur que parce que la plaie se trouve placée dans des conditions hygiéniques éminemment favorables. A l’abri des infections septiques, dans un milieu sain, le blessé doit guérir, s’il ne présente, bien entendu, aucune tare constitutionnelle, aucun défaut individuel. Ce grand fait d’observation est de connaissance vulgaire, et l’on sait toute la bénignité des plaies traitées à la campagne. Combien d’obscurs médecins ont dans ces conditions tenté et mené à bonne tin des interventions opératoires qui eussent assombri la statistique d’un chirurgien des villes !
Aureste, les recherches de MM. Pasteur et Joubertmettent pleinement en lumière la raison de cette innocuité. Certaines eaux de sources par exemple, dans tel ou tel canton de nos campagnes, jouissent d’un renom mérité pour la cicatrisation des plaies ; les paysans en attribuent l’action à quelque génie bienfaisant, quelque naïade oubliée par les siècles païens. Moins crédule, l’analyse expérimentale nous montre dans ces eaux une absence complète de germes ; provenant des roches non contaminées du sous-solde l’écorce terrestre, elles ont conservé intacte leur pureté, leur virginité première; le bon effet obtenu par leur emploi s’explique ainsi naturellement. De même l’influence de l’air ambiant joue sans doute un plus grand rôle encore ;jf ne pouvant pour le moment nous appesantir sur ce sujet, nous nous contentons d indiquer la plus grande richesse microbienne de l’atmosphère des campagnes comparée à celle des villes et surtout des hôpitaux.
Si les opérations à la campagne, si les pansements par eaux de sources donnent des résultats à ce point favo-
râbles, il était logique de chercher à se rapprocher le plus possible de ces conditions naturelles ; aussi, quand on eut insisté sur l’énorme mortalité des hôpitaux, quand une série de travaux, parmi lesquels le grand mémoire de M. le professeur Le Fort sur les maternités, eurent jeté un cri d’alarme, on s’ingénia à découvrir les moyens de remédier à ce mauvais état de choses. L’infection, quelle que fût l’idée théorique que l’on s’en fît, paraissait au plus grand nombre la cause palpable de cette différence dans les résultats; de là sont nés l’isolement des blessés, l’hygiène nosocomiale, questions que nous ne pouvons citer qu’en passant et qui, malgré les efforts tentés dans cette voie, n’auraient pas encore donné tous les bénéfices dont nous les croyons susceptibles, si la méthode listérienne n’était venue à la rescousse.
Observons également que les pansements rares, éloignés, constituent une méthode naturelle et ne peuvent être séparés de notre premier groupe. L’évidence de leur rôle commande cette détermination.
Examinons maintenant les méthodes rangées sous le titre à! asepsie opératoire. Très important, à notre avis, il renferme une série de procédés opératoires divers, mais qui tous ont en vue l’asepsie de la plaie; c’est la constatation de ce but commun qui nous oblige à les considérer comme de véritables méthodes antiseptiques. Qu’importe en effet la façon dont s’obtienne l’antisepsie? C’est l’idée seule que nous devons suivre dans ses transformations, ses déguisements multiples. Si nous nous reportons aux lignes citées plus haut de M. Jeannel, nous verrons que nous partageons sa manière de voir ; car il fait dans sa définition de la méthode antiseptique entrer les procédés d’opération. Cela nous paraît de logi-
que naturelle. Non seulement, en effet, en isolant les blessés, en opérant à la campagne, les chirurgiens ont engagé la lutte contre les accidents consécutifs des plaies, non seulement, comme nous le montrerons bientôt, ils ont eu recours à tel ou tel pansement, tel ou tel topique, mais ils ont encore essayé d’agir directement sur la plaie ; ils se sont ingéniés à produire les traumatismes suivant des procédés ainsi combinés que, pendant l’acte opératoire ou après, la région fût le pins possible mise à l’abri de l’air atmosphérique. Nous relevons à ce point de vue les méthodes d’opérations sous l’eau, par cautérisation, les méthodes sous-cutanées, l’écrasementlinéaire de Chassaignac, dont la ligature extemporanée, la méthode diaclastique de Maisonneuve sont une extension, les sections mousses, l’arrachement, la réunion par première intention connue des anciens, enfin le drainage chirurgical de Chassaignac, qui nous sert de transition naturelle de l’asepsie opératoire à l’asepsie par les pansements; ajoutons à cette énumération les réunions pour amputations des chirurgiens de Bordeaux, principalement d’Azam, réunions fondées sur l’emploi combiné des drains, des sutures superficielles et profondes.
Nous ne quitterons pas ce groupe si intéressant de méthodes opératoires, sans insister à nouveau sur ce point qu’il faut, croyons-nous, les considérer comme se rattachant aux méthodes antiseptiques. La plupart d'entre elles datent de la première moitié du siècle, de cette époque où les chirurgiens ayant appris à redouter, sans en avoir pénétré la raison précise, l'air atmosphérique dont l’action nocive s’inscrivait par le chiffre des décès, n'ayant plus d’autre part qu’une confiance limitée dans
la série des médicaments topiques, s’efforcaient ici de restreindre les surfaces traumatisées, là d’y créer une sorte de barrière par l’emploi de la cautérisation, ailleurs enfin par le drainage de ne plus s’y laisser accumuler les liquides séro-purulents. Mais quel que fût le procédé employé, c’était toujours l’idée d’antisepsie qui venait guider la main de l’opérateur, et qui là, comme dans la pratique des pansements, trahissait la lutte aveugle, mais constante, et fondée sur l’expérience, de la chirurgie contre les microbes.
Le troisième groupe de nos méthodes antiseptiques est celui de Y asepsie par les pansements méthodiques ; nous trouvons successivement la méthode des grands lavages intentionnels et celle de l’irrigation continue; parfois on a fait intervenir des modifications de température, c’est l’emploi de la glace, c’est l’incubation de J. Guyot; d’autres ont créé autour de la plaie des milieux artificiels, soit gazeux, tels que les bains d’acide carbonique, d’oxygène, soit liquides, balnéation continue, Valette, Le Fort, bains huileux, employés par M. le professeur Ollier, de Lyon ; nous signalons encore dans ce petit groupe des milieuxartificiels les pansements expérimentauxsous cloches de verre de M. Ollier, où le chirurgien cherchait à obtenir un air privé de germes, chimiquement et optiquement pur suivant l’expression de Tyndall. En dernier lieu, nous voyons apparaître les pansements occlusifs, de Laugier à la baudruche, de Chassaignac au diachvlon, la ventilation des plaies de Bouisson, qui agissait en déterminant la formation d’une croûte superficielle, d’une barrière à l’abri de laquelle avait lieu la cicatrisation par voie sous-crustacée, l’occlusion pneuinatiqueavec aspiration continue de J. Guérin, Maisonneuve, enfin les
pansements ouatés de A. Guérin, et ouato-silicatés de M. Ollier, si précieux alors que la nouvelle méthode antiseptique n’avait pas encore vu le jour.
Asepsie naturelle, opératoire ou dans les pansements, quoi qu’il en soit, l’asepsie s’obtient par une action indirecte, l’obstacle à l’arrivée ou au développement des germes sur la plaie : nous allons voir qu’il n’en est plus ainsi pour les méthodes suivantes.
Toute autre en effet est l’action des méthodes antiseptiques proprement dites: ici nous nous trouvons en face de méthodes bien plus puissantes, à caractère nettement offensif. Grâce à l’emploi d’agents spéciaux, les chirurgiens tuent les germes ou dumoins les mettent dans l’impossibilité de nuire; l’on ne croit plus assez faire en s’opposant à leur accès sur les surfaces cruentées, et l’on cherche à les détruire. Il y a lutte, lutte où trop souvent la victoire, surtout à l’époque d’antisepsie inconsciente, n’a pas couronné l’espérance du chirurgien. Tuer les germes, tel est le principe antiseptique contemporain que Lister a le premier formulé avec précision et une ténacité toute écossaise (1). « Lorsqu’il eut été démontré, dit-il, par les expériences de Pasteur que l’air tient ses propriétés délétères non de l’oxygène ni d’aucun élément gazeux, mais de certains organismes inférieurs en suspension, l’idée me vint qu’il serait possible d’éviter la putréfaction dans les blessures sans en exclure l’air, en les pansant à l'aide d'une substance capable d’ôter la vie aux particules flottantes de l’air. » En somme, le principe se résume à rendre les
(1) Le principe antiseptique dans la pratique chirurgicale. Travail lu devant la Britisch medical association, à Dublin, le 9 août 1867, paru in The Lancet , 1867.
germes sans dangers, indifférents, par une action appropriée.
C’est, avons-nous dit, en recourant à des agents spéciaux, les antiseptiques , que l’on parvient au résultat désiré; très nombreux, ils forment une série de médicaments topiques ayant pour effet commun d’empêcher, d’arrêter la décomposition des matières putréfiables, organiques.
D’après Littré et Robin (article Antiseptique du Dict. de Nysten), on nomme antiseptique toute substance « qui prévient la putréfaction dans les maladies. Les antiseptiques sont pris parmi des acides, des astringents, des toniques, des stimulants. » Nous avons cherché à classifier ces substances, mais la façon dont elles agissent est dans l’état actuel de la science si peu connue pour beaucoup d’entre elles, expliquée si différemment par les auteurs, que nous avons bien vite renoncé à notre dessein. A priori, en effet, leur rôle offensif nous apparaît susceptible d’explications bien diverses. Nous concevons d’abord une influence mécanique, une destruction brutale, analogue à celle d’une cautérisation; c’est sans doute ainsi qu’agissent le chlorure de zinc, le sublimé corrosif, l’acide phéniqueen solutions fortes. Nous concevons d’autre part une destruction sans altération de la morphologie des microbes, qui les tue dans leur forme par une sorte de phénomène d’empoisonnement, toxique; leur plasma devient neutre, indifférent, alors que nul puissant microscope n’y découvre de changements apparents. Enfin l’on comprend très bien que certains antiseptiques s’adressent non plus aux germes, mais à la menstrue qui leur sert de véhicule et de terrain, aux liquides séro-sanguins de la plaie. Telle espèce donnée de microzvmes par exemple se développe plus largement
dans un milieu acide, telle autre au contraire dans un milieu alcalin. Ces faits démontrés par les expériences de Pasteur sur les liquides mères de cultures convenant à un microbe déterminé existent avec une complexité bien plus grande dans laphysiologie des germes chirugicaux. Comme les êtres d’organisation plus élevée, les microbes, suivant leur espèce, ont des besoins différents, réclament une alimentation variable (1). « Les levures, dit Duclaux, veulent de la cbaux dont l’aspergillus n’a pas besoin, d’autres espèces exigent du manganèse. » Et plus loin : « Les conditions d’acidité ou d’alcalinité de l’infusion, q ui ont une si grande influence sur la vitalité des germes, commandent aussi, en quelque sorte, la nature des êtres qui viennent y habiter. Les liquides acides sont, en général, plus favorables aux mucédinées, aux levûres et aux mycodermes; ce n’est que très exceptionnellement, et seulement en passant, qu’on y trouve des formes mobiles, vibrions, bactéries ou monades. Ces espèces apparaissent, au contraire, de préférence dans les liquides neutres on alcalins, où les mucédinées ont à leur tour beaucoup de peine à vivre ». Nous ne pensons pas forcer les analogies en transportant ces phénomènes du domaine expérimental dans celui de la clinique.
Mais les antiseptiques peuvent encore agir d’une façon bien différente que celles signalées ci-dessus. Non seulement l’on se représente sans difliculté qu’ils aient sur les germes une influence, soit directe, soit indirecte, non seulement il est possible de leur supposer une action germicide , mais les bénéfices attachés à leur emploi sont susceptibles d’une explication non moins raisonnable,
(1) E. Duclaux. Ferments et maladies, Paris, 188*2.
en dehors de la théorie des germes, par le seul fait de leur action locale , sur les tissus, ainsi que tendraient à le prouver certaines expériences de M. le professeur Gosselin» C’est toucher là du reste àunpoint délicat d’interprétation ; nous l’indiquons en passant dans ce chapitre de généralités, nous réservant d’y revenir plus longuement.
Quoiqu’il en soit, théoriquement les topiques antiseptiques peuvent avoir une action favorable par des modes très variables; rien d’étonnant dès lors à ce que parmi les auteurs nous constations un désaccord général. Une opinion cependant semhle dominer toutes les autres, rallier le plus grand nombre de suffrages, celle expliquant les bons résultats obtenus par la coagulation de l’albumine des plasmas, indifféremment plasmas des tissus, des globules purulents, constitutifs des germes, suivant l'opinion acceptée.
La liste des antiseptiques est immense et la prétention de les citer tous irréalisable. Entrez dans un laboratoire de chimie, chez un pharmacien, prenez le premier bocal tombant sous votre main, bien rarement vous n’aurez pas saisi une substance antiseptique. Citons au hasard le vin, le vinaigre, l’alun, le sel, les végétaux astringents, le camphre, l’alcool et les solutions alcooliques, les formules magistrales n’agissantque par l’alcool qu’elles contiennent, la série des balsamiques, les acides minéraux, tous les caustiques en solutions plus ou moins faibles, etc., etc. Certains agents jouissant de nos jours d’une réputation, d’une vogue considérable, méritent une mention spéciale : tels sont la teinture d’iode, le permanganate de potasse, le chlorure de zinc, les acides borique, salicvlique, phonique, l’iodoforme.
Une division générale de ces substances est sans doute facile pour le chimiste; pour nous, raisonnant dans un ordre d’idées différent, nous avouons, en face des ohscurités planant sur leur rôle réel comme antiseptiques, ne savoir laquelle proposer. Puis, que nous importe en fin de compte leur façon d’agir? c’est bien ici que les termes méthodes antiseptiques devraient rester au singulier; il ne peut y avoir, il n’y a qu’une seule méthode antiseptique, ancienne ou moderne. Employez comme Hippocrate les feuilles d’olivier bouillies dans du vin, employez l’huile de petits chiens d'A. Paré, employez l’acide phénique ou l'iodoforme, la méthode reste fixe et le souci du chirurgien, inconscient ou raisonné, se montre partout semblable, celui de lutter contre les complications des plaies en tuant les germes.
Une différence capitale existe cependant, qui nous frappera au cours de notre étude chronologique, entre Y antisepsie ancienne et Y antisepsie contemporaine , La première faisait des topiques le but à peu près unique de ses recherches, stérilisait ses forces à la découverte de formules plus ou moins étranges, dans la discussion des médicaments, maturatifs, détersifs, mondificatifs, dessiccatifs, etc. ; l’antisepsie contemporaine au contraire, est bien plus large, elle vise dans son ensemble beaucoup d’autres détails aussi importants que la question limitée des topiques. Héritant des conquêtes successives de nos devanciers, elle a groupé les procédés isolés, réuni une série d’indications diverses et faisant flèche de tous bois, c’est-à-dire luttant contre les germes par tous les moyens possibles, elle s’est fondée en définitive sur le rapprochement de principes multipliés. Qu’il nous suffise de citer, à côté de l’emploi
topique des solutions antiseptiques ia désinfection des mains et des instruments, les grands lavages, le drainage, le catgut, les pansements éloignés, la conservation autour de la plaie d’une atmosphère humide antiseptique, etc. Il en résulte que l’antisepsie listérienne est tout à la fois aseptique et antiseptique, dans le sens littéral des deux mots; d’une part, elle s’oppose à l’arrivée des germes, de l’autre elle les tue, si, ce qui est certainement le fait normal, les germes passent à travers les mailles de la méthode. En bonne logique, il faudrait donc y voir une méthode mixte, mais ce serait créer dans la classification une complication sans résultat utile. Aussi tout en reconnaissant son double caractère, défensif et offensif, ayons égard à sou rôle le plus énergique, rappelons nous surtout quel a été le but, la pensée de Lister, tuer les germes , et laissons à la méthode du chirurgien de Glascow ce nom d’antiseptique qui peint si bien son principe fondamental.
Il ne faut cependant pas tout à fait confondre antisepsie contemporaine et antisepsie listérienne. Depuis que la méthode de Lister a paru, on n’a pas eu assez de modifications à lui faire subir ; de toutes parts elle a été torturée, défigurée, il en résulte qu’elle ne représente la pratique que d’une très petite minorité d’adeptes fidèles. Sans vouloir, départi pris, y découvrir des points faibles, on ne peutadmettre en effet que la science chirurgicale s’immobilise sur une technique donnée, qu’elle soit vouée désormais, sans appel, au spray, à l’acide phénique, au makintosh, etc. De là sont nés le pansement antiseptique ouvert de Yerneuil, les pansements modifiés de Létiévant, Bœckel, ceux à l’iodoforme, etc. Mais quelle que soit l'action de ces pansements, point que nous discute-
rons ailleurs, qu’elle soit germinicide ou locale , ils conservent avec l’antisepsie listérienne des liens étroits de parenté, de descendance et c’est cette grande famille de méthodes nouvelles de pansements que nous unissons dans cette appellation générale d’antisepsie contemporaine.