ACIDE BORIQUE
De tous les antiseptiques que nous avons étudiés, Tacide borique est peut-être celui qui, au point de vue de la pratique ordinaire, doit être considéré comme le meilleur. Sans aucun doute, son pouvoir antiseptique est relativement faible, surtout si on le compare à celui du sublimé et même si on veut l'opposer à l'acide phé-f nique. Mais il présente cet immense avantage de n'être pas toxique, de n'être pas irritant, il peut donc être employé par les sages-femmes sans qu'on ait à craindre le moindre accident d'intoxication. Sa solubilité est assez faillie. Son pouvoir antiseptique, bien que peu considérable, est largement suffisant au point de vue pratique. C'est ce que peut prouver Texpérience sui* vante, qui a été faite au pavillon de M. Tarnier.
Pendant le dernier semestre de l'année 1880, 79 fem« mes occupèrent le rez-de-chaussée de ce pavillon ; 76 furent couchées au premier étage« Chez les 79 premières, tous les pansements, lavages, etc., furent pratiqués avec des solutions phéniquées au 1/40 ou au 1/80. On observa :
3 cas de septicémie; 2 cas d'œdème vulvaire avec température au-dessus de 39^ ; 3 cas d'œdème vulvaire avec température au-dessous de 39*; i cas de fétidité
des lochies avec température au-dessous de 39*; 1 cas de sphacèle de la vulve.
Les 76 femmes qui accouchèrent au premier étage furent toutes pansées avec de l'acide borique. On observa : 1 septicémie, 3 œdèmes de la vulve avec température au*dessus de 39^; 3 œdèmes de la vulve avec température au-dessous de 39^
Ainsi donc les résultats obtenus sont sensiblement les mêmes, et nous pouvons conclure des faits précédents, qu'en dehors de tout état d'épidémie, quand il s'agit de cas simples, l'acide borique est un antiseptique aussi bon que l'acide phénique; il présente de plus sur ce dernier l'avantage de n'être ni toxique ni irritant.
L'acide borique pourra être employé avec avantage à défaut de sublimé, pour pratiquer des injections intra* utérines ou vaginales; mais il paraît surtout devoir être utilisé dans le cas de cystite survenant après l'accouchement. Il a donné les meilleurs résultats entre les mains de M. Guyon, et nous verrons, quand nous étudierons le traitement de la cystite, tout le parti qu'on en peut tirer.
Les solutions d'acide borique doivent être faites au 1/20, au 1/40 ou au 1/100. Les solutions au vingtième ne présentent aucun inconvénient. L*acide borique rendra de grands services pour imbiber les pièces de pansement qui devront être appliquées sur la vulve, surtout si on se sert de ces gâteaux d'étoupes qui sont depuis longtemps en usage à laMaternilé de Strasbourg, et sur lesquels M. Weber vient de rappeler l'attention. L'acide borique s'incorpore très facilement à la vaseline, et on peut ainsi avoir à sa disposition une pommade que l'on peut œndre très antiseptique et qui, appliquée sur
les plaies, sur les 6ssures du mamelon, au niveau de la plaie ombilicale chez le nouveau-né^ rendra de g'rands services, tout en ménageant la peau qui, chez le nouveauné, présente une susceptibilité particulière. Pour traiter la plaie qui, chez l'enfant, succède à la chute du cordon ombilical, on pourra encore se servir de Tong^uent bo« riqué dont Lister a donné la formule :
Acide borique lavé 1 partie en poids.
Cire blanche 1 —
Paraffine 2 —
Huile d'amandes 2 —
Disons entin que les lavages avec une solution boriquée seront de la plus grande utilité dans le traitement de rophthalmie purulente des enfants.
A côté de l'acide borique nous devons signaler les borates f dont l'action antiseptique est réelle, bien qu'inférieure à celle de Tacide borique. Ce que nous disons de l'action des salicylates comparée à celle de l'acide salicylique est parfaitement applicable ici.