BICHLORURE DE MERCURE
Le bichlorure de mercure ou sublimé corrosif est, d'après Miquel, une des trois substances éminemment antiseptiques. Il vient immédiatement après Teau oxygénée. Aussi, se Irouve-t-il être le premier sur la liste dressée par Nicolaï de Jalan, qui n'avait pas expérimenté sur le premier de ces corps.
La puissance antiseptique du sublimé n'est plus aujourd'hui contestée par personne.
Seul peut-être Berg'mann(l), de Vùrzbourg», qui place le sublimé après l'acide phénique et prétend que dans une solution de ce corps, les micrococciis peuvent se développer beaucoup plus facilement que dans une solution phéniquée.
Etant interne de M. Tarnier, nous avons eu l'occasion d'examiner un certain nombre de liquides additionnés de substances antiseptiques variées, dans lesquelles M. Tarnier avait placé des frag'ments de placenta ; ils avaient été exposés h Tair libre pendant un certain nombre de jours. Seules, la solution de sublimé au 1/1000 et la solution d'acide borique à 40/1000 ne contenaient aucune trace de g^erme. Du reste, M. Tarnier a rapporté ces faits dans la discussion qui, au Gong'rès de Londres, a suivi la communication de M. Spîeg*elberç (2).
(1) Bergm^nn. Union médicale, 19 sept. 1882.
(2) Transaclions ofthe internalioDal Médical Congress, t. IV, p. 390. Londres, 1882.
L'emploi du sublimé présente oomme tout proeédé, une série d*avantag«s et d'inconvénients. LesavauUga sont les suivants : la g*rande puissance antiseptique io subliméi le prix peu élevé des solutions employées, Taksence complète d'odeur, la facile préparation des sololions. Les inconvénients sont: une action sur la peatt,qù devient dure, un peu tannée. Hâtons-nous de dire cependant que Taclion irritante du sublimé est beaucoup moÎDs marquée que celle de Tacide phénique, et que Ton observe rarement avec ce corps les éry thèmes qui SQ^ viennent rapidement après Taction répétée de solutions phéniquées sur la peau. Le véritable inconvénient de Tacide phénique est sans aucun doute son pouvoir toxique.
Les médecins les plus timides ne craindront pas de recourir au sublimé comme désinfectant. Ils remploieront même assez facilement lorsqu'il s'ag*ira de traiter des plaies ouvertes, peu étendues, exposées à l'air. Mais ils hésiteront à y avoir recours lorsqu'il s'ag^ira d'une plaie aussi vaste, aussi profonde, aussi irrég*ulière que la plaie utérine. Us craindront, en pratiquant des injections utérines ou vaginales, avec le sublimé, de provoquer des symptômes d'empoisonnement chez leurs malades.
La pratique seule pouv€Ût répondre à ces objections, et permettre de dire si ces plaintes sont fondées. Depuis deux ans, à la Maternité deParis, on emploie couramment des solutions de subliméaul/iOOO (liqueur vanSwieten), ou au 1/2000, soit pour pratiquer des lavages vulvaires, soit pour faire des injectionsintra-utérines et vaginales. Jamais, si nombreuses qu'aient été les injeclionsi on n'a observé le moindre symptôme d'empoisonnement. Le su-
Ut bliméaé^alementfdans cesconditioDs,donné d'excellents ^^ résultats entre les mains de M. Budin. Etcependant, aux ^ doses que nous venons d'indiquer, le sublimé aune ac- ^ lion antiseptique des plus puissantes et des plus nettes. ^ Nous nous souvenons d'avoir vu, à la Maternité, une .^ femme qui« à la suile d'une application de forceps pra- ^ tiquéeen ville, avait eu une déchirure complète du péri- ^ née et de la cloison recto-vaginale. A la suite de contusion et de froissements multiples, des ])laques de gangrène étaient apparues sur différents points de la muqueuse vaginale. Cette malade était dans Tétat le plus grave au double point de vue local et général, quand on commença le traitement antiseptique. Pendant plusieurs jours, on multiplia les injections vaginales avec une solution de sublimé au 1/1000; on vit bientôt la plaie prendre un bon aspect; Tétat général s'améliorer sans que l'on pût observer le moindre symptôme d'empoisonnement mercuriel.
Nous connaissons une jeune femme accouchée actuellement en traitement, chez laquelle on dut, immédiatement après raccouchement, pratiquer la périnéoraphie. Au début, on fît pendant quatre jours de nombreux lavages vaginaux et vulvaires, avec de l'eau phéniquée; de la ouate et de la gaze phéniquées furent appliquées sur la vulve. Dès le quatrième jour, il se produisit un érythème tellement violent au niveau des organes génitaux externes, que, sur notre conseil, le médecin traitant abandonna l'acide phénique pour recourir au sublimé. Les accidents inflammatoires s'apaisèrent rapidement et on n'observa aucune modification f&cheuse dans la marche de la cicatrisation.
Faisons remarquer que si, dès l'aocouchement, on ap-
plique sévèrement la mélhode antiseptique, en ayant recours au sublimé, Técoulement lochialest moins abon* dant que de coutume; le sang a g^énéralement une couleur rose vif; les lochies purulentes sont à peine marquées et peuvent même manquer complètement (1).
AZOTATE d'argent.
L'azotate d'argent, d'un emploi courant en gynécolop;'ie, n'est çuère utilisé en obstétrique comme antiseptique. Il pourrait cependant rendre quelques services dans les cas où on aurait à traiter une femme atteinte de vég^étations vulvaires, de plaques muqueuses vég'é— tantes. Dans ces cas, des lavag^es avec une solution d^ nitrate d'argent à 1/300 rendront de g'rands services. Sous cette forme, l'azotate d'arg'ent agit bien plus comme antiseptique que comme caustique. Enfin, dans le cas d*ophthalmie purulente survenant chez les enfants nouveau-nés, l'accoucheur trouvera dans les solutions de nitrate d'arg'ent à 1/200, 1/100, un médicament puissant qui n'ag'ira pas seulement comme modificateur de la conjonctive, mais encore comme antiseptique coag'ulant.