RAPPORTS, FAITS, IDÉES
16. Rapports. — Une vérité dont l'expression renferme la considération de plusieurs choses s'appelle un rapport entre ces clioses, de quelque nature qu'elles soient. Ainsi c'est un rapport entre le fer et l'aimant qu'étant mis en présence ils marchent l'un vers l'autre si aucun ohstacle ne les en empêche. C'est un rapport entre les trois côtés d'un triangle rectangle que le carré construit sur le plus grand est égal à la somme des carrés construits sur les deux autres. C'est un rapport entre le maître et l'ouvrier que le premier prescrive l'ouvrage et que le second l'exécute. C'est un rapport entre les corps à la surface de la terre qu'abandonnés à eux-mêmes dans le vide ils tombent tous avec la même vitesse. Il est inutile de multiplier davantage les exemples ^ ceux-ci suffisent pour faire concevoir toute l'étendue de la signification de ce mot.
17. Faits. — Il est encore un autre ensemble de choses d'une diversité infinie, et qui ont un point commun qui permet de les renfermer sous uiie dénomination générale que nous allons faire connaître.
Si nous considérons un état de clioses quelconque, dans lequel sont des corps inanimés et des êtres animés de toute espèce, et qu'il y survienne un changement quel qu'il soit, simple ou compliqué, nous désignerons ce changement par la dénomination à! événement ou défait.
DuH. — Méth., V. ?.
l8 RAPPORTS, FAITS, IDÉES.
Ainsi, lorsqu'un corps du système s'est déplacé par rapport aux autres, c'est unjait; si un homme découvre une vérité géométrique, il y a un changement opéré dans les connaissances des hommes : c'est encore un fait. S'il se produit une éclipse de soleil, c'est un fait; s'il se produit une révolution dans un empire, c'est encore un fait. Il est inutile de multiplier les exemples pour une chose qui se comprend si facilement dans sa généralité indéfinie.
18. Idées. — Il est encore un autre mot dont la signification est si générale et si étendue que nous croyons devoir fixer avec précision le sens dans lequel nous l'emploierons : c'est le mot idée.
Nous entendons par Vidée d'une chose la représentation de cette chose dans notre esprit j l'idée est donc simple ou complexe suivant que la chose l'est elle-même. Ainsi l'idée d'un chêne sera l'image de ce chêne que la mémoire fera en quelque sorte renaître dans notre esprit 5 l'idée d'un combat sera le tableau que notre mémoire ou notre imagination en tracera dans notre esprit. Si l'on fait cette question : quelle idée vous faites-vous d'un bon gouvernement? Cela veut dire : en quoi pensez-vous que consiste un bon gouvernement? Quel tableau d'institutions et de rouages de toute espèce le figure et le représente à votre esprit ?
19. Une idée générale est une abstraction qui représente à notre esprit tout ce qu'il y a de commun aux différents individus qui composent une même classe.
Ainsi l'idée générale d'un triangle est la représentation dans notre esprit d'un triangle dont la longueur des côtés n'est pas déterminée ; et les raisonnements que nous faisons sur cette image, et que nous pourrions même dessiner aux yeux en y concevant cette même indétermination et en vue seulement de soulager notre mémoire, s'appliqueront à tous