‹ Des méthodes dans les sciences de raisonnement (volume 2)Chapitre 14 sur 63 · CHAPITRE IV, l · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV, l

sentiments que lui fait éprouver à lui-même ce qu'il appelle beau : il le mettra en présence d'une nature splendide ; il lui fera entendre une musique grandiose, lui racontera des actes de sublime dévouement, et lui fera ainsi successivement éprouver le même sentiment d'enthousiasme, qu'il saura démêler et reconnaître, malgré la diversité des circonstances qui l'auront produit. Arrivé à ce point, il lui dira : tout ce que vient de vous faire éprouver ce sentiment est ce que j'appelle beau.

Cet exemple suffit pour faire comprendre comment les hommes peuvent se communiquer les sentiments les plus compliqués, et les désigner par des signes verbaux, ou visibles.

On agirait de même pour les sensations et les pensées. Nous venons de faire voir comment on doit procéder quand il s'agit de choses qui ne peuvent être ramenées à d'autres, et qu'on ne peut faire connaître qu'en les montrant. Quant à celles qui dépendent d'autres, et que l'on veut désigner par un mot, il suffit d'exprimer avec précision cette dépen dance, et elles seront connues avec toute l'exactitude que comportent les données.

14. Existence. — Parmi les choses dont les hommes se communiquent la connaissance en les montrant, nous citerons Y existence des corps. En en variant indéfiniment l'espèce, et répétant toujours cela est, cela existe, on s'entendra bientôt sur la signification de ces mots, qui ne font nullement naître la notion en elle-même, mais serviront à la rappeler, comme font tous les mots du langage. On se comprendra quand on dira : tel objet est dans tel lieu; il est de telle couleur, de telle grandeur. On étendra bientôt la signification de ces mots à d'autres choses que les objets matériels, aux sensations, aux sentiments et aux pensées, et l'on s'en servira avec un grand avantage, sans se croire

l6 DES SIGNES POUR REPRÉSENTER LES CHOSES, ETC.

jamais obligé de répondre aux sophistes qui demanderaient de définir V existence ou Vêtre.

45. Vérité. — Ceci donne lieu à la création d'un nouveau mot, dont l'emploi est fort utile : c'est celui de vérité; il désigne l'existence d'une chose , de quelque nature qu'elle soit, mais non la chose elle-même. Ainsi, quand un corps existe, son existence est une vérité; mais ce corps n'en est pas une. Quand une sensation, un sentiment, une pensée existent, il est vrai qu'ils existent, leur existence est une vérité, mais non pas eux-mêmes. Si je pense que la somme des angles d'un triangle est égale à deux droits, c'est d'abord une vérité que je le pense ; et comme en effet cette égalité existe , son existence constitue une autre; vérité.

Ce que l'esprit admet sans aucune difficulté comme vrai est dit évident, et l'état de l'esprit produit par l'évidence est ce qu'on appelle certitude. Cet état, étant subjectif, n'entraîne pas la vérité de la chose.

Page 1