DES DEUX PRINCIPES QUI CONSTITUENT L'HOMME
25. La partie matérielle de l'homme, dont nous venons de reconnaître l'existence, est composée des mêmes éléments chimiques qu'une multitude de corps inertes que l'on rencontre dans la nature : on y trouve de l'oxygène, de l'hydrogène, du carbone, de l'azote, du phosphore, de la chaux, etc., etc. Ces divers éléments, considérés séparément, ne présentent rien qui donne l'idée de sensation, de sentiment ou de pensée -, et l'on ne se figure pas facilement que leur réunion, dans les proportions mômes où ils se trouvent dans le genre humain, pût produire rien de semblable, en supposant même qu'ils fussent disposés de manière à en former les différents organes. C'est pour cela que de tout temps on a admis qu'il y a autre chose dans l'homme que les éléments matériels que l'on peut mesurer et peser; qu'il y a un autre principe, invisible et impondérable, une âme qui sent et pense, qui a besoin des organes matériels pour entrer en relation avec la nature, et qui, par son union mystérieuse avec le corps, constitue l'être humain. Ce second principe, qui ne tombe pas sous nos sens, est rejeté par ceux qui ne croient que sur le témoignage des sens. Cependant, ne serait-ce pas insensé à l'homme de déclarer qu'il ne peut exister que de la matière ; et si l'on admet qu'il peut exister des êtres immatériels, qui par cela même ne peuvent être aperçus au moyen des sens matériels, comment pourrait-on déclarer impos-
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sible l'union d'un pareil être et de la matière qui forme le corps humain?
26. Amour de soi. — Vous admettez autour des atomes qui composent les corps des fluides impondérables qui, par leur séparation ou leur réunion, produisent des effets prodigieux, et cependant vous ne les voyez ni ne les touchez \ devez-vous regarder comme impossible l'existence d'êtres encore moins matériels que les fluides impondérables auxquels vous croyez sans scrupule ? Et si vous trouvez quelque difficulté à les admettre, trouvez-vous plus naturel de croire aux découvertes géométriques faites par des molécules chimiques convenablement groupées P
Vous dites que les forces qui sollicitent toutes les molécules solides ou liquides qui composent le corps humain déterminent l'action des organes, font circuler le sang et toutes les humeurs, et produisent tous les phénomènes que l'on observe dans l'homme. Mais d'abord que sont ces forces? Vous ne direz pas que c'est de la matière comme peut-être les corps impondérables auxquels vous croyez : ce ne serait que reculer la difficulté et la reporter aux forces produites par ces fluides subtils \ vous croirez donc à l'existence des choses immatérielles. Pourquoi ne pas aller plus loin dans cette voie?
Vous voyez des organes matériels sécréter certaines matières, et il vous semble naturel d'admettre que leur rôle ne doit pas se borner là ; que, par exemple, le cerveau doit sécréter la pensée comme le foie sécrète la bile. Croyez- vous alors que la pensée est quelque chose de matériel? sinon, comme vous croyez qu'elle est quelque chose que vous dites sécrété, vous croyez donc à un être immatériel et vivant? Le nier : par quelle suite de subtils non-sens pourrez-vous seulement expliquer ce que vous entendez par cette ridicule sécrétion?