AMOUR DE SOI. ÉGOÏSME
27. Il est dans la nature de l'homme de clierclier le plaisir et d'éviter la peine, d'aimer la vie et de redouter la mort, même quand elle serait une délivrance pour lui. Il a été porté, tant par le besoin que par le plaisir, à l'alimentation matérielle, sans laquelle son corps périrait promptement 5 à la satisfaction de ses sentiments par les joies qu'ils lui procurent^ à l'exercice de son intelligence par le plaisir que lui donnent les résultats de ses recherches et l'ennui inséparable de son inaction. Tout cela est dans les vues de la Providence, et l'homme est heureux des moyens qu'elle a employés à les accomplir. La recherche de ce bonheur étant conforme à la volonté du Créateur, c'est donc un bien; elle constitue ce qu'on appelle ajuour de soi.
28. Mais cet amour ne doit pas anéantir l'amour de ses semblables, qui est aussi dans les desseins de la Providence 5 et l'extinction de ce dernier au profit du premier est ce qu'on nomme égoïsnie.
Il "est des sophistes qui, à force de subtiliser, sont arrivés à prétendre que tous les actes des hommes sont dictés par l'égoïsme. « On ne fait une chose, disent-ils, que parce qu'elle plaît; on n'y cherche donc que le plaisir, sans s'inquiéter des autres : on la fait donc par égoïsme. m
Ceux qui raisonnent ainsi semblent ignorer que l'homme est porté instinctivement au bien, qu'il le fait souvent sans