CHAPITRE X. 3l
raisonner son acte autrement que dans les détails d'exécution et sans retour sur lui-même. Ce n'est pas le plaisir de l'acte qui le décide, il n'y pense qu'après 5 quelquefois même il n'existe pas. Or ce sentiment instinctif auquel on obéit sans réflexion, qui vous fait exposer votre vie pour sauver celle de votre semblable, n'a aucun rapport, je ne dirai pas avec .l'égojsme, mais même -avec l'amour de soi : c'est une étrange erreur que de les confondre.
Il arrive quelquefois sans doute qu'on fait le bien par ostentation et pour en tirer de la considération auprès des hommes 5 dans ce cas, c'est l'amour de soi qui est le mobile. Et il le serait même encore, mais d'une manière plus noble, si l'on faisait le bien pour le plaisir qu'on saurait devoir en retirer dans son for intérieur, et non pour satisfaire le sentiment méprisable de la vanité.
L'amour de soi a été donné à chaque homme pour que le sentiment du plaisir fût un stimulant pour lui vers l'obéissance à Dieu qui veut la conservation de l'espèce humaine, et, par conséquent, d'abord celle de chaque individu. Mais ce sentiment, même lorsqu'il ne porte pas à nuire aux autres, ne doit pas être écouté sans réserve ; et les plaisirs que l'homme peut se donner sont soumis à la condition qu'ils n'altèrent pas en lui l'œuvre de Dieu, et ne le mettent pas, par sa dégradation physique et morale, hors d'état de remplir dignement le rôle qu'il a été appelé à jouer sur la terre. Il a des devoirs envers lui-même comme envers ses semblables.