‹ Des méthodes dans les sciences de raisonnement (volume 2)Chapitre 30 sur 63 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

taux se reproduisaient naturellement , ont eu l'idée de multiplier celte production, tant pour les arbres dont les fruits leur avaient servi de nourriture que pour les plantes dont le hasard leur avait montré l'utilité. Cette culture les a attachés à la terre, et les services qu'ils pouvaient se rendre dans tous les travaux qu'elle comporte ont contribué à les lier les uns aux autres par l'intérêt et l'affection. La nécessité de se défendre des animaux féroces, eux et leurs troupeaux, leur a fait inventer les armes ^ les instruments d'agriculture et de construction ont été le résultat de nouveaux efforts d'intelligence. A défaut de métaux, ces armes et ces instruments de culture ont été fabriqués avec la pierre : on en possède encore un très-grand nombre, construits très-habilement et merveilleusement appropriés à leur objet.

Laissons maintenant s'écouler quelques siècles, et voyons ce qu'est devenu l'état de cette société.

Des habitations spacieuses et confortables ont remplacé des cabanes étroites et malsaines 5 la découverte des métaux a perfectionné la fabrication des instruments de travail et de mille objets d'utilité, dont il serait trop long de détailler l'usage 5 l'amélioration des routes, les canaux, la navigation rendent plus faciles le transport et par suite l'échange des objets fabriqués et des produits de la terre 5 les sciences de tout genre se sont perfectionnées, et leur application aux arts en a augmenté les produits, tout en rendant le travail plus facile. Cet accroissement dans la quantité et la nature des produits a nécessité une division du travail par laquelle, chacun s'occupant d'un seul objet, les travaux les plus compliqués ont pu être exécutés, à l'avantage de la société tout entière. Ce n'est pas ici le lieu d'examiner par quel mécanisme tout cela a pu s'opérer ; nous ne voulons que constater les faits, et montrer comment l'union des efforts est devenue de plus en plus intime et comment

4o QUE l'humanité marche vers ux but assigné, etc.

le retour des hommes à leur indépendance primitive, en entraînant la mort de la société, entraînerait celle de presque tous ses membres.

Mais ce sera bien autre chose encore si nous comparons ces états intermédiaires à l'état actuel des sociétés , si l'on met en regard ce qu'étaient l'Europe et l'Amérique il y a un siècle et ce qu'elles sont aujourd'hui. Ce parallèle montre avec quelle rapidité croissante se font actuellement les progrès dans les arts, les sciences et la production matérielle. Il montre aussi de plus en plus la nécessité de l'harmonie entre les travailleurs de toute nature, les savants, les artistes et les industriels. On a fait assez souvent la triste expérience des souffrances produites par la désunion, et plus les rouages se compliquent, plus les embarras deviennent nuisibles à ceux-là mêmes qui les ont suscités dans un intérêt mal entendu.

33. Il serait intéressant sans doute de développer ce que nous ne faisons qu'indiquer et de suivre d'une manière presque continue les états successifs par lesquels est passée une société dans un assez long intervalle 5 mais c'est là l'objet d'Ouvrages spéciaux auxquels nous renvoyons le lecteur. Nous nous proposons seulement ici d'établir une proposition générale, dont nous étudierons plus tard les conséquences. Cette proposition, nous croyons en avoir assez dit pour en faire reconnaître la vérité, et nous la formulons de la manière suivante :

« L'observation du passé prouve que les hommes sont destinés à vivre en société, que le désir naturel du bienêtre, secondé par leur intelligence et la liberté de leurs actes, imprime à la société un mouvement continu qui a existé en tout temps et en tout lieu , que le caractère de ce mouvement est un accroissement dans la production, dans les connaissances, dans le bien-être général et dans la

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