QUE LE JUSTE ET LE BIEN NE SONT PAS IDENTIQUES
37. La justice, dans une société quelconque, est, comme nous l'avons dit, la conformité aux lois divines de cette société, c'est-à-dire aux rapports nécessaires qui dérivent de sa nature, en tenant compte de tous les intérêts. Mais un membre peut renoncer à une partie de ses droits dans l'intérêt des autres et accomplir ainsi des actes en deliors du cercle de la stricte justice. Le sentiment de la pitié et de la charité peuvent conduire à des sacrifices que la justice n'exigerait pas, et dont par conséquent on pourrait se dispenser sans injustice. Le juste est le bien relatif à la société ; il peut quelquefois différer beaucoup du bien absolu, mais alors même on ne peut dire que, en s'y conformant, on ait fait le mal^ seulement, on aurait pu faire mieux. La distinction du juste et du bien absolu a été faite de tous temps, comme le témoignent les aphorismes suivants :
Chez les ■Anciens : Summum jus summa injuria. Chez les Modernes : Qui n'est que juste est dur.