QU'IL FAUT DES INTERPRÈTES DU JUSTE ET DU BIEN
38. La conscience nous éclaire d'une manière générale sur le bien et le mal, et l'instinct nous porte vers le premier et nous éloigne du second. Ce même sentiment nous porte aussi vers le juste quand il est manifeste, qu'il se confond avec le bien.
Mais, à mesure que les rapports des hommes entre eux se compliquent, il devient de plus en plus difficile de distinguer dans chaque cas particulier de quel côté est la justice lorsqu'il y a conflit entre les droits de deux membres de la société. Nous ne parlons en ce moment que du juste, parce que la société ne peut exiger davantage.
On reconnaîtra d'abord que, pour l'exiger, il faut qu'elle le fasse connaître, et par conséquent qu'elle publie la collection complète de ses lois, c'est-à-dire des rapports que doivent avoir entre eux ses membres dans toutes les questions d'affaires publiques ou privées, de quelque nature qu'elles soient. C'est ainsi que se trouveraient bien définis les droits et les dei^oirs de chacun .
Mais tous les hommes n'ont pas l'aptitude nécessaire à l'intelligence de toutes les lois renfermées dans ce code, où d'ailleurs tout ne peut être prévu : bien des cas particuliers ne peuvent être décidés que par des analogies peu évidentes avec les principes explicitement énoncés-, de là naissent des contestations entre les parties intéressées, qui peuvent être l'une et l'autre de la plus complète bonne foi.
46 qu'il faut des interprètes du juste et du bien.
Il a donc été nécessaire de créer un corps de magistrats éclairés et honnêtes, ayant pour mission de décider de quel côté est la justice et de la faire exécuter.
Quant au bien, qui est au delà à\x. juste, nul n'a le droit de l'exiger, et la société n'y peut intervenir, puisqu'elle ne prescrit rien en dehors du juste. Mais il est utile d'en développer le plus possible le sentiment chez les hommes par la prédication et l'exemple, de leur rappeler souvent que, si la société ne leur prescrit pas la charité et le dévouement, ce n'est pas qu'elle y soit indifférente , mais bien impuissante et sans action possible sur les sentiments. Il est donc bon de créer aussi un corps de prédicateurs moralistes, ayant pour mission spéciale de développer le sentiment du bien en portant au peuple assemblé ce qu'on peut appeler la parole de Dieu.