DU CHEF DES SERVICES DE LA SOCIÉTÉ
En se plaçant dans l'hypothèse de l'hérédité, il faudra donc que la société prenne des mesures efEcaces pour que cette fonction conserve le caractère que nous lui avons donné dans l'hypothèse de l'amovibilité. Le chef ne doit jamais être que l'exécuteur des volontés de la nation, manifestées par l'assemblée souveraine : il ne peut faire les lois, ni prendre des résolutions qui engagent la société, si elle ne les a pas ratifiées auparavant.
Enfin, comme il est contraire à la raison que les générations nouvelles soient enchaînées par la décision prise par une génération qui n'est plus, il serait à propos qu'à certaines époques désignées d'avance, ou commandées par les circonstances, on consultât la nation pour savoir simplement si elle veut continuer cet état de choses ou le modifier. C'est là le seul moyen d'éviter les révolutions violentes que les empiétements du pouvoir exécutif amèneraient inévitablement.
Cette nécessité de consulter quelquefois la nation suffit pour montrer qu'il est préférable de ne pas constituer un pouvoir héréditaire, mais de reviser à des époques fixées la constitution, et de choisir en même temps celui qui devra la faire exécuter. Cette marche est la seule sincère, et l'établissement d'un pouvoir héréditaire, que l'on sait qu'on discutera un jour et qui pourra être renversé pacifiquement ou violemment, n'est qu'une dangereuse illusion.