‹ Des méthodes dans les sciences de raisonnement (volume 2)Chapitre 53 sur 63 · DE LA GUERRE ET DE L ARMEE · texte numérisé non relu

DE LA GUERRE ET DE L ARMEE

cée par un ennemi extérieur •, il faut que par un exercice suffisant il se soit mis en état de lutter avec avantage contre des troupes aguerries. Dans ces conditions, les agressions sont peu à craindre, parce qu'elles auraient peu de chances de succès, et que, lors même qu'elles réussiraient, elles coûteraient si cher aux assaillants qu'ils jugeront dans leur intérêt de ne pas les entreprendre.

57. On pense généralement que, pour rendre la défense plus sûre, il est à propos de former un corps de citoyens qui n'aient pas d'autre occupation que l'art de la guerre, qui constitue ce que l'on appelle une armée permanente. 11 est incontestable que ces militaires seront plus habiles dans leur art que les citoyens livrés à des occupations industrielles, scientifiques ou artistiques, sans cependant négliger entièrement l'art de la guerre*, mais il y aurait un grand inconvénient à ce que l'armée fût assez nombreuse pour pouvoir dominer la partie civile de la nation. L'expérience a trop de fois prouvé que le chef de l'armée peut la faire servir à renverser l'ordre établi, et substituer son pouvoir absolu à la constitution fondée par l'autorité souveraine de la société. Cette trahison est aussi possible dans un Etat où le chef est héréditaire que dans celui où il est électif. Son succès dépend seulement du rapport de l'armée permanente à l'armée civile. Une nation sage établira donc ce rapport de manière que sa liberté ne soit pas à la merci d'un chef ambitieux, et elle sera suffisamment garantie contre les agressions criminelles de ses voisins si elle a su se donner des lois qui assurent le bonheur général 5 pas un seul de ses membres n'hésitera à exposer sa vie pour la défendre, et il ne se trouvera pas un ennemi assez audacieux pour l'attaquer.

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