‹ Des méthodes dans les sciences de raisonnement (volume 2)Chapitre 54 sur 63 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

D'UNE SOCIÉTÉ SOUiMISE DEPUIS LONGTEMPS A UN GOUVERNEMENT DESPOTIQUE.

58. La société dont nous avons suivi le développement avait été formée dans des conditions exceptionnellement favorables. Nous avions supposé la réunion successive de familles, venant se fixer dans un pays fertile d'une étendue indéfinie, pouvant produire beaucoup plus que la subsistance des agriculteurs, et permettant ainsi à une grande partie de ses membres de se livrer à d'autres travaux que ceux de la terre. Dans une pareille société, les institutions se sont faites facilement à mesure que son développement en a fait sentir le besoin, et elles ont toujours été dirigées vers le bonheur général, qui était le but de l'association.

Considérons maintenant une nation qui, sous l'influence de causes quelconques, a perdu sa souveraineté, et se trouve depuis un long temps soumise à la volonté arbitraire d'un maître qui possède tous les moyens de l'imposer. Quels sont ses droits et ses devoirs? Vers quel avenir tend-elle ? Pour résoudre la question, il faut remonter aux données fondamentales de l'humanité et aux conditions que nous avons admises comme inhérentes à la nature de l'homme, c'est-à-dire comme conformes aux desseins du Créateur.

Tous les hommes naissent avec le droit d'être heureux

74 d'une société soumise depuis longtemps, etc.

en obéissant à la volonté de Dieu 5 nul n'a le droit de les en priver et de les opprimer dans son intérêt personnel. La durée de l'oppression ne saurait la légitimer, et toute société privée de sa liberté et de sa souveraineté par la violence a le droit de la reprendre, et la reprendra nécessairement un jour, puisque son bonheur est dans les desseins de la Providence. Il reste à savoir quand et comment 5 car tous les moyens ne sont pas bons, et toutes les circonstances ne sont pas favorables.

59. L'étude du passé peut donner quelques lumières à cet égard. Plusieurs nations, après avoir subi pendant des siècles un despotisme plus ou moins dur, suivant le caractère de ses rois, sont en voie de conquérir la souveraineté à laquelle elles ont droit, et l'on peut espérer qu'elles y parviendront pacifiquement. Les progrès qu'elles ont faits jusqu'à ce jour ont été clièrement achetés, parce que ceux qui possèdent le pouvoir n'ont pas toujours assez de lumière ou de vertu pour faire les concessions que l'état de la civilisation demande dans l'intérêt de la nation, et que, d'un autre côté, la majorité qui souffre injustement et qui en a la conscience cherche à renverser violemment les obstacles qui s'opposent à ce qu'elle jouisse des avantages auxquels elle a droit. Nous pourrions citer l'exemple de nations dont l'histoire est bien connue, et en tirer d'utiles leçons pour l'avenir 5 mais toute discussion particulière nous éloignerait de notre objet : nous n'avons en vue que les principes, et nous laissons aux traités spéciaux la recherche des causes qui préparent lentement les grands événements qui pourraient se produire naturellement si chacun faisait son devoir, et qui ne sont ordinairement que le résultat d'une explosion.

Nous nous bornons donc à cette conclusion : dans quelque état que soit une nation sous le rapport de la civi-

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