CHAPITRE VIII
elles décident, l'une que le chef du pouvoir exécutif sera périodiquement électif, l'autre qu'il sera héréditaire. Suivons-les l'une et l'autre à partir de ce moment.
L'identité subsistera jusqu'à la fin de la première période élective, car, lors même que le monarque mourrait dans l'intervalle, nous accordons que son successeur prendrait le pouvoir sans secousse et continuerait sans aucune diflérence à l'exercer conformément à la constitution. A l'approche de cette élection, il y aura sans doute une certaine agitation dans la société 5 il y aura plusieurs prétendants au pouvoir, leurs amis intrigueront, quelques désordres pourront s'ensuivre 5 mais dans chaque localité les suffrages seront comptés exactement, et, dès que l'élu sera proclamé , il possédera la force avec le droit et tout rentrera dans l'ordre jusqu'à l'élection suivante. On ne voit là aucune cause sérieuse d'instabilité. On n'y voit pas surtout la nécessité d'une grande abnégation ni d'une vertu exceptionnelle.
Dans la monarchie, on n'a pas, il est vrai, l'élection d'un chef, mais on peut avoir bien pis : on peut avoir l'élection d'un régent, et à la suite un interrègne plus ou moins long et plus ou moins orageux. De quel côté est l'avantage? D'ailleurs nous avons supposé les deux sociétés d'abord identiques 5 mais cette similitude peiit-elle subsister? Une famille dont tous les membres sont susceptibles , suivant le caprice de la mort, de devenir chefs de l'Etat, ne serat-elle pas entourée de flatteurs? ne cherchera-t-elle pas à se faire des partisans qu'il faudra qu'à son tour elle protège, en leur donnant, au détriment des plus méritants, les emplois et les positions dont dispose le monarque? Celui-ci ne profitera-t-il pas de son influence, prolongée pendant de longues années, pour faire modifier la constitution et la faire dévier de l'intérêt national à l'intérêt dynastique? Certainement, s'il est un état social où la vertu soit néces-
78 DE l'opinion qu'il faut plus de vertu, etc.
saire, c'est celui où les complaisances coupables, l'oubli (les devoirs et de la dignité, la servilité à l'égard du monarque et des princes, peuvent conduire à la richesse et à l'élévation. Que dans cet état l'absence de vertu ne mène pas immédiatement à l'abîme, cela est possible : mais elle éloigne plus rapidement que dans tout autre de la voie providentielle. Il n'est donc pas durable, et, n'étant pas régulièrement perfectible, il ne peut être changé que par une catastrophe.
L'état monarchique aurait donc besoin de plus de vertu et ofïre moins de stabilité que l'état républicain.
62. Citons maintenant quelques faits, et bornons-nous h la France. Après des siècles de monarchie despotique, la nation, convoquée en 89 pour venir au secours du gouvernement obéré par les prodigalités de tout genre des règnes précédents, chercha à conquérir un peu de liberté et des garanties pour son honneur et sa fortune. Elle déclara qu'elle ne se séparerait qu'après s'être donné une constitution. L'accord fut complet d'abord entre le monarque et les différents ordres de la nation-, la constitution fut faite et jurée. Il n'entre pas dans notre objet de discuter les causes qui troublèrent une harmonie si heureuse 5 l'entente cessant d'exister, la guerre intérieure éclata avec violence et la royauté fut emportée.
La république fut ainsi établie en 92 5 elle résista à toutes les attaques du dehors et à quelques tentatives d'insurrection, et s'établit enfin solidement. Elle restait néanmoins sous les armes par suite de la malveillance des rois que l'exemple de la France inquiétait pour eux-mêmes. De là ces grandes armées permanentes dont nous avons précédemment signalé les inconvénients. Entre tous les généraux qui les conduisirent à la victoire, il y en eut un qui, par ses .succès militaires, son génie incontestable et