CHAPITRE VIII
une sorte de prestige attaché à sa jeunesse, disposait d'une manière absolue de ses troupes , et pouvait à son gré les mener à la conquête d'un royaume étranger ou au renversement du gouvernement de son propre pays. Il fit l'un et l'autre, renversa la république et rétablit la monarchie.
On voit ainsi que la république fut renversée par l'armée dont l'existence était rendue nécessaire par l'hostilité des rois, tandis que la monarchie avait été renversée par la grande majorité de la nation.
Cette nouvelle monarchie prospéra jusqu'au moment où son chef, enflé de ses succès militaires et confiant dans la valeur de ses troupes, projeta l'asservissement de l'Europe entière et fut enfin renversé par elle.
L'ancienne monarchie succéda à celle-ci en i8i4, et prit possession de la France comme d'une propriété inaliénable, lui octroya une constitution sans la consulter, et blessa ainsi la nation dans ses droits et sa dignité. Aussi ne futelle pas soutenue quand le danger revint pour elle.
L'empereur déchu, connaissant le peu d'aifection que ses successeurs s'étaient concilié dans les masses, conçut l'audacieux projet de remonter sur son trône perdu, de soulever la France, sans armée, sans combats, par le simple prestige qui l'entourait encore et que les fautes des nouveaux maîtres n'avaient fait qu'augmenter. Il débarqua avec une faible suite ^ son voyage à travers la France ne fut qu'une marche triomphale 5 les villes lui ouvraient leurs portes, les troupes se joignaient à luij il avait une armée en arrivant à Paris. Celle qu'on envoya contre lui l'acclama, et il reprit possession de la capitale et de la France comme s'il ne l'avait jamais quittée.
Nouvel exemple d'une monarchie renversée, principalement par l'armée permanente, mais avec l'acquiescement de la majorité de la nation.
8o DE l'opinion qu'il faut plus de vertu, etc.
Celte conquête, merveilleuse et insensée, ne pouvait avoir une longue durée. La France épuisée devait succomber de nouveau sous la coalition qui l'avait déjà abattue, et que son succès avait exaltée. Ce ne sont pas quelques ignobles trahisons, c'est la force des choses qui a amené la chute du nouvel empire 5 elle était inévitable, et sa promptitude a presque été un bienfait.
Voilà donc encore une monarchie renversée par les armées permanentes. La précédente avait duré un an, celle-ci n'eut qu'une existence de quelques mois.
Le roi fugitif fut ramené par les armées victorieuses des coalisés et régna assez tranquillement pendant près de dix ans. Son successeur n'imita pas sa prudence. Après avoir fait passer des lois cruelles, odieuses à l'immense majorité de la nation, il voulut porter atteinte à la constitution ellemême, et ce fut le signal d'une insurrection que ses troupes ne purent réprimer. Il fut forcé de sortir de la capitale, et, n'osant pas ou ne voulant pas soutenir la guerre contre la population, il abandonna le trône et la France, et pendant quelques jours la nation se trouva gouvernée par la Chambre des députés.
Cette assemblée, pressée de faire sortir la France d'un provisoire dangereux, trancha la question sans la consulter, élut un nouveau roi et modifia quelque peu la constitution précédente.
Dans cette révolution, on voit une monarchie renversée, malgré l'armée, par le peuple qui a commencé là à connaître sa force.
Le nouveau règne, commencé en i83o, dura jusqu'en 1848. Le peuple, préparé depuis longtemps à l'insurrection, profita de circonstances, insignifiantes au fond, et de troubles imprudemment produits par des hommes qui n'en prévoyaient pas les conséquences^/ il parvint à établir des conflits avec la force armée, et, la guerre une fois engagée,