‹ Des méthodes dans les sciences de raisonnement (volume 2)Chapitre 63 sur 63 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

vers ce qui est bien, sans intérêt, quelquefois même contre son intérêt ; il lui a inspiré le désir de se conformer à sa volonté et lui a donné la raison pour aider l'instinct, qui ne lui suffirait pas toujours à discerner le bien du mal. Après cela, il lui a laissé la liberté de ses actes, mais en même temps il en a fait peser sur lui la responsabilité. Pourquoi? C'est à quoi nous n'essayerons pas de répondre-, nous ne jugeons pas les desseins de Dieu 5 nous tâchons de les connaître pour nous y conformer, mais en chercher les motifs est une tentative téméraire et inutile : la raison humaine ne peut expliquer la raison divine.

Mais la raison humaine a pu reconnaître que l'abandon de la ligne du devoir a généralement des suites fâcheuses. L'abus des plaisirs de tout genre détruit la santé et abrège la vie : la mauvaise foi fait perdre la confiance, et par là cause généralement plus de dommages qu'elle n'a d'abord procuré d'avantages. On reconnaît de même que tous les vices, malgré l'aspect séduisant qu'ils peuvent offrir d'abord, produisent à la fin plus de chagrins et de malheurs qu'ils n'ont donné de jouissances. Il y a cependant des cas exceptionnels, où il semble que les plus grands excès n'ont produit aucune altération dans la santé, les facultés et la durée de la vie de ceux qui s'y sont livrés, d'autres cas où l'improbité a conduit â la fortune, et quelquefois même à la considération. Mais c'est précisément là ce qui prouve que Dieu n'intervient pas dans les actes particuliers, soit pour les diriger, soit pour les punir; car, ou il ne laisserait commettre aucune faute, et il n'aurait jamais à punir, ou il n'interviendrait pas pour les empêcher, mais seulement pour les punir, et dans ce cas il ne ferait aucune exception. Or l'une et l' autre supposition sont contraires à l'observation. Ces raisonnements humains sur des desseins divins ne sont ni insensés ni téméraires, comme nous les en avons accusés quelquefois ; car il s'agit ici de se faire une opi-

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nion sur la question de savoir si Dieu cliâtie pendant leur vie ceux qui commettent le mal, et préserve dans les dangers les hommes vertueux : or, la conscience seule ne pouvant nous éclairer à cet égard, nous sommes obligés d'observer les faits et de faire usage de la raison qui nous a été donnée. Et nous croyons n'être pas téméraire en exprimant ainsi notre opinion :

Dieu, en nous inspirant l'amour du bien, a voulu qu'il y eût pour nous des inconvénients à faire le mal , mais il nous a laissé à tous la liberté de faire l'un ou l'autre ^ il n'influe donc pas sur nos actes particuliers, car ce serait la destruction de la liberté; et quant à la punition des fautes, son principe remonte à la création de l'espèce humaine, et elle n'est pas décrétée par Dieu dans chaque cas particulier; aussi se trouve-t-elle soumise aux défectuosités que l'homme aperçoit en toutes choses et qu'il serait téméraire de juger : car ce qui est imperfection aux yeux de l'homme peut être un élément nécessaire d'un ensemble qu'il ne connaît pas.

Ce que nous venons de dire pour chaque homme en particulier s'applique à une société considérée comme un être collectif. Si elle abandonne la voie qui conduit au but qui lui est assigné, il en résulte toujours des suites fâcheuses, qui pourraient la conduire à sa ruine si elle persistait dans le mal. Ces punitions ne sont pas infligées directement par un acte de la volonté de Dieu; le principe qui les produit est dans la nature même de l'homme et lui a été imprimé dès son origine. C'est toujours Dieu qui punit, mais d'une manière plus conforme à l'idée que l'homme se fait de sa grandeur.

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