CHAPITRE PREMIER
existence, et dont la fixité prétendue est une cliimcre dont la simple notion ne pourrait être ni définie ni sentie, c'està-dire ne pourrait s'acquérir ni par l'esprit ni par les sens.
On ne pourrait, en effet, définir Timmobilité de ces points qu'en l'admettant déjà dans d'autres, c'est-à-dire par un cercle vicieux. El quant à l'évidence obtenue par les sens, on ne peut linvoquer, puisque les hommes n'aperçoivent que des repos ou mouvements relatifs; de sorte que la conception de repos ou mouvement absolu, loin de pouvoir être rangée parmi les idées premières, admises par le sentiment de l'évidence, ne serait qu'une vague rêverie dont le fond serait un cercle vicieux.
Abandonnons donc cette fausse notion, dont l'inutilité est d'ailleurs évidente ; car tous les principes que l'on établirait en l'admettant ne pourraient jamais être fondés que sur des observations et des expériences relatives. Et à quoi bon partir du relatif pour établir par induction un absolu imaginaire, d'où l'on tirerait des principes applicables au relatif, qui est la seule chose réelle? Ne vaut-il pas mieux, après avoir établi les principes sur le relatif, les appliquer directement au réel, sans remonter à un absolu fantastique, pour l'abandonner immédiatement?
164. Du temps. — Le temps, comme l'espace et le mou, vement, a donné lieu à bien des discussions entre les philosophes ou les sophistes. La succession de nos sensations et des événements qui les ont produites est incontestable pour tous les hommes. Mais, entre ce sentiment et la pensée qu'il V a un être dans lequel se fasse cette succession, il v a un abîme. Le temps n'a pas plus d'existence réelle que l'espace; il est peut-être même encore moins saisissable. Ces deux prétendus êtres sont des créations fantastiques de l'imagination de l'homme, qui veut toujours aller au delà de ce qu'il peut sentir et comprendre. Mais, comme la succession DuB. — Mélh. IV. i5
des événements joue un grand rôle dans la nature et dans la vie des hommes, il est de la plus grande importance d'y introduire de l'ordre et de la précision, et c'est ce que l'on a fait d'ai)ord en rap|:»orlant les divers événements à des événements successifs bien saillants, comme par exemple les retours du soleil au-dessus de l'horizon. Ce classement des événements au moyen des jours étant bientôt devenu insuffisant, il a fallu les rapporter à des intermédiaires, et Ton a appelé cela diviser le temps en intervalles, langage figuré qui a fini par faire croire que le temps était une grandeur, divisible comme les quantités géométriques, et sur laquelle se placent toutes les époques, comme les points de division sur une ligne.
Tout en protestant d'avance contre l'admission d'un être appelé temps, nous emploierons le langage ordinaire, nous classerons les événements successifs par ce que nous nommerons des intervalles, que nous exprimerons par des nombres, après en avoir défini avec précision Yégalité et V addition.
iSous dirons que deux intervalles de temps sont égaux lorsque deux corps identiques, placés dans des circonstances identiques au commencement de chacun de ces intervalles, et soumis aux mêmes actions et injluences de toute espèce, auront parcouru à la fin de ces intervalles des espaces identiques, relativement au système rigide auquel on rapporte toutes les positions.
Si, après la détermination duii iiilervallc, un aulre commence et se termine, on dit (|ue du commencement du jiromicr à la fin du second il v a un inlervalle éjral à la somme des deux.
Avant ainsi défini l'égalité et Taddilion des intervalles, on choisira, pour terme de comparaison, un certain intervalle, qu'il est naturel de prendre en rapport avec la durée du jour; cl tous les inlcrvailcs ou toutes les durées pour-