‹ Des methodes generales d'operation de la cataracte et en particulier de l'extraction lineaire composeeChapitre 13 sur 13 · CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS

Arrivé à la fin de ce mémoire, je dois me demander maintenant si j'ai formé d'une manière complète l'opinion de mes lecteurs sur la valeur de l'extraction linéaire composée.

Au point de vue théorique, la nouvelle opération semble réunir toutes les meilleures chances de succès. La guérison facile d'une section linéaire comparée aux lenteurs de la cicatrisation d'une plaie à lambeau, les avantages de l'excision d'une partie de l'iris, la possibilité d'évacuer complètement toutes les couches de la cataracte, la rapidité de la guérison, l'indépendance du malade, enfin la sécurité de l'opérateur, sont des conditions bien faites pour rattacher à la nouvelle méthode un grand nombre de chirurgiens.

Mais la pratique seule peut juger en dernier ressort de la valeur d'un procédé, détruire les incertitudes et entraîner les convictions, et encore ce n'est que sur un très-grand nombre de chiffres qu'on peut baser des conclusions certaines. Combien d'opérateurs, en effet, ont vu s'évanouir par l'expérience des illusions issues de quelques séries de succès, et combien de méthodes qui paraissaient excellentes dans de premiers essais ont dû être abandonnées plus tard ! L'extraction linéaire composée n'a pas, je crois, à redouter aujourd'hui un pareil sort. Elle a été expérimentée des milliers de fois par des chirurgiens également habiles. MM. de Grsefe, Knapp, Mooren, Bowman, pour ne parler que des oculistes étrangers, ont extrait par cette

méthode, depuis cinq ans, un très-grand nombre de cataractes, et ont obtenu de tels résultats que pas un d'entre eux ne reviendrait à l'extraction de Daviel.

En France, MM. Wecker, Meyer, Liebreich, à Paris, qui opèrent chaque année plusieurs centaines de cataractes par le procédé de Grsefe, enregistrent des moyennes de succès qu'il semble difficile de dépasser, et ne songent pas à reprendre l'ancien couteau. Le dernier relevé de la clinique du docteur Wecker, pendant l'année 1869 (1), a fourni un chiffre de 109 opérations d'extraction par le nouveau procédé, et sur ce nombre 5 seulement n'ont pas réussi : ce qui donne une moyenne de 4^5 insuccès p. 7o j c'est-à-dire un peu moins delà moitié des insuccès de l'extraction à lambeau (10 p. 7o)- Le docteur Ed. Meyer me disait, il y a peu de temps encore, que la proportion de ses succès s'accordait parfaitement avec celle de ce confrère.

D'un autre côté, les observations que je viens de publier démontrent qu'entre les mains de chirurgiens dont la pratique est moins vaste, puisqu'ils exercent dans un milieu plus restreint, le procédé de Graefe fournit également un très-grand nombre de guérisons.

A la clinique chirurgicale de Montpellier, à l'hôtel-Dieu Saint-Eloi, j 'ai vu également appliquer ce procédé au traitement de la cataracte. M. le professeur Courty a pratiqué l'extraction linéaire composée dès qu'elle a été connue, et il nous a assuré en obtenir plus de succès que des autres procédés précédemment employés par lui.

S'il est donc établi théoriquement que l'extraction linéaire composée offre plus de chances de réussite que l'extraction ancienne, on voit aussi que, soumise à une vaste expérimentation, elle donne moitié moins de revers. La conclusion de ce fait

,(1) Union médicale du 3 mars 1870, p. 346.

s'impose d'elle-même, et la supériorité de la nouvelle méthode sur les autres n'a plus besoin d'être mise en question.

Toutefois, au point de vue chirurgical et au point de vue optique, cette opération est encore l'objet des plus vives attaques. Les partisans du lambeau lui reprochent surtout de faire bon marché de l'iris, dont les fonctions importantes et multiples paraissent essentielles sur un œil privé de sa lentille. L'iris, en effet, disent-ils avec une apparence de raison, corrige l'aberration de sphéricité de la cornée, a une action photométrique spéciale, diminue l'étendue des cercles de diffusion, et doit, par conséquent, contribuer à la netteté de la vision excentrique. Ces chirurgiens conservateurs oublient que, dans un bon tiers des extractions à lambeau, divers accidents, soit l'enclavement ou le prolapsus de l'iris, soit la procidence du corps vitré, peuvent endommager la pupille, et que ces déformations nuisent bien plus à la vision que ne le fait un coloboma à bords réguliers, voilé presque entièrement par la paupière supérieure. Cependant je leur accorde sans peine que la mutilation de l'iris est défectueuse, et, s'il était possible d'obtenir le même nombre de succès sans faire le sacrifice d'une partie de l'iris, je rejetterais bien loin le nouveau procédé. Mais le premier désir du chirurgien, en présence d'un cataracté, étant de lui rendre la vue, et , pour atteindre ce but, l'extraction linéaire composée offrant deux fois plus de chances que l'ancienne méthode, je crois que l'hésitation n'est pas possible, dans l'intérêt du malade comme dans celui de l'opérateur.

D'ailleurs, j'ai pu me convaincre récemment que les inconvénients optiques qui résultent de l'iridectomie sont peu appréciables, lorsqu'on a soin de ne pas exciser une portion trop considérable de l'iris et de faire la section en haut. Le D"" Em. Martin m'a présenté, il y a quelques jours, quatre opérés de cataracte : deux avaient subi l'extraction à lambeau depuis

trois ans et présentaient des pupilles parfaitement rondes ; les deux autres, opérés depuis un an par le procédé de Graefe, avaient des pupilles agrandies. Ces quatre malades possédaient une acuité visuelle relativement égale, et s'orieijtaient avec la même facilité. Mon opinion est donc bien formée, et, tout en reconnaissant qu'au point de vue chirurgical il vaudrait mieux épargner l'iris, je pense que la combinaison de l'iridectomie avec l'extraction linéaire ne peut donner naissance à aucune objection sérieuse.

En conséquence, je crois pouvoir résumer mon mémoire par la proposition suivante :

Dans l'état actuel de la science, l'extraction linéaire composée est la seule méthode générale applicable au traitement de la cataracte, parce que c'est celle qui donne la plus grande proportion de succès.

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