‹ Des méthods dans les sciences de raisonnementChapitre 163 sur 198 · VOLONTÉ, INTENTION, BUT. - LIBERTÉ. - DÉSIR, INSTINCT · texte numérisé non relu

VOLONTÉ, INTENTION, BUT. - LIBERTÉ. - DÉSIR, INSTINCT

7. J^olonté, intention, but. — Si les objets extérieurs agissent sur l'homme, réciproquement l'homme agit sur eux quelquefois sans le savoir, quelquefois avec connaissance. Quand il a aperçu un objet, qu'il a p<;nsé à le saisir, qu'ensuite il l'a saisi, on dît qu'il a eu d'abord V intention, puis la volonté de le saisir.

La cliose voulue s'appelle le hiit qu'il s'est proposé.

On parle si souvent des actes de la volonté qu'on pourrait donner à penser qu'on la regarde comme un être réel, tandis que ce n'est qu'un état de l'esprit de l'homme qui se porte avec connaissance à un acte quelconque. Cette observation paraîtra peut-être superflue à ceux qui ne connaissent pas toutes les subtilités et toutes les bizarreries émises par les sophistes. Nous ne craindrons pas de nous répéter en ramenant sans cesse à l'unité dans l'homme, et ne laissant pas croire que ses facultés soient autre chose que luimême considéré sous divers aspects.

8. Liberté. — Ce que nous venons de dire à propos d'un acte très-simple se reproduirait toutes les fois que l'homme s'est porté avec connaissance à un acte quelconque.

Il a commencé par penser aux choses dont il est question, c'est-à-dire à délibérer; il en est résulté Vintention d'arriver à un certain but, puis la volonté d'j parvenir et enfin l'acte qui le lui fait obtenir.

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TE, INTENTION, BUT, LIBERTE, DEi

Ces diverses opérations se passent dans l'esprit de l'homme, ses appréciations dépendent de sa sagacité, de ses goûts, de ce qu'il est enfin; il a délibéré en tenant compte de tout, de ses sensations comme de ses sentiments, et il a agi conformément à sa délibération : et c'est cela que nous exprimerons en disant qu'en exécutant sa volonté il a agi librement. Ainsi nous entendons par liheité la propriété qu'a l'homme d'agir par des motifs appréciés par lui d'après

la nature qui lui a été donni

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vention étrangère influence les actes qui résulteront de cette nature, abandonnée à elle-même.

Cette notion si simple a été obscurcie par les subtilités des sophistes. Ils ont dit que l'homme n'était pas libre, parée que sa volonté était une conséquence forcée de l'action des objets extérieurs sur lui, et que, lors même qu'il délibère sur ces impressions, sa volonté est toujours déterminée par un motif qu'il n'a pas créé, ne fùl-il même qu'une fantaisie ou un caprice.

Est-ce donc à dire qu'ils ne reconnaissent de liberté que dans une volonté sans motifs, qui livrerait les actions des hommes au plus burlesque hasard? Nous serions bien heureux alors que le Créateur ne nous ait pas fait un don si funeste. Et si ce n est pas là leur pensée, qu'ils disent ce qu'ils entendent par liberté; je crois pouvoir affirmer alors que, si leur définition n'accorde pas la liberté à l'homme, elle ne l'accordera pas à Dieu même.

Quelques défenseurs du libre arbitre ont répondu que l'homme n'avait pas besoin de motifs en dehors de lui pour avoir une volonté quelconque, et qu'il pouvait se la donner lui-même. Ils ne réfléchissaient pas que, pour se donner une volonté, il faudrait déjà l'avoir; mais cela ne ferait d'ailleurs que reculer la difficulté, puisqu'il aurait fallu dire comment était venue la volonté de se créer la volonté en question; et l'on tomberait dans la niaiserie en disant

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qu'on peut se créer cette volonté antérieure, et ainsi de suite indéfiniment.

Malheureusement tout ce qui est étrange et obscur séduit le vulgaire, et Lien des questions logiquement absurdes ou au-dessus de l'intelligence humaine ont troublé des esprits faibles cliercliant la vérité de bonne foi, s'obstinant à la découverte de l'impossible, et ne trouvant pour terme de leurs orgueilleuses rêveries que le désespoir ou la folie. Heureux les simples d'esprit qui ne cherchent pas à se figurer un être doué d'intelligence, dont les actions n'auraient aucun motif apprécié par lui, et qui se donnerait à luimême la volonté d'agir sans raison!

9. Désir. — Sans arriver à l'état de volonté, l'homme peut se sentir porté vers une certaine chose, et penser qu'elle lui procurerait du plaisir. S'il ne dépend pas de lui de l'obtenir, il ne passe pas à son égard à l'état de volonté, mais simplement de désir. Si la réalisation de son désir ne lui parait pas impossible, il éprouve ce qu'on appelle espérance.

10. Instinct. — Il est aussi des actes produits par l'homme sans que son intelligence et sa volonté y soient pour rien, comme par exemple les mouvements des lèvres de l'enfant qui vient de naître, au moyen desquels il lire sa nourriture du sein de sa mère, et qu'il produit avant même qu'ils lui soient utiles. Tous les actes extérieurs qui, comme celui que nous venons de citer, concourent à la conservation de l'homme, et qu'il fait sans volonté, de quelque genre qu'ils soient, sont appelés instinctifs, et la faculté d'en produire de tels se nomme instinct.

Dans cette définition, il n'est question que d'actes extérieurs à l'homme ; ainsi tout ce qui se passe dans l'intérieur de son corps, tous les actes produits par ses divers organes

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, nUT. LIBERTÉ, DESIR, INSTINCT.

et dont il n'a aucune connaissance ne seront pas regardés comme appartenant à l'instinct : il faut pour cela, nous le répétons, que l'acte soît extérieur, et de ceux que la volonté pourrait produire, mais ne produit pas. Non pas toutefois que la volonté soit étrangère à tous les détails de l'acte, mais elle l'est au but,

Ce ne sont pas seulement les actes qui peuvent être du domaine de l'instinct; et nous en avons parlé immédiatement après ceux qui sont produits avec volonté, parce qu'ils ne sont que des exceptions à ces derniers. Mais ce sont surtout les sentiments qui sont du ressort de cette fatuité, car la volonté n'est en général pour rien dans leur production : ce n'est pas la volonté qui fait aimer, haïr, craindre, etc., etc. L'intelligence n'est pas toujours étrangère à la production de ces sentiments, ni par suite la volonté : elle peut étudier les circonstances qui influeront sur leur production i mais, toutes les lumières étant rassemblées, la volonté de l'homme n'influera pas sur la production du sentiment; il aimera ou haïra fatalement. C'est pour cela que nous plaçons ces sentiments dans le domaine de l'instinct. Du reste, une fois que les choses sont bien reconnues, les divisions ne sont pas d'une importance majeure,

H. Enlîn il V a des actes qui sembleraient ne pouvoir être rapportés ni à la volonté ni à l'instinct, et qui tiennent souvent un peu de l'un et de l'autre : ce sont ceux que produit une longue habitude, une répétition multipliée. En y réfléchissant, on peut faire la part de l'un et de l'autre, comme dans tous les autres actes.

12. En résumant ce qui précède, nous dirons que l'homme possède des organes par lesquels il est en communication avec les objets extérieurs, animés ou inanimés; qu'à un instant quelconque ces objets produisent

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en lui des impressions dépendant de ce t/u'il pst à cet instant; et qu'il a reçu en même temps une intelligence pow délibérer et une conscience pour apprécier. Il a été ensuite abandonné à lui-même pour ses actes, c'est-à-dire qu'il lui a été laissé la liberté d'action sans laquelle il n'eût été autre chose qu'une machine habilement organisée.

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