‹ Des méthods dans les sciences de raisonnementChapitre 164 sur 198 · DES SIGNES POUR REPRÉSENTER LES CHOSES. - VÉRITÉ; ÉVIDENCE; CERTITUDE · texte numérisé non relu

DES SIGNES POUR REPRÉSENTER LES CHOSES. - VÉRITÉ; ÉVIDENCE; CERTITUDE

13. Des signes. — Les signes verbaux ou les mois servent à désigner et rappeler les clioses. Lorsqu'il s'agit d'objets matériels, c'est en les montrant et répétant à chaque fois le même mot que les hommes eonviennent des signes destinés à désigner chacun de ces objets. Les mots ont dû être différents pour des peuplades éloignées et sans communication, les unes avec les autres ; ils ont dépendu de l'organisation générale de ces peuples, du plus ou moins de flexibilité des muscles qui concourent à la production du son, des consonnes surtout. C'est ce qui explique comment certaines langues sont d'une prononciation facile et harmonieuse, et d'autres rauques et gutturales.

Lorsqu'il s'agit de choses immatérielles, comme de sensations, de sentiments ou de pensées, il n'est pas aussi facile de les représenter avec exactitude par des signes ; mais c'est toujours en se plaçant, autant que possible, dans des conditions semblables, et produisant toujours le même signe, que les hommes finissent par comprendre quelle est la chose qui se retrouve dans tous ces cas analogues et que l'on veut désigner par ce signe.

Ainsi, comme nous l'avons expliqué dans notre Ouvrage sur les méthodes, si un homme veut faire comprendre à un autre ce qu'il entend par beau, il lui présentera d'abord des objets de diverses natures, capables d'exciter en lui les

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sentiments que lui fait éprouver à lui-même ce qu'il appelle beau : il le mettra en présence d'une nature splendide; il lui fera entendre une musique grandiose, lui racontera des actes de sublime dévouement, et lui fera ainsi successivement éprouver le même sentiment d'enthousiasme, qu'il saura démêler et reconnaître, malgré la diversité des circonstances qui l'auront produit. Arrivé à ce point, il lui dira : tout ce que vient de vous faire éprouver ce sentiment est ce que j'appelle beau.

Cet exemple sufSt pour faire comprendre comment les hommes peuvent se communiquer les sentiments les plus compliqués, et les désigner par des signes verbaux, ou visibles.

On agirait de même pour les sensations et les pensées. Nous venons de faire voir comment on doit procéder quand il s'agit de choses qui ne peuvent être ramenées à d'autres, et qu'on ne peut faire connaître qu'en les montrant. Quant à celles qui dépendent d'autres, et fjue l'on veut désigner par tm mot, il suffit d'exprimer avec précision cette dépendance, et elles seront connues avec toute l'exactitude que comportent les données.

4-4. Existence. — Parmi les choses dont les hommes se communiquent la connaissance en les montrant, nous citerons Yexistenve des corps. En en variant indéfiniment l'espèce, et répétant toujours cela est, cela existe, on s'entendra bientôt sur la signification de ces mots, qui ne font nullement nailre la notion en elle-même, mais serviront à la rappeler, comme font tous les mots du langage. On se comprendra quand on dira : tel objet est dans tel lieu; il est de telle couleur, de telle grandeur. On étendra bientôt la signification de ces mots à d'autres choses que les objets matériels, aux sensations, aux sentiments et ans pensées, et l'on s'en servira avec un grand avantage, sans se croire

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iG DES SIGNES lOUR REPRESENTER LES CHOSES, ETC.

jamais obligé de répondre aux sopliîsles qui demanderaient de définir l'existence ou Vêtre.

IS, Vérité. — Ceci donne lieu à la création d'un nouveau mot, dont l'emploi est fort utile : c'est celui de 'vérité; il désigne l'existence d'une chose , de quelque nature qu'elle soit, mais non la chose elle-même. Ainsi, quand un corps existe, son existence est une vérité; mais ce corps n'en est pas une. Quand une sensation, un sentiment, une pensée existent, il est vrai qu'ils existent, leur existence est une vérité, mais non pas eux-mêmes. Si je pense que la somme des angles d'un triangle est égale à deux droits, c'est d'abord une vérité que je le pense; et comme en effet cette égalité existe , son existence constitue une autre vérité.

Ce que l'esprit admet sans aucune difficulté comme vrai est Ail évident, et l'état de l'esprit produit par l'évidence est ce qu'on appelle certitude. Cet élat, étant subjectif, n'entraîne pas la vérité de la chose.

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