DU CHEF DES SERVICES DE LA SOCIÉTÉ
S4. Ni l'assemblée nationale, ni même l'assemblée législative qu'elle a instituée ne peuvent s'occuper de diriger ou seulement de surveiller les différents services <jui fonctionnent dans l'intérêt de la communauté : chacun d'eux devra avoir un chef d'une aptitude spéciale. Lorsque la société a pris un grand développement, l'étude et l'application des lois, la direction des travaux d'utilité publique, les relations commerciales ou politiques avec les États voisins, le soin de la défense en cas d'attaque et de pillage, le maintien de l'ordre à l'intérieur, l'emploi des deniers publics, ne peuvent être confiés à une assemblée; mais chacun de ces services devra se rattacher à un chef unique, et ces différents chefs se réuniront en un conseil, sous la présidence d'un chef supérieur, qui aura pour mission d'établir l'harmonie entre tous les services, d'animer chacun d'eux et de faciliter ses moyens d'action dans l'intérêt général. Ce chef supérieur, qui commandera et représentera tous les services, rendra compte à l'assemblée qui l'a nommé, et se soumettra à ses décisions, ou se retirera.
Cette division du gouvernement de la société en différents ministères réunis sous la présidence et la direction d'un chef supérieur, qui a ce qu'on peut appeler le pouvoir exécutif, existe actuellement chez presque toutes les nations ; mais ce chef n'est pas chez toutes dans les mêmes conditions, et nous allons faire quelques observations à ce sujet.
Tous ces chefs de service ne sont, comme leurs subor-
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CHAPlIfiE V, 6g
doDnés, que des serviteurs de la société; l'importance de leurs fonctions n'en change pas le caractère. 11 en est de même du chef supérieur qui les dirige et les commande : il n'est que le premier agent de la société, qui peut le révoquer et le punir comme tout autre citoyen, s'il manque à ses devoirs.
55. On ne peut se dissimuler néanmoins que ses fonctions lui donnent un grand pouvoir et une grande influence, surtout si elles sont de longue durée. Et l'on est naturellement conduit à les faire telles, parce qu'elles demandent un apprentissage sérieux, et qu'il ne serait pas dans l'intérêt de la société de changer un fonctionnaire au moment où il commence à lui être réellement utile, La durée de ce service ne doit donc pas être trop courte, mais il faut qu'elle soit irrévocablement fixée.
Le remplacement de ce chef produira toujours une certaine agitation dans la société. Cette haute position sera toujours l'objet de l'envie de bien des ambitieux, et leurs intrigues pourront donner lieu à des troubles, si les principaux candidats réunissent des nombres considérables de partisans dévoués. Ces troubles, que bien des citoyens redoutent, comme on le voit encore de nos jours, les portent à désirer quon en supprime la cause ; ils demandent que le chef supérieur soit inamovible, et qu'à sa mort il soit remplacé par un membre de sa famille, désigné d'une manière positive parla constitution fondamentale.
Celte opinion a beaucoup de partisans; mais malheureusement ceux qui l'ont fait réussir jusqu'ici se sont plus préoccupés d'éviter le désordre que de limiter efi'ectivement le pouvoir du chef liéréditaire et de le mettre hors d'état de tyranniser la société, et de mettre son bonheur et son existence même à la merci des passions et des caprices du souverain.
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70 nu CJIEF DES SERVICES DE LA SOCIETE.
En se plaçant dans l'iiypothèse de rhéredité, il faudra donc que la société prenne des mesures efficaces pour que cette fonction conserve le caractère que nous lui avons donné dans l'iiypothèse de l'amovibilité. Le chef ne doit jamais être que' l'exécuteur des volontés de la nation, manifestées par l'assemblée souveraine : il ne peut faire les lois, ni prendre des résolutions qui engagent la société, si elle ne les a pas ratifiées auparavant.
Enfin, comme il est contraire à la raison que les générations nouvelles soient enchaînées par la décision prise par une génération qui n'est plus, il serait à propos qu'à certaines époques désignées d'avance, ou commandées par les circonstances, on consultât la nation pour savoir simplement si elle veut continuer cet état de choses ou le modifier. C'est là le seul moyen d'éviter les révolutions violentes que les empiétements du pouvoir exécutif amèneraient inévitablement.
Cette nécessité de consulter quelquefois la nation suffit pour montrer qu'il est préférable de ne pas constituer un pouvoir héréditaire, mais de reviser à des époques fixées la constitution, et de choisir en même temps celui qui devra la faire exécuter. Cette marche est la seule sincère, et l'établissement d'un pouvoir héréditaire, que l'on sait qu'on discutera un jour et qui pourra être renversé pacifiquement ou violemment, n'est qu'une dangereuse illusion.
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