DE LA GUERRE ET DE L'ARMÉE
56. Du droit de mort. — Tout homme a non-seulement le droit, mais le devoir de conserver sa vie. Si donc elle est injustement attaquée, il doit la défendre au risque de donner la mort à 1 agresseur. Ce droit, qui appartient h. tout individu, comment la sociélë ne l'aurait-elle pas ?
Si donc un peuple est attaqué par un autre qui cherche A s'emparer de ses propriétés de tout genre, à le chasser de ses terres et n. donner la mort à tout ce qui lui résiste, le droit de ce peuple est d'opposer la force à la force, et, s'il en a les moyens, d'exterminer les agresseurs.
Si la lutte se prolonge et survit à la première attaque, il y a ce que l'on appelle état de guerre. Cet état a ses lois qui n'ont jamais été bien précisées ; nous ne chercherons point ici à les établir, nous nous bornerons à dire que pendant toute sa durée le droit de défense subsiste complètement, et autorise des attaques ayant pour objet de mettre l'enuemi liors d'état d'entreprendre de nouvelles agressions.
Ces événements, malheureusement trop fréquents, obligent toute société à se tenir constamment en mesure d'y faire face, et surtout de les prévenir en donnant une haute idée de sa force aux brigands qui voudraient y porter le pillage et la destruction.
Il est nécessaire poui' cela que tout citoyen valide soit prêt à prendre les armes aussitôt que la société sera mena-
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;a DE LA CDEHllE ET DE L ARMEE.
cée parmi ennemi extérieur; il faut que par un exercice suffisant il se soit mis en état de lutter avec avantage contre des troupes aguerries. Dans ces conditions, les agressions sont peu à craindre, parce qu'elles auraient peu de chances (le succès, et que, lors même qu'elles réussiraient, elles coûteraient si cher aux assaillants qu'ils jugeront dans leur intérêt de ne pas les entreprendre.
57. On pense généralement que, pour rendre la défense plus sûre, il est à propos de former un corps de citoyens qui n'aient pas d'autre occupation que l'art de la guerre, qui constitue ce que l'on appelle une armée permanente. Il est incontestable que ces militaires seront plus habiles dans leur art que les citoyens livrés à des occupations industrielles, scientifiques ou artistiques, sans cependant négliger entièrement l'art de la guerre ; mais il y aurait un grand inconvénient à ce que l'armée fût assez nombreuse pour pouvoir dominer la partie civile de la nation. L'expérience a trop de fois prouvé que le chef de l'armée peut la faire servir à renverser l'ordre établi, et substituer son pouvoir absolu à la constitution fondée par l'autorité souveraine de la société. Cette trahison est aussi possible dans un Etat où le chef est héréditaire que dans celui où il est électif. Son succès dépend seulement du rapport de l'armée permanente à l'armée civile. Une nation sage établira donc ce rapport de manière que sa liberté ne soit pas à la merci d'un chef ambitieux, et elle sera suffisamment garantie contre les agressions criminelles de ses voisins si elle a su se donner des lois qui assurent le bonheur général; pas un seul de ses membres n'hésitera à exposer sa vie pour la défendre, et il ne se trouvera pas un ennemi assez audacieux pour l'attaquer.
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