‹ Des méthods dans les sciences de raisonnementChapitre 5 sur 198 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

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AVANT-PROrOS.

1. Dans la première Partie de cet Ouvrage, nous avons fait connaître la métliode que l'on devait suivre pour la formation d'une science de rakonnemenl, c'està-dire d'une science dans laquelle tous les rapports entre les choses qu'on y considère sont des conséquences nécessaires de vérités et de données premières, admises avec le sentiment de l'évidence. Les premiers exemples, que nous avons donnés de cette méthode, se rapportaient à la science des nombres et à la science de l'étendue; nous allons maintenant l'appliquer à la science desforces.

Les données fondamentales des deux premières, quoique fournies jusqu'à un certain point par l'observation des objets naturels, sont indépendantes de l'espèce de la matière qui les compose, et qui peut varier de l'un à l'autre : elles ne se rapportent qu'à la distinction et à l'étendue de ces objets. On y fait abstraction de la matière même, et l'on vit dans le monde idéal de la grandeur, de la figure et du nombre, dont le sentiment pourrait rester en nous lors même que le monde matériel, qui nous l'a donné, se trouverait anéanti.

2. Mais les données premières d'où résultent les lois de ce monde idéal, seraient insuffisantes pour

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XVI AVAMT-PROPOS.

déterminer celles du monde maténei au milieu duquel nous vivons. Les sciences qui en dépendent seront fondées sur des principes qui ne pourront être obtenus que par l'observation de la nature, puisque ce monde n'a rien de nécessaire, et aurait pu être créé tout autre qu'il n'est réellement.

Dans cette étude du monde réel, il convient de s'occuper d'abord des propriétés les plus simples et les plus générales de la matière. 11 en est une qui est commune à tous les corps, quelle que soit la nature particulière de la matière qui les compose : c'est la mobilité; elle joue un rôle dans la plupart des phénomènes, et par conséquent les lois générales, auxquelles elle donne lieu, demandent à être étudiées avant celles des phénomènes qui dépendent des diverses espèces de matière. L'étude de ces lois est l'objet de cette Partie de notre Ouvrage : et leur ensemble constitue ce que nous avons appelé la science des forces.

Ici se trouvent des considérations que ne présentent pas les sciences des nombres, et de l'étendue : celles de temps, de mouevment, et de cause.

La notion des causes productrices de mouvement résulte de notre propre expérience et des efforts que nous faisons pour déplacer les corps; elle n'est sujette à aucune difficulté; mais les deux autres ont donné lieu à bien des discussions entre les philosophes ou les sophistes,

3. La succession de nos sensations, et des événements qui les ont produites, est incontestable pour tous les hommes. Mais entre ce sentiment et la pensée

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qu'il y a un être dans lequel se fasse cette succession, il y a un abîme. Le temps n'a pas plus d'existence réelle que l'espace; il est peut-être encore moins saisissable. Ces deux prétendus êtres sont des créations fantastiques de l'imagination de l'homme, qui veut toujours aller au delà de ce qu'il peut saisir et comprendre. Mais comme la succession des événements joue un grand rôle dans la nature et dans la vie des hommes, il est de la plus grande importance d'y introduire de l'ordre et de la précision ; et c'est ce qu'on a fait d'abord en rapportant les divers événements à des événements successifs bien saillants, comme par exemple les retours du soleil au-dessus de l'horizon. Ce classement des événements au moyen des jours étant bientôt devenu insuffisant, il a fallu les rapporter à des intermédiaires, et l'on a appelé cela diviser le temps en intervalles : langage iiguré qui a fini par faire croire que le temps est une grandeur, divisible comme les quantités géométriques, et sur laquelle se placent toutes les époques, comme les points de division sur une ligne.

Tout en protestant d'avance contre l'admission d'un être appelé temps, nous emploierons le langage ordinaire; nous classerons les événements successifs par ce que nous nommerons des intervalles, que nous exprimerons par des nombres, après en avoir défini avec précision l'égalité; ce qui ne sera possible qu'après l'introduction d'une autre notion générale, celle du mouvement.

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