DE LÉCLAIRAGE DES OBJETS OPAQUES
Les détails précédens nous permettront d'abréger ce second paragraphe. Les corps opaques interceptent les rayons lumineux réfléchis par le miroir et les empêchent d'arriver à l'œil. Cependant ces corps ne sont pas moins intéressans pour l'observateur, que les objets transparens. On a donc cherché les moyens de les rendre visibles au microscope , en leur appliquant un éclairage convenable. Nous avons dit que pour y parvenir, on employait la lumière directe, réfléchie ou réfractée,
La lumière directe fut nécessairement le premier moyen qui dut se présenter à l'esprit , mais de même que la lumière réfractée , elle n'agit que sur un côté de l'objet , et comme , dans le microscope composé, les objets sont vus dans une position renversée, la transposition des ombres et des clairs, peut donner naissance à des illusions fâcheuses; d'une autre part, cette lumière latérale est quelquefois nécessaire ; par exemple , lorsqu'on examine des objets striés ou couverts d'éminences , de poils, etc.
Pour éclairer directement un objet opaque, il suffit de placer l'instrument de telle façon que l'objet soit exposé au jour d'une croisée ou bien à des rayons lumineux admis à travers une ouverture étroite, mais surtout à la lumière d'une lampe placée tout près de l'objet et disposée de manière à ce que les rayons lumineux ne frappent pas l'œil de l'observateur. Ce premier procédé peut être utile pour reconnaître avec de faibles grossissemens, la couleur et la forme extérieure de certains corps.
Pour réfracter la lumière et la concentrer en un foyer placé au même point que l'objet, on se sert d'une loupe piano-convexe, en la dirigeant de manière à reproduire sur l'objet, une image nette du point lumineux d'où partent les rayons.
En 1740, Lieberkuhn parvint à éclairer complètement les objets opaques , au moyen d'un réflecteur concave en argent parfaitement poli (1). La lentille était placée au centre de ce miroir et le foyer de l'un correspondait au foyer de l'autre.
Aujourd'hui , nous suivons la même méthode, seulement nos réflecteurs sont en verre et l'on n'a plus à craindre l'oxydation; quelquefois , nous isolons la lentille du miroir qui est monté sur une tige et peut se mouvoir à volonté, de manière à donner une lumière plus ou moins intense et à servir avec toutes les lentilles,
(1) Recherches historiques.
excepté avec les plus fortes : toutefois la première disposition est préférable.
Voici du reste la manière de procéder.
On enlève la pièce qui porte les diaphragmes pour laisser une large ouverture à la platine ; le réflecteur garni de sa lentille , est adapté à l'extrémité objective du microscope et le miroir inférieur incliné de manière à réfléchir les rayons lumineux à travers cette ouverture. Arrivés au réflecteur concave, les rayons sont de nouveau réfléchis et vont se réunir à son foyer, dans le même plan que l'objet. Pour tenir l'objet au foyer de la lentille , on emploie avec beaucoup d'avantage le petit appareil représenté pi. 4, fig. 6.
Si l'objet présente des parties très brillantes , il faudra ménager l'éclairage, soit en couvrant le miroir inférieur d'un papier huilé ou d'un carton blanc, soit en employant le réflecteur mobile qui permettra de varier le foyer et de faire tomber sur l'objet une partie plus ou moins large du cône lumineux formé par les rayons convergens. On peut encore élever ou abaisser le miroir concave inférieur qui se meut au moyen de la crémaillère, ou enfin, se servir du miroir plan.
La lumière artificielle est toujours préférable pour les corps opaques. Ce genre d'éclairage n'admet pas l'emploi des plus fortes lentilles , parce qu'avec les forts grossissemens , la lumière est affaiblie , et qu'il faut toujours ménager un certain espace entre l'objet et l'objectif. Cet intervalle est surtout nécessaire , lorsqu'on fait usage de la lumière directe ou réfractée au moyen de la loupe. La lumière artificielle offre encore l'avantage de pouvoir être éloignée ou rapprochée à volonté du miroir inférieur, lorsqu'on veut obtenir plus ou moins de clarté. Dans certaines circonstances, on peut la modifier au moyen de diaphragmes variables placés au dessus des lentilles.
Enfin, l'observateur intelligent et zélé, puisera dans l'usage
même du microscope, une habileté que l'expérience seule peut donner.
Quant à l'éclairage du microscope solaire et polarisant , nous renvoyons à la description de ces instrumens.
Pour que le lecteur n'éprouve aucune difficulté lorsqu'il fera des recherches , nous allons indiquer les positions qu'il convient de donner au microscope suivant les différens modes d'éclairage.
Pour les objets transparens éclairés :
1° Par la lumière directe ou réfractée, fig. 4, pi, 4. Si la lumière doit arriver directement, on supprime l'appareil s,s\t; pour concentrer les rayons, on peut se servir d'une simple loupe pîano-convexe dont le côté plan sera tourné vers la platine.
2° Par la lumière réfléchie, fig. 1, 2, 3.
Dans les figures 1 et 2, on a représenté en p une lentille achromatique montée sur un tube de cuivre qui s'adapte à la platine et porte à sa partie supérieure le diaphragme variable v qu'on a figuré isolément, fîg. 9. Cette lentille est destinée, comme l'appareil de Wollaston, à concentrer vers l'objet les rayons lumineux réfléchis par le miroir plan I et à augmenter l'intensité de l'éclairage.
Pour les objets opaques on fera usage des positions 1, 2 et 3. Les fig. 5 et 6 représentent la situation de la loupe et du miroir concave.
M, fig. 5, loupe à articulation mobile qui s'ajuste sur la pièce VX au moyen de l'anneau d.
R, fîg. 6, réflecteur concave en verre étamé fixé sur la pièce X.
On voit sur la platine Z un petit appareil spécialement destiné à l'observation des corps opaques, c, cercle en cuivre qui supporte une petite épingle mobile b, portant à son extrémité une petite plaque noire d sur laquelle se place l'objet qu'on peut faire mouvoir dans tous les sens. Si l'objet est d'une couleur foncée, on se servira d'une plaque blanche,