DE LA CHAMBRE CLAIRE APPLIQUÉE AU MICROSCOPE
Dans ce chapitre , nous n'aurons à nous occuper que du dessin , de la reproduction des objets soumis au microscope. Peutêtre aurait-on préféré nous voir consacrer un seul article à toutes les applications de la chambre claire ; dessin , mesure des objets et du grossissement. Mais la micrométrie exigeait à elle seule de trop nombreux détails pour qu'il nous fût possible de la réunir aux autres parties et d'ailleurs nous devons décrire plusieurs procédés de mensuration qui ne rentrent pas dans le domaine de la caméra -lucida; c'est ce qui nous a décidés à donner en premier lieu la description de ceux d'entre ces appareils que l'on associe le plus avantageusement au microscope. Cette manière de procéder nous permettra d'éviter les répétitions et le lecteur aura acquis une connaissance intime des appareils qu'il suffira de lui nommer, pour qu'il sache à l'instant ce dont il s'agit.
Toutes les chambres claires ne sont pas applicables aux différons microscopes. Les diverses positions de ces instrumens exigent encore des changemens dans la manière de disposer les caméras. Occupons-nous d'abord de celles qu'on peut appliquer au microscope horizontal.
Dans cette catégorie, nous placerons les chambres claires de Wollaston , de Sœmmering et d' Amici.
Le premier de ces instrumens est assez connu pour qu'il soit inutile d'en donner la description que l'on trouvera d'ailleurs dans
nOS « CONSEILS AUX ARTISTES ET AUX AMATEURS SUR L APPLICATION DE LA CHAMBRE CLAIRE A L'ART DU DESSIN, etc. (1). »
Le même ouvrage contient les premières idées de Wollaston , Bâte et Amici, ainsi que nos propres recherches sur l'application de ces instrumens au microscope.
Débarrassés de ces détails préliminaires , abordons de suite le procédé opératoire.
La caméra de Wollaston montée sur son support ou fixée à un anneau qui entre à frottement sur le tube de l'oculaire , se place de la manière ordinaire en observant toutefois, qu'il faut mettre sa face antérieure presqu'en contact avec le premier verre du microscope , surtout lorsqu'on emploie de forts grossissemens.
Le reste du procédé ne diffère en aucune manière de celui que nous avons recommandé pour la caméra employée isolément.
Avec cette chambre claire on obtient facilement les plus beaux résultats, mais les inconvéniens que nous avons signalés en parlant de la position verticale du microscope, se présentent de nouveau et c'est là une autre preuve des avantages attachés à la position horizontale , car l'exactitude de l'instrument et le peu de difficulté que présente son usage , n'ont pu le sauver d'une espèce d'oubli, surtout depuis que M. Amici a fait connaître la caméra que nous nommons horizon to-verticale. Avant de parler de cette combinaison, disons quelques mots de celle de Sœmmering.
Elle est composée d'un petit disque d'acier fin et parfaitement
(1) Brochure in-8° avec planches; 1838. Chez l'auteur.
poli, dont le diamètre est un peu moins grand que celui de la pupille. Ce miroir est incliné à 45 degrés et supporté par une tige métallique fort déliée fixée à un anneau semblable à celui dont nous avons déjà parlé. Lorsqu'on veut employer cet instrument , on glisse l'anneau sur le tube oculaire et en regardant de haut en bas comme avec la caméra de Wollaston, on voit en même temps l'image de l'objet réfléchie par le petit miroir, le papier et le crayon, car les petites dimensions du miroir permettent aux rayons qui partent du papier de se rendre à la pupille en passant sur les bords du petit disque. La fig. 9, pi. 2, représente l'appareil. A, miroir monté sur son anneau, B, profil et marche des rayons.
Cette caméra-lucida est d'un emploi facile, mais aux inconvéniens de la position verticale , elle joint celui de renverser les objets. Voyons comment M. Amici a su vaincre ces difficultés.
Sa caméra est reproduite dans la fig. 10, pi. 2. V, oculaire du microscope; M, miroir plan métallique percé d'une petite ouverture centrale qui correspond exactement à celle de l'oculaire ; P, prisme rectangulaire destiné à réfléchir en C. les rayons venus du papier ; 0 , position de l'œil.
Si l'on regarde par l'ouverture du miroir M , on distinguera parfaitement l'objet amplifié par le microscope. D'un autre côté, le prisme P agira sur les rayons partis du point C et les renverra en m sur le miroir plan qui les réfléchira suivant la direction mO et conséquemment , on verra tout à la fois l'objet et l'image de la main ou du crayon qui paraîtra venir se porter sur l'objet amplifié, pour le reproduire.
La supériorité de cet appareil est incontestable, parmi tous ses avantages nous signalerons les principaux.
1° Ce n'est plus l'image de l'objet amplifié qui frappe l'oeil, c'est l'objet amplifié lui-même. Il en résulte une plus grande netteté et l'on n'a pas à craindre de voir cette image subir la
moindre altération en passant par un nouveau milieu ou en se réfléchissant sur une nouvelle surface.
2° C'est la main qui paraît se porter sur l'objet pour en suivre les contours et cette combinaison est préférable , car si l'un des deux a besoin d'être vu bien distinctement, l'objet doit sans contredit avoir la préférence.
Quelques personnes éprouvent en commençant une certaine difficulté à se bien servir de cet appareil , mais il en sera de même pour le plus grand nombre d'instrumens ; il faut en tout faire son apprentissage. Aussitôt que les premières difficultés sont vaincues, on est amplement dédommagé par les beaux résultats que l'on obtient.
Nous plaçons la chambre claire horizonto-verticale d'Amici, au dessus de toutes les autres combinaisons applicables au microscope horizontal.
Pour le microscope vertical , nous avons été obligés de modifier l'appareil, et de toutes les dispositions, voici celle qui nous a paru la plus avantageuse.
On pose sur l'oculaire, le miroir percé d'Amici fixé sur un disque en cuivre. A quelque distance du microscope et à la même hauteur que le miroir, on ajuste un prisme rectangulaire parallèlement au papier sur lequel on veut dessiner. Alors, si on regarde dans le microscope par la petite ouverture du miroir, on verra simultanément l'objet et le crayon.
On comprend sans peine, que l'effet produit est semblable à celui que l'on obtient avec la caméra du professeur Amici. On a encore proposé plusieurs combinaisons optiques pour dessiner les objets microscopiques, nous avons du choisir les meilleures.
Il est certainement possible de modifier les appareils et nous en avons déjà construit plusieurs d'après les indications des personnes avec lesquelles nous sommes en relation ou suivant nos propres idées lorsqu'on s'en rapportait à nous. Dans le nombre ,
nous citerons une caméra-microscope à faibles grossissement destinée au dessin des préparations anatomiques.
Ainsi que nous l'avons dit dans la notice déjà citée , ce n'est que dans le cas où la lumière est également répartie, qu'on peut employer l'appareil avec le plus d'avantage et de facilité. Nous allons donc donner quelques renseignemens sur ce point auquel nous attachons une grande importance.
Si l'objet est très éclatant ou plutôt , si on ne peut le rendre visible qu'à l'aide d'une très vive lumière, il est possible qu'on ne voie pas la main et le crayon. Il faut placer l'appareil ou la table dans une position telle , que le jour puisse tomber sur le papier et lorsqu'on sera parvenu à établir en quelque sorte , l'équilibre entre l'éclairage de l'objet et celui du crayon, on apercevra distinctement les deux objets et l'opération n'offrira plus la moindre difficulté. ■
Est-il nécessaire d'indiquer le procédé à suivre quand il y a excès de lumière sur le papier ?
L'objet qu'on veut dessiner présente fréquemment des parties obscures et d'autres très brillantes. Après avoir disposé l'appareil comme pour dessiner les points les plus lumineux et lorsqu'on a obtenu ces premiers traits , on place devant le papier la main gauche qui projette des ombres plus ou moins fortes suivant le plus ou moins d'éclat des différentes parties du corps soumis au microscope.
Si l'objet est faiblement éclairé, qu'il offre beaucoup de points obscurs , on trouvera de grands avantages à dessiner sur du papier noir avec du crayon blanc. Nous avons aussi obtenu de bons résultats en dessinant avec le crayon ordinaire , sur un morceau de papier végétal dont la transparence permet de voir le fond d'une autre feuille noire placée sous la première. On pourrait au besoin avoir des papiers de couleurs variées et dessiner tantôt sur une feuille bleue -, tantôt sur une verte , en un mot, sur les cou-
leurs qui laissent voir simultanément et avec netteté, l'objet et la main du dessinateur.
Pour le microscope horizontal , nous employons toujours la caméra d'Amici , mais le lecteur appliquera sans peine nos raisonnemens aux autres appareils de ce genre.