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CHAPITRE Mil

MICROMÉTRIE.

Mesure de l'amplification des microscopes et de la grandeur réelle des

objets (1).

La niicrométrie fit long-temps le désespoir des observateurs ; elle semblait exclusivement réservée aux hommes versés dans la connaissance des sciences exactes, c'était une partie du mystère cachée derrière le voile que ne pouvaient soulever les néophytes. La détermination du pouvoir amplifiant des microscopes présentait surtout de nombreuses difficultés, car pour établir un calcul exact, il fallait connaître parfaitement la théorie des foyers et se livrer ensuite à une série d'opérations qui exigeaient l'étude préalable des mathématiques.

Le physicien, habitué à résoudre les problêmes les plus difficiles, pouvait se faire un jeu de ces recherches dont la complication et l'aridité paraissaient insurmontables à l'amateur avide de résultats prompts et faciles.,

Aujourd'hui encore, on considère la micrométrie comme une partie difficile de la science microscopique. Cette opinion est basée principalement sur une idée fausse. On s'imagine que pour

(1) Voir l'explication des figures, page 153-

mesurer la grandeur réelle d'un objet, il faut connaître le pouvoir amplifiant du microscope.

Disons de suite que cette connaissance est absolument inutile. D'ailleurs, quand bien même elle serait nécessaire, nos procédés pour mesurer l'amplification sont tellement simples, que la difficulté n'existerait plus pour les personnes qui les mettraient en usage.

Examinons rapidement les méthodes de nos prédécesseurs.

Le premier moyen qui dut se présenter à l'esprit pour mesurer les corps, fut la comparaison d'objets inconnus avec d'autres objets dont la grandeur avait été déterminée à l'avance. Ainsi Leeuwenhoek employait le sable de mer dont il mesurait les grains en en plaçant un certain nombre dans une étendue d'un pouce, il posait ensuite quelques uns de ces grains auprès des objets soumis au microscope et les comparait ensemble. Le docteur Jurin remplaça les grains de sable par de petits fragmens d'un fil métallique. Pour déterminer leur grosseur, il enroulait ce fil sur une épingle et comptait le nombre d'anneaux compris dans un pouce , puis il coupait le fil en très petits morceaux qu'il mettait sur la platine avec l'objet. Ces deux procédés et surtout le premier, ne pouvaient fournir que des résultats inexacts.

On doit accorder plus de confiance au procédé dont le docteur Hooke fesait usage pour mesurer le grossissement. Ce physicien célèbre plaçait à la hauteur du porte-objet , une règle divisée en fractions du pouce, et tenant les deux yeux ouverts, il regardait en même temps cette échelle et l'objet amplifié par le microscope ; il transportait pour ainsi dire ce dernier sur la règle et comptait le nombre de divisions qu'il occupait.

Mais quoique bien simple en apparence , ce moyen exigeait une grande habitude et n'était pas sans difficultés pour quelques observateurs. Il faut en effet une certaine pratique pour voir avec les deux yeux , simultanément et dune manière distincte , deux ob~

jets différons; on ne peut compter sur une grande exactitude, car la moindre circonstance peut faire naître une illusion au moment où l'on s'efforce de transporter l'image de l'objet sur la règle. Cette méthode a été remise en lumière il n'y a pas longtemps, par M. Raspail.

Les astronomes s'occupaient activement de la recherche d'un bon micromètre applicable à leurs lunettes ; en Angleterre, Gascoigne construisit le premier instrument de ce genre antérieurement à 1640 et cette tentative donna naissance à un grand nombre d'inventions nouvelles. Les réseaux métalliques , les cheveux , les fils d'araignée, etc., furent successivement mis en œuvre pour la confection des nouveaux instrumens ; ensuite on traça des divisions sur des plaques minces de nacre de perle, de corne et de verre. Tantôt l'indicateur du micromètre était mobile et mu par une vis dont les révolutions étaient indiquées sur un cadran , tantôt l'appareil était immobile.

Plusieurs de ces mensurateurs astronomiques étaient applicables au microscope et dans le nombre, nous citerons principalement les micromètres à vis. Mais aussitôt que l'on fut parvenu à tracer sur une lame de verre des divisions bien nettes et égales, on put reconnaître que ces derniers instrumens remporteraient sur tous les autres.

Le moyen le plus simple et que l'on employa en premier lieu, n'était guère applicable qu'aux objets excessivement minces , bien transparens et non suspendus dans un liquide. On plaçait d'abord la lame divisée sur la platine , et sur cette lame, l'objet à mesurer : le nombre de divisions couvertes par ce dernier , indiquait exactement ses dimensions. Mais ainsi que nous l'avons dit, la moindre épaisseur, une goutte de liquide, etc.; entravaient l'opération à l'instant, car l'objet et le micromètre n'étaient plus situés sur le même plan et ne pouvaient se trouver placés tous deux au foyer de la lentille. Malgré son imperfection,

ce procédé était encore employé par M. Le Baillif en 1824. Cependant B. Martin, dans son Système d'optique imprimé en 1740, décrivit son micromètre oculaire associé au micromètre objectif. Ce moyen est celui que l'on emploie encore aujourd'hui et la description que nous en donnons plus loin , nous dispense de nous y arrêter davantage. Ce fut encore Martin qui inventa le micromètre à aiguille et à cadran. Cet instrument était composé d'une vis dont on connaissait exactement l'écartement du pas , terminée à l'une de ses extrémités par une aiguille déliée , à l'autre par un indicateur qui parcourait les divisions tracées sur un cadran fixe et dormait la mesure exacte de la progression de la vis. On fixait l'appareil sur l'oculaire en fesant pénétrer l'aiguille déliée qui terminait l'une des extrémités de la vis, dans le tube, exactement au point où venait se former l'image de l'objet. En tournant alors la vis, la pointe de l'aiguille traversait l'image tandis que l'indicateur marquait sur le cadran le point de départ et celui d'arrêt ; un calcul fort simple donnait enfin un résultat assez exact. Cette méthode a été proposée, il y a quelque temps , pour mesurer les laines. Frauenhofer construisit d'après ce principe, un micromètre qui a joui d'une grande réputation. Il plaçait cet instrument sur la platine du microscope et la vis fesait marcher l'objet; un fil placé dans l'oculaire servait de point de repère. Au reste, le duc de Chaulnes appliquait à son microscope, la plupart de ces micromètres dont on trouvera la description dans son ouvrage.

Il nous paraît inutile de nous occuper plus long-temps de ces différens moyens presque tous abandonnés aujourd'hui, surtout par les personnes auxquelles nous avons communiqué nos procédés. Nous ne parlerons pas davantage des graines de Lycopode, du Lycoperdon-Bovista , du crystallin des poissons, des pelures d'oignon de Dellebare, etc., qui loin de nous faire faire le moindre progrès, nous ramèneraient infailliblement aux pre-

miers temps de la micromélrie et aux grains de sable de Leeuwenhoek.

Depuis long- temps , on fesait des recherches dans le but de simplifier les procédés micrométriques , mais il fallait en môme temps conserver ou plutôt augmenter leur exactitude. M. Amici publia un mémoire ( De' Microscopl catadiottrici , memoria presentata ed inserita net tomo 18 délia società italiana délie scienze résidente in Modena) , traduit en français et publié dans les Annales de Chimie et de Physique, tome 17. Août 1821.

Notre curiosité fut vivement excitée par cette publication qui contenait de bons renseignemens sur l'application de la caméra à la micrométrie. Nous devons dire toutefois que pour nous , ces instructions manquaient peut-être de clarté.

Ceux de nos lecteurs qui seront curieux de connaître la méthode du savant professeur de Modène, pourront consulter les mémoires indiqués plus haut , il nous eût été impossible de les reproduire ici.

Des expériences répétées nous mirent bientôt en possession des procédés que nous allons décrire. Pour plus de certitude , nous les avons communiqués à un grand nombre de personnes qui ont bien voulu les vérifier et les emploient exclusivement aujourd'hui.

Il faut remarquer, que M. Amici n'avait pas déterminé d'une manière précise, la distance de l'oculaire au papier sur lequel on dessine. Cette détermination était cependant importante et nous devons en dire quelques mots avant de commencer notre description.

Les physiciens varient dans leurs estimations de la distance de la vue moyenne. Cette variation amène nécessairement des différences dans les calculs et si l'on n'en tient pas exactement compte, on s'expose à commettre de grossières erreurs. Nous croyons qu'on pourrait faciliter les opérations en admettant un terme

moyen représenté par une mesure décimale. Ainsi donc, nous avons depuis long-temps adopté une distance de vingt-cinq centimètres, sans prétendre en aucune manière que ce soit la véritable distance , mais parce que cette mesure décimale simplifie encore les calculs déjà fort simples de nos procédés et que d'ailleurs , elle ne s'éloigne pas trop des différentes évaluations indiquées par les physiciens.

Nous avons déjà parlé plusieurs fois de micromètres divisés sur verre; il devient indispensable d'en donner une courte description.

On est parvenu à l'aide du diamant et d'une machine , à tracer sur une lame de verre , un grand nombre de divisions égales dans un très petit espace; ainsi nous obtenons aujourd'hui le millimètre divisé en cinq cents parties. Plusieurs artistes et quelques amateurs exécutent ces divisions avec une grande perfection. Parmi ces derniers, nous citerons M. LeBaillif qui avait lui-mên\e construit une machine à tracer que nous possédons aujourd'hui : M. le baron Séguier, grave des micromètres pour ses expériences et il serait difficile d'obtenir des instrumens exécutés avec plus de netteté et d'exactitude. M. Le Baillif eut le premier, l'heureuse idée de donner des longueurs différentes aux traits de ses divisions ; on ne saurait s'imaginer combien cette disposition est avantageuse. Ainsi par exemple , cet habile observateur indiquait distinctement cinq ou dix divisions par des traits plus ou moins longs semblables à ceux que l'on trace sur les échelles métriques ordinaires.

Quoiqu'on soit parvenu à diviser le millimètre en cinq-centièmes, on fait rarement usage d'une échelle aussi délicate et si l'on comprend bien nos procédés, on reconnaîtra qu'elle est tout à fait inutile, puisqu'on peut à volonté obtenir des fractions aussi petites que l'on veut , en reculant la mire à une distance plus ou moins considérable.

Les micromètres objectifs sont ordinairement fixés dans l'ouverture d'une réglette en cuivre ainsi qu'on l'a représenté fig. 14, planche 2.

11 faut distinguer deux choses dans la micrométrie : 1° l'évaluation du pouvoir amplifiant du microscope ; 2° la mesure de la grandeur réelle des objets. Commençons par le pouvoir amplifiant et pour aller du simple au composé, prenons d'abord le microscope solaire.

Lorsque l'écran sera placé à la distance convenue, (0m,25) on introduira dans le porte-objet ou platine , un micromètre divisé par exemple, en millimètres, dont l'image ira se peindre sur l'écran. Avec un compas, on mesurera exactement la grandeur de cette image ou d'une de ses parties ; ensuite on portera les pointes du compas sur une échelle métrique, et l'on obtiendra de suite, l'évaluation du pouvoir amplifiant des lentilles. Supposons par exemple, qu'un millimètre du micromètre occupe sur l'écran un espace égal à un décimètre , nous aurons une amplification de 100 fois et l'opération sera toujours aussi facile, quelles que soient les quantités.

Nous avons dit qu'on pouvait augmenter la puissance du microscope solaire, soit en changeant les lentilles, soit en éloignant l'écran. Il arrivera donc, que plus on éloignera ce dernier , plus l'image du millimètre paraîtra amplifiée.

On peut employer le même moyen pour estimer la force du microscope simple ordinaire, en fixant la lentille ou le doublet à la place des lentilles achromatiques ; cependant , nous allons indiquer un procédé tout aussi simple et qui donne des résultats très exacts.

Notre petit microscope horizontal peut être converti en microscope simple et par conséquent, ce dernier peut prendre la position horizontale. On aura donc la faculté d'y adapter la chambre claire horizonto- verticale de M. Amici, oulemiroirdeSœmmering.

Plaçant alors le papier à 0™, 25 de l'axe de la lentille, et sur la platine, un micromètre divisé par exemple, en centièmes de millimètre ; on marquera sur le papier deux points correspondans à une ou plusieurs divisions amplifiées du micromètre , et la comparaison de cet intervalle avec les divisions d'une échelle métrique, donnera pour résultat, la mesure exacte du pouvoir amplifiant.

Exemple. — Soit un micromètre divisé en centièmes de millimètre. Si l'image amplifiée de cinq centièmes ou un vingtième de millimètre correspond à un centimètre de la règle, le pouvoir amplifiant de la lentille sera égal à deux cents. Si on pose de suite la règle métrique à la place du papier et que l'on fasse concorder ses divisions avec celles du micromètre vu au moyen de la lentille , on pourra faire l'opération avec la plus grande rapidité.

Mais tous les microscopes simples ne sont pas disposés de manière à pouvoir prendre la position horizontale , il fallait donc modifier le procédé ou plutôt renverser le système.

Placez à 0m , 25 de l'axe et à la hauteur de la lentille , une mire ou tableau sur lequel on aura collé préalablement une feuille de papier blanc. Posez sur la lentille, le miroir percé d'Amici en dirigeant sa surface réfléchissante vers la mire. Si vous mettez alors le micromètre sur la platine et que vous regardiez par l'ouverture centrale du miroir, vous verrez en même temps la mire et les divisions amplifiées du micromètre qui sembleront tracées sur le papier. Si vous prenez sur l'écran la distance d'une ou plusieurs divisions du micromètre avec un compas, vous n'aurez plus qu'à comparer cette distance aux divisions de l'échelle micrométrique et vous obtiendrez le résultat par la même opération que ci-dessus. On conçoit aussi qu'il est également possible de placer la règle sur la mire ou de tracer sur cette dernière des divisions correspondantes.

Nous pensons qu'il est impossible d'employer des procédés

plus simples et plus à la portée de toutes les intelligences; ainsi donc sans nous arrêter davantage sur ce point , nous passerons de suite aux méthodes dont nous lésons usage pour déterminer la grandeur réelle des objets soumis à l'action du microscope simple.

Et d'abord, nous engageons de nouveau le lecteur à bien se pénétrer de la vérité de ce fait ; c/uil est absolument inutile de connaître le pouvoir amplifiant du microscope pour déterminer la grandeur réelle des objets.

Débarrassées de cette complication, les opérations suivantes seront tout aussi simples et aussi facilement comprises , que celles dont nous venons de nous occuper,

Pour le microscope solaire, il faut agir comme pour mesurer son pouvoir amplifiant; il est évident que si un millimètre du micromètre vient se peindre sur le tableau sous les dimensions d'un décimètre, tout objet mis à la place du micromètre, devra se peindre avec des proportions relatives , donc , un corps qui occupera sur l'écran un espace correspondant à 0m, 1 , aura nécessairement pour grandeur réelle 0m, 001 et ainsi de suite. Lorsqu'on a tracé sur l'écran les points correspondans à 0m, 001 du micromètre il faut donc retirer ce dernier et glisser à sa place l'objet dont on veut trouver la grandeur réelle. Mais il peut arriver que l'objet ne remplisse pas exactement l'intervalle indiqué sur le tableau; cette difficulté n'arrêtera nullement l'opération , car il suffit d'employer un micromètre divisé en centièmes de millimètre et de tracer sur le tableau toutes ces divisions. Nous verrons tout à l'heure qu'il est un autre moyen d'arriver à connaître la grandeur réelle des plus petits corps.

Emploie-t-on le microscope simple dans la position horizontale? Voici la manière de procéder.

On dispose l'appareil comme pour mesurer l'amplification; après avoir dessiné sur le papier l'image amplifiée du micro-

mètre que l'on enlève , on met sur la platine l'objet à mesurer et on compare son amplification avec l'échelle obtenue préalablement.

Nous devons parler ici d'une importante modification que nous avons fait subir à ce procédé.

Lorsque les objets sont infiniment petits , dans le cas où l'on veut mesurer des détails d'une grande finesse alors même qu'ils sont amplifiés ; on éprouve le besoin d'avoir une échelle divisée en parties presque insensibles. Mais l'exiguité de ces divisions les rendrait imperceptibles à l'œil nu et l'on ne pourrait obtenir une évaluation exacte. Notre procédé fait disparaître tous ces obstacles et donne à la micrométrie une puissance en quelque sorte illimitée. On nous pardonnera donc des détails et des répétitions indispensables.

L'appareil est disposé de la même manière que dans l'opération précédente , mais comme il ne s'agit pas de chercher le pouvoir amplifiant de la lentille, on ne sera point tenu de placer le papier à une distance de 0m, 25. On pourra donc l'éloigner autant qu'on voudra , et cette faculté constitue toute l'importance du procédé micrométrique.

Supposons que le papier soit placé à 0m,50 de la lentille, admettons encore que le micromètre objectif soit divisé en centièmes de millimètre et que la lentille amplifie cent fois (1). Il est évident que si le papier était placé à 0m, 25, un centième de millimètre amplifié correspondrait sur le papier à un millimètre ; donc, si le papier est placé à 0m, 50, ce centième de millimètre correspondra à deux millimètres. Mais on sait que ces deux millimètres ne représentent toujours qu'un centième de millimètre. Quand on aura établi cette proportion , on retirera le micromètre pour glisser à

(1) Nous sommes forcés ici de mentionner l'amplification, par la nature même du problême qui sans cela , eût été tout-à-fait inintelligible.

sa place, l'objet qu'on veut mesurer et dès-lors il sera facile de connaître la grandeur réelle d'une de ses parties , quand bien même elle ne serait que d'un cinq-centième de millimètre , car aussitôt que l'on a obtenu sur le papier une image du centième de millimètre du micromètre, on pourra la diviser en cinq ou dix parties et cela, avec d'autant plus de facilité que cette mesure sera plus étendue. Ainsi donc, deux millimètres seront plus faciles à diviser en cinq parties que ne le serait un seul et de plus ces divisions seront visibles à l'œil nu.

La partie de l'objet mis à la place du micromètre, paraît-elle remplir sur le papier une, deux ou trois de ces divisions? La grandeur réelle sera de un , deux ou trois cinq-centièmes de millimètre.

Est-il besoin d'ajouter-, que plus l'écran sera éloigné, plus on obtiendra de subdivisions et plus il sera facile de mesurer exactement des objets infiniment petits ou même leurs moindres détails.

Si l'on éprouve quelque embarras à tracer les mesures sur un papier placé trop bas , on peut y dessiner à l'avance , une échelle divisée en millimètres , centimètres, etc. On établira sa concordance avec le micromètre el après avoir remplacé ce dernier par un objet , on agira comme nous l'avons dit.

Quand on se sert du microscope simple vertical, on le dispose comme pour la recherche de l'amplification et lorsque le miroir d'Amici est placé sur la lentille et le micromètre sur la platine , on porte la mire à une certaine distance , à deux mètres par exemple, puis on opère comme ci-dessus.

Dans le cas où l'on porte la mire trop loin pour pouvoir mesurer l'amplification avec un compas , il est avantageux d'y tracer préalablement une échelle divisée en centimètres ou en parties égales qu'on pourra toujours faire concorder avec les traits du micromètre en approchant ou reculant la mire.

Cette dernière manœuvre est nécessaire toutes les fois que les traits du micromètre ne coïncident pas exactement avec ceux de l'échelle. On nous permettra de citer un exemple de cette opération. Soit un micromètre divisé en dixièmes de millimètre. Soit une échelle tracée sur la mire et représentant des centimètres ; si l'on recule cette mire à une distance de deux mètres , les dixièmes de millimètre vus au moyen du microscope avec un certain grossissement, correspondront exactement aux centimètres et par suite un millimètre à 0m, 10. Si l'objet qui remplace le micromètre remplit une division de l'échelle, sa grandeur réelle sera égale à un dixième de millimètre. Mais quand on veut mesurer quelque détail de cet objet , comme on peut facilement diviser les centimètres de l'échelle en millimètres, si cet objet correspond à un millimètre, sa grandeur réelle sera égale à un centième de millimètre.

Nous allons maintenant passer au microscope composé, toutefois, nous observerons que ces premières explications aideront beaucoup à l'intelligence de la seconde partie de notre travail.

Mais avant d'aller plus loin, il est important de répéter, qu'il n'est nécessaire de placer le papier ou la mire à 0m,25 distance que nous avons adoptée pour la vision moyenne, que lorsqu'il s'agit d'obtenir l'évaluation du pouvoir amplifiant du microscope.

Cet instrument est horizontal ou vertical , il faut donc examiner séparément les procédés applicables aux différentes positions.

MESURE DE h AMPLIFICATION.

1° Microscope horizontal .

On ûxe sur l'oculaire, la chambre claire horizonto-verticale d'Amici. Sur la platine, on place un micromètre objectif et sur

la table à 0ua,25 de l'axe de l'instrument, une feuille de papier. En traçant avec un crayon deux traits correspondans à une ou plusieurs divisions du micromètre, il sera facile ensuite de mesurer l'intervalle avec un compas et de le comparer aux divisions d'une échelle métrique. On peut encore tracer d'avance cette échelle sur le papier ; le rapport de ses divisions avec celles du micromètre, indiquera positivement le grossissement du microscope.

Ex. Soit un micromètre objectif divisé en centièmes de millimètre ; si une de ses divisions correspond à un millimètre de la règle, le microscope grossira 100 fois et ainsi de suite.

Voici maintenant une autre méthode beaucoup moins simple , car il faut faire trois opérations pour arriver au résultat que nous obtenons avec une si grande facilité.

Il faut, 1° trouver la puissance de l'oculaire.

2° Celle de l'objectif.

3° Multiplier l'une par l'autre.

En premier lieu, on met sur le diaphragme à l'intérieur du tube de l'oculaire, un micromètre divisé par exemple en millimètres et qui doit se trouver exactement au foyer du verre oculaire ; ensuite, on replace dans le microscope le tube oculaire armé de la chambre claire d'Âmici (1). Au dessous de la caméra et à la distance convenue , se trouve le papier ou l'échelle. Si un millimètre du micromètre égale un centimètre de l'échelle , l'oculaire grossira dix fois.

Il s'agit maintenant de connaître la puissance de la seconde partie de l'appareil, c'est-à-dire de l'objectif et du verre de champ réunis.

Enlevez la caméra, placez sur la platine un micromètre que nous

(1) On doit faire abstraction de l'objectif et du verre de champ qui pourraient être enlevés , mais qu'on laisse en place parce qu'ils dirigent les rayons lumineux sur le micromètre oculaire.

supposerons divisé en centièmes de millimètre, mettez au point et cherchez en fesant tourner la pièce de l'oculaire ou bien au moyen du support à chariot , à faire concorder les divisions supérieures avec les inférieures , enfin faites votre calcul proportionnel.

Ex. Si une division ou un centième de millimètre du micromètre objectif correspond à un millimètre du micromètre oculaire, vous aurez pour résultat, un grossissement de 100 fois.

Il vous reste enfin à faire la troisième opération ou en d'autres termes, à multiplier la deuxième quantité par la première; ainsi nous avons,

Grossissement de l'oculaire =10 fois.

id. de l'objectif = 100 fois.

Donc 100 x 10 ou 1000 = la puissance amplifiante du microscope.

Il arrive quelquefois qu'il n'y a pas concordance parfaite entre les divisions des deux micromètres et que pour l'obtenir , on est obligé d'allonger plus ou moins le microscope au moyen du tube oculaire. Nous pensons en conséquence, que lorsqu'on emploiera le procédé que nous venons de décrire, on devra commencer par établir la concordance des deux micromètres, puis retirer l'inférieur sans toucher au tube oculaire et procéder comme nous l'avons indiqué plus haut.

2° Microscope vertical.

Les deux moyens applicables au microscope horizontal , le sont également à l'appareil vertical.

Pour le premier, on remplace la chambre claire d'Amici par son miroir percé; plaçant ensuite un micromètre objectif sur la platine, et une mire ou écran à 0ra,25, on opère comme

avec le microscope horizontal ; il en est de même pour le second procédé.

MESURE DE LA GRANDEUR RÉELLE DES OBJETS. 1° Microscope horizontal.

L'excellence des opérations que nous avons indiquées pour le microscope simple, devient surtout évidente lorsqu'on emploie l'instrument composé.

Disposez l'appareil horizontal comme pour mesurer le grossissement, mais éloignez votre papier autant qu'il vous sera possible et vous aurez une échelle qui représentera l'amplification considérable subie par le micromètre objectif. La facilité avec laquelle vous pouvez diviser cette échelle en parties plus ou moins petites, vous permettra de mesurer la grandeur réelle des objets les plus déliés.

Si vous n'employez pas la chambre claire, il suffit de remplacer le micromètre objectif par l'objet à mesurer et son rapport avec le micromètre oculaire donnera la mesure de sa grandeur réelle.

Ex. Soit un micromètre oculaire divisé en millimètres. Si le micromètre objectif est divisé en centièmes et qu'une de ces divisions corresponde à un millimètre de l'oculaire, un objet mis à la place du micromètre objectif et qui remplira une des divisions du micromètre oculaire, aura une grandeur réelle d'un centième de millimètre.

2° Microscope vertical.

Avec un microscope vertical, on remplace encore la caméra d'Amici par son miroir, mais ici comme pour le microscope simple vertical, on peut reculer la mire aussi loin qu'on le jugera convenable.

Ex. Soit un micromètre objectif divisé en centièmes de milli-

mètre, soit une mire divisée en centimètres et placée à trois mètres de distance. Supposons que le pouvoir amplifiant soit tel que deux divisions du micromètre inférieur correspondent à cinq divisions de l'échelle tracée sur l'écran; il est évident que ces cinq divisions représenteront deux centièmes ou un cinquantième de millimètre. Si je subdivise les cinq parties de la mire en deux parties chacune, j'aurai dix divisions représentant des cinq-centièmes de millimètre et lorsque le micromètre objectif sera remplacé par un objet, je pourrai facilement mesurer des parties qui n'auront qu'un cinq -centième de millimètre. On conçoit qu'en augmentant la distance de l'écran au microscope, on obtiendra une échelle représentant des millièmes, etc., de millimètre.

Si l'on a bien conçu toute l'importance de ce procédé, on nous pardonnera volontiers la répétition de cet exemple que nous avons déjà donné en parlant du microscope simple et nos lecteurs conviendront sans doute avec nous, que ce moyen donne à la micrométrie une puissance presque illimitée (1).

Nous doutons fort, que les personnes qui auront une fois employé notre procédé, aient jamais recours à l'emploi du double micromètre, néanmoins, nous devons en dire deux mots.

L'appareil est le même que pour la mesure de l'amplification du microscope vertical, moins la mire et le miroir d'Àmici. On substitue l'objet au micromètre objectif dont on a préalablement déterminé le rapport avec le micromètre oculaire.

Nous terminerons ce chapitre par la description d'un goniomètre microscopique, du mensurateur de M. Le Baillif et du microscope à mesurer les fils excessivement déliés, tels que soies, laines, etc.

Le goniomètre destiné à mesurer les angles microscopiques,

(1) Nous avons appliqué ce nouveau procédé aux télescopes et aux lunettes, pour mesurer les distances, etc.

lig. 11, pi. 2, est fixé dans un oculaire A,B, au foyer du verre supérieur. La pièce C,G est composée d'un cercle de cuivre C,C, dans lequel tourne le disque D,D, percé à son centre d'une ouverture circulaire 0 qui reçoit un disque de verre sur lequel on a tracé au diamant le petit trait a, c. La circonférence extérieure de la pièce D,D est dentée et le bouton F terminé par un pignon qui permet d'imprimer un mouvement circulaire à D,D, Un second disque de verre sur lequel on a tracé au diamant le trait b, d, est maintenu immobile sous la pièce C,C. Après avoir fait concorder les traits des deux disques , si l'on tourne le bouton F, le mouvement sera communiqué à la pièce D,D, et les traits se croiseront en formant des angles plus ou moins ouverts qu'on mesurera sans peine au moyen des degrés tracés sur le cercle C,C.

L'idée première de ce petit appareil, appartient à M. Raspail. Notre goniomètre diffère du sien par une meilleure disposition de la partie mécanique.

Avec la chambre claire appliquée au microscope horizontal, on mesure très facilement les angles des cristaux; il suffît de destiner l'angle et de le mesurer avec un rapporteur. On pourrait encore employer le microscope solaire qui amplifie considérablement ces angles.

Le mensurateur de M. Le Baillif est un petit instrument fort ingénieux, mais dont on fait rarement usage parce qu'il est peu connu.

AB, AB, fig. 12, pi. 2, est une petite plaque en bois ou en cuivre. c,c, sont deux petits supports percés dans lesquels glisse la pièce e,e, qui est repoussée vers la gauche par le ressort de montre f. La plaque AB, AB est percée à son centre et garnie d'un verre sur lequel on a gravé au diamant un trait excessivement fin. La pièce ee, est également percée en o et dans son ouverture est fixé un disque de verre divisé en fractions de milli-

mètre. / est une vis qui avance ou recule au moyen du support taraudé d et dont l'extrémité vient appuyer contre un butoir en s.

Pour employer l'instrument , on le fixe solidement sur la platine du microscope. On met au point et l'on aperçoit parfaitement les divisions et le trait indicateur qu'il faut amener sur le premier trait de la plaque supérieure au moyen de la vis /. Si l'on place alors un petit corps, un morceau de papier par exemple au point s, entre l'extrémité de la vis et celle du butoir, ce dernier sera repoussé vers la droite et la marche des divisions sur le trait du disque inférieur, indiquera l'épaisseur du corps.

Quant au microscope destiné à mesurer les fils déliés, ce n'est autre chose qu'un de nos petits microscopes dont l'oculaire est muni d'un micromètre fixé à demeure au foyer du premier verre. Nous déterminons à l'avance la valeur de ces divisions en les comparant à celles d'un micromètre objectif ainsi que nous l'avons dit plus haut, et dès lors, il est excessivement facile de mesurer les objets placés sur la platine. ,

Nous avons construit cet appareil pour faciliter l'opération, car beaucoup de chefs d'atelier ou leurs ouvriers, éprouvent de la difficulté à bien disposer le micromètre oculaire et d'ailleurs, une fois que la valeur de ce micromètre est déterminée, il leur suffit de placer l'objet sur la platine et de regarder dans le microscope pour obtenir un résultat exact. Cependant nous préférons l'emploi de la chambre claire ; deux ou trois expériences suffiront pour mettre toute personne en état de faire usage de notre procédé qui peut donner les évaluations les plus délicates avec la plus grande exactitude.

Il serait maintenant superflu de parler du micromètre de Wollaston , des réseaux métalliques , des mesures prises sur le pied de l'instrument, du micromètre angulaire ; notre but était de simplifier cette branche delà science et nous croyons y être parvenu. En décrivant tous les procédés connus, nous embarrasserions l'es-

prit du lecteur d'une foule de choses inutiles et il pourrait nous reprocher avec raison de ne lui avoir rien donné en voulant lui donner trop. Les amateurs curieux pourront consulter les anciens ouvrages.

Explication des figures relatives à la micromètrie.

Fig. 13, pi. 2. A, mire sur laquelle est tracée l'échelle.

B miroir percé d'Amici.

C lentille ou oculaire.

P Pupille.

ab cd marche des rayons (voir plus haut l'explication).

Fig. 14. A, B, micromètre objectif ou réglette en cuivre portant à son centre le micromètre sur verre G.

Fig. 15. A,A\ micromètres oculaires. A' est divisé en carrés; cette disposition est quelquefois avantageuse.

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