‹ Des microscopes et de leur usageChapitre 17 sur 36 · CARACTÈRES · texte numérisé non relu

CARACTÈRES

1° Lepisma saccharina .

On emploiera les écailles fraîches ; lorsque l'insecte est mort depuis long-temps, on risque de les altérer en les détachant.

Les stries longitudinales divergent légèrement en quittant leur point d'origine ; elles paraissent plates ou carrées comme les dentelures de quelques coquilles bivalves. Il existe d'autres stries qui suivent plusieurs directions. On doit surtout s'en rapporter à la netteté des espaces qui les séparent.

2° Petrobius maritimus . Se trouve sous les pierres au bord de la mer. La forme des écailles est à peu près semblable à celle des précédentes, mais elles sont plus longues et les stries transversales très prononcées.

3° Morpho menelaus (Amérique).

Les plumules imbriquées placées au centre de la face supérieure de l'aile, sont d'un bleu pâle et quelques unes presque noires. Les premières sont plus larges et doivent seules être employées comme test. Elles présentent des stries longitudinales et transversales qui simulent les lignes d'une muraille en briques.

Ces stries et leurs intervalles doivent paraître bien distincts ; il est rare qu'on puisse voir toutes les stries transverses en même temps. Il faut détacher ces plumules avec beaucoup de soin , car elles s'altèrent facilement et les stries transverses disparaissent aussitôt.

4° et 5° A Imita pentadactyla et hexadactyla. On emploie les plumules prises sur le corps et non sur les ailes. Elles sont transparentes, ordinairement plus larges que longues, et non symétriques. Souvent, elles sont couvertes d'une trame délicate, inégale et membraneuse qui cache les lignes. Les stries longitudinales ne sont pas difficiles à distinguer, mais elles sont tellement rapprochées, qu'il faut un grossissement considérable et un éclairage convenable pour les isoler. (Rares.)

6° Lycenœ argus. Plumules de la face inférieure de l'aile d'un jaune brillant, intervalles très transparens. Nous reviendrons sur les plumules ponctuées.

7° Tenea vestianella. Petites plumules de la face inférieure de l'aile. Ce test n'est pas très difficile, mais il faut un excellent microscope pour montrer les stries avec netteté.

8° Pieris brassica. Il faut préférer les plumules pâles, minces, cordiformes, dont la racine est terminée par une houppe chevelue, et qui se rencontrent sur quelques parties de l'aile. Elles sont très transparentes, jaunâtres et leur surface est rarement lisse. On distingue fort bien les stries longitudinales en employant l'éclairage oblique.

Indépendamment des stries longitudinales et transversales, il existe encore deux ordres de lignes obliques toujours plus pâles que les autres et qui ne sont jamais réunies. Il est difficile de bien les voir ; il faut encore que la lumière arrive obliquement et que l'éclairage ne soit pas trop vif.

9° Podura plumbea. On le trouve dans le bois humide, la sciure de bois et les caves. Il n'est pas facile de prendre ces insectes ; nous allons indiquer le procédé à suivre. Saupoudrez de farine un morceau de papier noir que vous placerez près de l'endroit où se trouvent les podures ; quelques heures après mettez le papier dans un grand vase verni que vous transporterez dans un lieu éclairé ; aussitôt les podures sauteront de la farine dans le vase où l'on peut les conserver. Le corps et les pattes de ces insectes sont recouverts d'écaillés très délicates qu'il faut recueillir avec précaution. L'insecte est très mou et s'écrase facilement : le liquide qui s'écoule adhère aux écailles et fait disparaître les stries.

Je n'ai jamais pu distinguer ces lignes avec un grossissement au dessous de 350 fois. On peut aussi les voir avec un bon doublet et l'éclairage de Wollaston. Leur transparence est en raison inverse de leurs dimensions. Leurs formes sont variées mais

elles ne présentent jamais d'angles aigus. Avec un bon microscope et un éclairage convenable , on aperçoit une série de lignes ou saillies disposées de différentes manières. Tantôt elles sont droites et traversées par deux ordres de lignes obliques, les autres sont ondulées. Il en est même dont on n'a pu jusqu'à ce jour reconnaître la disposition.

Règle générale : plus les écailles sont petites plus le test est difficile.

Quant aux tests opaques ou destinés à prouver le pouvoir définissant du microscope , on ne trouve dans le Microscopic cabinet aucun détail sur leurs caractères ; l'auteur renvoie aux planches de cet ouvrage, nous citerons seulement les plumules du fycenœ argus, dont nous avons déjà parlé.

Ces plumules prises sur la face inférieure de l'aile ressemblent par leur forme à une raquette couverte de taches. Elles paraissent composées de deux couches délicates dont la supérieure présente des rangées régulières d'épines coniques qui doivent se montrer très distinctement. Lorsque la lumière arrive obliquement, elles se mêlent et ressemblent à une ligne tremblée.

On peut encore augmenter le nombre déjà considérable des test-objects ; ainsi les globules de sang des différens animaux, les prolongemens flagelliformes des animalcules spermatiques et des infusoires, les cils vibratoires de ces derniers, etc., sont également de fort bons objets d'épreuve. Mais pourquoi multiplier les exemples? Ne vaut-il pas mieux faire un choix rigoureux parmi les plus difficiles et s'en tenir aux résultats qu'ils fournissent. Un bon microscope sortira vainqueur de toutes les épreuves ; lorsqu'une fois il aura fait voir bien nettement un ou deux objets très difficiles, il ne sera pas nécessaire de répéter l'expérience sur un autre test, à moins toutefois qu'on n'ait du temps à perdre et le contraire arrive ordinairement à qui sait bien l'employer. Nous avons cependant choisi plusieurs test-objects, parce que tous

les microscopes n'ont pas une puissance suffisante pour faire voir les plus difficiles et que d'ailleurs, il en est qu'on se procure plus facilement que d'autres.

Voici notre division et les caractères des différens corps.

lre division. Faciles.

Stries longitudinales et apparence de lignes obliques sur les écailles de la forbicine.

Stries des plumules do petit papillon du chou.

2e division. Difficiles.

La granulation des stries des mêmes plumules.

3e division. Plus difficiles.

Stries longitudinales des plumules du grand papillon du chou.

4e division; Très difficiles.

Lignes interrompues des petites et moyennes écailles de la podure. Granulations desslries des plumules du grand papillon du chou.

1° Forbicïne (Lepisma saccharina), vulgairement connu sous le nom de poisson argenté, demoiselle d'argent, cet insecte doit sa couleur argentée à un grand nombre d'écaillés luisantes qui le couvrent entièrement. Lorsqu'on veut employer les écailles, il faut prendre l'insecte avec une plume et le poser délicatement sur une lame de verre que l'on recouvre aussitôt d'une seconde; soumis à une pression modérée, l'animal s'agite et laisse une partie de ses écailles attachées aux bandes de verre.

Ces écailles présentent des stries longitudinales qui se courbent vers le point d'insertion et forment à l'extrémité opposée des dentelures prononcées. Ces stries se distinguent facilement, même avec un microscope de moyenne force; elles doivent paraître nettes et bien tranchées .

Avec une amplification de 100 à 150 fois, on reconnaît deux sortes de lignes obliques qui sont probablement formées par la coïncidence des stries longitudinales,

2° Petit papillon du chou (Pieris rapœ, piéride de la rave), Les ailes de ce papillon fort commun, sont revêtues de trois ou quatre espèces d'écaillés différentes. C'est à M. Le Baillif que nous devons la découverte des petites écailles qu'il nomma plumules et qu'il faut employer de préférence à toutes les autres. On les recueille sur les ailes du papillon mâle. Une de leurs extrémités est cor diforme et les deux lobes sont arrondis ou carrés , l'autre est terminée par des fîlamens chevelus. Entre les deux lobes du cœur et à l'extrémité d'un pédicule délié on observe une petite boule qui, d'après les observations intéressantes de M. Bernard Deschamps , est la partie qui s'implante sur la membrane de l'aile.

Avec un bon microscope et une puissance ordinaire on aperçoit des stries qui s'épanouissent en quittant la partie étroite de la plumule. Rapprochées vers le centre, elles s'écartent en avançant vers les bords et s'infléchissent en suivant à peu près les contours de la plumule. Avec une amplification de 300 fois, on distingue la disposition granulée qui leur donne l'apparence d'un chapelet dont les grains laisseraient entre eux un certain intervalle. On reconnaît la bonté de l'instrument à la netteté des granulations qui parfois permet d'en compter un certain nombre.

3° Grand papillon du chou [Pieris brdssicœ, piéride du chou ). Il faut employer exclusivement les plumules du mâle dont les deux extrémités ont quelque ressemblance avec celles dont nous venons de parler ; mais les contours des lobes sont parfaitement arrondis, les plumules sont très allongées et leur coloration est d'un jaune pâle. Les stries sont longitudinales, très rapprochées dans la partie aiguë de la plumule et s'avancent en divergeant vers l'extrémité cordi forme dont elles suivent faiblement les contours.

L'excellence de l'instrument pourra se mesurer, sur la netteté plus ou moins grande de ces stries, mais les granulations qui les composent doivent être considérées comme le test-object le plus diffi-

elle, la véritable pierre de touche. Un excellent microscope a seul le pouvoir de faire distinguer ces granulations fines et rapprochées.

M. Goring décrit deux espèces de lignes, les unes longitudinales et les autres obliques ; à son avis, ces dernières l'emportent en difficulté sur les autres tests.

Nous différons d'opinion avec le docteur anglais. Pour nous il n'existe qu'une seule espèce de stries longitudinales dont l'apparence est granulée. M. Goring lui-même revient sur ses premières idées et dit en parlant des stries : « Elles cachent un mystère inexplicable, car si elles sont produites d'après le même principe que les lignes des micromètres, pourquoi ne les voit-on pas aussi facilement?» Le docteur Brewster étudia ces stries avec le plus grand soin et reconnut enfin que les lignes mystérieuses des testobjects n'existent qu'en apparence et qu'elles sont formées par une série de dentelures qui avec les fibres auxquelles elles s'attachent, constituent la trame délicate des plumules. Relativement aux lignes obliques, le docteur Brewster les considère comme résultant d'une illusion d'optique produite par l'alignement accidentel des différentes séries de dentelures également éclairées par une lumière oblique, etc.

4° Podure (Podura plumbea^ podure plombée, nous avons indiqué plus haut la manière de se procurer cet insecte.) Les écailles de la podure ont généralement une forme oblongue, mais leur grandeur varie. Avec un microscope médiocre, leur surface paraît unie, mais avec un instrument parfait, on découvre une multitude infinie de points oblongs qui simulent des lignes droites, croisées, obliques ou onduleuses suivant les variations que l'on fait subir à l'éclairage.

Il n'est pas très difficile de découvrir ces points sur les plus grandes écailles, aussi faut-il choisir les plus petites et nous les considérons comme l'un des meilleurs objets d'épreuve pour démontrer le pouvoir pénétrant du microscope.

Nous n'abuserons pas plus long-temps de la patience du lecteur déjà fatigué sans doute delà longueur et de l'aridité de ces détails. Cet aperçu suffira pour lui donner une idée exacte des test-objects; néanmoins nous ajouterons quelques mots sur les difficultés qu'on éprouve à distinguer les caractères que nous venons de décrire, même avec le meilleur microscope.

Dans aucune circonstance la disposition convenable de l'éclairage n'est plus importante. Citons un seul exemple.

Les stries desplumules sont tellement délicates qu'elles seraient complètement noyées dans une lumière trop vive, la délicatesse des saillies qu'elles forment à la surface de la plumule, exige une lumière oblique et ces lignes ne deviennent apparentes qu'au moyen des ombres que l'on parvient à leur faire projeter. 11 est évident qu'il faudra suivre une marche analogue pour les autres tests, en les plaçant toujours dans les conditions les plus favorables.

Au surplus, il serait trop long et fastidieux de décrire minutieusement toutes les précautions nécessaires; aussitôt que l'on aura acquis une certaine habitude du microscope, on devinera sans peine la meilleure méthode à suivre. Avec l'expérience et les renseignemens que nous avons donnés dans le cours de cet ouvrage, les observateurs auront bientôt découvert tous les secrets de la science microscopique. Nous nous empresserons toujours de guider leurs premiers pas et de leur signaler les qualités de leurs instrumens, espérons que devenus maîtres à leur tour, ils voudront bien nous indiquer les défauts qu'ils auront pu rencontrer dans les nôtres, ce sera notre meilleure récompense.

Nos différens tests ont été dessinés avec le plus grand soin à la chambre claire adaptée au microscope, par un jeune artiste, M. Vaillant, dont le talent est bien connu de nos professeurs. Malheureusement nous craignons que la gravure n'ait pu reproduire toute la délicatesse du dessin. Le lecteur pourra toutefois se régler sur les figures pour apprécier la netteté avec laquelle

il distinguera les objets d'épreuve ; c'est ainsi que nous les avons vus avec nos meilleurs microscopes , c'est ainsi qu'il faudra les voir avec un bon instrument.

Nous ne saurions mieux terminer cet article, qu'en traduisant le code promulgué par le docteur Goring dans sa Micrographia.

Page 1