DU CHOIX D UN BON MICROSCOPE
Test-objects. — Objets d'épreuve.
Les progrès remarquables, la propagation de la science du mi croscope, sont les meilleures preuves que l'on puisse fournir en faveur du degré de perfection auquel l'instrument est parvenu dans l'espace de quelques années. Dans les premiers temps, les recherches étaient sans cesse entravées par la mauvaise disposition de la partie mécanique; et ce n'était vraiment pas un problême très facile à résoudre, que d'associer la mobilité à la solidité, sans surcharger l'appareil et embarrasser l'observateur d'une foule de supports, de vis de pression, etc. Et quand bien même on serait parvenu à vaincre cette première difficulté, l'appareil optique, proprement dit, demeurait avec toutes ses imperfections.
Enfin, le microscope fut régénéré, les savans l'adoptèrent et la science s'enrichit de cette nouvelle conquête.
L'appareil mécanique, le système optique, voilà les deux grandes bases ; aussi, donnerons-nous des renseignemens exacts sur les qualités qu'il faut exiger d'un bon microscope sous les rapports optique et mécanique. Mais indiquer ces qualités et ne pas enseigner en même temps la manière de les vérifier, serait une véritable mystification.
Il était donc de la plus haute importance de découvrir un moyen
d'épreuve, une pierre de louche qui pût dévoiler les défauts et mettre en évidence les propriétés efficaces.
Les astronomes ne se contentaient plus de voir distinctement des planètes et leurs satellites, comme avant la découverte des étoiles doubles et des nébuleuses; il fallait que leurs lunettes fussent éprouvées sur ces derniers corps.
Pourquoi le microscope n'aurait-il pas eu également son moyen de contrôle? Il faut bien se persuader que de cette découverte dépendait l'avenir de l'instrument, car la connaissance des imperfections est le premier pas vers la perfection, et l'introduction des test-ob~ jects dans la science microscopique, doit être mise au nombre des plus heureuses innovations.
Examinons d'abord le mécanisme, la charpente de l'instrument, dont il est facile de vérifier les différentes combinaisons.
On n'ignore pas les nombreux changemens qu'on a fait subir aux montures des microscopes ; les uns voulaient une disposition particulière pour chaque genre d'observation et il n'y a pas encore bien long-temps qu'on a construit des microscopes pour les objets aquatiques, d'autres pour les corps vivans, etc. A nos yeux, le meilleur mécanisme était celui qui se prétait au plus grand nombre d'applications et présentait le plus de solidité.
Cette pensée constante nous conduisit de changemens en changemens, à terminer les modèles que nous construisons aujourd'hui.
Nous passerons sous silence tous les détails de construction qui n'auraient d'intérêt que pour les mécaniciens.
1° Toutes les parties qui composent la monture, doivent être parfaitement ajustées.
Il est facile de s'en assurer, car le moindre défaut d'ajustage occasionnera des mouvemens ir régulier s, des saccades , des déplacemens de l'objet qui se manifesteront à l'œil le moins exercé et ne permettront pas de faire l'observation la plus simple.
2° Pour éviter les frottemens trop rudes, on construira les dil-
H)7 férentes coulisses, boites carrées, vis, etc., en métaux différons.
Nous ne pensons pas qu'il soit nécessaire d'expliquer cette deuxième proposition. Au surplus, en fesant glisser les différentes pièces, on appréciera sans peine la précision ou la roideur des mouvemens.
3° Le centrage parfait des différentes parties est de la plus haute importance.
En effet, si toutes les parties superposées ne sont pas situées positivement dans le même axe, les différens verres ne se correspondront pas exactement, ou bien, les autres parties de l'appareil ne viendront pas se présenter à ces verres d'une manière convenable, il sera impossible de distinguer les objets et de les placer dans une situation commode pour l'observateur.
4° Dans le microscope composé, la partie optique doit être immobile.
Lorsque la mise au point s'obtient par le mouvement imprimé au corps de l'instrument, l'œil placé sur l'oculaire, est obligé de suivre les divers changemens et comme il arrive qu'on appuie le bord de l'orbite sur le microscope , le poids de la tête qui porte entièrement sur le tube, peut amener de légères variations dans l'ajustement; mais on n'ignore pas qu'un déplacement insensible, détruit aussitôt la netteté de l'image; donc la platine seule doit être mobile. A cette mobilité, il faut joindre une grande précision de mouvement et un ajustage parfait. Si d'une part, la mobilité du corps de l'instrument l'expose à des variations nuisibles , l'exécution imparfaite des différentes pièces qui composent la platine et son mécanisme, aura nécessairement les mêmes résultats.
Les mouvemens latéraux ou d'avant en arrière, ne peuvent qu'embarrasser l'observateur, loin de faciliter les recherches, et si ces mouvemens sont nécessaires en certaines occasions, il devient indispensable de les limiter au moyen de butoirs qui permettent de replacer les diverses pièces exactement dans leur position pri-
mitive. Au surplus, on évite tous ces déplacemens en fesant usage de la platine à chariot.
Nous avons insisté sur l'immobilité du corps de l'instrument, parce qu'il est vrai que c'est par le centre des lentilles qu'on voit le plus nettement et qu'il faut que ces dernières, l'objet et le miroir, soient d'abord placés exactement dans le prolongement du même axe, sauf à modifier ensuite la position de l'objet ou du réflecteur. Nous avons posé ces principes dès 1823.
Ces observations sont en partie applicables aux microscopes simples , mais quand on les destine aux recherches anatomiques, il faut que la platine soit immobile, ainsi que nous F avons dit au chapitre 2.
5° Les cônes qui portent les lentilles du microscope composé et les oculaires, seront ajustés à bayonnette sur le corps de l'instrument. Les doublets entreront à frottement dans les anneaux du microscope simple. Avec l'ajustage à bayonnette, on n'a pas à craindre les variations qui peuvent résulter de la plus légère imperfection des vis, on perd moins de temps à effectuer le changement des pièces et F on est certain de toujours les replacer dans 1& même position. Nous appliquons autant que possible cet assemblage à toutes les pièces accessoires.
6° Nous avons déjà parlé des avantages que présente la vis de rappel à boule pour le mouvement lent, et des diaphragmes variables, il est inutile de nous y arrêter de nouveau. Nous ne reviendrons pas davantage sur les garnitures en velours placées à l'intérieur des tubes et généralement adoptées.
7° Il est important que l'on puisse monter et démonter l'instrument avec la plus grande facilité et que les différentes parties dont il est composé soient logées dans la boîte de manière à éviter les ballottemens, les chocs qui pourraient altérer l'exactitude des pièces et rendre les mouvemens difficiles ou irréguliers.
8° Epfln, un bon microscope doit se plier à toutes les exigences.
prendre toutes les positions désirables et les conserver sans variations; la simplicité des formes, du mécanisme et des accessoires est encore une qualité précieuse.
Passons maintenant au point capital, sans lequel les meilleures montures, le mécanisme le plus ingénieux ne seraient que des objets inutiles, un corps inanimé, la matière sans vie.
1° Les différais verres qui entrent dans la composition d'un microscope, seront taillés dans une matière bien transparente et d'une grande pureté. Ils doivent être travailles avec le plus grand soin.
2° Les deux verres de l'oculaire ou pour parler plus correctement, l'oculaire et le verre de champ auront leur convexité tournée vers l'objectif. Les vis de leurs montures doivent être bien filetées pour qu'on n'éprouve aucune difficulté lorsqu'il s'agit de les remettre en place après les avoir nettoyés.
3° Il est important que les lentilles soient parfaitement centrées et les différens verres qui les composent, collés ensemble et sertis dans la monture. Il serait facile de multiplier ces propositions, mais ne vaut-il pas mieux indiquer de suite le moyen de vérifier l'efficacité de l'instrument.
Les qualités que nous venons dénumérer, sont faciles à reconnaître, mais elles ne suffisent pas ; il faut surtout que leur réunion, que leur ensemble soient soumis à un dernier examen. Combien d'instrumens parfaits en apparence, ne peuvent résister à cette redoutable épreuve!
Le docteur Goring passe généralement pour avoir le premier, introduit les test-objects dans la science; nous devons dire, tout en repoussant l'accusation de partialité, que long- temps avant la publication du mémoire du docteur anglais, M. Le Baillif ( en 1823) éprouvait les microscopes en examinant les stries des plumulles de divers papillons, les appendices flagelliformes des animalcules spermatiques, les* divisions micrométriques, etc. Nous
possédons même des dessins coloriés représentant plusieurs de ces objets dessinés par Le Baillif.
Comme il ne serait pas impossible qu'on nous accusât de chercher à diminuer le mérite des travaux du docteur Goring, nous répondrons à l'avance, en rappelant nos relations amicales avec le savant docteur, une correspondance suivie pendant plusieurs années et les emprunts fréquens que nous avons faits à ses œuvres. Nous pourrions ajouter que loin de nuire en rien aux recherches de M. Goring, les expériences de M. Le Baillif prouveraient plutôt l'excellence du procédé, puisque la même pensée surgit presque simultanément dans l'esprit de deux hommes aussi remarquables par leur talent d'observateur et la justesse de leurs conceptions.
Il paraît que M. Goring fut conduit à la découverte des test-objects, par un passage de Leeuwenhoeck relatif au papillon du verà-soie. En étudiant les tests, le docteur anglais reconnut deux propriétés distinctes dans le microscope; l'une qu'il nomme pouvoir pénétrant, dépend de l'ouverture des lentilles, l'autre ou pouvoir définissant, est en raison inverse des aberrations chromatiques et de sphéricité. Il nous semble qu'on pourrait donner une idée assez exacte de ces deux propriétés en disant, que le pouvoir pénétrant dévoile la structure intime des corps tandis que la connaissance de leur forme, de leur apparence superficielle, dépend du pouvoir définissant. Le premier sera donc principalement applicable aux objets transparens et le second aux corps opaques. Un microscope peut posséder au plus haut degré l'une des puissances, la pénétration par exemple, tandis que son pouvoir définissant sera faiblement prononcé et vice versa; l'instrument parfait réunit les deux propriétés.
Le docteur Goring établit deux grandes divisions parmi les tests.
1° Test-objects transparens pour éprouver le pouvoir pénétrant.
2° Test-objects opaques pour le pouvoir définissant.
Nous allons extraire du Microscopk cabinet un passage qu'il
nous paraît important de citer avant de poursuivre notre travail.
« On trouve fréquemment des écailles et des plumules très
faciles parmi les objets les plus difficiles; j'observerai qu'on
distingue bien plus facilement les échantillons dont la couleur est foncée et que les noirs ne prouvent rien, tandis que plus le tissu est transparent, plus il est difficile de distinguer sa structure. J'insisterai aussi sur les dimensions, la. longueur ou la largeur de l'objet, car dans certains cas , les échantillons longs et étroits sont très difficiles et les gros et courts , très faciles »
Ainsi donc, on ne doit pas employer indistinctement toutes les plumules et il importe de connaître les caractères de celles qu'il faut préférer. Nous allons donner la liste des test-objects proposés par le docteur Goring,, puis nous décrirons leurs caractères distinctifs en nous conformant au travail du docteur et enfin , nous exposerons nos propres idées sur ce sujet délicat.