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DES OBJETS

Avant de commencer les recherches microscopiques, il faut s'assurer de l'état de l'instrument. Combien de fois nest-il pas arrivé que l'oubli de cette première précaution a rendu l'observation impossible? Tantôt, la poussière s'était introduite dans l'intérieur de l'instrument et l'on s'était contenté d'essuyer la face extérieure des verres ; tantôt ces derniers étaient ternis par l'humidité, etc.... La persistance de ces obstacles impatiente l'observateur, il met de côté microscope, expériences, et perd trop souvent une belle occasion d'observer un phénomène passager.

Ces remarques pourront sembler puériles au micrographe qui procède avec soin et méthode, mais nous écrivons surtout pour ceux qui ne savent pas ou qui veulent opérer trop vite ; aussi feronsnous passer sous leurs yeux, les moindres circonstances, toutes les minuties qui doivent nécessairement être nombreuses dans une science comme celle qui nous occupe. A force de lui répéter qu'il faut prendre des précautions et ne rien négliger, il est probable que le lecteur le moins attentif, finira par essayer, reconnaître l'importance et enfin se faire une habitude de ces petits riens qui peuvent empêcher de grands et beaux résultats.

Une autre condition indispensable au succès des expériences v est la préparation convenable des objets. L'anatomiste habile at-

tache une grande importance à la beauté des préparations anatomiques faites sur le cadavre, et ce n'est pas un désir futile de mettre sa dextérité en évidence, ce n'est pas une ridicule coquetterie qui le guident, puisque le plus souvent, ces dissections ne doivent durer que le temps nécessaire à une démonstration. Celuilà n'est pas anatomiste qui prétendrait frapper aussi vivement les yeux et l'esprit de ses élèves en leur exposant un cadavre en lambeaux, qu'en développant devant eux l'œuvre séduisante d'une main habile. Comment soumettre une idée nouvelle, une découverte au creuset de l'opinion, si tous ne peuvent remonter avec vous à la source première? Comment vous-mêmes, pourrez-vous accorder une confiance entière à des résultats véridiques peutêtre, mais entourés de ténèbres et que vous aurez peine à ressaisir pour les vérifier.

Ce que l'anatomiste fait pour les préparations en grand, il le fait encore pour les travaux les plus délicats ; cette heureuse habitude de concentrer toutes ses facultés vers l'œuvre dont on s'occupe actuellement , devient la source des plus belles découvertes.

Suivons l'ordre que nous avons indiqué et voyons ce qu'il convient de faire avant de soumettre un objet au microscope.

Les différens verres sont fréquemment couverts de poussière; si elle n'existe que sur la face extérieure, il suffit d'un pinceau doux pour l'enlever. Mais si les corps étrangers ont pénétré dans le tube et se trouvent sur l'autre face des verres , il faut les dévisser successivement pour leur rendre leur netteté. Il peut arriver que l'humidité et le contact des doigts aient formé sur les lentilles, une légère couche qui leur donne un aspect terne; il faut également employer le pinceau d'abord ,pour enlever les corpuscules durs ou fragmens de silice mêlés à la poussière et qui pourraient altérer le poli des verres en rayant leurs surfaces ; ensuite on les essuie légèrement avec un morceau de batiste très

fine et un peu usée. Si ce moyen ne suffît pas, on se sert avec avantage d'un peu d'alcool qu'on essuie avec soin. Pour les petites lentilles collées, on doit humecter légèrement le linge et essuyer rapidement, car le liquide pourrait altérer leur netteté en agissant sur le baume de Canada qui sert à les réunir. Il faut revisser les différentes pièces bien exactement pour que le centrage soit toujours parfait.

On évitera de respirer sur l'oculaire, dans le cas où cela arriverait, le nuage se dissiperait bientôt à moins que la vapeur trop abondante ne se condensât en une couche liquide qu'on essuierait avec soin.

Quelques personnes saisissent le corps de l'instrument avec la main, pour lui imprimer certains mouvemens; en hiver, ou dans une pièce froide, la chaleur de la main agit sur l'air contenu dans le tube et bientôt un léger nuage vient ternir les verres; on a recommandé de tenir l'instrument dans une pièce chaude.

Lorsqu'on examine un objet, il faut autant que possible, le placer bien au milieu de la platine ou dans l'axe optique, sauf à changer ensuite sa position.

Nous allons maintenant aborder la préparation des objets. Le lecteur appliquera sans peine les règles générales que nous poserons dans ce chapitre, aux difîérens corps qu'il se proposera d'étudier.

Le célèbre Boerhaave rendit un bien grand service à la science en recherchant avec soin dans les lettres et manuscrits de Swammerdam, les procédés mis en usage par ce grand anatomiste pour disposer et disséquer les objets microscopiques.

C'est à l'excellent ouvrage d'Adams que nous devons ces renseignemens précieux pour les expérimentateurs.

Swammerdam disséquait les petits insectes sur une table en cuivre construite par Mussenbroek. Sur cette table, deux bras mobiles étaient destinés l'un, à maintenir l'objet, l'autre à porter

la lentille ou le microscope construits avec le plus grand soin. Leurs foyers ainsi que leurs dimensions étaient variables. Swammerdam commençait ses observations avec les plus faibles amplificateurs dont il augmentait progressivement la puissance.

Il paraît avoir excellé surtout à construire de très petits ciseaux et à leur donner un tranchant parfait ; il en fesait usage pour les objets très déliés, préférant leur manière nette de trancher les corps, à l'action des scalpels et des lancettes qui, bien qu'excessivement fins, altèrent souvent les substances délicates et tiraillent les organes. Ces scalpels, lancettes, aiguilles, etc., étaient si déliés qu'il ne pouvait leur donner le tranchant nécessaire qu'en les examinant à travers une loupe, mais aussi fesait-il avec ces instrument l'anàtomie d'une abeille aussi nettement qu'auraient pu le faire les plus fameux anatomistes sur de grands animaux. Il maniait avec une adresse infinie des petits tubes de verre effilés, aussi minces que des soies de porc. Ils lui servaient à insuffler les plus petits vaisseaux pour la démonstration, à les isoler dans leur marche ou à les injecter avec des liquides de différentes couleurs ; il fesait périr ses insectes en les plongeant dans de l'alcool, de l'eau ou de l'essence de térébenthine qui empêchaient la putréfaction, augmentaient la solidité des parties molles et facilitaient leur dissection.

Quand il avait divisé le petit individu avec les ciseaux et noté attentivement tout ce qu'il remarquait d'abord, il enlevait avec soin et patience les divers organes après les avoir préalablement isolés avec des pinceaux fins, de la graisse abondante qu'on rencontre che& les insectes et dont la dissection entraîne souvent l'altération des parties voisines. Cette manœuvre est plus facile lorsqu'on la pratique sur les insectes à l'état de nymphe.

Parfois il plongeait les viscères dans l'eau et les agitait doucement pour mettre en évidence les conduits aérifères qu'il parvenait par ce moyen, à isoler des parties environnantes sans les

altérer. 11 nettoyait souvent les viscères en dirigeant sur eux le jet d'une seringue, puis il insufflait les trachées et les fesait sécher pour de nouvelles observations. Plusieurs fois, il fît les recherches et les découvertes les plus importantes , sur des insectes conservés dans du baume pendant des années. Il lui arrivait aussi de les ponctionner avec une aiguille très fine et après avoir chassé tous les fluides par une légère pression, il insufflait avec des tubes très fins, fesait sécher les individus à l'ombre et les enduisait d'une couche d'huile d'aspic tenant en dissolution une petite quantité de résine; ces préparations retenaient long-temps leurs formes naturelles. Swammerdam connaissait un moyen secret de conserver aux nerfs , leurs formes et leur souplesse

Il reconnut que l'essence de térébenthine dissolvait entièrement le tissu graisseux des insectes et dès lors il put découvrir nettement les organes : après cette dissolution, il soumettait les pièces à des lavages répétés dans l'eau. Souvent il passa des journées entières à nettoyer ainsi des chenilles, pour découvrir la structure du cœur.

Nous devons mentionner son procédé ingénieux pour enlever l'enveloppe extérieure des chenilles au moment où elles se disposaient à filer. Il les suspendait par leur fil et les plongeait subitement dans del eau bouillante d'où il les retirait aussitôt. L'épiderme se détachait alors avec la plus grande facilité et il enlevait sans peine les débris de l'enveloppe, en plaçant la chenille dans un mélange à parties égales d'esprit de vin et de vinaigre distillé, qui augmentait la solidité des parties. Au moyen de ce procédé, il démontrait évidemment l'emboîtement du papillon dans la nymphe et de cette dernière dans la chenille.

Lyonet avait toujours coutume de noyer les insectes qu'il voulait

étudier; il leur conservait ainsi la transparence et la souplesse. Ce naturaliste disséquait de préférence avec deux aiguilles fines fixées dans de petits manches.

Le docteur Hooke avait reconnu combien il est difficile de dessiner certains insectes doués d'une grande mobilité et notamment la fourmi. Il imagina de les plonger dans de l'esprit de vin rectifié où ils trouvent une mort instantanée. Lorsqu'on les en retire, l'alcool s'évapore et le petit individu reste parfaitement sec et dans une position naturelle.

On trouve également dans l'ouvrage d'Adams, quelques règles générales sur la manière de préparer certains organes communs à un grand nombre d'individus : on nous blâmerait sans doute, de les passer sous silence ; nous abrégerons autant qu'il sera possible de le faire sans nuire à l'intelligence des préceptes.

Ailes. Quelques uns de ces organes sont très difficiles à déplier; il faut saisir l'insecte entre l'index et le pouce, essayer légèrement d'ouvrir l'aile avec une pointe mousse, l'étendre sur la pulpe de l'index et porter aussitôt le pouce sur les parties développées. On détache l'aile avec des ciseaux bien tranchans sans cesser la compression, puis on la met en presse pendant une heure entre deux feuilles de papier et lorsqu'on la retire, on peut la placer entre les lames de verre sans craindre de la voir se replier de nouveau. Il faut autant que possible faire cette opération aussitôt après avoir tué l'insecte.

L'aile du perce-oreille est au nombre de celles qui offrent le plus de difficultés.

La préparation des proboscides ou trompes, exige beaucoup de soins et il ne faut porter un jugement sur la forme et la disposition de leurs parties, qu'après en avoir disséqué plusieurs; quelquefois on découvrira sur un échantillon, des détails qu'il sera impossible de retrouver sur d'autres. La proboscide de l'abeille est un des plus beaux objets microscopiques ; pour la préparer, il

faut en premier lieu la laver avec soin dans l'alcool et enlever toutes les particules poisseuses qui s'y attachent. Quand l'organe est bien sec, on le lave encore avec un pinceau excessivement doux qui ramène dans leur direction naturelle, les poils nombreux dont il est revêtu, etc

Pour préparer les yeux des insectes, on doit les laver avec précaution et les faire macérer dans l'eau pendant quelques jours ; cette macération permet d'enlever une ou deux couches qui rendraient ces organes trop opaques, mais il faut opérer délicatement et craindre d'amincir tellement le tissu, qu'il serait impossible de se faire une idée exacte de son organisation.

Les dépouilles des insectes n'exigent que peu de préparation. Sont-elles repliées, il suffît de les placer pendant quelques minutes dans un endroit humide et bientôt on parvient à les étendre dans une position naturelle ; la vapeur d'eau chaude est excellente pour cette opération.

On étudie les fibres musculaires en plaçant sur une lame de verre, un morceau de chair que l'on humecte avec de l'eau chaude; quand l'eau est évaporée, on distingue parfaitement les vaisseaux et par des macérations ou lavages répétés, on rend toutes les parties de plus en plus visibles.

Les matières grasses seront placées entre deux lames de verre comprimées légèrement de manière à augmenter la transparence en diminuant l'épaisseur. Néanmoins, telle est l'organisation de certains corps, que la moindre altération de leurs formes, entraîne la destruction des parties que nous voulons étudier ; les nerfs, les tendons, les fibres musculaires, la moelle du bois, etc., sont dans ce cas et il vaut mieux les placer dans un liquide transparent. Les fibres musculaires si difficiles à bien distinguer, laissent voir leurs moindres détails de structure si on les examine dans l'eau ou l'huile.

Il convient détendre les objets élastiques tandis qu'ils sont

sous le microscope, pour reconnaître la structure des parties que cette manœuvre met en évidence.

Les os seront d'abord étudiés comme corps opaques, puis comme objets transparens lorsqu'on les aura réduits en lames minces. On doit couper ces lames dans tous les sens et les laver avec soin ; dans certains cas il convient de les faire macérer. On peut encore les faire rougir au feu ; lorsqu'on les en retire, le tissu celluleux est net et isolé de toute autre matière. Quelquefois au contraire, on cherche à détruire les sels calcaires, il faut alors plonger l'os dans l'acide hydro-chlorique affaibli.

On fera tremper les écailles de poissons dans l'eau pendant quelques jours, puis avant de les placer entre deux lames de verre, on les essuiera bien pour enlever tous les corps qui pourraient y adhérer.

Voici le procédé à suivre pour disséquer les feuilles. On en place un certain nombre dans l'eau et ce n'est qu'après trois semaines ou un mois qu'on les en retire si elles paraissent bien macérées. On les pose alors sur une planche plate et les tenant d'une main, on les racle doucement avec le tranchant d'un couteau qui enlève presque toute la couche superficielle ; on fait subir la même opération à la face opposée, le tissu intermédiaire est détruit par des lavages répétés et la structure admirable de la trame devient parfaitement visible. Il est facile de dédoubler la préparation après avoir fendu le pédicule. Les deux couches superficielles qu'on a enlevées , peuvent être placées au nombre des objets microscopiques. Cette opération réussit très bien en automne.

Il est nécessaire de laver les minéraux avec une petite brosse pour les dégager de la matière qui les entoure. On peut mettre en évidence la structure intime des coquilles en les amincissant sur une meule.

A la suite de ces instructions générales empruntées à Adams, nous placerons les suivantes qui leur serviront de complément,

On pourrait croire que le microscope n'est destiné qu'à l'examen des corps nommés microscopiques et le nom même de l'instrument favoriserait l'erreur. Mais les plus grands objets ne sont en réalité qu'un composé de parties infiniment petites. La connaissance exacte de la structure intime d'une de ces parties constituantes, peut souvent donner une idée exacte de leur ensemble. La chimie décompose les corps pour étudier isolément leurs élémens, le microscope leur fait subir la même opération sans les désunir et montre tout à la fois les détails et l'ensemble. Néanmoins, il est souvent nécessaire de séparer les parties qu'on veut étudier ; certaines préparations sont indispensables pour leur donner les dimensions, la forme, la position, la transparence convenables ; les règles générales qui précèdent, indiquent en partie les difîérens procédés mis en usage, mais elles ne suffiraient pas aux besoins de l'observateur.

Nous devons considérer d'abord L'état actuel du corps soumis au microscope.

Les corps transparens seront posés simplement sur une lame de verre, mais leur forme, les accidens de leurs surfaces, peuvent empêcher les difîérens points de se présenter à la fois au foyer des lentilles; les plis, les mamelons, les anfractuosités, sont autant d'obstacles que l'on fait disparaître en recouvrant l'objet d'une lame de verre excessivement mince ; souvent même, il faut placer l'objet dans un liquide avant de le renfermer entre les deux verres.

L'addition de quelques gouttes d'eau froide ou chaude suivant la nature du corps, est nécessaire lorsque les fluides sont trop épais; dans le cas contraire, il faut en faire évaporer une partie spontanément ou bien au moyen d'une chaleur douce ; telle est la manière de procéder pour les cristallisations salines que l'on obtient aussi avec la plus grande rapidité, en remplaçant l'eau par l'éther ou l'alcool rectifié lorsque les sels sont solubles dans ces liquides. Ces préparations doivent être bien purgées de tout corps étranger

et placées à l'abri de la poussière. On parvient à les obtenir très pures au moyen de dissolutions et de filtrages répétés. Le sel sera bien pur lorsqu'une goutte posée sur le porte-objet, produira de belles cristallisations exemptes de corps étrangers.

Lorsqu'on veut extraire les inf moires des macérations où ils se sont formés, on promène la pointe d'un cure-dent ou une des tiges végétales de l'infusion, à la surface du liquide, et on dépose sur une bande de verre la petite goutte qu'on recouvre ensuite d'une de nos lames minces. Cette plaque force la goutte à s'étendre et à présenter une surface plane, les animalcules ne sont pas gênés dans leurs mouvemens, l'évaporation est plus lente et on peut continuer les observations pendant quelques heures. Il arrive souvent que la mobilité excessive des animalcules entrave l'exploration ; on doit alors laisser évaporer une partie du liquide avant de le couvrir ou bien y mêler une substance narcotique telle que l'opium, mais toujours en très faible quantité.

Les infusoires peuvent exister en si grand nombre dans une goutte de liquide, que l'œil ne saurait suivre un individu au milieu du tourbillon ; l'addition d'une goutte d'eau suffit pour les disséminer sur un plus grand espace. Quelques personnes emploient un procédé fort ingénieux pour isoler les individus qu'ils veulent étudier. A côté de la goutte d'infusion, ils déposent une goutte d'eau pure et les réunissent toutes deux au moyen d'un petit canal formé en traînant une pointe d'aiguille de l'une à l'autre; bientôt les infusoires s'engagent dans ce détroit et aussitôt que la goutte d'eau pure en contient un nombre suffisant , on intercepte la communication en détruisant le petit canal.

Le corrvpressorium dont nous avons donné la description, est nécessaire toutes les fois qu'il s'agit d'étudier de petits insectes vivans. Si Ton n'employait pas une compression graduée, on risquerait d'altérer leurs formes ou même de les écraser. Dans le premier cas, il serait impossible de faire des observations exactes,

dans le second, on arrêterait les phénomènes vitaux, et les iluides qui s'échapperaient du corps, souilleraient toutes les parties et troubleraient la netteté de l'image. Il en est de même pour les insectes morts récemment et pour tous les objets transparais ou opaques qu'on veut étendre ou fixer dans certaines positions.

Nos boîtes translucides à surfaces parallèles sont indispensables quand on veut étudier des corps dans les liquides mêmes où ils se développent. Nous avons déjà indiqué leur usage.

On trouvera au chapitre Accessoires, rénumération des instrumens nécessaires aux dissections microscopiques , néanmoins nous la reproduirons ici en l'accompagnant de quelques détails sur leurs applications spéciales.

Les scalpels et lancettes servent à diviser les tissus qui présentent quelque résistance, soit par leur structure particulière, soit par leur position sur la lame de verre qui les supporte; mais lorsqu'on veut séparer des parties que la pression pourrait altérer, il vaut mieux employer les ciseaux fins à long manche et à ressort; la section sera plus nette, plus rapide et l'objet moins tiraillé en divers sens.

Avec les presselles fines et bien ajustées, on saisit les tissus qu'on fixe d'une main, tandis que l'autre conduit les instrumens tranchan s.

Les aiguilles droites ou à pointe recourbée sont peut-être les instrumens les plus utiles. Elles occupent peu de place sur le porte-objet, n'obstruent pas le champ et pénètrent dans les plus petites sinuosités. Nous avons dit que Swammerdam construisait de petits outils si déliés, qu'il était obligé d'employer une loupe pour leur donner le tranchant nécessaire. N'est-il pas présumable que cet habile anatomiste façonnait la pointe de ses aiguilles en forme de petits scalpels? En tous cas, nous pensons qu'on pourrait employer ce procédé et même faire usage de petites aiguilles à cataracte dont la pointe taillée en fer de lance est tantôt droite,

tantôt recourbée. Des pinceaux de différentes grosseurs et plus ou moins souples, serviront à laver les préparations, à isoler doucement les organes des tissus environnans et à absterger les fluides qui viennent altérer la netteté des parties. Pour compléter le petit arsenal du micrographe , il faut mentionner le couteau micrométrique ou mieux, l'instrument microtomique. Vers l'année 1770, Adams le père imagina une machine pour couper des lames de bois très minces. L'instrument fut perfectionné par M. Cumming et il paraît que M. distance excellait dans la préparation de ces petites tranches. On a construit un grand nombre de machines destinées au même usage; en général, elles se composent d'un couteau à tranchant incliné et d'une vis micrométrique qui fait mouvoir un petit chariot dans lequel on fixe l'objet. Par ce moyen on parvient à couper jusqu'à quarante ou cinquante tranches et plus, dans l'épaisseur d'une ligne. Dernièrement on m'a remis un nouveau micro tome de l'invention de M. Yalentin. Il est formé de deux lames qu'on peut rapprocher ou écarter à volonté au moyen d'une petite vis. Lorsque les deux lames sont rapprochées, elles agissent comme une seule, mais si on les écarte légèrement, elles pénètrent séparément dans le corps que l'on veut diviser et dont une petite lamelle se loge dans leur écartement. Nous avons essayé de faire usage de cet instrument et nous avons reconnu qu'il ne pouvait remplir complètement le but qu'on se propose. Les faces des deux lames sont taillées en biseau et forment par conséquent, deux plans inclinés qui forcent les lames à se rapprocher graduellement à mesure qu'elles pénètrent dans la matière. La tranche ne peut donc être d'égale épaisseur et souvent même son tissu est altéré.

On comprend toute l'utilité des microtomes pour étudier la structure des corps opaques lorsqu'ils ont un certain volume ; réduits en lames minces , ils livrent passage à la lumière. Tels sont les nerfs, les muscles, enfin les parties molles des animaux

et des végétaux , les bois coupés en divers sens , les bois fossiles , les pierres usées , amincies et polies ou d'autres substances réduites en fragmens minces.

Les dissections microscopiques s'exécutent plus facilement lorsque les corps sont plongés dans un liquide. Dans l'eau, ils conservent souvent leur souplesse , certains organes surnagent , deviennent plus visibles , les membranes se développent et la transparence générale est augmentée. L'alcool et les acides étendus rendent les tissus plus fermes et leur donnent quelquefois une teinte légère qui facilite les recherches. Swammerdam dissolvait les parties grasses en les humectant avec de l'essence de térébenthine. Nous avons déjà parlé de la manière de ramollir les insectes desséchés, mais nous croyons qu il est utile de décrire d'une manière plus étendue , le procédé dont les entomologistes font un usage fréquent.

On remplit à moitié de sable fin un petit vase muni de son couvercle; après avoir humecté le sable que l'on tasse légèrement, on le recouvre d'une rondelle de papier dont le diamètre est égal à celui du vase. Pour ramollir un insecte, on le place sur la feuille de papier et on ferme le vase ; quelques heures plus tard , on l'en retire parfaitement souple et sans la moindre altération. S'agit-il de placer l'objet dans une position particulière , il suffît de faire mouvoir les parties avec une pointe déliée, elles conservent l'attitude qu'on leur donne et quand on veut les conserver dans cet état , on les fait sécher à l'ombre en les plaçant quelquefois dans le baume de Canada.

Les macérations prolongées ne sont pas seulement utiles pour étudier la structure des végétaux ; de même que l'anatomiste fait macérer certaines parties pour faciliter les grandes préparations , de même le micrographe doit recourir à ce procédé pour isoler ou détruire certaines parties qui se putréfient plus rapidement que d'autres.

Les pinces ne suffisent pas toujours pour maintenir l'objet immobile pendant qu'on procède aux dissections. Le microscope amplifie tellement les moindres choses , qu'un mouvement léger de la main , peut faire sortir l'objet du champ et parfois exposer à léser quelques parties. Si le corps a un certain volume, il faut le fixer au fond d'une petite cuve en verre avec un peu de cire molle. On remplacera la cire par une goutte de térébenthine ou de baume de Canada si l'objet est très petit. Lorsqu'il est fixé de cette manière , on peut remplir le récipient d'eau qui n'a aucune action sur la cire ou les résines, et les pinces pourront aller saisir les différentes parties sans qu'on ait à redouter le moindre déplacement. Guvier employait fréquemment ce procédé.

Les corps sont parfois si mous, qu'on est obligé de les assujettir d'une autre manière. Il faut prendre une pincée de plâtre de mouleur , la délayer dans un peu d'eau et y placer l'insecte en lui donnant une position convenable. Le plâtre durcit et l'objet est maintenu de toutes parts sans éprouver aucune déformation.

Lorsqu'on a passé quelque temps à préparer, qu'on a surmonté les difficultés de l'opération et obtenu un beau résultat, il serait pénible de perdre la pièce et de se voir obligé de recommencer le même travail pour les différentes observations qu'on peut faire sur un même sujet. On se déciderait avec peine à abandonner un échantillon rare à une destruction imminente. Les procédés conservateurs différeront suivant que l'objet sera plus ou moins volumineux. S'il est petit , mince et plat, on le mettra entre deux lames de verre maintenues en contact par plusieurs tours d'un fil solide : la pression chasse l'humidité contenue dans le corps et l'empêche de se replier ou de revenir sur lui-même. Après l'avoir laissé un ou deux jours dans cette petite presse , on l'en retire avec précaution pour ne pas l'altérer s'il adhère aux lames , ensuite on le plonge pendant quelque temps dans de l'éther ou de l'esprit de vin. Il suffit de l'exposer à l'air pour faire éva-

porer ces liquides et obtenir l'individu parfaitement sec. S'il restait encore quelques traces d'humidité, on renouvellerait l'opération autant de fois qu'il serait nécessaire pour la chasser entièrement. On choisit une lame de verre bien nette sur laquelle on colle une bande de papier ou d'étain percée à son centre d'une ouverture circulaire; l'objet est placé au milieu de cette ouverture et le tout recouvert dune lame semblable à la première , fixée par deux petites bandes de papier collées aux extrémités. L'épaisseur du papier intermédiaire aux deux lames , sera proportionnée à celle de l'objet, de manière à supporter la lame supérieure et à l'empêcher de peser trop fortement sur le petit corps. Mais lorsque les échantillons sont excessivement petits et qu'on est obligé pour les voir d'employer les plus forts grossissemens , on place d'abord l'objet sur la lame inférieure, puis on le couvre d'une de nos petites plaques minces maintenue par une bande de papier collée sur la surface des verres.

Nous rejetons complètement l'ancien procédé. Les anneaux placés dans les ouvertures pour maintenir les verres ou le mica en contact , exerçaient souvent une pression trop forte et comprimaient certaines parties plus que d'autres.

Parmi les corps translucides, il en est dont la transparence est plus ou moins prononcée, souvent leurs formes s'opposent à ce que toutes leurs parties soient également visibles ; pour les préparer, on emploie le môme procédé que ci-dessus, seulement on les place dans une goutte de térébenthine ou de baume de Canada qu'il faut comprimer progressivement avec la plaque supérieure, de manière à l'étendre et à chasser les bulles d'air qui pourraient s'y rencontrer. La matière résineuse pénètre les tissus et les rend diaphanes , sa puissance réfringente détruit en grande partie les phénomènes de diffraction qui se manifestent autour de certains corps tels que les cheveux, les poils, etc. Si l'objet a trop d'épaisseur , il pourra soulever le centre de la petite lame de verre et la

forcer à basculer d'un côté ou de l'autre; on évite cet accident , en plaçant sur deux côtés du petit carré , des morceaux de cartes ou d'étain en feuilles d'une épaisseur à peu près égale à celle de l'objet. Le parallélisme exact des verres , est de la plus grande importance, car si les surfaces étaient inclinées, leurs difîérens points ne se présenteraient pas simultanément au même foyer. L'immersion des objets dans le baume du Canada , n'a pas seulement pour résultat de les rendre plus diaphanes, elle les préserve encore d'une manière inaltérable en les mettant à l'abri de l'air et de la poussière.

Vient-on à briser un de ces porte-objets , on plonge les fragmens dans l'essence de térébenthine qui dissout le vernis et isole l'objet qu'on peut alors préparer de nouveau.

Pour le microscope solaire , on emploie ordinairement le même procédé, mais on doit avoir soin de coller de petites bandes d'étain sur tous les bords des verres , autrement le vernis fondu par l'ardeur des rayons solaires , s'écoulerait hors du porteobjet.

Quand les corps ont une plus grande épaisseur , qu'on veut les conserver dans l'alcool ou tout autre liquide , il faut modifier la préparation. Avec un pinceau fin et du blanc de plomb préparé à l'huile , on fait sur une bande de verre un petit encadrement dont on augmente l'épaisseur au moyen de couches successives , en la proportionnant à celle de l'objet. On place alors dans ce petit réservoir le liquide et l'objet à conserver, on les recouvre d'une petite lame qui doit porter sur l'encadrement et qu'on rapproche du liquide par une compression graduée, de manière à les mettre en contact immédiat, en évitant toutefois de faire échapper ce dernier sur les bords. Il faut alors passer légèrement et à plusieurs reprises sur ces bords , un peu d'huile d'amandes douces qui pénètre dans les interstices et les ferme exactement. Après avoir enlevé l'huile surabondante, on applique une nouvelle cou-

che de blanc de plomb de mêmes dimensions que la première, on fait sécher et la pièce peut être conservée intacte pendant plusieurs années. C'est ainsi qu'il faut préparer les molécules actives du docteur Robert Brown.

M. Pritchard emploie pour conserver les cristallisations salines, des bandes de verre taillées en biseau sur leurs bords dont la réunion forme des espèces de gouttières qu'on remplit de cire à cacheter. De cette manière les deux verres se trouvent réunis et l'objet à l'abri du contact de l'air ; quelquefois on creuse au centre des bandes de verre , une petite cavité destinée à recevoir l'objet, qu'on recouvre ensuite d'une lamelle assujettie par une bande de papier collé.

Les corps opaques exigent moins de préparation. Si on les éclaire par réfraction , avec la loupe placée sur le côté de l'instrument, on les colle avec de la gomme arabique sur de petits disques noirs pour les objets de couleur claire et blancs pour les corps sombres. Mais quand on emploie la lumière réfléchie par le miroir de Lieberkuhn , il faut se servir du petit appareil ûg. 6, pi. 4, que nous avons déjà décrit. Les grands disques intercepteraient la lumière réfléchie par le miroir inférieur, tandis qu'avec le support opaque, on fixe à l'extrémité de l'épingle, des rondelles de liège excessivement petites sur lesquelles on a préalablement collé les objets qu'il est facile de tourner dans tous les sens pour examiner leurs détails. Baker indique un moyen fort ingénieux de faire ces petites rondelles ; il prenait des cartes à jouer et profitant de leurs couleurs , rouge, noire ou blanche, il découpait des disques qui formaient un excellent contraste avec les objets.

Telles sont les instructions générales dont la connaissance nous a paru indispensable avant d'aborder le chapitre des Expériences microscopiques où l'on trouvera les détails spéciaux. Il nous eût été facile de nous étendre sur ce sujet en donnant une multitude

de procédés particuliers à chaque observateur; mais il importait surtout de choisir les moyens sûrs et d'une exécution facile; l'homme intelligent sait toujours imaginer une foule de petites dispositions pour faciliter ses recherches.

Toutes les personnes qui ont connu M. Le Baillif doivent se rappeler les appareils simples et ingénieux qu'il improvisait à l'instant même. Le micrographe habile ne doit jamais être embarrassé dans ses expériences.

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