EXPÉRIENCES MICROSCOPIQUES
Nous plaçons toujours quelques objets préparés dans les boîtes qui renferment nos microscopes et cette précaution est doublement utile. D'abord, le commençant peut les prendre pour modèles de préparations et en second lieu , il a sous la main des objets choisis sur lesquels il fera facilement ses premiers essais d'observation et de maniement du microscope. Mais lorsqu'il aura acquis une certaine habitude , qu'il sera rassasié de cette petite collection, il voudra l'augmenter et faire de nouvelles expériences. Nous savons combien on est embarrassé quelquefois dans ces premières tentatives; tandis que mille objets sont à votre disposition, vous vous creusez vainement l'esprit pour en trouver un seul.
Les commencemens d'une science sont toujours pénibles, aussi doit-on chercher avec soin à déguiser ces difficultés et l'ennui qui les accompagne, sous des dehors agréables et des expériences variées quand le sujet les comporte. On marche long-temps et sans fatigue dans une route semée de fleurs. Quand vient ensuite l'amour de la science , il n'est plus besoin d'autre stimulant !
On ne s'attendra donc pas à trouver ici un recueil d'observations scientifiques avec leur cortège de raisonnemens et de conclusions; on nous traiterait d'ambitieux et l'on serait en droit de nous traiter plus sévèrement encore. A nous, les commencemens
et les fleurs, à d'autres, la tâche plus difficile de dévoiler les mystères de la science.
Infusoires. — Nous avons choisi parmi les infusoires, les individus les plus curieux. On pourra consulter les ouvrages de Muller, d'Ehrenberg, et les articles de M. Dujardin consignés dans les annales des sciences naturelles, mais le second est fort cher et il est souvent difficile de rencontrer le Muller. Nous avons publié dernièrement un abrégé de l'ouvrage anglais de M. Pritchard(l). Les endroits où l'on trouve plus spécialement les différons genres, sont indiqués à la lîn de chaque description. Ces renseignemens sont puisés dans l'ouvrage de Muller.
Les infusoires du genre Proteus sont fort curieux à étudier. Ils possèdent la singulière faculté de changer de forme plusieurs fois en une minute ; ces transformations s'opèrent avec lenteur et sont faciles à observer. C'est dans l'eau de rivière au mois de mars et parmi les lentilles d'eau , que se rencontrent le plus fréquemment les protées.
Nous indiquerons en second lieu, les vibrions ou anguilles du vinaigre et de la colle de pâte. Quelques fabricans mêlent de l'alun à la colle et il paraît que cette préparation favorise le développement des vibrions. La structure de ces infusoires est curieuse et bien visible avec un grossissement médiocre.
Shervvood , chirurgien anglais , découvrit un mode curieux de reproduction propre à ces animalcules. Ayant par hasard, blessé un vibrion , il vit sortir par la plaie , un tube délié semblable à un intestin. Sherwood communiqua ce fait à Needham et tous deux répétèrent l'expérience qui donna constamment le même résultat et leur démontra évidemment que cette blessure livrait passage à plusieurs petits vibrions vivans renfermés chacun dans une membrane propre excessivement mince.
(1) Brochure in-8% avec six planches représentant 300 infusoires.
Lorsqu'on veut vérifier celle expérience, il faut prendre avec la pointe dune épingle, un peu de pâte contenant les infusoires, et la délayer dans une petite quantité d'eau ; on apercevra bientôt à l'œil nu, plusieurs vibrions nageant dans le liquide.
Il est facile de glisser sous un des plus gros, la pointe flexible et très déliée d'une plume et de le porter dans une goutte d'eau placée sur une lame de verre. L'aiguille aiguisée en petit scalpel, est très commode pour couper transversalement le vibrion vers le milieu de sa longueur ; il faut à l'instant même le poser sous le microscope et l'on apercevra une multitude de petits vibrions qui s'échapperont par l'ouverture. L'expérience réussit presque toujours, à moins que le vibrion n'ait déjà produit tous ses petits. Si l'on observe l'animalcule mère avant l'opération, on distinguera les petits qu'il contient et plus on les examinera en un point rapproché de la queue, plus leurs formes seront prononcées.
Nous donnerons ici la manière de préparer la pâte. Faites bouillir un peu de farine dans de l'eau jusqu'à ce que le liquide ait pris la consistance de la pâte employée par les relieurs. Exposez-la à l'air dans un vase découvert et battez de temps en temps pour empêcher la surface de durcir ou de se recouvrir de moisissures : après quelques jours, la préparation s'aigrit et c'est alors qu'on trouve à la superficie, des myriades de vibrions.
Pour conserver cette pâte pendant toute l'année, il faut ajouter de temps en temps un peu d'eau ou de pâte nouvelle ; on peut y verser parfois une ou deux gouttes de vinaigre. Le mouvement continu des vibrions empêchera la moisissure.
La Voriicella rotatoria ou rotifère est un des plus beaux sujets microscopiques. La disposition des cils, leurs mouvemens particuliers qui les font ressembler à de petites roues ; la belle organisation que l'on découvre sans peine à travers les tissus transparens, les mouvemens de translation, tout se réunit pour exciter l'admiration. Les voriicella convallaria et lunaris^ et surtout la
belle V . Senta de Muller, ou Hydalina Senta d'Ehrenbcrg, méritent une mention spéciale.
On les rencontre dans l'eau de mer, parmi les lentilles d'eau à la fin de l'été, principalement sur les feuilles, sur les petits coquillages , dans plusieurs infusions végétales préparées en été, dans les eaux stagnantes, les gouttières, etc.
Nous trouvons dans une note de Le Baillif (1), un procédé qu'il donne comme infaillible pour se procurer des rotifères.
« En 1811, dit-il, j'exploitai particulièrement la mare d'Auteuil. Toutes les fois que les eaux rapportées contenaient des productions connues sous le nom de loges de vers à tuyaux ( Pkryganes), j'étais sûr d'y trouver des rotifères. En conséquence, je fis une ample provision de toutes les espèces de débris que je pus rencontrer. »
» Depuis cette époque, tous les ans au mois d'avril, j'ai mis six ou huit de ces tuyaux dans un vase contenant de l'eau de fontaine et placé sur une fenêtre exposée au Nord. Vers le cinquième jour, suivant la température, une monade jaunâtre m'annonçait la génération prochaine des rotifères et le dixième jour au plus tard, je trouvais des colonies de ces animalcules. II suffisait pour les conserver, de renouveler une partie de l'eau de temps en temps. »
Le Baillif fit aussi des expériences sur la résurrection des ro-
(1) Nous ferons souvent des emprunts aux notes nombreuses que nous tenons de cet habile observateur. La publication de ce recueil curieux serait une heureuse nouvelle à annoncer aux micrographes. Maintes fois nous avons mis la main à l'œuvre, mais il aurait fallu répéter certaines expériences pour les compléter. Quelques indications sont d'un laconisme désespérant et souvent même un seul mot suffisait à Le Baillif pour lui rappeler le fait le plus important. Enfin , parmi toutes ces observations intéressantes, il en est beaucoup qui auraient eu besoin d'être fécondées parleur auteur. Ces matériaux contribueront à enrichir ce chapitre, mais l'élève a dû reculer devant l'idée présomptueuse de compléter l'œuvre du maître.
tifères après plusieurs jours de dessication. Voici comment il s'exprime :
« Mon excellent ami M, Laligant, a pris sur les tuiles de la maison qu'il habite, une touffe de mousse bien verdoyante. Placée dans de l'eau, elle s'est montrée fort riche en ro tifères. »
» Ce matin, 29 novembre 1831, il a eu la bonté de m'apporter une lame de verre sur laquelle il tenait sept rotifères desséchés depuis huit jours et pris dans la touffe de mousse dont nous avons parlé. Deux ou trois gouttes d'eau furent placées sur les animalcules et au bout d'une heure, trois avaient déjà recouvré complètement leur mobilité. »
» Cette plaque étiquetée et gardée avec soin sera imbibée d eau de mois en mois. »
Polypes verts et bruns. ( Hydra viridis et grisea. Lin. ) — Ces polypes qui semblent destinés par la nature à servir de transition entre le règne végétal et le règne animal, sont remarquables par la simplicité de leur organisation et la manière dont ils se reproduisent. Ils ont une apparence gélatineuse et présentent plusieurs branches qui viennent toutes aboutir à un tronc commun. La bouche est entourée de tentacules rayonnées, en nombre variable, et tubulées comme le reste du corps. L'extrémité postérieure ou queue est évasée en forme de pavillon pour embrasser une plus grande surface lorsque le polype se fixe sur un objet; toutefois on n'y remarque aucune ouverture et les matières sont rejetées par l'orifice antérieur ou bouche. On \ peut comparer le polype à un tube. La cavité joue le rôle de tube digestif que les alimens parcourent au moyen des contractions et dilatations successives du corps. On ne reconnaît aucune trace de systèmes nerveux ou respiratoire. Ils changent déplace en se fixant alternativement par la tête et la queue sur les corps qui les environnent, et se meuvent également dans l'eau. Ils se nourrissent ordinairement de petits crustacés , de larves , et quelquefois de fragmens de viande crue.
Il est vraiment curieux de les voir guetter leur proie. Alors, ils s'étendent , développent leurs tentacules , embrassent la victime et l'engloutissent, puis ils se contractent et sont plongés dans une torpeur comparable à celle qui s'empare du boa lorsqu'il vient de se repaître.
Ils n'ont pas de sexe et chaque individu se reproduit spontanément. Une partie du corps se dilate , donne naissance à une nouvelle branche, et lorsqu'elle est assez développée, les tentacules se montrent sur l'extrémité libre. Il existe entre les cavités des deux individus une communication qui ne cesse que peu de temps avant leur séparation.
Dans les temps chauds, on voit quelquefois paraître sur le même individu, trois ou quatre rejetons qui se reproduisent eux-mêmes avant d'être séparés du corps principal.
Si l'on coupe un polype transversalement en deux, chaque partie se développera bientôt pour former un nouvel individu ; M. Pritchard a vu les morceaux se reformer complètement en trois jours.
Baker, qui s'est beaucoup occupé du même sujet, rapporte quelques expériences faites par Trembley en 1704. Lorsqu'on coupe un polype dans le sens de sa longueur, on obtient deux moitiés de tube et les bords de chaque moitié, se réunissent bientôt pour former deux individus distincts. Cette régénération s'opère en deux ou trois heures.
Si la section longitudinale n'est pas prolongée jusqu'à l'extrémité caudale, on pourra obtenir deux polypes sur une seule tige et la division de ces nouvelles branches en produira de nouvelles. Trembley a obtenu de cette manière, un polype à corps unique surmonté de sept têtes. Il les coupa ensuite, elles furent bientôt remplacées et formèrent elles-mêmes sept polypes complets. En lisant ces curieux détails , on se croit transporté aux temps fabuleux où le fils de Jupiter soutenait un rude combat contre l'Hydre de Lerne.
ïrembley fit de nouvelles recherches , et reconnut que les deux portions d'un polype divisé transversalement pouvaient se réunir lorsqu'on les mettait en contact ; bien plus, la moitié d'un individu s'est réunie à la moitié d'un autre, mais ces deux expériences ne réussissent pas toujours.
Trembley parvint à retourner le polype comme un doigt de gant, et l'animal ne cessa pas de vivre. Réaumur répéta toutes ces expériences conjointement avec de Jussieu et d'autres savans; il reconnut des propriétés semblables dans plusieurs animaux.
Donnons quelques renseignemens sur la manière de conserver les polypes.
On doit les placer dans des vases larges et transparens ; ils se portent de préférence vers le côté le plus éclairé.
Le liquide sera changé fréquemment et si l'on ne peut se procurer de l'eau provenant de la mare où on a péché les polypes, on pourra la remplacer par de l'eau de rivière dans laquelle on fera toujours végéter quelques petites plantes telles que des lentilles d'eau, etc. Avant de changer le liquide il faut transporter les polypes avec les barbes d'une plume , dans un vase contenant un peu de l'eau dans laquelle ils se trouvent. On peut alors enlever les matières qui s'accumulent sur les parois du vase et empêcheraient les polypes de se développer, bien qu'on eût soin de leur donner une nourriture abondante et de changer l'eau.
On les nourrit avec de petits crustacés , des larves ou des vers; si l'on ne peut s'en procurer, il faut couper de la viande crue en très petits morceaux qu'on laisse tomber doucement dans le liquide à l'endroit où se trouvent les polypes. Dans les temps rigoureux, on doit éviter de les placer trop près de la fenêtre, car le froid les engourdirait.
Ces polypes furent découverts en 1703 par Leeuwenhoek. On les trouve dans les coins des fossés, des bourbiers et des mares, vers le mois de mars. Ils s'attachent aux plantes aquatiques, aux
fragmens de bois, aux feuilles pourries, aux pierres, etc., qui séjournent dans l'eau. Quelquefois ils sont fixés sur de petits insectes aquatiques.
On rassemble beaucoup de ces matières dans un vase où les polypes ne tardent pas à se développer. Il est rare de les rencontrer dans les eaux stagnantes ou à courant rapide.
Les mares de la forêt de Saint-Germain sont assez riches en polypes. On cite surtout celle aux cannes ainsi qu'un bassin situé dans le jardin du couvent des Loges.
Parfois les polypes sont couverts d'insectes qui finissent par les détruire ; il faut les en débarrasser au moyen d'un pinceau très doux qu'on promène légèrement sur leur corps. Les matières accumulées sur les parois des vases déterminent quelquefois la mortification d'une portion du polype qu'il faut amputer pour sauver l'individu.
ïl est assez difficile de préparer les polypes qu'on veut conserver dans les porte-objets , néanmoins on y parvient avec de la patience et de l'adresse.
Placez un polype dans une petite cupule avec une goutte d'eau, quand il sera bien développé, faites écouler une partie du liquide et plongez le tout dans l'esprit de vin. L'animalcule périra instantanément en se contractant plus ou moins. Nettoyez-le avec un pinceau fin, pendant qu'il est plongé dans l'alcool et enlevez avec soin les insectes qui pourraient y adhérer.
En le retirant de l'alcool, ses difïérens appendices se réunissent et adhèrent ensemble; on ne pourrait les séparer sans les mettre en lambeaux. Il faut glisser une lame de verre sous l'animal qui surnage et séparer les appendices ; on le retire ensuite de l'alcool et avec de petites pinces et le pinceau doux imbibé d'esprit de vin, on dispose convenablement les différentes parties. Après avoir fait sécher la préparation, il ne reste plus qu'à la recouvrir d'une lame de verre mince maintenue par le
blanc de plomb. Quelquefois on la place préalablement dans du baume de Canada.
Nous nous bornerons à ces renseignemens ; c'est dans l'ouvrage de Trembley qu'il faut lire l'histoire complète des polypes ; cette belle monographie est un véritable modèle à suivre pour les travaux sur l'Histoire naturelle.
Larve d'une espèce de Dytique s vulgairement nommée crocodile.
Les œufs qui contiennent ces larves se trouvent pendant le printemps et l'été sous les plantes aquatiques et les conferves qui poussent à la surface de l'eau. Ils sont renfermés dans une espèce de sac un peu plus petit qu'un pois et d'une couleur blanchâtre; un filament délié les attache aux petites herbes et empêche qu'ils ne soient entraînés par le courant. Placés dans un vase plein d'eau exposé au soleil, ces œufs écloront en peu de jours. Les jeunes larves ont d'abord une couleur sombre et sont très actives ; à une époque plus avancée elles quittent leur enveloppe, sont alors presque immobiles, perdent leur coloration et ne prennent pas de nourriture. Lorsqu'elles ont recouvré leur activité, on remarque, pendant la déglutition, les mouvemens de la glotte, le passage des alimens dans le canal intestinal et la circulation des fluides dans les vaisseaux. On doit éviter de les placer dans un vase contenant d'autres insectes, car ces derniers seraient inévitablement détruits. Deux fortes mandibules qui s'entrecroisent lorsqu'elles sont fermées occupent la partie antérieure de la tête. C'est avec ces armes redoutables que le crocodile saisit sa proie, la blesse et l'entraîne vers sa bouche. Sans attendre que la victime ait succombé, la larve s'abreuve des fluides et ne rejette que la peau de l'insecte. On distingue sur la même partie des palpes composées de quatre articulations, et six yeux groupés de chaque côté. La tête est aplatie et réunie au thorax par des muscles flexibles qui lui permettent de se mouvoir dans tous les sens.
La transparence des tissus laisse apercevoir distinctement les ganglions nerveux , les trachées et l'organe pulsatoire considéré par quelques naturalistes comme le cœur des insectes, mais qui ne reçoit aucun vaisseau d'après les recherches de Cuvier et d'autres observateurs. Leurs six pattes hérissées de poils sont terminées par de forts crochets et parcourues dans toute leur longueur par de petits vaisseaux ramifiés : la queue se partage en deux appendices qui en supportent d'autres plus petits; on prétend qu'ils se reproduisent lorsqu'on les détruit.
Ces insectes se nourrissent principalement de larves d'éphémères et de cousins , quelquefois même ils se dévorent entre eux. A mesure qu'ils avancent vers leur maturité, leurs mouvemens se Ralentissent et parfois ils sont tout couverts de Vorticella convallaria qui s'y attachent par leurs filamens ; on peut surtout observer cette particularité lorsque les larves sont conservées dans un vase étroit. (Voyez Microscopic Cabinet , pi. lre ).
Le Monocle. — Lynceus sphericusj, Muller. Monoculus minutas, Lin. Le tégument de cet insecte est remarquable par des lignes réticulées qui lui donnent l'apparence d'un travail de mosaïque.
Cette coquille très transparente est formée d'une seule pièce, mais elle est assez élastique pour que l'animal puisse la fermer ou l'ouvrir à la manière des moules. Malgré leur nom de Monocle, ces insectes ont deux yeux noirs de grandeurs différentes et enfoncés dans l'écaillé. Le bec est pointu et suit la forme convexe de l'enveloppe; au dessous de lui est un second appendice plus court et terminé par des cils, puis viennent les deux antennes portant également des soies à leurs extrémités. Quatre branchies sont placées sur le même rang à l'intérieur de l'écaillé et servent à imprimer un mouvement circulaire à l'insecte, quelquefois même elles paraissent lui servir à grimper le long des petites tiges sur lesquelles il se fixe en les saisissant entre les bords de ses écailles. A la partie postérieure se trouve un appendice cilié armé de
deux crochets et portant à sa base une espèce de petit trident. On aperçoit parfaitement le canal intestinal et la nourriture qui le parcourt, ainsi qu'un petit corps ovoïde placé derrière la tête et doué d'un mouvement pulsatoire rapide.
Le monocle se nourrit d'animalcules. On le trouve pendant l'été dans les creux des étangs et les flaques d'eau de pluie. Les petits prennent leurs ébats autour de leurs parens et au moindre danger, se précipitent vers leur mère qui les met à l'abri en les renfermant dans sa coquille.
Le Cyclope à quatre cornes ou moucheron d'eau. — Cyclopsquadricornis, Muller. Pediculus aquaticusj Baker. Ce petit crustacé se trouve dans toutes les saisons à la surface de l'eau, mais surtout en juillet et août; on le prend avec un petit filet. Le corps est couvert d'écaillés imbriquées qui se meuvent latéralement et verticalement ; elles ne se réunissent pas sous le corps et laissent un passage aux branchies ; le bec est court et pointu ; un peu au dessous , se trouve l'œil unique , d'une couleur rouge foncée et noyé dans l'écaillé. Aux deux côtés de l'œil, naissent les antennes dont la paire supérieure est la plus longue; elles sont articulées et couvertes de poils. Les cyclopes se meuvent par saccades et se traînent sur les tiges au moyen de leurs branchies qui sont d'une couleur bleuâtre. Les ovaires en forme de grappe, sont très développés et situés au nombre de deux, à la partie postérieure. Les œufs ont une forme globuleuse et lorsqu'ils parviennent à leur maturité , on peut distinguer l'embryon avec un très fort grossissement. La queue du cyclope se bifurque à son extrémité et les deux branches sont terminées par des soies ramifiées chez la femelle seulement. On aperçoit très bien le tube intestinal et les oviductes de la femelle. La couleur de ces crustacés varie. Souvent pâles et transparais, ils sont quelquefois marquetés de rouge ; les uns ont une couleur bleue verdâtre , les autres sont rouges et leurs ovaires sont colorés en vert,
Ayant à nous occuper dans ce chapitre d'un grand nombre d'expériences, nous avons abrégé les descriptions; nous passerons même sous silence le petit Cyclope 3 la larve du Cousin 3 l'Hydrophile, la Libellule, eic., en renvoyant aux ouvrages de Muller, Baker, Adams , au Microscopic Cabinet et Microscopic Illustrations par le docteur Goring et M. Pritchard, où l'on trouvera des détails étendus et de fort belles planches représentant ces différent objets.
Disons maintenant quelques mots des infusoires fossiles. Nous extrairons ce qui suit du tome 6 des Annales des Sciences naturelles, année 1836, où se trouve le mémoire de M. Ehrenberg publié dans les Annales de Poggendorf, vol. 38.
ce M. Fischer, propriétaire de la manufacture de porcelaine de Pirkenhammer près de Garlsbad, avait remarqué que les dépôts siliceux (Kieselguhr) des tourbières de Franzbad, auprès d'Egn, en Bohême, se composaient presqu'exclusivement d'enveloppes de navicules. Il fit un envoi de ce dépôt à M. Ehrenberg qui reconnut que ces enveloppes appartenaient au Navicula viridis encore répandu très abondamment aujourd'hui dans les eaux douces des environs de Berlin et autres endroits. Il trouva également que ce même échantillon renfermait plusieurs autres espèces semblables à celles qui existent actuellement. Déjà en 1834, M. Ehrenberg avait signalé à l'Académie la découverte de M. Kûtzing sur la composition siliceuse des enveloppes de Bacillaires. Il fit de nouvelles recherches sur les différentes espèces de tripoli et de terres à polir employées dans les arts et observa que le tripoli ordinaire ou feuilleté de Bilin en Bohême, se composait uniquement d'infusoires et qu'il existait dans la terre à polir du même pays et dans le fer limonite tufacé des marais, un nombre infini d'individus du genre Gaillonella. Il rencontra également des débris d'infusoires dans la farine fossile de Santa-Fiora en Toscane , etc.
M. Ehrenberg termine son Mémoire par l'évaluation du nombre d'infusoires qui forment ces matières. D'après ses calculs, une ligne cube de pierre à polir de Bilin, en contient 23,000,000, et un grain de cette même substance, 187,000,000 !
En résumé, il existe un nombre infini de carapaces fossiles d'infusoires dans les substances que nous venons de nommer ainsi que dans les dépôts siliceux de l'île de France et les tourbes de Franzbad. Ces carapaces appartiennent à des individus que l'on trouve encore vivans aujourd'hui soit dans l'eau douce, soit dans l'eau de mer. M. Ehrenberg a déterminé plus de quarante espèces des genres Navicuta^ Gonphonema > Gaillonelia ., Synedra , Bacillaria et Spongia.
Nous avons fait représenter deux de ces infusoires pi. 5.
Fig. 6. Navicuia viridis, vu sur le côté où l'on distingue trois ouvertures qui existent également sur la face opposée, et des stries transversales ou lamelles internes entre lesquelles sont placés les ovaires des individus vivans.
Fig. 6'. Cocconeis Clypeus, trouvé dans la couche d'infusoires près d'Eger. Nous possédons des échantillons de différentes espèces d'infusoires que nous tenons de M. Ehrenberg. Nos dessins sont exécutés d'après nature.
sinimalcules spermatiques. — Nous n'entrerons pas dans le détail des polémiques diverses occasionnées par la découverte de ces animalcules faite vers 1674 par Leeuwenhoek ou Hartsoeker et peut-être par tous deux. Nous ne pensons pas qu'il existe personne aujourd'hui , qui conteste leur existence ou leur refuse la qualification d'animalcules.
Leur aspect général et leurs dimensions sont à peu près semblables dansles différentes espèces d'animaux. Chez l'homme, leur corps est ovoïde , arrondi , présente quelquefois des renflemens et se termine plus ou moins brusquement par un filament caudal très délié. De tous temps , on a signalé leur ressemblance avec
le têtard et cette comparaison est exacte. Leeuwenhoek a calculé qu'un animalcule n'égalait pas en grosseur la millionième partie d'un grain de sable et qu'il était plus petit qu'un globule de sang. Les dimensions exactes, sont indiquées pi. 5, fig. 7.
La queue remue continuellement avec une grande rapidité en battant le liquide dans lequel oscillent les animalcules dont la progression est quelquefois assez lente. Leur nombre prodigieux frappe d'étonnement l'observateur qui les voit pour la première fois. L'abbé Spallanzani fît de nombreuses expériences sur ces animalcules et vérifia l'influence de la température sur leur mobilité; dans un lieu chaud ou pendant l'été, ils continuaient à se mouvoir fort long-temps, tandis qu'en hiver ou dans une chambre froide, on les voyait bientôt tomber dans une immobilité complète et mourir.
Nous renverrons à l'ouvrage de cet habile observateur et à celui de Gleichen, pour tous les détails relatifs à ces êtres merveilleux et nous nous contenterons de donner quelques renseignemens sur le mode d'observation le plus convenable pour obtenir de bons résultats.
Il faut prendre une petite goutte de liqueur spermatique et la placer sur un verre plan et mince. On distinguera facilement deux parties dans ce fluide; l'une épaisse, l'autre liquide; c'est cette dernière qu'il faut employer d'abord ; la portion épaisse se liquéfie bientôt par son exposition à l'air et les animalcules s'y portent alors en aussi grand nombre que dans les parties les plus fluides .
En recouvrant la goutte de sperme d'une petite lamelle de verre, on rend la surface plane, le liquide s'évapore plus lentement, se refroidit moins vite et les animalcules vivent plus longtemps. Nous en avons conservé vivans pendant douze heures.
Il ne faudrait pas croire avec Buffon, que ces petits individus peuvent vivre plusieurs jours après qu'ils ont été tirés des réservoirs naturels ; Spallanzani a victorieusement combattu cette er-
reur et c'est un de ses principaux argumens pour démontrer combien les esprits les plus élevés sont sujets à se laisser entraîner par des théories préconçues et une imagination trop vive. SpalL lanzani découvrit que la semence conservée pendant plusieurs jours, produisait un nombre infini d'infusoires de formes variées, tandis que les animalcules périssaient au bout de quelques heures et tombaient au fond du liquide. Buffon n'avait donc pu voir des animalcules encore vivans dans le fluide conservé durant plusieurs jours; il observa mal, sur une trop grande quantité de matière, n'examina pas successivement la surface et le fond du liquide où il aurait reconnu les cadavres des Zoospermes, et prit pour des animalcules transformés, les individus de nouvelle formation. Aussi Haller le prince des physiologistes., a-t-il dit de Buffon :« ... Je doute qu'il ait jamais vu les animalcules spermatiques .. .»
On peut observer ces individus dans les conduits séminifères de quelques animaux. On parvient à rendre ces canaux transparens, en privant l'animal de nourriture à l'époque de l'accouplement. La salamandre mâle est un excellent sujet pour cette expérience.
Dans ces derniers temps, M. le docteur H. Bayard a fait une heureuse application du microscope aux expertises médico-légales. Dans un mémoire sur l'Examen microscopique du sperme desséche sur le linge ou sur les tissus de nature et de coloration diverses , (tom. xxn des Annales d'hygiène et de médecine légale, lre partie,) ce médecin a indiqué les moyens convenables pour constater la présence des animalcules spermatiques , dans les taches de sperme desséché sur les tissus depuis des mois et même des années , en dissolvant le mucus glutineux qui les entoure , sans altérer aucunement leurs formes (1).
Circulation. — Globules du sang. — La marche du sang dans les vaisseaux, est un des phénomènes qui méritent le mieux d'ar-
(1) J'ai vu faire par M. Le Baillif quelques expériences analogues, à la demande de M. Orfila,, mais les résultats n'ont jamais été publiés.
rêter l'attention de l'observateur. Mais cette circulation ne peut être étudiée que sur des sujets vivans ; il faut donc choisir les animaux dont la structure particulière permet d'apercevoir les vaisseaux au travers des tégumens, ou mettre à nu par une incision, les parties les plus transparentes.
La queue du têtard , de certains poissons , de la salamandre , la membrane des. pattes postérieures d'une grenouille , l'aile de la chauve-souris , etc. , sont d'excellens sujets pour observer sans incision; mais on distingue la circulation bien plus nettement sur le mésentère d'une grenouille ou la vessie d'une souris. Le procédé opératoire est fort simple.
Si l'animal peut être placé dans une petite cuve transparente à parois planes , on pourra étudier la circulation pendant longtemps et sans blesser le sujet. Nous employons ce procédé pour le têtard, les petites anguilles et les poissons. On verse un peu d'eau dans la cuve et on y pose doucement le têtard ; après quelques mouvemens brusques , il cesse de s'agiter, et c'est l'instant qu'il faut choisir : on peut d'ailleurs le maintenir au moyen d'une petite lame de plomb. Pour examiner l'aile de la chauve-souris, la membrane des pattes d'une grenouille , il faut fixer l'animal par les membres sur une petite planchette de liège au moyen de fortes épingles. La partie que l'on veut soumettre au microscope doit être placée sur une ouverture pratiquée dans la planchette, immédiatement au dessous de l'objectif. C'est encore avec des épingles qu'on étend les membranes dans une position convenable.
Lorsqu'on fait les expériences sur le mésentère d'une grenouille, on fixe l'animal et après avoir fait une incision au ventre, on en tire une portion d'intestins que l'on développe sur l'ouverture de la planchette pour mettre la membrane en évidence.
La vessie d'une souris est facile à découvrir; il suffit d'inciser légèrement le bas-ventre, pour que le petit sac fasse hernie
à travers l'ouverture. Plusieurs anciens observateurs avaient imaginé des appareils plus ou moins compliqués pour fixer les animaux, nous pensons que le procédé indiqué ici, remplira le but plus simplement et tout aussi bien.
Les pattes d'araignées, les antennes des cloportes et les poux, doivent encore être placés au nombre des sujets favorables à l'étude de la circulation.
Les mouvemens du cœur seraient très difficiles à observer dans des animaux d'une certaine dimension, il a donc fallu recourir aux petits insectes pour examiner les pulsations de l'organe qui paraît remplir des fonctions analogues ; nous citerons d'abord l'abeille.
Séparez la tête du corps de l'insecte et vous apercevrez un petit corpuscule blanc dont les battemens sont très distincts.
Soulevez avec une épingle le corselet d'une sauterelle et l'organe central de la circulation sera parfaitement visible.
Chez le limaçon , il est situé près de l'ouverture ronde qui se trouve près du cou : en disséquant avec soin, on pourra étudier les pulsations pendant fort long-temps.
L'examen du fluide sanguin contenu dans les vaisseaux, aura fait reconnaître à l'observateur, de petits corps ou globules en nombre infini, nageant dans ces conduits et suspendus dans un liquide de couleur citrine ; ce sont les globules du sang découverts par Malpighi. Pour les examiner avec soin, il faut prendre une goutte de sang sortant de la veine , la placer sur une bande de verre et la recouvrir d'une de nos petites plaques minces.
Les globules de l'homme sont excessivement petits. Leeuwenhoek leur donnait l/170e de ligne et Délia Torre l/750e ; mais tous les globules d'un même individu n'ont pas la même grandeur, on doit adopter un terme moyen qui paraît être 4/500ede millimètre.
Les plus gros sont ceux de la salamandre, suivant les uns , ils ont 1 /35e et suivant d'autres, l/50e de millimètre,
Les auteurs diffèrent davantage sur leur forme. Pour donner une idée de ces opinions diverses, nous extrayons les passages suivans de la thèse du docteur Ch. Martins.
« On sait maintenant que l'eau modifie la forme des globules sanguins en dissolvant une partie de leur substance. Si donc on ne veut pas examiner le sang tel qu'il sort du vaisseau qui le fournit , il faut l'étendre avec une dissolution de sous-carbonate de soude, de sel marin, d'ammoniaque, de sucre, ou mieux encore avec du sérum de sang de grenouille passé à travers un filtre. Dans tous les mammifères, les globules du sang sont circulaires, excepté dans le dromadaire et l'alpaca. Ils sont, au contraire, elliptiques dans les oiseaux, les reptiles et les poissons. Si on est d'accord sur ces faits généraux, on ne l'est pas sur les particularités de la forme des globules. Voyons d'abord les différentes opinions que les auteurs ont émises sur ceux de la grenouille et de la salamandre qui sont les plus visibles de tous. »
«Pour ne citer que les modernes : MM. Prévost et Dumas, Wagner, Milne-Edwards et ïurpin admettent un renflement central r Mùller les considère comme sensiblement plats , enfin , Young Hodgkin, Lister, et M. Dujardin, comme légèrement concaves.....
»... Les globules du sang ont-ils un noyau central ? même divergence sur cette question. Quelques-uns nient l'existence de ce noyau dans le globule vivant, et le regardent eomnie un produit de la coagulation de la fibrine : tels sont Blumenbach, de Blainville, Weber, Wagner, Dujardin, Mandl, et Donné. Hewson, Ev. Home, Prévost et Dumas ainsi que Mûller, admettent un noyau central auquel la matière colorante sert d'enveloppe. »
On sera sans doute étonné de nous voir émettre notre opinion après toutes celles qui précèdent , mais puisque tant d'autres ont vu les globules d'une manière différente et n'ont pu s'accorder sur leurs formes réelles, il est évident qu'on n'a pas encore ren-
contré la vérité et qu'il nous est également permis de voir d'une autre manière, et de rapporter fidèlement ce que nous avons vu.
Sous le microscope, les globules du sang paraissent aplatis , au centre se trouve le noyau qui forme une légère saillie. Le globule est mou et s'affaisse facilement lorsqu'il est posé sur la lame de verre, tandis que le noyau, plus résistant, conserve à peu près sa forme et se montre plus distinctement. Nous ne saurions mieux rendre l'impression que nous avons ressentie en examinant les globules, qu'en les comparant à une petite vessie contenant une boule-solide et une certaine quantité de liquide. La vessie posée sur une surface plane , s'affaisserait tout autour de la boule qui formerait une saillie au centre.
Quelquefois ces globules sont dentelés à la circonférence , mais leur forme est généralement ronde chez l'homme. Ces dentelures nous paraissent résulter de l'adhérence de certaines parties du globule qui ne s'étend pas également sur la lame de verre. Une couche graisseuse se forme quelquefois sur le glissoir et pourrait produire cette irrégularité. Lorsque le globule est sec, on aperçoit toujours le noyau, il paraît même plus distinct. Comment supposer alors qu'il n'existe pas , comment le prendre pour une dépression centrale, et pourquoi n'y voir qu'un jeu de lumière? En définitive, nous avons toujours vu les globules comme nous les représentons planche 5 , flg. 8. On a dessiné en regard fîg. 9, les globules du sang de grenouille.
Lorsque le sang se coagule, les globules se réunissent et forment des rangées à peu près semblables à des piles d'argent renversées. Cette disposition est parfaitement représentée dans les planches d'un ouvrage inédit qui sera publié en Allemagne par M. Cerber professeur d'anatomie à l'Université de Berne. M. le docteur Baswitz a bien voulu nous communiquer les planches de ce travail.
Nous nous arrêtons ici ,, en manifestant le désir de voir les opi-
nions diverses se réunir bientôt pour donner naissance à une description exacte.
Parmi tous les autres fluides de l'économie animale , nous examinerons actuellement le lait. Ce liquide soumis au microscope , paraît composé d'une multitude de globules sphériques de grosseurs différentes, depuis un 5/100e jusqu'à l/100e de millimètre de diamètre environ. Ils sont formés par la matière grasse. Ces globules sont réguliers et nagent librement dans un liquide qui ne contient pas d'autres particules. Lorsque les globules laiteux sont agglomérés et mêlés à des corps granuleux, on peut déclarer que le lait n'est pas encore formé ou qu'il est de mauvaise nature. Si l'on distingue au milieu des véritables globules , d'autres globules pointillés , dentelés et opaques , c'est que le lait contient du pus, et il est facile de vérifier ce fait par une seconde épreuve. En ajoutant au liquide quelques gouttes d'une solution alcaline, les globules purulens sont dissous en quelques minutes et les globules laiteux restent intacts, tandis que l'éther dissout complètement ces derniers sans exercer la moindre action sur le pus. Chez les animaux fatigués ou que l'on trait trop abondamment, on rencontre quelquefois des globules sanguins mêlés à ceux du lait. L'ammoniaque dissout complètement les premiers. La quantité de matière grasse est ordinairement en rapport avec celle des autres élémens solides de ce liquide ; on peut donc connaître approximativement sa richesse d'après la quantité des globules.
Tous ces détails sont puisés dans un intéressant mémoire sur le lait, publié en 1837 par le docteur AL Donné.
Il faut toujours opérer sur du lait frais et autant que possible , au moment où il vient d'être tiré ; on en dépose une très petite goutte sur une bande de verre et on la recouvre avec une lame mince.
Une goutte de salive disposée de la même manière, forme en
séchant de fort jolies cristallisations. Le Bailtif avait fait des expériences intéressantes sur ce fluide.
ce Depuis long-temps , dit-il, j'ai fait voir à divers curieux, la différence notable qui existe entre la salive recueillie à jeun, immédiatement après le repas , ou lorsqu'on s'est pincé le bout de la langue. La première est en général remplie de squammes ou petites particules charnues ; elle contient un peu d'ammoniaque et de muriate de soude ( sel marin ). La deuxième, présente quelques squammes, une très petite quantité de molécules rondes ou ovoïdes et forme, en séchant, des cristaux ou le muriate d'ammoniaque domine le plus souvent. La troisième enfin, ne contient que des dendrites ammoniacaux et de très petits cristaux de muriate de soude. Je pensai que les molécules rondes et ovoïdes que j'avais constamment observées dans les expériences , devaient être la fécule du pain; en effet, en ajoutant un atome de solution d'iode, tous ces corpuscules prirent une couleur bleue. » Après quelques réflexions sur cette expérience , Le Baillif ajoute : « Tout me confirme que le microscope deviendra , dans bien des cas , un excellent moyen d'analyse au moins préparatoire. »
M. le docteur Al. Donné a publié un tableau des di/férens dépôts de matières salines et de substances organisées qui se font dans tes urines. Voici quelques détails extraits de ce travail intéressant,
A. Matières salines.
1° Urines acides. — Plus communes que les alcalines; leurs dépôts, ordinairement colorés en jaune rougeâtre ou en rose plus ou moins foncé , sont cristallisés ou pulvérulens ; les premiers, composés à' acide uricjue > se présentent sous la forme de lames rhomboïdales parfaitement transparentes, parfois elles sont groupées et de couleur jaune ; ces cristaux qui ont depuis 1 /100e jusqu'à l/10e millimètre et plus, sont solubles avec effervescence dans l'acide-nitrique concentre et insolubles dans l'acide hydrochlorîque,
Les sédimens pulvérulens sont ordinairement formés fhrïurate d'ammoniaque auquel peut quelquefois se mêler du phosphate-calcaire très soluble sans effervescence dans les acides. L'ammoniaque le précipite de ces dissolutions sous l'apparence d'une matière blanche et amorphe ; Yurate d'ammoniaque , soluble avec effervescence dans les acides concentrés , se transforme en acide urique par l'action des acides étendus , et une dissolution de ce sel traitée par l'ammoniaque, donne des lames rhomboïdales transparentes ou de petits cristaux grenus.
Loxalate de chaux se présente aussi mais rarement , sous la forme de cristaux grenus ; on le distingue du phosphate , en ce qu'il est insoluble dans l'acide acétique et que l'ammoniaque le précipite de sa dissolution dans les acides minéraux, sous cette même forme grenue.
On reconnaît le chlorure de sodium ou sel marin, à des cristaux en octaèdre dont les faces présentent des degrés. Pour les obtenir, il faut faire évaporer une partie du liquide.
La présence de la cystine est extrêmement rare.
2° Urines alcalines. — Pâles, à sédimens blancs ou légèrement jaunâtres, cristallisés ou pulvérulens, formés par ,
Le phosphate ammoniaco-magnésien. Cristaux de formes variées mais dérivant, en général, du prisme droit rhomboïdal. La solution de ce sel dans un acide étendu, donne par l'ammoniaque, une multitude de petits cristaux diversement groupés.
Le phosphate de soude et d'ammoniaque que l'on ne rencontre qu'après l'évaporation de l'urine. Beaux cristaux formant de larges pyramides à quatre faces et à sommet tronqué.
B. Substances organisées.
1° Urines acides.
Globules muqueux, liés entre eux, ayant environ 1/100€ de millimètre.
Lamelles epider iniques .
Mucus urêikral entraîné dans le premier jet d'urine, sous forme de petits filamens blancs visibles à l'œil nu. Vus au microscope, ces filamens sont composés de particules allongées, renflées à une extrémité et se terminant par l'autre en forme de queue.
Globules purulens (dans certains états pathologiques), reconnaissablés aux caractères que nous avons indiqués en parlant de la présence du pus dans le lait.
Globules du sang (même observation). Ils sont quelquefois tout à fait blancs.
Sperme. Durant les pertes séminales. Il faut chercher les animalcules à la partie la plus déclive des vases où leur pesanteur spécifique les entraîne toujours.
Quelquefois chez les ictériques, on rencontre la bile dans l'urine. Elleprésente des fragmens irréguliers de substance d'un beau jaune.
Dans le diabètes, on remarque des corpuscules globuleux, transparens, diversement groupés, ayant presque l'apparence des globules du lait. Ce sont les corpuscules du ferment découverts par M. Cagniard-Latour.
2° Urines alcalines. Elles dissolvent les globules de mucus, du pus et du sang.
Parfois, les matières salines et les substances organisées se trouvent mêlées ensemble dans les dépôts ; il arrive aussi que les cristaux se déposent sur les substances organisées et forment des figures bizarres. Ce court extrait du tableau sur les urines, inspirera sans doute aux amateurs, le désir de compléter notre analyse par la lecture du travail de M. le docteur Donné.
Nous renonçons avec peine à raconter l'histoire de ïacarus scabiei ou insecte de la gale ; le lecteur aurait suivi avec intérêt les nombreuses vicissitudes que ce petit animalcule dut subir avant d'être admis au nombre des êtres existans, les mystifications auxquelles il donna lieu, ses mœurs et ses formes; mais nous devons
simplement indiquer la manière de le découvrir et les sources où l'on trouvera des renseignemens étendus.
Lorsqu'un galeux n'a pas encore été soumis à un traitement, si on cherche attentivement sur le dos des mains, le poignet ou entre les doigts, on remarquera que plusieurs vésicules, peu après leur développement, présentent à leur sommet ou par côté, un petit point pareil à celui qui résulte d'une très petite piqûre de puce, moins l'aréole rouge. Quelquefois ce point s'allonge un peu en demi-cercle et se trouve situé sur une petite tache blanchâtre
Sur d'autres boutons plus avancés , on apercevra, à partir du point, une trace ponctuée, noirâtre ou blanchâtre, tantôt allant du sommet à la circonférence , tantôt traversant la vésicule suivant son diamètre.
La trace ponctuée paraît être l'origine d'un petit chemin couvert, improprement appelé sillon ou cuniculus. En se plaçant au soleil, on peut voir à l'extrémité de la trace, opposée au petit point et sur le côté de la vésicule, une petite tache blanche et un point brunâtre. En soulevant l'épiderme en cet endroit avec la pointe d'une épingle, on peut, sans percer la vésicule, en extraire un petit insecte qui est l'acarus ou sarcopte. Toutes les vésicules ne donnent pas naissance à un sillon.
Notre insecte placé dans le genre sarcopte de Latreille, sous le nom de sarcopte de l'homme, est blanc opalin, transparent, de forme arrondie et presque circulaire; sur son dos, on aperçoit plusieurs rangées de petits tubercules surmontés de poils. Il n'existe ni tête ni corselet, mais une sorte de bec ou museau rouge, court, un peu aplati en forme de palette , arrondi au bout , hérissé de plusieurs poils et inséré dans un angle dont le sommet se prolonge sur le thorax en une ligne d'un rouge doré. Les pattes sont au nombre de huit, leur couleur est d'un rouge foncé ; on distingue les quatre pattes antérieures, placées de chaque côté de
l'organe de la manducation; elles son t formées de quatre articulations et d'une pièce basilaire oblique qui offre comme un triangle dont l'hypoténuse est tournée du côté de la partie postérieure du corps. Chacune de ces articulations est hérissée de poils et la dernière est armée en outre , d'une sorte de tige ou article très long , fragile , mince , terminé par une petite caroncule ou godet, qui sert à la progression et que M. Raspail désigne sous le nom à'ambulacrum.
Les quatre pattes postérieures sont éloignées des antérieures , elles sont beaucoup plus courtes , mais présentent au reste la même organisation , si ce n'est que Y ambulacrum manque et se trouve remplacé par un poil aussi long que le corps ; l'abdomen les couvre aussi presque entièrement et l'anus, tantôt saillant, tantôt effacé, se montre à la partie postérieure de l'animal. Toute la surface de son corps est tapissée, suivant M. Raspail, d'un réseau cellulaire très résistant; en écrasant l'insecte vivant sur l'ongle, on entend très distinctement un petit craquement. Sa longueur n'excède pas un demi-millimètre et on en trouve qui dépassent à peine la moitié de cette longueur.
Si l'on examine le mode de progression de cet insecte sous l'épiderme, il est facile de se convaincre qu'il ne se fraie pas son euniculus à la manière des taupes ; les pattes ne sont nullement disposées pour cela; il agit plutôt en soulevant l'épiderme au moyen de son bec aplati ; les poils qui hérissent son dos et qui sont dirigés en arrière , l'aident dans son travail , en rendant, comme l'a remarqué M. Raspail, tout recul impossible. Cette manœuvre fait éprouver au malade une assez vive démangeaison qu'il diminue en se frottant. {Recherches sur ïacarus ou sarcopte de la gale de ï homme , par Albin Gras , docteur essciences, élève à t hôpital Saint-Louis , aujourd'hui professeur de pathologie interne à Grenoble. 11 octobre 1834. Chez Bécket.)
On peut lire également , le Mémoire comparatif sur fhisfoire
naturelle de l'insecte de la gale, par M. Raspail ; les recherches microscopiques sur Cacarus , etc., par MM. Leroi et Vandenhecke, et les articles de MM. D. Duparc et Beaude dans le journal des Connaissances Médicales du 15 juillet 1834.
Dans sa traduction de la Revue générale des écrits de Linné, par Pulteney, M. Millin de Grandmaison fait mention de XAcarus scabîei, et de celui de la Dyssenterie. (Acarus dyssenteriœ.)
Linné a consigné dans les Amœnitates academicœ , une thèse de J. G. Nyander publiée en 1757; cet auteur adopte l'opinion de Kircher qui attribue les maladies contagieuses à des animalcules. Il dit que teur existence a été démontrée dans la gale et la dyssenterie , dans la ladrerie des cochons par Langius, dans la peste par Kircher, dans le mal vénérien par Hauptman (1), dans les pétechies par Sigler, dans la petite vérole par Lusitanus et par Porcellus, ainsi que dans le serpigo et d'autres maladies cutanées. Bartholin avait remarqué que les matières évacuées pendant la dyssenterie, étaient pleines de petits insectes.
On trouve dans le même recueil , la dissertation de C. F. Ad- 1er (1752) sur la Noctiluca Marina.
Ce fut pendant son voyage en Chine fait en 1748, que ce chirurgien reconnut l'existence des insectes phosphorescens qui rendent le sillage des navires lumineux ; il soumit au microscope et fit dessiner ce petit individu qui n'est pas plus gros que la seizième partie du pouce. Baker a également donné quelques détails sur cet insecte. On le rencontre au commencement de l'été et principalement parmi les plantes marines .
Les écailles de V anguille dont l'existence fut long-temps inconnue, sont fort curieuses et exigent une préparation particulière. Il faut prendre un morceau de peau sur les parties latérales de
(1) Les expériences microscopiques de M. Donné sur les affections vénériennes, confirment les assertions de Hauptman.
L'anguille et l'étendre bien exactement sur une lame de verre où on la laisse sécher. C'est alors qu'on aperçoit les saillies formées par les écailles placées sous une pellicule mince qu'on peut soulever avec la pointe d'un scalpel; les écailles se détachent ensuite avec la plus grande facilité.
La peau du lézard et de l'iguane est formée de deux couches , l'une mince et transparente, l'autre plus épaisse et opaque ; en les séparant, on obtient deux objets microscopiques fort remarquables. La perche, la sole, la morue, etc. ' ; fournissent de très belles écailles.
Nous avons fait dessiner pi. 5,, fi g. 10, la tranche d'un poil de barbe, rencontrée par hasard dans cette position sur un porte-objet où nous avions déposé plusieurs fragmens semblables. Pour obtenir ces tranches , il faut réunir plusieurs poils en un seul faisceau, les serrer fortement avec un fil mince et couper l'extrémité du paquet avec un bon rasoir ; quelquefois même lorsque la barbe est peu longue, on peut rencontrer de très bons échantillons sur le linge qui sert à essuyer le rasoir. Les cheveux ou poils seront toujours placés dans le baume du Canada qui augmente leur transparence et détruit la diffraction produite sur leurs bords. Les poils de souris, du mulots de la chauve-souris , de la larve du dermeste, du chat , du renard et de certaines chenilles, sont excessivement curieux à observer et fournissent de bons tests opaques et transparens.
Plusieurs animaux des ordres inférieurs sont munis d'un appareil destiné à mouvoir les fluides le long de la surface de divers organes. Si on coupe une portion des branchies d'une moule et qu'on la soumette à l'examen microscopique dans une goutte d'eau renfermée entre deux lames de verre, on remarquera dans ce liquide un courant dont la direction est constante et déterminée. Le fragment de branchie est couvert de poils ou cils très déliés, sans cesse en vibration et qui impriment le mouvement au liquide.
On trouvera clans le troisième volume des Annales des sciences naturelles, année 1835, les observations de M. William Sharpey et le mémoire de MM. Purkinje et Yalentin qui ont découvert l'existence de cet appareil dans les animaux à sang chaud. Ils ont vu ce mouvement ciliaire dans l'oviducte des oiseaux et les trompes de Fallope des mammifères ainsi que dans les voies aériennes de ces deux classes. Nous nous bornerons à signaler les organes qui présentent ce phénomène destiné principalement à entretenir un courant de liquide le long de la surface de l'appareil respiratoire et dans beaucoup de cas, à l'introduction de la nourriture, à l'expulsion des œufs et à faciliter la locomotion.
En 1830 , M. Sharpey observa ce mouvement dans les larves de la salamandre et du crapaud, dans un grand nombre de mo lusques , dans les annelides et dans l'actinie. Il nous apprend que Steinbuch avait déjà décrit les courans des branchies du têtard et de la larve de la salamandre et que plusieurs autres observateurs tant anciens que modernes , avaient fait des observations semblables. MM. Purkinje et Valentin remarquèrent en disséquant un lapin femelle fécondé trois jours auparavant, de petits fragmens de la membrane muqueuse des trompes de Fallope, se mouvant avec rapidité, et tournant comme autour d'un axe. Rapide dans les trompes, ce mouvement était plus lent dans les cornes de l'utérus ainsi qu'aux points d'attache de l'organe , mais il était surtout remarquable sur les lèvres de l'utérus et dans le vagin. L'oviducte d'un oiseau examiné immédiatement après le passage de l'œuf , présenta la même vibration dans toute son étendue. D'après ces observateurs, ce mouvement n'existe que dans les organes sexuels de la femelle et dans ceux de la respiration , chez les mammifères , les oiseaux et les reptiles. Ils ne le rencontrèrent dans le tube intestinal , que chez la moule de rivière, sur une éminence charnue longitudinale que présente la surface intérieure du tube, tandis que M. Sharpey l'a vu dans le
tube digestif des échinodermes , des annélides et l'actinie, ainsi que dans la cavité alimentaire de plusieurs polypes.
Chez les amphibies et les serpens , les oiseaux et les mammifères , les muqueuses de l'oviducte et des conduits respiratoires , offrent ces vibrations clans toute leur étendue.
Pour observer ce curieux phénomène , il faut examiner l'animal immédiatement après sa mort. On détache avec des ciseaux, un morceau de la membrane qu'on plie sur elle-même de manière à ce que sa surface libre forme le bord du pli et que l'autre surface soit en contact avec elle-même. 11 faut alors placer l'objet sous le compressoriuîii avec un peu d'eau , puis presser doucement afin que le bord du pli apparaisse distinctement sous le microscope. Pour rendre le phénomène encore plus visible , on peut ajouter au liquide , une matière colorante , de l'indigo ou du carmin , comme pour colorer les organes digestifs des infusoires. Il est important que la membrane muqueuse soit parfaitement débarrassée des tissus voisins et que le pli de cette membrane se présente facilement à l'objectif. Ces vibrations suivent une direction déterminée excepté chez la moule de rivière, où elles ont lieu régulièrement dans deux directions différentes, chaque direction changeant toutes les six ou sept secondes. (Ann. des Se. nat. v. 3, p. 347.)
Le docteur Baswitz nous a communiqué la note suivante, sur l'application du microscope au diagnostic de certaines affections.
« Au mois de juin 1838 , j'ai vu un homme qui portait une tumeur dans l'arrière-bouche. Le toucher seul ne suffisait pas pour diagnostiquer la nature de l'affection. Etait-ce une tumeur fongueuse , un polype ou un sarcome? Une petite portion de la tumeur s'étant ulcérée , j'enlevai avec une aiguille à cataracte , un lambeau de tissu que je plaçai sur le porte-objet du microscope, et je reconnus aussitôt que j'avais affaire à un polype.
» Il est souvent difficile de faire le diagnostic différentiel des tumeurs de l'utérus , le microscope peut éclairer le chirurgien. »
Après les corps tirés du règne animal , on doit placer immédiatement les différentes parties des végétaux, La circulation de la sève, les mouvemens et l'éjaculation polliniques, le tissu des tiges, des pétales, etc. , fourniront à l'observateur, une source abondante de jouissances nouvelles.
Circulation dans les végétaux. Chara. — Aucun végétal ne laisse voir aussi distinctement ce curieux phénomène découvert par l'abbé Gorti en 1774. Plusieurs savans parmi lesquels nous pouvons citer MM. Amici, Robert Brown, Schultz, etc., ont observé la circulation dans d'autres végétaux, mais il n'est pas très facile de réussir dans ces expériences, tandis qu'un tube de chara bien préparé, donne toujours des résultats satisfesans. Lors de son passage à Paris, M. Amici fit voir le chara à plusieurs savans et pendant quelque temps, on pensa que le microscope catadioptre que de ce physicien était indispensable pour faire cette belle expérience; mais bientôt on reconnut qu'il ne fallait qu'un pouvoir de 50 à 100 fois.
Le Baillif écrivit sur le chara, une notice dont nous possédons le manuscrit et qui fut insérée en partie dans le bulletin de M. de Ferrussac. C'est dans le travail original que nous puiserons les détails suivans.
Le chara se trouve abondamment dans l'étang de Yillebon près de Meudon, à deux lieues de Paris; on le rencontre aussi dans le grand bassin de la Villette, canal de l'Ourq. Cette plante est toujours submergée; on se la procure en attachant un crochet à l'extrémité d'un roseau de dix pieds, ou bien au bout d'une ficelle qu'on lance avec force sur l'endroit où se trouve le chara. Pour emporter la plante, on la plonge dans une fiole pleine d'eau. On choisit ensuite les tiges les plus fortes, qu'on met à l'aise dans une large terrine remplie de l'eau de l'étang où le chara a été recueilli. 11 faut éviter de ployer les tiges, car les entre-nœuds froissés ne peuvent servir. Il serait convenable de couper quel-
ques entre-nœuds et de les suspendre par un fil dans l'eau où ils continueraient à végéter. Dans la saison chaude , ce végétal se décompose facilement, au bout d'une quinzaine de jours, il passe du vertau jaune sale et sa préparation devient quelquefois très difficile.
Il existe plusieurs espèces de chara : le flexilis ou translucens , Yhispida ou tomentosa.
Dans le premier, on aperçoit un peu la circulation à travers l'écorce, mais le second est préférable. Les entre-nœuds ont de trois à quatre pouces et plus et contiennent souvent les globules curieux dont nous parlerons plus loin.
Le chara ne peut être soumis au microscope qu'après avoir subi certaines préparations. Il faut choisir un entre-nœud bien vert et ferme et couper les verticilles en leur laissant environ 6 à 8 lignes de longueur. On élague tous les petits jets et on place la tige principale dans une petite cuve en verre pleine d'eau, placée au foyer d'une loupe montée sur son pied.
On enlève l'écorce superficielle par lanières, avec la plus grande précaution , car la moindre blessure faite au tube intérieur , arrêterait la circulation à l'instant même. Lorsqu'on est parvenu à décortiquer ce tube , il faut le racler légèrement en lui imprimant un mouvement de rotation sur lui-même. Cette opération est indispensable pour débarrasser le tube d'une couche de carbonate de chaux qui le recouvre ; on doit la pratiquer avec un canif à fil couché, qu'on dirige de gauche à droite sans jamais racler dans le sens contraire.
Le mèrithal sera parfaitement dénudé , quand on n'apercevra plus aucun corps étranger, avec une loupe de 6 lignes de foyer. Le microscope fait alors distinguer sous une amplification de soixante-quinze à cent fois , des lignes parallèles formées par des ovules verts régulièrement espacés , ainsi qu'une ligne où ces ovules manquent constamment et que Le Bai II if nommait la voie lactée.
On peut conserver cette préparation sous l'eau, mais au bout de cinq à six jours, la surface du tube se recouvrira de cristaux de carbonate calcaire qu'on pourra enlever de nouveau mais avec beaucoup plus de soin que la première fois. Le Baillif conservait les tubes décortiqués dans une petite boîte aquatique d'une construction facile.
ïl coupait des bouts de gros tubes de verre et les fendait en deux suivant leur longueur, avec un diamant. Deux carrés de plomb cimentés aux extrémités , maintenaient le demi-tube dans la position horizontale.
Il plaçait le mérithal décortiqué dans cette petite cuve pleine d'eau et la recouvrait avec une lame de verre qui- retardait l'évaporation du liquide et le mélange des corpuscules, voltigeant dans l'atmosphère. Nos petites auges à parois planes sont d'une grande utilité pour cette expérience.
Les variations de la température, la décortication déjà ancienne et même des ligatures pratiquées sur le tube, n'ont aucune influence sur la circulation .
Si l'on examine l'un des courans à droite ou à gauche de la ligne médiane , on verra qu'ils suivent toujours la même direction , mais si l'on place cette ligne de manière à ce qu'elle occupe exactement le milieu du champ du microscope, on verra les molécules vertes entraînées dans un double courant de droite à gauche et de gauche à droite. Au moyen d'une montre à secondes ou d'un pendule , on peut calculer le temps qu'un globule met à traverser le champ.
En prolongeant l'observation, il sera facile de s'assurer que les molécules flottantes peuvent passer d'un courant dans l'autre et ce fait est important, car il prouve d'une manière évidente, qu'il n'existe pas de diaphragme sur la ligne médiane. Si l'on trempe pendant un instant , l'une des extrémités du tube dans de l'eau légèrement acidulée avec du vinaigre ou de l'acide hydro-
ehlorique, la circulation cesse au bout de quelques minutes.
Le 21 octobre 1827, Le Baillif vit sur un chara conservé depuis dix jours, de longues séries de molécules vertes se disjoindre, se soulever et marcher dans te torrent de la circulation ; bientôt une grande partie de l'intérieur du tube fut si bien dénudée, qu'on voyait les molécules vertes se mouvoir à peu près comme un train de bois brisé ; on continuait néanmoins à distinguer les molécules de la circulation habituelle qui flottaient pêle-mêle. Dans plusieurs endroits, il se forma des obstructions considérables.
La circulation ordinaire persiste pendant plusieurs jours et ne se ralentit pas pendant la nuit. Si l'on veut suivre la marche des molécules , il faut , suivant la méthode de l'abbé Gorti , choisir un petit rejeton tenant encore à un des verticilles et dont la surface est peu chargée de carbonate calcaire, qui probablement ne s'amasse que sur la plante adulte. En observant ce petit rejeton vers son extrémité transparente , on reconnaîtra le mouvement circulatoire, et si l'on suit deux ou trois molécules dans leur course, on les verra se contourner à l'extrémité du rejeton et revenir dans le sens opposé.
On rencontre quelquefois dans un mérithal , des sphères ou globes en assez grand nombre qui se meuvent les uns par dessus les autres , se dépriment, prennent une forme ovale suivant les pressions qu'ils éprouvent et crèvent quelquefois en mêlant leur contenu au fluide circulatoire; plus tard, on voit de petits globes se reformer et voyager dans le liquide. Avec un bon éclairage, on distingue nettement l'épaisseur de la tunique sphéroïdale ainsi que les molécules qu'elle renferme. Ces dernières sont diaphanes , de formes très variées et sujettes à des transpositions produites par la compression et le mouvement imprimés aux sphères.
Si l'on suspend un tube de chara dans l'eau par une de ses extrémités, les sphères tombent à la partie inférieure, et elles suivent
encore la même direction lorsqu'on retourne le tube. On peut examiner le phénomène avec une loupe ordinaire. Quand on veut observer isolément les sphères , il faut couper F entre-nœud qui les contient et exprimer le fluide sur une lame de verre, alors les sphères se montrent comme autant de gouttes de suif parfaitement distinctes.
M. J. Holland a décrit un moyen fort ingénieux pour étudier la circulation sur de jeunes pousses de chara; on renferme une jeune pousse de ce végétal, dans un des petits porte-objets faits avec le blanc de plomb et remplis d'eau (chap XL) La lamelle supérieure est percée sur le côté, d'une petite ouverture. Le chara continue à végéter jusqu'à ce qu'il remplisse toute la cavité et peut-être, ajoute M. Holland, parviendra-t-on à découvrir les causes de la circulation, en examinant le végétal aux diverses époques de son développement.
L'ouverture de la plaque supérieure , permet de renouveler le liquide à mesure qu'il s'évapore. On pose sur ce petit trou, un fragment de verre mince qui le ferme exactement et retarde l'évaporation .
M. Schultz observa la circulation de la sève dans plusieurs végétaux, entre autres, dans les stipules du ficus clastica. On rend ces stipules transparentes en enlevant la couche superficielle qui laisse à nu une partie blanche , fibreuse , transparente , dans laquelle on voit très bien la circulation de la sève. La feuille de la C hé (idoine présente le même phénomène sans exiger autant de préparation ; il suffît de la placer sur le porte-objet et de l'observer au soleil, mais on ne réussit pas toujours.
Le Baillif observa également cette circulation dans le figuier commun. On comprend que, pour ces expériences, il faut toujours employer des végétaux non fanés.
M. Schultz donna à Le Baillif une liste des plantes dans lesquelles il avait observé le plus facilement la marche de la sève ,
nous la transcrivons ici telle qu'elle nous a été laissée par M. Le Baillif :
Ghélidoine ( foliole du calice ).
Salsifîx ( feuille ).
Pissenlit ( id. ).
Alisma plantago ( plantain d'eau ),
Ficus élastica ( stipules ).
Figuier ordinaire.
Platane.
Stipules d'érable.
Mûrier blanc.
Aloës ( tige et étamines ).
Angélique.
Impératoire et presque toutes les ombellifères qui ont des sucs colorés.
Bryone blanche.
Euphorbe ( moelle ).
Asclépiade.
Arroche.
Laitue ordinaire.
Chiendent.
Tragopogon des prés et presque toutes les chicoracées.
Le 49e volume des Transactions de la Société des Arts , [Transactions of the Society of Arts, etc.) contient un mémoire de M. H. Slack sur la circulation observée dans la Nitella flexilis , lf Hydrockaris morsus ranœ, la Tradescantia virginica observée d'abord par le docteur Brown et décrite dans son Mémoire sur les Orchidées. — M. Slack signale encore les poils de la corolle d'une espèce de Penstemon , les stipules du Ficus élastica décrites par M. Schulz, et enfin la Ghélidoine observée par le même auteur. Belativement à cette dernière , M. Slack nous apprend que le phénomène ne se manifeste pas lorsque la feuille est encore attachée
à la branche, mais qu'il devient évident, aussitôt qu'on l'a détachée. Nous avons dit que cette expérience ne réussissait pas toujours , il est possible que l'insuccès de nos tentatives , dépende seulement d'une mauvaise préparation. Nous recommandons aussi à nos lecteurs, le travail de M. Varley et le supplément de M. Solly, consignés dans le 48e volume du même recueil. Ces Mémoires sont remplis de détails intéressans sur la circulation et l'organisation des végétaux.
Le pollen présente un spectacle très curieux lorsqu'il est placé dans certains liquides et soumis au microscope; jetés sur une goutte d'eau, les grains polliniques se meuvent en différens sens et éclatent en lançant un nuage de petites granulations ou des boyaux qui se contournent de différentes manières. M. Raspail a reconnu que l'acide hydrochlorique et l'ammoniaque liquide produisaient le môme effet.
Il faut placer une petite goutte d'eau sur une bande de verre et déposer le pollen dans le liquide. C'est encore des notes de Le Baillif que nous extrayons les exemples suivans.
Pollen de Chicorée sauvage. — Mis en contact avec l'eau , il cesse d'être sphérique et présente plusieurs mammelons ou gibbosités. Ces grains de Pollen sont en général attachés ensemble par un ou deux petits filets.
P. de Balzamine. — Produit des boyaux très transparens qui s'allongent pendant plusieurs jours et ont sept à huit fois la longueur du grain de pollen.
P.dOnagraire. — Présente un cordon d'attache très long quand il est unique, se gonfle quelquefois extraordinairement dans l'eau; enfin il éjacule une grande quantité de molécules ovales et rondes. Plusieurs grains de ce pollen poussent des boyaux cylindriques.
P. de Houblon. — Éjaculation très vive, la semence a un mouvement de locomotion très visible.
P. de ÏAivcndc, — Chaque grain contient trois molécules ovoïdes
qui peuvent égaler le diamètre du grain , alors il crève et l'on aperçoit sa capsule très diaphane.
P. d'Epinards. — Se gonfle beaucoup, mouvement de recul, éjaculation diffuse de molécules de grosseurs diverses, parmi lesquelles on distingue parfaitement les molécules ovales.
P. de Coloquinte. — Très gros, sphérique, quelquefois mais rarement hirsute, il se gonfle beaucoup dans l'eau à la circonférence. Dans les premiers momens de l'immersion, on voit autour du pollen beaucoup de molécules rondes qui se meuvent pendant plus d'une heure en sens divers et à distance du pollen qui éjacule largement mais avec lenteur.
P. de Cactus à feuilles courtes. — Sphérique, lisse, gris cendré, produit quelquefois un long boyau , dans d'autres circonstances on voit se former une , deux ou trois vésicules. Quelques uns de ces grains éjaculent une matière noire , et l'on voit souvent autour d'eux des corpuscules mobiles.
Le Baillif a vu éjaculer du pollen de Maïs conservé dans un cornet pendant deux ans ; il a observé le même phénomène sur celui du tourne-sol, et M. Raspail sur celui de l'hélianthus annuus.
P. de Violette marine. — Très abondant , sphérique, diaphane , hirsute, recule vivement à l'instant de l'éjaculation.
P. de Valériane. — A sec il est ovale, cloisonné, presque transparent ; dans l'eau il devient à peu près sphérique et beaucoup plus opaque qu'après l'éjaculation. Au moment qui la précède, on voit se former une vésicule très diaphane , égalant en volume à peu près le tiers du globule , elle se déchire et donne passage à une grande quantité de poussière. Cette expérience réussit toujours avec rapidité.
P. de Scabieuse. — Ne change pas de forme dans l'eau, quelquefois on voit naître une vésicule. L'éjaculation a lieu au bout de quinze secondes ou une minute, elle est vive, mais ne se fait pas à une grande distance.
P. de Rose trémière. — Opaque, très hirsute, après quatre ou cinq minutes de gonflement , il éjacule lentement par deux , trois et quatre endroits différens , les granules polliniques sont très noirs et paraissent avoir une grosseur uniforme.
P. de Lis jaune. — Locomotion même à sec. Il est ovoïde, lisse, réticulé , plus ou moins coloré en gris cendré , éjacule par le côté , mais il faut le prendre sur une anthère déjà passée.
P. deLuffa fœtida. — Rond, jaune, lisse, donnant des résultats variables d'après son degré de maturité. Dès qu'il est en contact avec l'eau, on voit se former trois vésicules diaphanes , d'où part souvent l'éjaculation. Parfois, il se forme un gros boyau qui peut égaler deux ou trois fois le diamètre du grain pollinique et qui est rempli de semence noire immobile ; quelquefois ce boyau s'allonge et crève , alors on voit marcher la semence vers l'extrémité ouverte.
P. de Maïs. — Se globulise et devient opaque dans l'eau. Après l'éjaculation qui est vive et abondante, le grain devient presque transparent.
P. deLopesia racémosa. — Se présente toujours sous une forme triangulaire, mais après une minute de séjour dans l'eau, on voit se former à chaque angle une vésicule très diaphane. Ces grains sont pourvus d'un ligament chevelu d'une grande ténuité. Ils éjaculent quelquefois.
Nous ne prolongerons pas cette liste , et nous laisserons à nos lecteurs le plaisir de l'augmenter par des recherches pleines d'intérêt, dont ils se procureront facilement les matériaux.
On rencontrera souvent dans les infusions anciennes , des spirales mêlées aux débris parmi lesquels nagent les animalcules. Ces spirales ne sont autre chose que les trachées ou organes destinés à la circulation de l'air dans les végétaux.
Nous placerons ici quelques mots sur la Cryptogamie et les services importans que le microscope a rendus à cette partie de la
science botanique. Mais nous dirons d'abord, que le passage suivant est le fruit de nos relations avec M. le docteur Montagne. Sa conversation a été pour nous une source abondante d'instruction , c'est dans nos souvenirs que nous puiserons ce peu de lignes.
Tous les botanistes connaissent les travaux de ce savant. Ils ont pu remarquer l'exactitude rigoureuse de ses dessins. Cette précision qu'il faut d'abord attribuer au talent de l'observateur, tient encore à sa grande expérience dans l'emploi de la chambre claire appliquée aux microscopes. Les beaux résultats obtenus par M. Montagne, attestent hautement l'utilité de la caméra lucida.
La Cryptogarnle embrasse toutes les plantes dans lesquelles on n'a pas encore reconnu d'une manière évidente la présence des sexes. Dans cette dernière classe du système de Linné, on a fait un certain nombre de familles naturelles de plantes dont les unes plus parfaites que d'autres sous le rapport de leur structure, sont cependant moins avancées qu'elles sous celui des moyens de reproduction; ainsi les Fougères ont des vaisseaux qui manquent aux Mousses, mais celles-ci sont pourvues des deux sexes qui, chez les premières, ont jusqu'ici échappé à notre investigation. Une étude plus approfondie de ces plantes, les a fait diviser en deux grandes classes : les Mthéogames , ou plantes dont les noces sont insolites ou douteuses, et les Agames, ou plantes dont les noces sont nulles ou du moins inconnues.
Toutes les plantes en question sont du domaine de la Cryptogarnie et composent, à l'exception des Fougères, des Lycopodiacées et de plusieurs autres groupes voisins , les végétaux cellulaires. C'est à cette classe qu'appartiennent les familles des Mousses, des Hépatiques, des Champignons, des Hypoxylées, des Lichens et des Algues, toutes plantes dont l'étude exige impérieusement l'usage du microscope.
Il est en effet impossible sans cet instrument, on pourrait dire sans ce nouveau sens, de pénétrer dans la structure intime de ces végétaux dont quelques uns même ne sont visibles que par son secours. C'est à lui que l'on doit un nombre considérable de travaux importans sur les familles énumérées plus haut et dont l'application à la physiologie des plantes plus élevées dans l'échelle végétale , n'a pas été sans profit. Les recherches de M. de Mirbel sur le Marchantia , de M. Mohl sur la multiplication des cellules, de M. Morren sur les Closterles ont été fertiles en applications de ce genre.
C'est surtout dans la famille des Algues qu'on peut, qu'on doit espérer, par des travaux suivis et une patience infatigable, de découvrir quelques uns de ces mystères de la végétation que la nature a cachés jusqu'ici derrière un voile impénétrable. Nonseulement ce sont les organismes les plus simples, les premiers linéamens pour ainsi dire de la vie végétale que les plantes inférieures de cette famille offrent à nos regards, mais le milieu môme qu'elles habitent, facilite singulièrement l'observation dont nous voulons les faire devenir l'objet et les expériences auxquelles n^us désirons les soumettre.
Les Algues sont en un mot la palette où la nature étale les vives et brillantes couleurs dont son pinceau magique compose, en graduant admirablement ses teintes, tous les végétaux qui font sa parure. Elles sont aussi le point de départ ou de confluence des deux grandes séries des corps organisés, le point où souvent il est difficile de prononcer à laquelle des deux appartient l'être qu'on observe ; d'où il est aisé d'inférer l'importance de leur étude comparée.
Il serait oiseux de pousser plus loin l'énumération des services que l'étude microscopique des Agames peut rendre à la science ; tout homme de bonne foi les comprendra sur-le-champ. Mais, en supposant même que l'on ne désirât faire de cette étude qu'un
objet de simple amusement, nous pensons que rien ne peut procurer plus de jouissances à une ame honnête, que la contemplation des phénomènes de la vie dans ces êtres aussi admirables par leur petitesse et leur simplicité, qu'étonnans par la symétrie et l'élégance de leurs formes.
Les plantes Agames ont d'ailleurs dans l'économie domestique et industrielle, comme dans celle de la nature, une foule d'usages très importans qu'il serait trop long, et d'ailleurs hors de propos d'exposer ici avec quelque détail. Qu'il suffise donc de savoir que parmi les Algues et les Lichens, il en est un très grand nombre qui servent à la nourriture de l'homme et des animaux, et que cet aliment est presque exclusif dans certaines localités. Nous ne parlons pas des Champignons dont tout le monde sait l'utilité sous ce rapport et que les gourmands recherchent et savourent avec délices. Quant à l'économie agricole et industrielle, les Algues fournissent aux terres un excellent engrais et contiennent deux principes, l'iode et la soude, dont l'utilité n'est mise en doute par personne.
Les Lichens enfin, donnent des matières colorantes parmi lesquelles l'Orcine, dont on retire une magnifique couleur pourpre, tient le premier rang.
Les observateurs qui ont employé avec talent le microscope et fait tourner au profit de la science , dans les temps modernes, l'étude microscopique des plantes inférieures, sont M. de Mirbel, par ses recherches sur le Marchanda pofymorpha ; M. Mohl, par plusieurs Mémoires importans de physiologie végétale ; M. Morren, par ses Mémoires sur les Closterles et son genre Aphanizomenon ; M. Turpin, par un grand nombre de recherches microscopiques sur les organismes inférieurs des deux règnes ; M. Greville, par ses belles analyses de la Flore cryptogamique d'Ecosse et de ses Algœ britannicœ; MM. Berkeley, Desmazières et Léveillé, par leurs travaux analytiques sur l'organisation et les moyens de re~
production des Champignons. M. Montagne par des observations et des analyses faites sur ces mêmes objets, par des travaux analogues sur la plupart des familles cryptogamiques , mais surtout par ses anatomies soignées d'Algues que l'on trouve dans le Voyage dans l'Amérique méridionale par M. Àlcide d'Orbigny et dans X Histoire civile , politique et naturelle de file de Cuba par M. Ramon de la Sagra; sa notice sur l'organisation des Caulerpées> etc. M. J. Agardh, par son Mémoire sur la propagation des Algues; M. Duby, par ses Mémoires sur les Céramiées ; enfin, M. Fée, par ses figures analytiques des thèques des Lichens.
La muscardine ou maladie du vers à soie , ne commença à être bien étudiée que du moment où on la soumit à l'analyse microscopique. Le Mémoire inédit de M. le docteur Montagne qui doit être inséré dans le recueil des savans étrangers , le rapport de M. Dutrochet sur ces recherches et celles de M. Audouin , sont les meilleurs documens à consulter pour avoir une connaissance exacte de cette curieuse maladie produite par une plante cryptogame et des travaux qui ont paru à différentes époques.
Terminons ce chapitre par quelques expériences de chimie microscopique, et nous aurons fourni des exemples des diverses opérations qui réclament l'emploi du microscope.
La cristallisation de plusieurs substances fournira à l'observateur une source abondante de jouissances variées. Examiné avec le microscope solaire, le phénomène est admirable. La formation des cristaux et les dispositions qu'ils affectent, réalisent tout ce que l'esprit peut imaginer de plus bizarre , de plus gracieux et de plus délicat. Ces expériences n'exigent pas de grandes préparations , cependant nous devons indiquer les principales règles à suivre pour choisir, disposer et conserver les échantillons soumis au microscope ; Peut-être nous reprocliera-t-on de nous servir du mot cristallisation , car les substances préparées pour l'observation microscopique, prennent des formes variées et l'on ne retrouve
pas ces figures régulières et constantes des véritables cristallisations; on pourrait peut-être employer le terme arborisation , mais il nous semble que le premier frappera mieux l'esprit du lecteur, et donnera une idée plus exacte du phénomène.
L'eau distillée doit être employée de préférence pour dissoudre les différens corps ; on peut au besoin se servir d'eau ordinaire , mais on est exposé à rencontrer des corps étrangers mêlés aux solutions et quelquefois ils peuvent altérer la forme des cristaux.
Dans le chapitre préparation des objets , nous avons indiqué les solutions alcooliques ou éthérées qui s'évaporent promptement et donnent des résultats plus rapides.
L'eau sera froide ou chaude suivant le degré de solubilité du corps, et les solutions seront toujours concentrées. On les obtient facilement à cet état , en les saturant ; le repos amène la précipitation de la matière surabondante. Si on opérait avant cette précipitation, il ne se formerait sur le porte -objet, que des masses cristallines confuses. En observant ces précautions, les mêmes sels donneront toujours des figures semblables.
On prend une goutte de la solution au bout d'une tige en verre plein et on l'étend sur une lame de verre de manière à ce que la couche ne soit pas trop épaisse. Si la substance cristallise spontanément et avec rapidité, on la place de suite sur la platine et on met le microscope au point en examinant toujours le liquide vers les bords , où la couche de liquide est plus mince et commence d'abord à se cristalliser. Si au contraire, la chaleur est nécessaire pour développer le phénomène , on tient la bande de verre au dessus de la flamme d'une bougie ou sur un feu clair, jusqu'à ce que l'on aperçoive de petites portions qui se solidifient et deviennent blanches ou de toute autre couleur, suivant la nature du corps; c'est en ce moment qu'il faut placer le porteobjet sur la platine et observer à la circonférence de la couche
liquide. La cristallisation est d'abord lente , mais à mesure que le liquide s'évapore , les cristaux se forment beaucoup plus vite et quelquefois même, on ne peut suivre leur marche et la formation des différentes branches qui apparaissent avec la rapidité de l'éclair. Il faut bien se garder de cesser l'observation pendant un seul instant, car chaque seconde voit naître une nouvelle forme; lorsque vous croyez l'expérience terminée, de nouveaux rejetons s'élancent de tous côtés et souvent ils ne ressemblent en rien aux premières productions.
Quelquefois on éprouve de la difficulté à étendre la goutte de solution sur la bande de verre , elle se sépare en plusieurs petites gouttelettes qu'on ne peut réunir ; il faut dans ce cas , frotter le liquide sur la lame, de manière à humecter exactement la surface lisse du verre, et lorsque cette couche légère est sèche, on y étend sans peine , une autre goutte.
Il arrive aussi que le liquide en s' évaporant, se condense sur l'objectif et empêche de continuer l'observation ; on peut il est vrai, dévisser les lentilles et les essuyer, mais on perd souvent un temps précieux pendant lequel le phénomène suit sa marche , d*ailleurs l'évaporation n'est quelquefois pas terminée lorsqu'on replace les verres et il faut recommencer la même manœuvre. Cet accident est encore plus fréquent dans d'autres circonstances , aussi notre appareil chimique est-il indispensable lorsqu'on veut se livrer à une suite d'expériences sur les actions réciproques des différens corps.
Il est utile de conserver une série des diverses cristallisations pour les avoir sous la main à l'instant même, lorsqu'on veut démontrer leurs formes ou en faire le sujet de nouvelles observations. Cette collection est surtout précieuse pour les expériences de polarisation dont on trouvera plus loin quelques exemples.
Quand on a fait cristalliser une substance sur une lame de verre, il faut la recouvrir d'une autre lame d'égale grandeur, mais
beaucoup plus mince. On empêche le contact des surfaces qui pourraient altérer la préparation, en plaçant entre les deux lames, une feuille d'étain plus ou moins épaisse, percée d une ouverture proportionnée à l'étendue de la cristallisation, enfin on lute les deux lames avec du mastic ou de la cire à cacheter et quelquefois en collant des bandes d'étain sur leurs bords. Les cristallisations se conservent parfaitement dans ces porte-objets.
Sel marin , hydro-chlorate de soude , cristallise sous forme de cubes,, de lames quadrilatères, de pyramides creuses, à bases quadrilatères; leurs côtés présentent une série de degrés et elles se terminent tantôt en pointe tantôt par une surface tronquée.
Salpêtre, nitrate de potasse. En chauffant légèrement, on voit paraître sur les bords, des cristaux allongés, transparens, à bords parallèles, terminés en biseau, en pointe; souvent ils se dissolvent et se reforment de nouveau. Si on a soumis le liquide à l'action d'une forte chaleur, il se forme rapidement des ramifications magnifiques.
Sulfate de cuivre. Produit des cristaux d'abord très courts mais qui ne tardent pas à s'étendre. Ils sont solides , transparens , réguliers réfléchissent admirablement la lumière par leurs faces et leurs angles. Pendant l'évaporation du liquide , on voit paraître des corps déliés , capilliformes , juxta-posés , entrecroisés ou partant d'un centre commun pour former une espèce d'étoile. Bientôt il se forme au milieu de la goutte , des stries longitudinales garnies de petites ramifications plus ou moins rapprochées.
Alun. 1° Sur les bords, formation de petits cristaux à plusieurs faces, se rapprochant plus ou moins de la véritable forme cristalline du sel.
2° Formation de petits points arrondis qui s'étendent, prennent une apparence étoilée et quelquefois celle d'une comète.
3° Lorsque le liquide est presque entièrement évaporé , apparition subite de cristaux allongés, sinueux sur leurs bords qui
donnent naissance à des lignes semblables d'où s'élancent de nouveaux rejetons. Ceux-ci s'élargissent vers leurs extrémités et se terminent en forme de massue. D'autres fois ces figures sont parallèles et coupées par un grand nombre de stries transversales. On rencontre aussi des lignes parallèles que d'autres coupent à angle droit en formant une espèce de tissu diaphane.
Sel ammoniac, (hydro-chlorate d'ammoniaque). — De nombreux épis toujours parallèles s'élancent des bords de la goutte et donnent naissance à des branches analogues situées à angle droit. Tous les épis ne marchent pas clans le même sens, quelques uns s'avancent directement, d'autres horizontalement, mais par groupes dont les différentes tiges sont toujours parallèles. Quelquefois la tige principale se fend et forme deux branches dépourvues de saillies sur leur bord interne. Le centre de la goutte est bientôt rempli d'épis semblables mais anastomosés de différentes manières. Souvent ils forment des espèces de croix et l'on rencontre même des figures en zig-zag.
Est-il nécessaire de multiplier les exemples et ne suffît-il pas actuellement, de donner les noms de quelques substances dont les cristallisations sont plus ou moins remarquables?
Solution de fleurs d'antimoine.
— de sublimé corrosif, de sel de Glauber.
Dépôt salin des urines.
Mucus nazal.
Solution de camphre dans l'alcool.
Si l'on étend sur une lame de verre, une goutte de solution de nitrate d'argent et que l'on y projette quelques parcelles de limaille de cuivre, on observera avec le microscope disposé comme pour les objets opaques, une végétation admirable de rameaux d'argent naissant autour des parcelles de cuivre et envahissant peu à peu tout le champ du microscope. On peut remplacer la li-
maille par des fils de cuivre ou de petits globules de mercure. On verra également de fort belles végétations, si l'on soumet au microscope de petits fragmens de ces productions curieuses connues sous les noms d'arbres de Diane et de Saturne.
Quelques substances ont besoin de l'action de la chaleur pour manifester leurs formes cristallines; le deuto-iodure de mercure, par exemple , réduit en poudre impalpable et placé sur une lame de verre , changera complètement d'aspect si on le soumet à une douce chaleur; de rouge qu'il était, il devient jaune et l'on aperçoit aussitôt des cristaux dont la forme varie suivant le degré de chaleur auquel on a soumis la substance. Si l'on poursuit l'observation, on voit bientôt paraître des jets d'un beau rouge orangé et la préparation finit par prendre entièrement cette couleur. Nous avons fait les mêmes expériences sur le proto et le deuto-chlorure de mercure et toujours nous avons obtenu de fort beaux résultats. Nous conseillons à nos lecteurs de faire des essais semblables sur d'autres substances.
M. J. Cuthbert nous envoya au mois d'avril 1834, deux échantillons d'or cristallisé; cet objet nous parut d'autant plus curieux > que nous crûmes reconnaître les formes et toute l'apparence des jolies paillettes polygonales qui ornent l'aventurine artificielle. La préparation de cet or cristallisé est peu connue ; nous allons indiquer le procédé à suivre pour l'obtenir. On prépare une dissolution saturée d'or dans l'eau régale et on la laisse reposer ; au bout d'un certain temps, on remarque un précipité qui forme au fond du vase un disque d'or cristallisé ; on peut aussi chauffer une lame d'or mince et la soumettre sur un morceau de charbon à l'action du chalumeau jusqu'à ce qu'elle soit à peu près fondue ; alors on la plonge dans l'eau régale qui agit sur les surfaces et met en évidence les cristaux. Il faut répéter ces manœuvres jusqu'à ce que la cristallisation soit bien évidente. Le premier procédé est le plus simple et nous préférons les cristaux que l'on obtient de cette manière.
Les petites parcelles d'or ou de platine qui résultent de ta déflagration de ces métaux par l'électricité, doivent trouver place dans la collection d'objets.
Tout le monde sait que lorsqu'on bat le briquet, le silex détache des fragmens d'acier qui sont quelquefois fondus par la chaleur développée durant l'opération et que l'on peut recueillir sur une feuille de papier blanc. Ces fragmens examinés comme objets opaques , sont arrondis ou ressemblent à des copeaux que les jeux de la lumière ornent des plus belles couleurs irisées. S'il se trouvait beaucoup de fragmens de silex mêlés aux parcelles d'acier, on isolerait facilement ces dernières en promenant sur le papier un barreau aimanté.
Nous trouvons dans les notes de LeBaillif, quelques détails sur une expérience curieuse faite par M. Wiegman. Mettez dans un vase d'une certaine capacité , un demi-gros de poudre de corail blanc ou rouge avec six onces d'eau distillée , puis exposez le liquide au soleil en ayant soin de l'agiter plusieurs fois ; au bout de quinze jours , décantez le liquide et exposez-le de nouveau à l'action des rayons solaires. Quinze jours plus tard, vous y reconnaîtrez d'abord la matière verte de Priestely, puis des conferves; au bout de trois ou quatre mois surtout en été, ces dernières donneront naissance aux animaux connus sous le nom de cypriotes détecta. Si en expose le liquide au soleil dans un long et étroit cylindre, il s'y formera des espèces d'ulves qui, au bout d'un certain temps, se convertiront en daphnia longlspina.
Nous avons déjà dit un mot sur la manière de conserver les molécules actives de Brown, il nous reste encore à indiquer leur préparation. On dissout un peu de gomme gutte dans de l'eau et on renferme une petite quantité de cette solution dans un porte -objet fermé avec le blanc de plomb; on apercevra au microscope, une multitude de petits corpuscules qui s'agitent en tout sens dans le liquide; ce mouvement continuera pendant plu-
sieurs années , aussi doit-on avoir soin de noter exactement l'époque de la préparation. Ce curieux phénomène a donné naissance à des discussions assez vives entre plusieurs savans , mais comme nous l'avons dit en commençant, nous donnons ici un recueil d'expériences et nous laissons à d'autres le soin de les expliquer.
Le Philosophical-Magazine, année 1836, contient un travail de M. Ed.Craig sur la chimie microscopique. M. Craig se sert d'un de nos microscopes qu'il trouve parfaitement adapté à ce genre de recherches. Son procédé pour étudier la réaction des divers liquides, est très ingénieux. Après avoir placé une goutte d'un liquide sur une lame de verre, il la recouvre d'une de nos plaques minces dont la face inférieure est enduite avec le réactif.
Voici quelques-unes de ces expériences.
Du carbonate de cuivre placé sur la plaque inférieure et de l'acide nitrique sur la supérieure , on voit l'acide carbonique se dégager sous la forme de petites bulles qui se réunissent, et il se forme des petits cristaux bleus, ou plaques rhomboïdales de nitrate de cuivre. Si on enlève avec précaution la plaque supérieure et qu'on la remette en place après y avoir déposé une goutte d'ammoniaque , les cristaux se dissolvent et font place à d'autres cristaux de nitrate d'ammoniaque et à des groupes de prismes violets de nitrate ammoniacal de cuivre.
Si l'on mêle du bichromate de potasse avec du sel marin sur la bande de verre inférieure, et que l'on enduise la plaque supérieure d'acide sulfurique, il se manifeste d'abord un dégagement d'acide hydrochlorique , bientôt le champ du microscope est traversé par des courans en différentes directions au milieu desquels flottent des particules vertes et rouges ; le liquide s'éclaircit ensuite, on voit se diriger vers les bords, des gouttelettes rouges d'acide chloro-chrornique et il se forme au centre du liquide, des cristaux de sulfate de soude et de sulfate de potasse tachetés de gouttelettes d'acide rouge et mêlés à des cubes de sel marin
et à des cristaux de bi-chromate de potasse non décomposés.
En fesant agir le ferro-cyanate de potasse sur le sulfate de fer, on remarque des courans indiqués par les particules de bleu de Prusse.
Si l'on ajoute de l'acide sulfurique à du carbonate de cuivre, les cristaux de sulfate se montrent sous forme de prismes aplatis à six faces, en ajoutant un peu d'ammoniaque, les cristaux se métamorphosent en longs prismes rectangulaires avec une facette sur les angles , un excès d'ammoniaque les change de nouveau en octaèdres rhomboïdaux et l'on fait reparaître les prismes rectangulaires par l'addition d'un peu d'acide nitrique.
Si l'on ajoute une goutte d'acide nitrique aux grains de fécule colorés en bleu par l'iode, ils se gonflent et se rompent enfin.
En fesant agir la teinture d'iode sur une solution de sulfate de soude, le sel cristallise aussitôt en longs prismes, on voit paraître des gouttelettes d'iode d'une couleur rouge cerise, et bientôt l'iode forme des cristaux métalliques, rhomboïdaux et opaques.
Nous citerons encore quelques expériences empruntées à Le Baillif.
La gomme arabique mise en contact avec l'acide sulfurique , produit une multitude de cristaux baccillaires , fusiformes , radians d'un centre commun et formant quelquefois des aigrettes. Il faut poser la goutte d'acide sur le côté afin de bien voir les progrès de la cristallisation. Au bout d'une demi-heure , l'effet semble terminé, mais si l'on attend quatre ou cinq jours , on obtiendra des cristaux magnifiques.
Raclez de la racine fraîche d'iris de Florence ou un morceau de vieille racine macérée pendant une heure dans l'eau chaude, et vous apercevrez déjà une grande quantité de cristaux d'oxalate de chaux. Mais pour les obtenir parfaitement isolés et purs , il faut râper de la racine fraîche et la faire bouillir dans la potasse caustique ; on verra alors parfaitement, la forme des cris-
taux longs , très diaphanes et assez semblables à un burin.
On peut reconnaître l'existence de la fécule dans un quart de grain de chocolat ; cette sophistication a fréquemment lieu dans le commerce. Délayez le chocolat dans une goutte d'eau sur une lame de verre et vous distinguerez des grains de fécule diaphanes, de formes très variées et présentant des ondulations. Ajoutez une goutte de solution d'iode, tous les grains deviendront d'un bleu de saphir ou d'un bleu turquin, suivant le temps laissé à l'action de l'iode ; un grossissement de 200 fois est suffisant pour cette expérience.
J'ai trouvé ( dit Le Baillif ) un moyen fort expéditif pour distinguer le café des îles du café de chicorée ou de betterave et pour reconnaître la sophistication du café des îles que les épiciers vendent moulu. Je remplis d'eau deux verres à réactifs, je saupoudre légèrement le liquide d'un des vases, avec du café moulu des îles ; la poudre reste à la surface de l'eau sans la colorer et au bout d'une demi-heure , le liquide prend une légère teinte ambrée, tandis que le café de chicorée se précipite à l'instant même au fond du vase et colore fortement l'eau. Le café des îles moulu et traité par l'acide sulfurique , présente au microscope une teinte légère; autour de chaque molécule , on remarque une multitude de gouttelettes huileuses. Le café de chicorée traité par la même réactif, n'en offre pas une seule et la coloration est générale etbi en manifeste.
Nous trouvons dans notre recueil, des notes sur un réactif nou-r veau au moyen duquel Le Baillif distinguait facilement les substances azotées. Nous n'avons pas répété ces expériences, aussi nous contenterons-nous de dire qu'il employait le proto-nitrate de mercure pour donner une teinte plus ou moins rouge aux corps azotés avec lesquels ce réactif était mis en contact.
Les expériences faites au moyen du microscope polarisant, (vok le chap. 6) présentent le plus haut intérêt et le spectacle le pltm
admirable; nous avons promis d'en indiquer quelques unes, acquittons notre dette en terminant ce chapitre.
Les observations suivantes sont extraites du Mémoire de M. Talbot inséré dans le Pkilosophical magazine, vol. 5, 3e série.
Cheveu . Pour le rendre bien transparent et empêcher la diffraction de la lumière, on le place dans l'huile ou le vernis. Quand on a rendu le champ bien sombre, (voir chap. YI) on pose l'objet sur la platine et il paraît alors orné des plus brillantes couleurs. L'œil ne recevant pas d'autre lumière que celle qui traverse le cheveu, il est facile de distinguer les moindres détails de structure. Parmi les substances végétales et animales, il en est plusieurs qui présentent ce phénomène au même degré et d'autres qui n'ont aucune action sur la lumière polarisée. Ainsi le sel commun paraît constamment noir lorsqu'il est pur.
Ces beaux phénomènes sont surtout évidens, lorsque les substances ont été bien cristallisées.
Le sulfate de cuivre dissous dans un peu d'éther nitrique, précipite bientôt sous forme de petits cristaux très fins, rhomboïdaux et parfaitement translucides. Mais comme l'épaisseur de ces cristaux varie, chacun d'eux présente une coloration différente et l'on aperçoit un fond sombre qui paraît semé de rubis, de topazes , d'émeraudes et d'autres pierres précieuses. En fesant évaporer à une douce chaleur, sur une lame de verre, une goutte de sulfate de cuivre, on obtient des cristaux magnifiquement éclairés dont la coloration varie avec l'épaisseur. Quelques échantillons sont taillés obliquement et présentent trois ou quatre bandes diversement colorées qui indiquent parfaitement les dififérens degrés^d' épaisseur.
Quelquefois les sels forment des cristaux si fins , qu'ils n'ont pas le pouvoir de dépolariser la lumière et ne deviennent pas visibles sur le champ noir; dans ce cas, il faut avoir recours au procédé suivant. On sait que les plaques de mica soumises au
microscope polarisant, sont plus ou moins colorées suivant leur épaisseur et qu'elles produisent un champ d'une couleur uniforme. Si l'on pose les cristaux infiniment petits sur une de ces lames, ils pourront quelquefois altérer la couleur produite par le mica ; par exemple , la couleur bleue se changera en pourpre et l'on verra des cristaux pourpres sur un fond bleu , etc.
Lorsqu'on examine les cristallisations pendant l'évaporation des liquides, les changemens de coloration se succèdent avec une telle rapidité, qu'il est presqu'impossible de les suivre. M. Talbot versa un peu d'alcool dans une solution aqueuse d'un sel qu'il n'indique pas; aussitôt que le liquide commença à s'évaporer, il se manifesta des courans qui traversaient le champ du microscope, entraînant les cristaux et les fesant pirouetter sur leurs axes. Ils avaient l'apparence d'étincelles diversement colorées, car tantôt, ils se trouvaient placés de manière à dépolariser la lumière et tantôt, ils devenaient tout à fait invisibles.
Jusqu'ici , nous avons placé le prisme polarisant dans la position nécessaire pour assombrir le champ, si maintenant nous lui fesons parcourir sur son axe, un arc de cercle de 90°, nous donnerons naissance à un spectacle nouveau. Dans cette position, l'appareil peut quelquefois imprimer aux cristaux une teinte bien marquée ou les rendre complètement opaques, ce qui arrive le plus souvent avec les sels de cuivre , de Nickel et quelques autres.
Si on tourne le prisme analyseur, le cristal paraîtra lumineux lorsque le champ deviendra obscur et quand ce dernier deviendra lumineux à son tour, le cristal sera noir et opaque ; souvent les cristaux qui se forment dans le liquide , croissent suivant toutes leurs dimensions en conservant toutefois leurs formes géométriques ; leur coloration change en même temps que leurs dimensions, de sorte qu'au bout d'une minute, le cristal qui était bleu par exemple, deviendra rouge ou vert.
Lorsque le champ du microscope reste obscur malgré les di~
vers mouvemens imprimés aux prismes ou au corps soumis à l'examen j c'est une preuve que ce corps n'agit pas sur la lumière polarisée; son action se manifeste au contraire, quand il devient visible en tout ou en partie et qu'il se nuance de couleurs variées. Il est certains corps qui présentent simultanément les deux phénomènes. Les grains de fécule ont chacun deux méridiens qui se coupent à angle droit et n'agissent pas sur la lumière polarisée, car ils restent constamment noirs ; mais les segmcns compris par ces méridiens , présentent des couleurs variées qui indiquent leur action, ainsi que l'a constaté M. Biot.
Ces diverses expériences sur les corps qu'on rencontre dans la nature ou qui sont produits artificiellement, faciliteront les études du commençant, lui inspireront le goût du microscope et forment le complément indispensable de cet ouvrage. Nous ajouterons un mot sur une petite pile qu'on nous a envoyée dernièrement de Londres. Ce petit appareil, inventé par M. Schillîber, tient peu de place, entraîne peu de dépense et agit avec assez d'énergie. Une disposition simple et ingénieuse permet de changer les courans avec la plus grande rapidité. En fixant les fils conducteurs de cette pile à notre appareil électrique, fig, 19, pi. 2, on pourra étudier l'action galvanique sur les infusoires , les petits insectes , la circulation des fluides , les sels et les différens corps soumis au microscope.
Nous avons toujours indiqué les sources où nous puisions nos expériences ; notre cadre nous forçait d'abréger les descriptions , nous avons voulu que nos lecteurs pussent consulter les ouvrages originaux et compléter nos aperçus ; d'ailleurs , il est dans nos principes de laisser à chacun le mérite de ses œuvres et de ne jamais nous parer des plumes du paon.