Des mines d'argent et d'or du Nouveau-monde
h tîàte cefe notes *6 la vîBc où fk\ commë?ûcé à les recueillir, que f àpt^elte Èend (i) del Monte, quoique, de par la loî , elle se nomme aujourd'hui Minerai Ael Monte [i]) mais le nom primitif est le seul dont tm se ^rve.
(1) Je tiens à dire que dans cet essai j*ai mis à profit, avec mes notes personnelles, nonseuleeieot les recherches ^approfondies de II. de Humboldt, dont le résultat est consigné dans VE^taiptditiqttesur la Nouvelle^Espagne, dans VAêie Centrale et VHi$t9ire de la Géografyhie du n0uvêau continent, mais aussi les études très remarquables sous le rapport de la métallurgie comme sous celui de Téconomie politique, qui composent Toutrage de M. Saint-Clair Duport sur la Prodmetion deê Méiauw précieux au Mexique, Le volume de M. Duport est ai^ourd^hui le document le plus curieux qui existe sur Texploitation et Tavenir des mines mexicaines. L'un des plus honorables résidens français dans ce pays, M. Duport, s'était activement mêlé à l'exploitation des mines du Mexique, et il en a acquis une connaissance que personne n'a égalée.
(2) fu ifbrôyal) était le mot usité pour indiquer un centre d'exploitation.
(: ^'que, selon Tusage adopté en France pendant la révolution, on a cru effacer
^^Ui) Lu supcW^^^"^ ^ ^^ royauté en changeant les noms des villes ou des ohieis qui cr ^noni. Pucntc dcl Rey, par exemple, à la scparatiou de la région chaude
Real del Monte est une des mines d'argent les plus célèbres du Nouveau-Monde. A certaines années, il en est sorti des niasses d'argent comparables à ce qu'ont fourni le Potosi ou la Valenciana ou Pasco, quoique la compagnie anglaise, qui l'exploite en ce moment, rende de sa richesse présente un médiocre témoignage. Elle est fameuse par la générosité du plus heureux des mineurs de l'endroit, don Pedro Tereros, devenu comte de Régla, qui fit présent au roi Charles 1)1 de deux vaisseaux de guerre, dont un de 112 canons, et y joignit un prêt (ce mot même fut en cette circonstance une politesse castillane) de plus de 5 millions. L'établissement métallurgique de Régla, a 20 kilomètres d'ici , où se traite le minerai extrait de Real del Monte, a été bâti par le même propriétaire avec une magnificence royale, digne du site où il est placé. Un joli ruisseau s'y fait jour à travers une coulée de basalte dont les prismes réguliers se dressent à droite et à gauche en faisceaux. Il s'épanche en cascade depuis cette colonnade jusqu'en un bassin spacieux sur l'emplacement duquel l'usine métallurgique se déploie. Le comte de Régla n'épargna rien pour rendre Fusine vaste et belle : vaste, c'était son intérêt; belle, c'était son goût. Une charmante église y domine, de sa tour blanche et de son dôme éblouissant, la grande aire dallée (patio) où se passe F amalgamation (1), et la triple file des auges en pierre dure (arrastras) dans lesquelles le minerai, préalablement brisé en grains sous les pilons d'un bocard, est réduit en poudre impalpable par la rotation d'un bloc de porphyre ou de basalte.
Real del Monte est plus élevé que Mexico de cinq cents mètres (2). Pour s'y rendre de Mexico, on passe sous. les murs du couvent de Guadalupe, situé à une lieue de la capitale, que la piété des fidèles a comblé de dons splendides. Il communique avec Mexico par une chaussée en ligne droite, sur laquelle s'élèvent d'espace en espace des arcs monumentaux. Il est sous l'invocation de la Vierge, et Nuestra Setiora de Guadalupe était regardée pendant les guerres de l'indépendance comme la protectrice des Mexicains contre les Espagnols. Après avoir salué les dômes émaillés du couvent, qui resplendissent au soleil, et donné un souvenir aux lé-
{T{$rra Caliênte) et de la région tempérée {Tierra Templada)t snr la route de la Vera- Gruz à Mexico, a pris nom Puêtite Nacional, Les républicains des États-Unis ont procédé autrement. Ils ont conservé ici le- collège de Guillaume et Marie (du nom de Guillaume d*0range, qui remplaça Jacques H, et de la reine sa femme), là le comté du prince Edouard, celui du prince George, de la Reine et du Roi, ou de Frédéric, ailleurs la rue du Roi et celle de la Reine, et la Géorgie ne crut pas devoir changer de nom lorsqu'elle sUnsurgea contre le roi George, de même que les autres provinces d'Amérique, pour devenir indépendante.
(1) On sait que le nom d'amalgame désigne les combinaisons du mercure avec les autres métaux. L'amalgamation indique ici l'opération qui sera décrite tout % ire, par laquelle l'argent contenu dans le minerai est absorbé par le mercure. «
(«) Mexico est à «,Î77 mètres au-dessus de la mer, et Real del Monte à '^ ^
gendes cpii s'y rattachent, on côtoie le lac de Tezcuco, la plus vaste des cinq nappes d'eau qui occupent, disposées en étages, le fond de la vallée (i). En cette saison plus encore qu'à toute autre, desséchés et imprégnés de substances salines qui s'effleurissent, les bords du lac, si fertiles, si rians, si vivans autrefois, ressemblent à une terre désolée. Du côté où je les ai suivis, il n'y a plus un arbre qui les ombrage. Ennemis de la végétation, les Espagnols ont tout coupé sans rien renouveler et dans la vallée et dans les montagnes qui lui servent de ceinture. La surface des cinq lacs est solitaire, silencieuse, inanimée; pas un bateau à vapeur ne s'y promène, battant l'eau de ses ailes bruyantes et projetant derrière lui une longue trafaiée de fumée qui indique au loin la présence d'hommes actifs et remuans. Je n'y ai pas vu même une seule de ces pirogues qui la sillonnaient par milliers du temps de Montézuma, et que Gortez combattit avec une flotte de grands brigantins qu'il eut à construire sur place avec des bois venus de loin à dos d*homme; à plus forte raison, nulle trace des chinampas ou jardins flottans où l'on cultivait des fleurs et des fruits, et qui émerveillèrent les conquérans espagnols.
Le lac de Tezcuco a cessé même de baigner la capitale, dont les eaux autrefois traversaient les rues, depuis que le niveau général des lacs a été abaissé dans la vallée par l'effet de travaux de dessèchement, malheureusement séparés de l'idée d'irrigation que les Espagnols cependant auraient dû avoir présente, tant à cause des canaux de distribution exécutés par les Maures dans la Péninsule, qui en jouit encore, que parce qu'ils avaient sous les yeux les vestiges des magnifiques arrosages des souverains aztèques. Sur ses bords devenus incultes, on se croirait en un désert, si l'on n'apercevait à l'extrémité de l'horizon, de l'autre côté du lac, des haciendas (fermes) qui semblent belles, et qu'entourent quelques arbres échappés à la destruction. On admire ensuite la chaussée gigantesque construite par les Espagnols pour contenir le lac de San-Cristobal et l'empêcher de se jeter dans celui de Tezcuco, ce qui exposerait la capitale à une inondation. On traverse un petit nombre de villages, assemblages assez réguliers de huttes en briques cuites au soleil, comme ceux de l'Egypte, peuplés d'Indiens paisibles mêlés de métis, avec quelques blancs qui seraient moins respectueux pour l'étranger, si celui-ci ne le^r laissait voir les longs pistolets dont il doit ne se séparer jamais. Le second jour, on est hors de la vallée, au milieu des montagnes. On traverse la petite ville de Pachuca, centre d'un district de mines dont Real del Monte fait partie, et célèbre dans l'histoire de la métallurgie mexicaine.
Les mines d'or et d'argent ont constamment exercé un puissant at-
(t) La supciiicic des Ucé est du dixième de celle de la vallée tout entière.
trait sur les peuples qui se laissent volontiers aller à leur imaginatioui Les hommes de ce tempérament sont enclins à croire qu*uûe mine d*or ou d'argent est une fortune immanquable. Ce n*est qu'une illusion, et cependant le préjugé qui s'attache aux mines d'or et d'argent n'est pas de ceux qui puissent disparaître, toigours il y aura des hommes qui, cédant à un des penchans les plus forts du cœur huniain, ne compteront, à propos des mines d'or et d'argent, que ceux qui y onf; fait une immense fortune. L'appât de biens mystérieux et indéfinis, tels que ceux que recèle dans ses flancs une mine de métaux précieux, attraiera toiyours le cœur humain. Il ne faut pas trop se plaindre de la puissance de ce mobile. Depuis l'apologue du laboureur et de ses enfans Jusqu'aux plus grands événemens de l'histoire, mille fait^ prouvent que la poursuite d'une richesse mystérieuse a tourné très souvent au profit du genre humain. Assurément l'Amérique espagnole et portugaise, et même une grande partie de l'Amérique anglaise, n'ont été colonisées que parce que des milUers d'Européens se sont précipités, d'un rivage de l'Atlantique à l'autre, à la recherche de l'or et de l'argent.
Nulle part, il faut le dire, l'appât n'était tentant comme au Mexique; nulle part, en efifet, il n'existe des mines d'argent plus nombreuses et plus riches. Je ne veux pas dire que tout le monde s'y soit enrichi. Il est vrai, la mine de la Purissima, à Catorce, a donné régulièrement, pendant une longue suite d'années, un profit net d'au moins i million, et quelquefois de 5 ou 6; dans le même district, la mine de Padre Flores rendit la première année 8 millions; la Valenciana, près de Guanaxuato, a été, pendant plus, de quarante ans, d'un produit brut annuel de 14 millions et d'un produit net de â à 3 millions, quelquefois du double; le filon de Pabellon et de la Veta Negra, à Sombrerete, a livré à la famille Fagoaga un profit net de plus de 20 millions dans l'espace de quelques mois. Dans ce district, on a vu V argent rouge (combinaison avec l'antimoine et le soufre] former la masse entière de filons de plus d'un mètre d'épaisseur. Cependant, si des fortunes colossales sont sorties des mines du Mexique, elles ont été peu nombreuses. Si la famille Fagoaga, les comtes de Régla et de Yalenciana et quelques autres leur ont dû une prodigieuse opulence, les capitalistes anglais, qui y ont versé 150 millions peut-être depuis l'indépendance, sont loin de s'en applaudir, et pour les privilégiés eux-mêmes que de revers après des jours prospères dont on espérait ne pas voir la fin 1
Le caractère aléatoire qu'offre, dans tous les pays du monde, l'exploitation des métaux précieux, se retrouve donc ici, où cependant les gîtes sont plus réguliers, mais où l'on est dans l'habitude de dépenser, pour foncer un puits ou pour élever une usine, des sommes inouies, et où, sous le régime colonial du moins, les mineurs heureux se livraient à des prodigalités dignes des patriciens de Rome sous les Césars, ou des
joueurs de tous les temps et àe tous les pays quand leur a èourî k fortune. L'histoire du mineur français Laborde est un des exemples de ces vicissitudes. Cet homme entreprenant et hardi, arrivé pauvre au Mexique, était devenu fort riche en exploitant une mine à Tlapajahua. n passa de là aux mines de Tasco, auxquelles il imprima son activité extraordinaire, et il en retira de nouveaux profits. C'était de 1752 à 1760. Dans son opulence fastueuse, il bâtit à Tasco une église paroissiale qui lui coûta 2 millions et qu'il orna magnifiquement; mais, les mines s'étant appauvries, il s'y acharna et perdit tout. Réduit à la misère, il alla alors trouver l'archevêque et lui demanda la permission de reprendre un soleil d'or enrichi de diamans dont il avait orné le tabernacle de son église. Le prélat eut le bon esprit d'y acquiescer. Avec les 100,000 piastres qu'il en fit, Laborde résolut de courir la chance ailleurs. Il se transporta à Zacatecas, où les mines, après avoir été fort productives, avaient été presque abandonnées. Il entreprit l'épuisement des eaux d'une fameuse mine inondée, celle de la Quebradilla, et y consuma sans succès presque tout ce qu'il possédait. Quand il ne lui resta plus que quelques milliers de piastres, il risqua un puits sur l'affleurement d'un filon inconnu, et il eut le bonheur incroyable que ce fût la Veta Grande, qui est aujourd'hui encore le filon principal de Zacatecas. Doublement'privilégié, il tomba précisément sur un de ces points où les veines offrent des trésors, et que le Mexicain nomme bonanzas, et le Péruvien boyas; il y gagna une fois de plus des richesses immenses. Il ne laissa cependant à sa mort (jue 3 millions de francs, ce qui était médiocre pour un mineur favorisé du sort.
Mais, si les individus ont souvent été déçus dans leurs espérances, et si bien souvent les fortunes sorties des mines sont revenues s'y engloutir, le pays a gagné à cette ardeur métallurgique. Il en a retiré les beaux salaires dont Jduit encore une grande population de mineurs, le quint du roi, actuellement dévolu à la république, et qui est considérable, les profits des industries accessoires, particulièrement de celle des transports, qui occupe des myriades de mulets et des régimens de mozos (garçons muletiers). Les mines ont provoqué la mise en culture du soï pour les besoins de la population qui se consacrait à l'exploitation et à tous les services latéraux. Partout où le travail des mines a pris une grande extension, on a vu naître une ville florissante, quelquefois monumentale et populeuse comme une capitale européenne, Guanaxuato par exemple, qui comptait en 1810 80,000 âmes.
Les filons des mines mexicaines se présentent avec des dimensions surprenantes : ce sont des filons géans. Celui de la Biscaïna, qu'on voit ici, a plusieurs mètres de puissance. Le filon nommé la Veta Madre^ qu'on exploite à Guanaxuato, a rarement moins de 8 mètres, et va quelquefois à 80. Un lit de minerai d'argent de 50 mètres de puissance!
Qu'en eussent pensé les héros qui allaient au fond de la Colchide chercher un peu de poudre d'or? On a exploité la Veta Madré sur plus de 12 kilomètres de long, quoique les trésors qui y ont été puisés soient sortis presque uniquement d'un espace de 1,500 à 1,600 mètres, comprenant les concessions fameuses de Yalenciana et de Rayas. La Veta Grande de Zacatecas a généralement de 5 à 10 mètres, déduction faite de deux lits de roches stériles qui y sont intercalées. A San-Acasio, ce même flion a le double. Plus au nord, dans, la concession de Guadalupe y Calvo, le filon se présente avec une puissance de 7 à 8 mètres.
Je ne cite ici que les exemples d'épaisseur extraordinaire , car les filons abondent. A côté de la Veta Madré de Guanaxuato, on en compte plusieurs autres. C'est un véritable réseau de filons, réseau serré, qu'on exploite à Fresnillo, un peu au nord de Zacatecas (1). Pour mieux faire apprécier l'importance de ces filons mexicains, il est bon de rappeler qu'en Belgique on va chercher avec profit, à 400 mètres sous terre, à travers mille obstacles, en luttant contre les fleuves souterrains et contre un feu perfide, des couches de charbon de 50 centimètres, pas plus de centimètres de charbon qu'il n'y a de mètres de minerai d'argent dans la Veta Madré de Guanaxuato. Je ne prends pas ici pour terme de comparaison les mines d'argent que possède l'Europe. Dans l'ancien continent, les mines d'argent proprement dites sont très rares. L'argent s'y obtient le plus souvent comme produit accidentel, métallurgiquement parlant, de mines de plomb ou de cuivre.
Les mines d'argent du Mexique sont des filons, dans le sens exact que la science attache à ce mot, c'est-à-dire des masses à peu près indéfinies dans la longueur et la profondeur, et d'une épaisseur passablement régulière, qui coupent transversalement des roches d'une nature toute différente. La gangue, c'est-à-dire la pâte qui forme le corps du filon et dans laquelle le minerai est disséminé, est du quartz, substance dure qui résiste aux intempéries des saisons, auxquelles cèdent les roches environnantes; la même qui est si commune dans plusieurs parties de la France, en Limousin, par exemple, où l'on en charge les routes; la même encore dont sont composés en grande partie les galets des fleuves, parce que les autres roches, moins dures, ont été broyées et détruites par le frottement, pendant que le quartz résistait. Les filons se reconnaissent à la surface du sol par une crête saillante [creston]. Les roches que traversent les filons sont le plus souvent des schistes argileux, des roches verdâtres ordinairement feuilletées, ou des couches composées de débris de terrains plus anciens scientifi-
(t) n convient de dire que les filons les plus épais ne sont pas toi^jours ceux qui contiennent le plus de métal. Souvent de petits filons désignés par les mineurs mexicains sous le nom ^§ vubanB compensent leurs faibles dimensions par une richesse extraordinaire^ t
quement analogues au grès : tels sont les gisemens de Guanaxuato, Zacatecas et Fresnillo; ou bien ce sont des calcaires secondaires, ainsi qu'on l'observe à Tasco, où les filons coupent en même temps d'autres couches; ou enfin ce sont des porphyres, Real del Monte en est un exemplq. Dans le voisinage des filons, on voit habituellement apparaître des mamelons de porphyre , qui attestent un soulèvement du terrain dû à des masses porphyriques sorties incandescentes du sein de la terrfr pendant un ébranlement qui probablement en fit jaillir les filons euxmêmes, ou qui peut-être se borna à relever des terrains déjà rendus riches eh argent.
Au Mexique, la plupart des roches qui composent la croûte terrestre, soit qu'elles appartiennent à la classe des terrains qui se présentent en bancs réguliers les uns au-dessus des autres, parce qu'ils ont été déposés par les eaux, soit qu'elles se rangent dans cette autre classe qui doit son origine au feu, et qui , par conséquent, n'offre pas la disposition en assises ou couches qui résulte de l'origine aqueuse, sont coupées par des filons de quartz. L'un des caractères de ces filons, sur le sol mexicain, est de renfermer le plus souvent des sulfures métalliques, combinaisons du fer, ou du zinc, ou du cuivre, ou du plomb, avec le soufre, qui joue un si grand rôle dans la nature, et il est bien rare qu'au milieu de ces sulfures on ne rencontre pas celui d'argent; le filon alors forme une mine de ce précieux métal. Or, à mesure qu'on s'avance de Mexico vers le nord, on voit se multiplier les filons de quartz plus ou moins mêlé de sulfures métalliques : suivant M. Duport, quand, se dirigeant vers le golfe de CaUfornie, on traverse la chaîne principale, une fois qu'on est sur le versant occidental, c'est le pays tout entier qui est composé de roches sillonnées de veines de quartz sur un espace immense. C'est assez dire, ajoute-t-il , que les gisemens exploités depuis trois siècles ne sont rien auprès de ceux qui restent à explorer.
Ces caractères généraux ou d'autres qui y sont analogues se répètent sur la majeure partie de la longue chaîne des Andes et dans les cordillères ou ramifications que la chaîne centrale jette à droite et à gauche. Les substances avec lesquelles l'argent est en combinaison peuvent varier; les roches traversées par les filons ne sont pas partout absolument les mêmes. Ainsi, au Mexique, les filons d'argent ne sont que par exception dans le calcaire; ailleurs ils s'y tiennent habituellement, et, au Pérou, la mine de Gualgayoc traverse des couches calcaires d'une époque rslativement récente, celle à laquelle les géologues rapportent le dépôt de la craie dont sont formés de si vastes terrams, à commencer par les environs de Paris. Un gisement pareil est regardé dans la science comme une rareté; mais le fait dominant pour l'économie générale du globe, c'est le privilège qu'a la chaîne des Andes, longue de plus de quatorze
mille kilomètres, d'offrir, à peu près d'une extrémité à Tautre, deis gisemens d'argent d'une puissance sans pareilles. ^
Prenez une carte du Mexique et pointez-y toutes les localités où une mine d'argent a été exploitée, ainsi que celles où des indices ont été signalés; elles occuperont, avec d'assez faibles solutions de continuité, une ligne droite, oblique à 45 degrés par rapport à l'équateur, du 16« au 30* degré de latitude. C'est un développement de plus de deux mille kilomètres. Au nord, ce sont les mines des environs de Guaimas, de Batopilas, de Morelos, de Guadalupe y Calvo; au centre, Guanaxuato; au midi, iciTlapigahua, Angangueo, Sultepec, là Pachuca, Real del Monte et Chico. Souvent le même filon est reconnu sur de longues distances. Ainsi la Veta Madré de Guanaxuato était exploitée, dès 1803, sur une longueur de treize kilomètres. Il faut qu'un de ces déchiremens qu'a subis la croûte de la planète à diverses époques, des milliers de siècles avant l'apparition de l'homme, se soit ainsi opéré au Mexique suivant cette direction à peu près rectiligne. Disons plus, ce phénomène semble s'être reproduit au même instant en vingt contrées, sur la longueur entière de l'immense chaîne des Andes. Alors une abondante injection de matières argentifères venues de l'intérieur du globe en aura pénétré l'enveloppe pétrifiée et en aura comblé les fissures. Des similitudes bien constatées autorisent à considérer les innombrables filons distribués au Mexique sur la ligne de deux mille kilomètres que nous venons d'indiquer comme ayant ainsi une origine commune qui les aurait ouverts et remplis au même instant. Ils sont tous dirigés de même et ils sont formés à peu près des mêmes substances.
Quelle idée n'a-t-on pas des ressources du Mexique en métaux précieux, quand à l'argent on ajoute l'or que le pays présente! On verra cependant que la production de l'or est beaucoup moindre que celle de l'argent, je ne dis pas seulement en poids, mais même en valeur.
Les mines de métaux précieux ont pour le Mexique cet avantage particulier que, seules aujourd'hui, elles peuvent lui fournir un objet de grande exportation. La cochenille, dont le Mexique a le privilège d'être presque le seul fournisseur, n'entrait dans ses envois au dehors, à l'époque où le pays était le plus florissant, que pour 12 millions de fr. (1). Le Mexique est un pays admirablement doué par la nature; c'est la flore
(1) G*est, après les métaux précieux, le principal objet d'exportation. La vanille, la salsepareille, le jalap, dont le Mexique est un des plus importans producteurs, étaient expédiés pour une valeur collective d'un million, Tindigo pour Mû peu plus, mais il provenait presque en totalité de Guatimala, dans VAmérique centrale. Les bois éle teinture peuvent donner lieu à un fret assez considérable, mais ne représentent sur les lieux qn'me très faible somme. Le Mexique a exporté sous le rég^ime colonial des farines et du sucre; il a cessé aujourd'hu*.
1^ plus riche ^t la plus variée qu'on puisse imaginer : tout y yient. En se reqdant du Uttpral à Mexico, on gravit \\ae succession de, terrasses qui offrent Tune après l'autre, et quelquefois Tune à côté de l'autre, toutes les cultures, toutes les productions, depuis celles des contrées les plus ardentes de la zone torride jusqu'à celles des régions glacées du pôle. On rencontre la sé^e tout entière des végétaux utiles, depuis la canne à sucre, l'indigo de l'Asie méridionale et le café de l'Arabie, jusqu'au lichen de l'Islande, en passant par le bananier, le coton, l'olivier, la vigne, le maïs et les céréales sur lesquelles vit l'Europe. Ce n'est cependant point chose facile que d'utiUser, pour le commerce d'exportation, cette merveilleuse aptitude du sol à tout donner à l'homme eipi retour d'un peu de travail. La population, sans doute parce qu'elle craint le climat du littoral et qu'elle sait ce qu'il en coûte pendant huit mois de Tannée pour fréquenter la plage de la Vera-CruZjj quartieï'-géuéral de la fièvre jaune, s'est réfugiée sur le v^ste plateau que forme la Cordillère^ devenue épaisse et massive au point d'occuper tout l'iîitervalle qui çépare les deux océans sur lesquels le Mexique est ^ssi§. Les hommçs ^e sont concentrés sur la Terre Froide [Tierra Fria\ 4pilt pourtant il ne faut pas juger le clhnat d'après le nom qu'elle porte, car la saison d'hiver ^ Mexico ressemble aux plus risgites journées du mois de mai à P^fis, et le nom qui, au gré d'un Européep, conviendrait le n^ieux à cette partie du pays, serait celui de Terre Sèche. Point de cours d'eau qu*on puisse canaliser^ de manière à avoir des voies de transport économiques. Le beau bassiu auquel on a donné le nom ^e vallée de Mexico^ toyt entier dïins la Tierrc^ Fiia, est la seule partie du Mexique où il serait facile d'établir un bon système .de navigation. Dans uu pays pouveau et médiocrement iudustrieux, où les distancessont grande?, où le trésor public est vide et où la sécurité pour les associations industrielles a disparu, on ne peut songer à établir des chemins de fer. Sur Iç. plateaV; les routes pourraient s'ouvrir et s'entretenif à peu de frais, et on y cempte un certain nombre de voies charretières qui ^restent praticables* tant bien que mal, quoique personne ne s'en occupe; ipaîs, le long des pentes çà et là abruptes par lesquelles le plateau se relie aux bords de la mer, ellei^ coûteraient cher. Une seule avait été établie, avec magnificence il est vrai, celle de Perote à la Vera-Cruz, joignant Me:(ico a ce port? et elle est dégradée aujourd'hui. Ainsi, avec quelquç abondance que le pap puisse rendre, dans la Te^-ye Chaude, les denrées d'exportation sur lesquelles vivent et prospèrent les colonies des Aptilles et des Indes-Orïentales, le sucre, le coton, le café, et, dans la Terre Froide, le blé, dont les États-Unis envoient de grandes quantités dans les deux inondes, cette fertilité virtuelle du pays, dans l'état où sont les voies de transport, né sert à rien pour le commerce extérieur. Le Mexique produit son propre sucre; son coton, son café, à plus forte raison son blé; il n'en expédie
pas ou n*en expédie plus à Fétranger. Un commerce d'échange dô quelque étendue ne lui est possible qu'à Taide des métaux précieux. Sous le régime colonial, le travail des mines était Fobjet des soins particuliers du gouvernement, qui s'efforça d'y introduire tous les moyens que la science possédait alors dans la Péninsule, et, malgré la médiocrité de ces ressources; la sollicitude de l'autorité eut de beaux résultats.
Dès le temps de tlortez, on s'était mis, on avait continué à travailler les mines d'argent de Tasco, de Sultepec, de Pachuca, de Tlapujahua, presque toutes exploitées déjà pour le compte des Montezumas. Bientôt après s'ouvrirent celles de Zacatecas, et même le filon de Guanaxuato fut attaqué dès 1558. A l'ouverture du xvni® siècle, le Mexique ne donnait que 27 millions de francs en or et en argent, mais, cinquante ans plus tard, il était à 65. Peu après, la mine de Valenciana était en rapport ^ et, en 1775, le produit du Mexique montait à 85 millions. En 1788, il était à 107 millions, et en 1795 à 130. Il resta à peu près à ce point, tantôt le dépassant, tantôt restant en dessous de très peu jusqu'en 1810, où éclata la guerre de l'indépendance. L'or déclaré pour la perception de l'impôt représentait sur la masse annuelle, depuis 1775, de 10 à 15 millions.
Le Mexique, à ce moment, donnait plus d'argent que le reste de la planète; il en est de même aujourd'hui encore.
Cette masse de métaux précieux, d'argent particulièrement, a été convertie à peu près entièrement en piastres. Comme l'Amérique espagnole fournissait presque tout l'argent mis au jour dans le monde, la piastre espagnole devint la monnaie la plus usuelle du commerce général. 8 piastres 1/2 pèsent un marc de C^tstille, et le titre fut primitivement de 11/12 de fin (ou de 917 parties sur 1,000). Le quadruple d'or est de même poids et fut d'abord de même titre que la piastre. C'est pour l'or ce qu'on nomme 22 karats. Jusqu'en 1772, le gouvernement espagnol observa scrupuleusement les règles qu'il s'était tracées pour le monnayage, et le titre des piastres resta à 11/12, ou, selon la langue monétaire, à 11 deniers. A cette* époque, le cabinet de Madrid crut pouvoir impunément violer ses engagemens envers le monde entier, qui se servait de sa monnaie en toute confiance, comme de la représentation la plus fidèle des valeurs. Le titre fut clandestinement réduit de 917 millièmes à 903. Inutile de dire que le commerce s'aperçut aussitôt de l'altération, et que la piastre nouvelle ne circula que pour ce qu'elle valait. On prenait des précautions puériles pour envelopper la fraude de mystère. On donnait de faux poids aux essayeurs pour qu'ils s'çn servissent devant le public, comme s'il n'y avait eu d'essayeurs qu'à Mexico ou à Lima. Jusqu'à l'indépendance, en nommant ces agens, on leur faisait prêter serment de ne pas divulguer ce secret d'état, que connaissaient les changeurs du monde entier. En 1786, un nouvel abais*
sèment de titre 'eut lieu sur For, et les quadruples n'eurent plus que 31 karats ou 875 millièmes de fin. Les républiques de l'Amérique espagnole, c'est une justice à leur rendre, ont maintenu le titre qu'elles ont trouvé de 903 pour l'argent et de 875 pour l'or. C'est par exception et le plus souvent par Tefifet de l'ignorance que dans des momens de trouble elles ont émis des monnaies d'un plus bas titre. Aussi aujourd'hui encore, de toutes les monnaies d'argent, la piastre est-elle la seule qui soit universelle. C'est en piastres qu'on règle dans les comptoirs de l'Inde ou de la Chine; c'est la piastre qu'on rencontre en Algérie et que préfèrent l'Arabe et le Kabyle. Le dollar des États-Unis n'est que la piastre espagnole. Les sultans turcs avaient adopté la piastre (1). Actuellement la pièce de 5 francs, dont on a frappé une très grande quantité et qui est correcte de poids et de titre, commence à se répandre sur le marché général.
Il ne faut cependant pas s'abuser sur la proportion habituelle d'argent qu'on renconhre dans un poids déterminé de minerai mexicain. L'opiniouy accréditée en Europe, qu'on heurte du pied des masses d'argent natif au Mexique et au Pérou, comme dans l'Eldorado, est dénuée de fondement. Certaines mines du vieux continent (2) ont ofTert des blocs d'iargent natif aussi beaux que tout ce que le nouveau pourrait en citer, et, à part quelques recoins privilégiés et bénis des mineurs, les minerais autres que l'argent natif ne se présentent point non plus, au Mexique et au Pérou, en masses compactes. Les minerais maigres de la Saxe et de la Hongrie sont moins pauvres que la moyenne des minerais mexicains ou péruviens, la différence est souvent de plus de moitié; mais, par la puissance de leurs filons, les mines mexicaines ou péruviennes ont une supériorité extraordinaire. En Saxe, ce sont des veines de deux à trois décimètres qui s'étranglent fréquemment. Au Mexique, les filons acquièrent de si énormes épaisseurs, qu'il faut les mesurer quelquefois par dizaines de mètres. Ainsi un filon qui, dans la majeure partie de sa puissance, renferme l'argent sulfuré en parcelles presque imperceptibles, peut fournir dans un mois la moitié de l'argent que donnent dans l'espace d'une année toutes les mines de la Saxe. Il résulte d'un parallèle entre la célèbre mine du Himmel-Fûrst, située près de Freiberg en Saxe, et la mine mexicaine de la Yalenciana, telle qu'elle était en 1803, que la première étant riche à 6 ou 7 onces par quintal (3 millièmes 8/10 ou 4 miUièmes 4/iO) la seconde ne l'était qu'à 4 (2 millièmes et demi); mais lamine saxonne, avec 550 honunes,
(1) Ils Tout réduite à moins du 20« de sa valeur à force d*alliage.
(3) Celles de Kongsberg en Norwége, de Schneeberg en Saxe, celles de Sainte-Marieaux-Mines en France, abandonnées pourtant, mais peut-être à tort, ont donné des masses d'argent natif du poids de 30 kilog., qu*on chercherait vainement, dit M. de Humboldt, dans les mines le^ plus riches du Nouveau-Monde.
le$ premiers, mmeiii^ dq ipop^e^ qui fouillaient les entrailles de la terre suivant les métl^qdes Içs plus perfectionnées^ ne rendait annuellement que 700,000 1^. de miners^, ]^a mipe mexicaine, qui occupait à rinférieur 1,800 travailleurs, soit un peu plus du triple, et employait des procédés d'exploitation grossiers, en livrait, au contraire, aux atelie^rs métallurgiques 33,1210,000 kilog., cinquante fois autant. La première fournissait 2,300 kilog. d'argent, et la seconde 82,800, soit 36 fois plus. Le profit net de celle-là était de 90,000 f., les actionnaires de celle-ci se partageaient 3 millions. La Valenciana répandait en salaires dans le pays 3,400,000 fr., et payait chacun de ses ouvriers, au nombre de 3,100 en tout, de 5 à 6 fr. par jour, tandis que Himmel-Fûrst ne répandait en main-d'œuvre que 200,000 fr., et ne rétribuait ses 700 travailleurs du fond et de la surface, race appliquée et ii^^lligente, que sur le pied moyen de 18 sous (1).
lies recherçlies de IJ. d'Çlluiyar ont fait connaître que ^a richesse moyenpe de tous les miperais mexicains traités au commencepient du siècle était d'up millième et 8/iO à 2 millièmes et demi, ou, pour parler le langage des mineurs, de trois à quatre onces d'argent par quinta}. I>es essais récens, faits par les procédés les plus parfaits qu'iqd^que la science moderpe, confirment pleinement cette évaluation de l'ancien directeur-général des mines du Mexique. Cette pauvreté du piiper^ mexicain, même avec l'abondance qu'en offre le sol, en rendait la mise en œuvre difficile. Si le Me^^ique recelait en lui les richesses des Mille et une ^mts, il (jdlait Jes conquérir, pies eussent été gardées par d^s dragoq^, comme celles de la fable, qu'on n'eût ps^ eu plus de peine 4 s'en emparer. Quelques mots le feront comprendre.
(1) Voir Humboldt, Essai svr la NouwUt-Btpagne, VI, p. t66, et d'Aubuisson, Jtftfnef d'ÂllemagM, UI, p. 6 à 45.