CARAGTÈIUB DE L*EXPLOITATION DES MINES W MEXIQUE
On donne à TAmérique le nom de Nouveau-Monde. On se douterait peu qu'on soit dans un monde nouveau quand on débarque à New- York, à Philadelphie, à Québec, à la Havane, ou quand on se promène dans les rues de Boston et d'Albany. Philadelphie et New-York, Boston et Albany, c'est la vieille Angleterre, c'est la descendance de Bristol, de HuU, de Liverpool, et à la première génération. Même style de construction, de petites maisons proprettes en briques avec de petites portes et de petites allées, la cuisine sous le rez-de-chaussée; même multiplication des églises; même race d'hommes plus endimanchée pourtant, de même que la ville; même coupure de la vie. La Havane, c'est l'antique Espagne, des rues tortueuses et étroites, le long desquelles s'élèvent des maisons, belles souvent comme des palais; la population est espagnole, seul le mélange des noirs révèle une autre contrée. Québec, c'est la Basse-Normandie toute pure avec garnison anglaise; quelque chose comme aurait pu être Rouen pendant l'occupation de 1815. Vera- Cruz, avant que l'ange exterminateur des révolutions passant par là ne lui eût -imprimé un cachet de tristesse et de ruine, c'était l'Espagne élargissant ses rues et s'épurant de ses mendians. Le voyageur, y retrouvant la mantille et le pied mignon des Andalouses, se serait cru volontiers sur la plage du midi de l'Espagne, là où elle est sablonneuse, aride et inculte. Sur le plateau mexicain, le nom de Nouveau-Monde est mieux approprié et plus vrai. La nature et les hommes y sont autres; la végétation rigide des nopals (1) et des magueys (2), magnifiques aloès qui se plaisent et pullulent dans cette atmosphère raréfiée, a un aspect qui lui est propre. Ce sont des conditions autres d'existence pour l'espèce humaine, pour les bêtes, pour les végétaux. Par son site à une immense élévation dans les airs et pourtant au pied des montagnes, au fond d'un bassin, sous le coup d'une inondation, par son architecture grande, régulière sans ennuyeuse uniformité, Mexico ne ressemble qu'à elle-même. Ce n'est plus l'Europe, c'est une capitale pleine d'une majesté étrangère et originale. La physionomie de ses habitans, de ceux même qu'on répute blancs sans contestation, diffère de la famille Japhet. A leurs traits et à leur regard on reconnaît le mélange d'un autre sang.
(1) Le nopal est un cactus arborescent.
(3) Le ma^ey est Vagave mexicana, espèce d'aloès, dont le jus sert à faire une boisson fermentée généralement en usage du temps de Montézuma, et qui aujourd'hui encore, pour le» dix-neuf vingtièmes de la population, remplace le vin.
Une partie de la population, moins nombreuse à la ville qu'aux champs, est de pure race aztèque, et, par la couleur de sa peau ainsi que par la forme de ses vêtemens, avertit FEuropé^n qu'il a cessé d'être chez lui, qu'il vit dans un monde nouveau.
Ici, ou pqMr mieux dire dans les deux Amériques, les ^stricts de mines d'argent et l'art métalliqpe offrent profondémexit empreint ce caractère nouveau-monde. Tout y est autrement que chez nous. La région argentière semble n'avoir jamais eu de communication avec l'Europe, quoique ce soit la soif de l'or des Européens qui ait provoqué l'exploitation des métaux précieux. L'art des mines en Chine, par ses. données économiques et techniques, diffère moins de l'Europe actuelle. Ici, à côté d'un procédé chimique que la science européenne n'a point inspiré, qu'elle a été trois siècles sans expliquer, qui est ingénieux, surprenant, admirable dans la plupart des cas, on rencontre des procédés mécaniques, grossiers, stupides, et par conséquent tvè^ onéreux; rien n'est cher comme l'ignorance. Tel est celui qui consiste à élever l'eau, trop souvent abondante au fond des mines, de 300 mètres, 400 mètres, 500 mètres de profondeur, non avec des pompes ou au moins dans un tonneau, mais au moyen d'un sac en cuir suspendu à une corde que manœuvrent péniblement des mules lancées au grand galop (1). Dans les mines, des puits d'une largeur sans exemple, plus larges que la façade de l'habitation d'un citoyen riche à New-Yôrk, et nul effort pour utiliser dans l'intérêt du service, pour la salubrité de la mine et pour la sécurité des ouvriers, ces trouées excessivement dispendieuses (2). Avec d'aussi spacieuses voies du haut en bas de la mine, pas de moyens d'aérage, et des communications mal établies, périlleuses. On dirait un édifice érigé par un architecte sans inteUigence, où, pour passer d'une pièce à la voisine, il faudrait faire le tour de la maison entière. A l'intérieur, on a trouvé moyen de rendre les transports très coûteux, en les faisante dos d'homme, dans des galeries montantes fort rapides, tandis que rien n'eût été plus aisé que d'avoir des galeries de niveau, larges et élevées, avec des chevaux et des chemins de fer de service (3). Ces différences-là, en regard de TEurope, et bien d'autres, tiennent uniquement à une ignorance crasse et obstinée. D'autres circonstances de l'extraction des métaux précieux en Amérique sont p)ri-
(1) Tout le monde Mit, es Europe du tiioios, que !e gêàap est VaMure oÀ ie cberal a le* iQoiiu d*effet méciii^pie utile. Jusqu'à ce jour, on n*a pu le penmader «ux mineiMrs ombu* cains.
(S) A la mine de Yalenciana, trois puits ont coûté 10 millions; à Mons, des puits de quatre cents mètres de profondeur, creusés au travers d'un terrain qui renferme de l'eau par torrens et sur des dimensions qui suffisent à Textraetion de masses décuples de ce qu*on retire d'une mine d'argent, à Taérage et à la descente des hommes, rcTiennent à 200,000 francs. C'est seize fois moins qu'un des puits de la Valençiana.
(3) On sait que l'emploi de petits chemins de fer dans les mines date d^assez loin.
gîflalèis dari* létii* ïititivèatifé et autochfoire*. ReéSirtànt du èol Hâmême; cHes sont commandées ou conseillées par lui. Quelquefois èfe sont dés transports considérables effectuée pat* dès animaux que le Vulgaire européen, é'il en entend proUôncek* le nom, est tenté de r&ng^ parmi les bêtés de la fable, à côté de la Hcortiej je veux parler des lâ^mas et des alpacas (1), qui par milliers sont employés à ce service. Ailleurs, des bêtes de somme plus étranges encdref dont le spectacle humilie Tarai de la civilisation : des hommes tenant lieu de mulets pour les charrois [i) ou servant de chevaux de poste. Dans la province montagneuse d'Antioquia (Nouvelle-Grenade), non pas seulement dans les mines, mais dans de longs voyages, d'un revers à Tautre de la Cordillère, on va à homme comme chez nous à cheval. Dans les mines du Mexique, Fhomme remplit aussi cet office, moyennant un bon salaire cependant. A la Valenciàna, lorsque les chefs de Texploitation visitaierit les travaux, ils se faisaient porter par des hommes qu avaient une espèce de selle au dos et qu'on désignait sous le nom de petits chevaux {cavaUtos). Sur d'autres points, c'est le Contraste des den" rées les plus communes chez nous à un taux incroyable et de For à vil prk : un baril de farine à 350, 400 et même 450 fr* le même qu'à New- York ou à Bordeaux on livre communément à 25 fr., et cela en un pays dPùne fertilité extrême; le fer à 4,500 fr. la tonne, qu'en Angleterre on obtient pour 175 fr. Ne dirait-on pas d'un eoin de la lune ou d'UranuS? tes prix que je vienâ de transcrire sont ceux que cite M. de Huihboldt air sujet de la province du Choco (Nouvelle-Grenade); ils se rappoil'tent
(i) Ces animaux ressemblent à de ^ands moutons. Au Potosi, qui dépend de la Bolivie, 15,000 lamas et autant d'ânes transportaient, au commencement du siècle, les minerais de la mine aux fourneaux. Avant 1795, époque d'un écroulement général qui arrêta tons les travaux à la mine de mercure du Gerro de Santa -Baibara, près de Huonoav^ca, 7)000 alpacas et lamas» conduits et g-ouvernés par des chiens intelligens, portaient les minerais retirés du sein de la terre aux fourneaux destinés à extraire le métal par distiUatioii, qui étaient placés aux portes de la ville de Huancavelica. Ces animaux sont inconnus au Mexique.
(2) « Les Indiens tenateros (qui font le transport intérieur), que Ton peut considérer comme les bêtes de somme des mines du Mexique, restent chargés d'un poids de 225 à 350 livres pendant l'espace de six heures. Dans les galeries de Valenciàna et de Rayas, ils sont exposés à une température de 22 à 2&.4Agrés Réaumur (27 degrés 1/2 à 31 1/4 centigrades). Ils montent et descendent pendant ce temps plusieurs milliers de gradins, par des puits inclinés de plus de 30 degrés. On rencontre dans les mines des files de 50 à 60 de ces portefaix, parmi lesquels il y a des vieillards sexagénaires et des enfans de dix à douze ans. On ne peut se lasser d'admirer la force musculaire des tenateros indiens et métis de Guanaxuato, surtout lorsqu'on se sent excédé de fatigue en sortant de la plus grande pror fondeur de la mine de Valenciàna sans avoir été chargé du poids le plus léger. » (Humboldt, Nouvelle-Espagne, III, 242-243.)
M. Duport, qui donne des renseignemens de la date la plus fraîche (1S42), dît que les transports intérieurs se font encore de même. Q est bon de rappeler que ce travail des Indiens est volontaire. Us reçoivent des salaires triples ou quadruples de ceux des laboureurs*
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au commencement du siècle. Les choses ont dû changer mi peu depuis; mais Toîci un fait' contemporain presque de la même force : qu'on imagine à quel prix doit revenir le travail de mulets comme ceux de la mine mexicaine de Guadalupe y Calvo, qu*on nourrit avec des fourrages, de Torge ou du maïs, apportés à dos de bête de quatre-vingts lieues I
Ailleurs les frais de commission ou de change sont cent fois ce qu'ils seraient en Europe. Dans les départemens du nord du Mexique, des lingots d'argent garantis par l'essai se troquent contre des espèces avec une perte de 10 et de 15 pour 100. On a vu cet escompte monter à 40 pour 100 (1). En France maintenant, ce serait de 1 ou 2 francs par kilo, valants^ francs 22 centimes. Aussi l'argent est-il avili, et je n'ose pas nommer les vases immondes qu'on en fabrique quelquefois.
Autre différence avec l'Europe; mais celle-là est consolante : le mineur est très bien payé au Mexique. Peu de faits, au même degré que la condition des mineurs, sont propres à faire ressortir la bienveillance du gouvernement espagnol pour les races indigènes. L'obligation imposée spontanément par les conquérans aux Indiens de travailler dans les mmes avait disparu, long-temps avant l'indépendance, des lois écrites et de la réalité, que dans les pays espagnols il faut toujours distinguer de la loi. Le mineur mexicain est libre, et il est supérieurement rétribué. On a vu plus haut qu'au commencement du siècle, sous le régime colonial, le salaire d'un mineur à Guanaxuato était de 5 à 6 francs par jour, pendant que celui d'un mineur saxon, à Freiberg, était de moins de 1 franc.
(1) A Guadalupe y CaKo. Ce prix exorbitant est motivé par les distances énormes qui séparent les mines du nord des pays habités, et par les dangers auxquels sont exposées des valeurs en voyage.
ra.
tBAnBMBlIT DES MINERA» D* ARGENT. — PROCÉDÉ lit MINBVR MBIIINA.
J'essaie de rendre un compte succinct du travail par lequel on retire Targent. C'est ce qui va mettre en relief, plus encore que tout ce qui précède, le caractère original de Texploitation américaine.
L'art fournit des moyens aisés de séparer une proportion d'argent de deux millièmes des matières qui la renferment; on retire à Paris des cendres d'orfèvre jusqu'à des atomes. Le mineur européen a deux moyens d'action, l'eau et le feu. L'eau lui donne une force motrice avec laquelle, un minerai d'une faible teneur étant donné, on le pulvé-rise; puis on l'étend sur des tables dormantes et des tables à secousse, où on le lave sous un courant d'eau, et c'est ainsi qu'on sépare les particules métallifères de la majeure partie des matières stériles. Ensuite, par le feu , en faisant intervenir une substance tierce , de la classe des fondans, on liquéfie le minerai, et on retrouve au fond du creuset du fourneau les substances métalliques qui s'y sont réunies en vertu de leur densité plus grande. L'action du feu, renouvelée plusieurs fois et de diverses façons, finit par avoir raison des minerais les plus rebelles. Ainsi la métallurgie européenne roule sur l'intervention de ces deux élémens, l'eau et le feu. Sur \p plateau mexicain, de même qu'au Pérou, il a fallu s'en passer pour retirer l'argent. Transplanté là, le métallurgiste européen s'est trouvé dans la situation de ces proscrits des temps antiques auxquels le feu et l'eau étaient interdits. L'eau est très rare sur le plateau du Mexique, excepté dans quelques lieux prédestinés comme à l'usine de Régla, et il faut user avec parcimonie du peu qu'on en rencontre. Le combustible y est plus rare encore. Il ne parait pas que les forêts aient jamais été très abondantes sur le plateau mexicain; mais les souverains aztèques, prédécesseurs des Espagnols dans la domination du pays, paraissent avoir eu des règlemens forestiers fort sages et fort sévères. La race espagnole, au contraire , héritière en cela des Arabes pasteurs, dévaste les forêts sur son passage. Il y a telle usine qui paie le bois presque au même prix que le citadin de Paris pour sa cuisine économique (1). La houille serait un bienfait du ciel
(1) Le prix du bois pour les usines à argent du Mexique est communément de 2 francs 50 cent, à 3 francs par 100 kilog. Un stère, supposé de 360 kilog., coûterait donc de 9 fr. à 10 fr. 80 cent.; mais quelquefois, et par exemple sur une partie des puits du FresniUo, le prix est de 14 francs 50 cent. Les forges françaises, qui pourtant paient le bots bien cher, rachètent, sur pied il est vrai, 3 francs 50 cent. On estime que l'abattage, la façon, la carbonisation et le transport du charbon à Tusine représentent ensemble 1 franc par stère, ce qui poile le prix du stère rendu en charbon à l'usine à 4 francs 50 cent. A Paris, le stère de bois de chauffage rendu chez les particuliers coûte de 15 à 18 franc:?.
pour l'empire mesdcain; mais, jusqu'à présent, on ne Ta rencontrée que vers le littoral, particulièrement près de Tampico, en remontant le Rio-Panuco, et les transports sont si difficiles, qu'à moins que les bouiUÈori!^ pe sa trouv^s&enttrè^ Yolsmos de$ g|tes métaUiCères, ellm ne seraient d'aucun secours pour l'industrie des mines. Tout se transporte id à dos dé mulet, et à <te& prit qui sont sept fois plus éleyés que ceux Al roulage en France (1).
Lors même que l'eau serait moins rare sur le plateau mexicain^ on ne pourrait en tirer le même parti qu'en Europe pour la préparation mécanique du minerai. Par une circonstance qui semble sans exemple, le minerai mexicain le plus ordinaire ne se prêterait point à ces lavages employés avec tant de succès en Europe sur les minerais, préalablement pulvérisés, de cuivre, de plomb et d'étain, afin de séparer les partieâ métaUiques de la gangue ou roche stérile, et d'en condenser ainsi la richesse en un moindre volume et un moindre poids. Souvent l'argent est disséminé dans la gangue en particules si menues, que même les boues que le plus habile laveur distrairait les premières de la niasse retiendrâient encore une bonne proportion d'argent (2). C'est que la plus grande partie de l'argent enfermé dans le minerai mexicain est à l'état de sulfure simple ou composé; ces sulfures sont fragiles et se mettent aisément en poudre extrêmement fine, aisée à entraîner par conséquent dan» le eourant de l'eau de lavage avec les boues réputées stériles.
Que faire donc? Les Espagnols semblent avoir reçu de la nature l'instinct delà métallurgie. Célèbres dès l'antiquité la {dus reculée par leurs mmes,. sous la domination romame^ les provinces de Tlbérie feMirnissaient à la miâkrêsse du monde de l'or, de l'argent, du cinabre. Quand le Nouveau-llonde est découvert, les Espagnols font la conquête dedeux empires où l'argent et l'or abondent, et ils y tran^rtent, avec la connaissance qu'on pouvait avoir alors de l'art des mines, leur passion pour la recherche desmétaux précieux. Et aujourd'hui que les descendans des conquistadores se sont rendus indépendans au Mexkiue, au Pérou, sur les bords du Magdalena, on voit les Espagnols, resserrés dans la Pé-^ ninsule, recommencer à déployer chez eux le génie que pendant trois siècles ils ont prodigué au loin. Ils fouillent le sol de la patrie avec une audace et un succès extraordinaires.
(i) De Vera-Cruz à Mexico, sur la route la plus fréquentée du Mexique, les transports à dos de mulet se paient sur le pied de 1 franc à 1 franc 35 centimes par kilom. pour cent kilos, selon la nature des marchandises. Le prix du roulage ordinaire en France est de 16 à 30 cei^times.
(2) Ce fait résulte positivement des expériences faites à l'école des mines à Paris sur une collection d'environ 100 quintaux des principaux ininerais que M. Duport avait apportés du Mexique.
Ce fot en 1S57 qu'un mmeur de Pachiica> Barthalomé He^oa, découvrit le procédé d'extraction actuellement usité dans toute l'Amérique, moyennant lequel Fargent est obtenu sans recourir au lavage, à peu près sans combustible, et en employant des doses très modérées d'un petit nombre d'ingrédiens tous empruntés, sauf un seul, à la classe des matières communes. Par une sorte de divination , cet homme imagina une méthode de traitement dont la science rend à peme compte aujourd'hui, après cpse de grands chimistes se sont consacrés à l'étudier. Habituellement l'esprit humain n'arrive aux formules simples qu'en traversant beaucoup de complications; ce pauvre mineur fut plus heureux. Du premier coup, il trouva une recette tellement simple, que depuis trois siècles on n'y a presque rien changé. Une fois le minerai trituré ^t mis en farine, l'opération s'accomplit sans autre appareil qu'un tout petit lavoir et une cloche de bronze, sans autre façon qu'un foulage sous les pieds des hommes ou des mulets (1), sans autre combustible que celui qui est requis pour calciner une petite dose de pyrite de fer et de cuivre (â), et pour volatiliser le mercure d'un amalgame représentant à peine un centième du poids ^\x minerai, où s'est amassé tout l'argent préalablement ramené, par la vertu du procédé, à l'état métallique; sans autres substances que 2 à 3 pour 100 de sel ordinaire, 1 à 3 pour 100 de magistral (pyrite de cuivre et de fer calcinée] et 3 millièmes de mercure (3).
Ce système ingénieux s'applique sans effort à des masses indéfinies.
(1) Dans Forigine, le foulage était fait par des hommes, que quelques-uns des mineurs péruviens remplacèrent par des chevaux, et c'est de là que l'emploi des^ mulets ou des chevaux passa au Mexique. Cette amélioration ne remonte, pour le Mexique, qu*à 1783. Don Juan Gomejo en apporta l'idée du Pérou. Le gouvernement lui accorda un privilège dont il ne jouit pas long-temps, et qui ne lui valut qu'une somme médiocre. Les frais d'amalga-r mation ont beaucoup diminué depuis que Ton n'a plus besoin d'employer ce grand nombre d'ouvriers qui se promenaient pieds nus sur des amas de farines métalliques. Aijjourd'hui encore à Catorce, ce sont des hoounes qui font ce service : des circonstances locales et le défaut d'espace n'ont pas permis de leur substituer des animaux; mais c'est le seul point du Mexique où l'ancien mode de foulage se soit maintenu. La substitution des animaux à rhomme et la suppression à peu près complète de l'emploi de la chaux dans l'amalgamation sont les seuls changemens qui aient été apportés au procédé de Médina. Dans plusieurs des mines du Pérou, Le foulage par les hommes a persisté jusqu'à ce jour.
{%) Les combinaisons naturelles du fer on du cuivre avec lé soufre sont désignées par le nom de pyrite. Ce sont des minéraux à Taspect métallique, d'un jaune un peu plus ckir qœ celui de Vor, que le vulgaire ramasse souvent dans la persuasion que c'est de ce métal.
(3) On emploie plus de mercure, quatre fois autant; mais les trois quarts du mercure employé font partie de Famalgame d'argent qui est le dernier produit de l'opération, et on retire Fargent de cet amalgame sans perdre de mercure. Le seul mercure que nous comptions ici est celui qui est perdu ; il s'élève à li onces ou à 13 moyennement pour un marc (8 onces) d'ai^nt, soit 3 millièmes du poids du minerai, quand celui-ci rend 3 millièmes d'argent.
Pour laboratoire, il n'exige rien qu'une aire dallée, où le minerai est étalé et où des mulets viennent piétiner en bandes.
Une fois armés du procédé de Médina, les Espagnols élevèrent des établissemens immenses, où ils travaillent jusqu'à 45 millions de kilogrammes de minerai. Les idées de ce peuple ont souvent un cachet de grandeur. 11 conçoit plus volontiers sur une grande échelle, et il fut un temps où il avait la force d'exécuter comme il avait conçu. Les travaux de quelques-unes des mines furent sur des proportions grandioses, extrêmes. Le puits principal de la Valencîana a une profondeur perpendiculaire de 627"»,67 et un diamètre de 8"»,48. Il y a des puits d'une largeur de 10" et même de 12» (1). Ces dimensions extraordinaires et, quant à la largeur, extravagantes, donnent la mesnre de l'audace et de la puissance avec lesquelles le minerai est attaqué. Revenons à la méthode suivant laquelle on le traite.
Dans la plupart des minerais, l'argent est à l'état de sulfure simple (argent noir) ou- d'un sulfure composé (argent antimonié sulfuré qui est rouge) (2); puis il y a de l'argent natif, et enfin, mais rarement, du chlorure ou du bromure d'argent (3). C'est sur cette loi générale de la composition du minerai qu'est fondée l'efficacité du procédé. Le but que se proposa Médina fut de faire passer l'argent contenu dans le minerai, en ces combinaisons diverses, à l'état d'amalgame, c'est-à-dire
(1) A New-York, une belle maison a 25 pieds anglais ou 7 mètres 60 cent, de façade.
(2) Les minerais ainsi riches en sulfure d'argent simple ou multiple se nomment, en langage de mineur mexicain, negros (noirs), moins cependant parce qu'en effet le sulfure d'argent offre cette couleur qu*à cause des sulfures de plomb et de zinc dont la roche est mélangée, et qui dominent comme substances colorantes. Dans leur partie la plus voisine du jour jusqu'à une profondeur quelquefois considérable, les filons ont subi Vaction de l'oxygène dé Fatmosphère, qui décompose les sulfures; il en résulte que les métaux autres que l'argent s'y présentent principalement à Tétat d'oxyde; quant à Targent, sa combinaison avec l'oxygène étant beaucoup moins stable, il passe alors à Vétat métallique. I^ nuance ocreuse ou rouge de Voxyde de fer, qui provient de la décomposition du sulfure de ce métal dont la masse du minerai est toujours plus ou moins mélangée, colore fortement la roche, et les minerais ainsi transformés prennent le nom de colorados. Dans les colorados f une partie au moins de l'argent est à l'état d'argent natif, ce qui en rend le traitement plus facile. Au Mexique, les minerais negros forment les sept huitièmes de ceux que Ton traite. Au Pérou, les colorados, qui y portent le nom de paeos, représentent une proportion beaucoup plus forte qu'au Mexique. Cependant à Gatorce (Mexique) tout le minerai qu'on exploite se présente sous l'aspect extérieur de eoloratio. Cette mine a 509 mètres de profondeur. Nulle autre part les colorcuios n'ont été trouvés à une profondeur pareille; les mines du Pérou sont en général beaucoup moins profondes que celles du Mexique. Il est bon de remarquer qu'à Gatorce il y a assez peu d'argent natif. L'argent y est principalement à l'état de chlorure (argent gris ou argent corné), et Foxygène de l'air n'a pas sur cette combinaison la même action que sur le sulfure.
(3) «Récemment M. Berthier a reconnu l'argent à l'état de bromure dans le minerai de Cntorce et dans quelques autres. Le bromure d'argent est aussi un des minerais du Chili, comme on le verra plus loin.
d'union avec le mercure. Le mercure s'empare à froid des corps dont il est avide, et il n'en est aucun pour lequel il ait plus d'affinité que pour l'argent. Or, une opération à froid devait dispenser de la nécessité du combustible que le pays n'a pas; en outre, l'amalgamation devaitdonner le moyen de resserrer en un petit volume l'argent épars dans une immense quantité de gangue, sans recourir aux appareils de Ifvage, pour lesquels on eût manqué d'eau, et qui d'ailleurs, dans beaucoup de cas, ainsi que nous l'avons dit, auraient été en défaut. Une fois l'argent réuni dans un amalgame, rien n'était aussi simple que de le séparer du mercure, c'était l'affaire d'un peu de feu. L'amalgamation levait donc toutes les difficultés : elle devait être ainsi le but final de l'opération.
L'affinité du mercure pour les métaux précieux avait été remarquée dès les temps antiques, du moins à l'égard de l'or, sans cependant que les Grecs ou les Romains s'en fussent servis pour l'exploitation des mines. C'est un des motifs pour lesquels les alchimistes faisaient intervenir le mercure avec prédilection, et lui supposaient une puissance presque sans bornes. Déjà on avait commencé à employer le mercure pour perfectionner l'extraction de l'or des alluvions de Saint-Domingue, deux ou trois ans après que Christophe Colomb y avait débarqué. Il est même constaté aujourd'hui, d'après le géographe arabe Edrisi, que l'emploi du mercure était communément usité, dès le xii« siècle, dans les lavages d'or de l'intérieur de l'Afrique; mais, avant Médina, la métallurgie n'avait fait aucun usage du pouvoir que possède le mercure envers l'argent. Ici, d'ailleurs, se présentaient des circonstances qui aug-. mentent beaucoup le mérite de Médina. L'action du mercure avait été mise à profit à l'égard de l'or dégagé de toute combinaison avec ces corps qui dénaturent les métaux précieux, tels que le soufre, le chlore, l'antimoine, et les rendent inattaquables au mercure lui-même. Dans les alluvions de Haïti et de l'intérieur de l'Afrique, comme dans toutes les alluvions aurifères^ l'or est à l'état métallique. Dans les minerais mexicains autres que les colorados, au contraire, l'argent, au lieu d*être dans la condition simple de métal libre, mêlé d'une manière mécanique seulement à des matières terreuses, est engagé dans ces combinaisons qui paralysent complètement l'affinité qu'il a pour le mercure. Le problème était donc nouveau et très compliqué.
Le minerai est d'abord pilé au bocard (1), puis réduit en farine dans
(1) Le bocard est un appareil formé de plusieurs pilons de bois placés Yerticalement les . uns à côté des autres et terminés à leur extrémité inférieure par une masse de fer. Un arbre horizontal en bois, muni de longues saillies ou cafMS, qui est mu quelquefois^iar une roue hydraulique, le plus souvent au Mexique par un manège, soulève successivement ces pilons placés les uns à côté des autres, les fait battre sur le fond d*une auge où Ton place le minerai à pulvériser, après qu'il a été concassé à la main en fragmens de U grosseur d'une noix.
1^8 arrastras, bassins' circulaires où le minerai sortant du bocard est placé à l'état de bouillie très liquide, sur laquelle se promènent en tournant deux ou quatre blocs de pierre dure appelés voîadoras [{). Ainsi porphyrisé, le minerai est séparé par dépôt de Texcès d'eau et ramené à rétat de pâte, puis il est étendu en gâteaux plats [tortas] de 12 à 15 mètres de diamètre, et d'une épaisseur de 20 à 25 centimètres, sur l'aire dallée de la cour [patio] servant d'atelier. Une tortu contient, selon les localités, de 50,000 à 75,000 kilogrammes. On y mêle du sel et l'on donne un repaso, c'est-à-dire qu'on y fait tourner au galop pendant plusieurs beures des mulets ou des chevaux, au nombre de huit à quinze, selon les dimensions de la torta; on y met le magistral et du mercure, et on donne un nouveau repaso. Pendant un intervalle qui, selon la nature du minerai et la saison, varie de quinze à trente jours, et va même à deux mois et à trois quelquefois, on laisse la masse travailler sur elle-même, non sans y aider par des repasos. Par des lavages en petit sur une sébile, on constate le moment où tout le mercure est converti en amalgame solide, ou pour mieux dire non coulant, car c'est une masse molle. A ce moment, on verse une nouvelle quantité de mercure, qui, après un nouveau délai d'une douzaine de jours, se transforme de même en amalgame sec. On reconnaît que tout l'argent qui peut s'amalgamer a été absorbé par le mercure, lorsqu'en joutant une dernière proportion de celui-ci, au lieu de se coaguler il reste fluide. Dès-lors l'opération est terminée. On lave la pâte de la torta dans une cuve en bois ou en pierre [lavadero), où on l'agite avec des râteaux tournans que met en mouvement un attelage de mules. Des lavages supplémentaires achèvent de séparer l'amalgame des matières terreuses, et il suffit de chaufTer celui-ci sous une cloche de bronze pour que l'argent reste seul.
Trois cents ans après que ce procédé empirique avait réussi, la science chimique , si glorieuse et si flère , et qui a tant le droit de l'être, en a découvert le secret. Combiné avec le soufre, et à plus forte raison avec l'antimoine et le soufre ensemble, l'argent était, on l'a vu, inattaquable au mercure; le sel et le magistral servent à le dégager de ces combinaisons et à le faire passera l'état de chlorure, qui, en présence du mercure, dont la torta a été semée, cède son chlore à une partie de celui-ci, de sorte que l'argent, devenu libre, peut se combiner avec une autre partie du même métal. Au contact du sel (chlorure de sodium), le sulfate dé cuivre, qui est l'élément actif du magistral, se change en Mchlorure de cuivre. L'action du bicblorure de cuivre
(1) Aa centre de range circulaire s'élève un arbre vertical en bois, ayant deux traverses en croix. Les vôlaâorM s'attachent à ces trayerses. L'une des traverses dépasse les bords de l'auge asses pour qu'on puisse y atteler de front deux mules qui font tourner l'arbre et les v^adorûê.
st^r l'argent sulfuré donne naissance à un chlorure d'argent L'eau chargée du sel dont la torta est imprégnée a la faculté de dissoudre celui-ci, qui serait absolument insoluble dans Teau pure, et, une fois dissous, il est décomposé par le mercure. Les reposas ou foulages sous les pieds des mulets sont indispensables, non pas seulement par cette cause générale que le mouvement et l'agitation facilitent toute action chimique , mais par un motif particulier : le bichlorure de cuivre n'a point une action énergique sur l'argent sulfuré, c'est seulement à la surface qu'il le transforme en chlorure d'argent saisissable et décom-r posable par le mercure. Il faut donc absolument renouveler les surfaces, et c'est à quoi sert le piétinement des hommes ou des bêtes.
Dans cette opération, l'on perd toujours une certaine quantité de mercure, non pas de celui qui est passé à l'état d'amalgame, car l'amalgame restitue son mercure en entier (1); mais l'action chimique du magistral et du sel fait passer directement une portion du mercure à l'état de chlorure et d'autres combinaisons peut-être, qui restent dans les boues et qu'on ne saurait en retirer. De là une perte accidentelle, variable, inutile au succès de l'opération , inévitable pourtant. Une autre perte, mais celle-là nécessaire, déterminée, fixe, et qui se pourrait calculer, provient de ce que l'argent, une fois chloruré, cède son chlore au mercure, et le mercure chloruré ne peut plus se ressaisir. Cette absorption de mercure est presque exactement égale en poids à l'argent qui se trouvait à l'état de chlorure (2). Enfin une petite partie de mercure s'en va mécaniquement dans le lavage à l'état d'amalgame ou à l'état libre. On estime que la proportion de mercure qui disparaît est de trois à quatre millièmes du poids du minerai soumis à l'amalgamation. C'est environ une fois et demie le poids de l'argent qu'on en extrait. De toutes les dépenses de l'opération, celle-ci est la plus apparente et la plus sensible aux mineurs mexicains.
Cette méthode de l'amalgamation réussit très bien, disons-nous, avec les minerais qui recèlent l'argent à l'état de sulfure, mieux encore avec ceux où il existe à l'état natif, puisqu' alors le mercure s'empare directement de l'argent, sans avoir à disparaître lui-même dans les boues à
(1) En plaçant Famalgame primitif dans fdes chausses dont la partie inférieure est en cuir et le fond en toile à voile bien serrée, il s'en écoule du mercure, et il reste un amalgame solide contenant cependant encore quatre ou cinq parties de mercure contre une d'argent. Cet amalgame est moulé en fractions de disque qu'on dépose de manière à en former une colonne sur un support en fer. Le tout se recouvre d'une cloche de bronze qu'on entoure de charbon. Le mercure mis en vapeur par le feu va se condenser, au fur et à mesure, dans un réservoir rempli d'eau sans cesse renouvelée, qui est au-dessous du support de la colonne. La perte en mercure qui a lieu pendant cette distillation est insignifiante, de moins d'un millième.
(2) Il est possible aussi, et un habile chimiste, M. Boussingault, ra indiqué, qu'il se produise du sulfure de mercure.
l'état de chlorure très divisé ou en dissolution. Les minerais qui recèlent l'argent à Tétat de sulfure complexe en combinaison avec l'antimoine ou avec Tarsenic rendent plus difficilement par ce procédé la totalité de l'argent quils contiennent; ceux où l'argent est disséminé dans des sulfures de plomb ou de zinc sont assez rebelles : le bromure d'argent, qui existe à Catorce, résiste absolument.
On applique la méthode de l'amalgamation à la plus grande partie des minerais du Mexique et de l'Amérique entière. On estime que 82 centièmes de l'argent mexicain sont ainsi obtenus. Le reste, formant environ le 5* du total, s'extrait des minerais plus riches qu'on sépare de la masse pendant le cassage à la main. 11 s'obtient soit par la fusion ordinaire dans un fourneau avec des litharges ou avec de la soude (1), soit par l'amalgamation à chaud (2). On retire aussi un peu d'argent directement du minerai en plaçant dans les arrastras du mercure qui s'empare alors de l'argent natif à mesure qu'il est mis à nu par la trituration.
Sans l'invention de Médina, les mines du Mexique et celles du Nouveau-Monde tout entier fussent demeurées à peu près stériles. Cet homme modeste n'a cependant pas une statue, pas le moindre monument érigé à sa mémoire, pas une pierre tumulaire, pas même une inscription. 11 est vrai que, sur le continent tout entier de l'Amérique espagnole, Colomb et Cortez eux-mêmes avaient été laissés dans le même abandon.
(1) Aa commencement du siècle, le procédé de la fusion jouait un plus grand rôle. M. de Humboldt calculait alors qull était appliqué à 2S pour 100 du poids total du rainerai. En 1777, on estimait que les 2 cinquièmes, ou 40 pour 100, passaient par la fonte. Sans aucun doute, la diminution des forêts a contribué à étendi-e le procédé de Tamalgamation. ^
(2) L'amalgamation à chaud, ou travail au eazot est employée presque uniquement pour des minerais de Tespèce des coloradoè. Elle est plus usitée dans TAmérique du Sud qu'au Mexique, sans doute à cause de la nature particulière des minerais. Au Mexique, elle produit environ un dixième de Targent. Elle consiste à travailler le minerai dans une chaudière avec du mercure. Elle exige un degré de richesse supérieur à celui du minerai qui passe au patio. C'est la seule manière qu'on connaisse de traiter un minerai tel que celui de Catorce, où l'argent est à l'état de bromure en grande partie. Le patio n'y fait rien, et par le procédé de la fusion une graade partie se volatiliserait.
I«8 llINBS B'OB.
]usqu*ici nous ne parlons que de Texploitation des mines d*argenf^ sans nous occuper de l'or, auquel cependant seml)le appartenir le premier rang. Cest que For se présente souvent comme un produit accidentel ou accessoire des mines d'argent. Les mines d*or proprement dites ont un moindre intérêt. Par la modicité relative de la valeur qu'elles produisent ordinairement, ainsi que par les circonstances naturelles qui leur sont propres, et par le traitement auquel on les soumet, c'est une part moins curieuse et moins intéressante du domaine de l'industrie humaine. La plupart des mines d'or qu'on exploite ou que l'on connaît ne sont point en roches. Ce ne sont point des filons ou des couches qu'on poursuive avec acharnement dans les entrailles de la terre en faisant de profondes excavations, en demandant à la mécanique des prodiges, et d'où l'on retire le métal par d'autres tours de force. L'or n'y est point dans un étal d'association complexe avec d'autres métaux ou avec quelques-unes de ces substances non métalliques qu'on dégage des métaux avec difficulté, le soufre, le chlore, ou avec des demi-métaux, tels que l'arsenic et l'antimoine. Presque toujours l'or est à l'état natif, c'està-dire de métal libre, allié pourtant à une proportion plus ou moins faible d'un autre métal noble, l'argent, et les gisemens d'où on le retire sont des couches de sables superficielles ou à peu près, alluvions déposées par les eaux. La nature s'est montrée à la fois prodigue et avare de ce métal : prodigue en ce sens qu'elle l'a très fréquemment fait apparaître dans les filons dont elle a injecté la croûte de la planète, ou même dans les masses rocheuses qui occupent une partie des continens, mais excessivement avare en ce qu'elle ne l'a jamais semé qu'en rares parcelles, si bien que, dans la plupart des gîtes où il a été ainsi placé, il exigerait des frais tels que l'industrie devrait y renoncer. Par une opération postérieure, la nature s'est chargée elle-même d'en concentrer les infiniment petits qu'elle avait dispersés dans les filons ou dans la pâte des roches. Lorsque l'enveloppe de la planète fut remaniée par les eaux, qui alors se mirent en mouvement par masses puissantes, afin d'arrondir les flancs des chaînes et d'adoucir les aspérités de la surface, une immense quantité dé roches fut triturée. De là les terrains d'alluvion qui occupent à la superficie du globe un si grand espace, et dont la présence était nécessaire pour que la terre pût être mise en culture et nourrir la fànûlle humaine^ plus tard venue* De toutes ces matières, désagrégées
peut-être par des eommottcos terrestres et réduites en sables par les eaux, Taction des courans à la même époque sépara, pour les réunir dans des bancs distincts, les partictAes métalliques plus lourdes que le reste, et particulièrement les grains d'or (1). C'est ainsi qu'au milieu des alluyions placées au pied des montagnes qui renfermaient des veines aurifères, on rencontre des couches où les paillettes d'or sont devenues plus nombreuses ou moins rares que dans les gisemens originels, et où dès-lors le travail de l'homme peut les rechercher avec avantage. La plupart des mines d'or ne sont donc que des dépôts de sables aurifères où, tout concentré qu'il est relativement, l'or est bien peu abondant encore; mais la nature ayant très fréquemment disposé*de quelques grains d'or, lorsque du sein de la terre elle lançait des matières ignées à la surface, le nombre des veines sablonneuses où l'on rencontre de l'or est très considérable. Si Ton comptait les dépôts d'alluvions d'où l'on a retiré de l'or avec plus ou moms de succès, on serait surpris du dénombrement. On verrait qu'il n'y a pas de pays, pas de province un peu étendue qui n'ait eu ses mines d'or. On n'en finirait pas si on voulait nommer tous les cours d'eau qui charrient de l'or, et où quelques orpailleurs ont gagné et pourraient gagner encore mie chétive subsistance. Dans certaines contrées, les dépôts aurifères se présentent rapprochés les uns des autres sur des surfaces sans limites. Cest la pure vérité que les mines d'or possibles sont pour le moins aussi fréquentes que les mines de fer. La teneur seule est différente. La richesse moyenne d'une mine de fer peut être fixée par approximation à 10 ou 15 pour 100 au moins (2); celle des mines d'or est 20,000 ou 40,000 fois moindre.
Il y a tout lieu de croire cependant qu'il a existé dans quelques localités, à la surface du sol, une assez grande quantité de morceaux d'or plus gros que ceux qui forment la richesse des aliuvions exploitées (3). C'est l'opinion de plus d'un érudit et de plus d'un géologue. On expliquerait ainsi la présence d'une assez forte quantité d'or chez des peuples peu avancés dans les arts de la civilisation. Les Gaulois, lorsqu'ils furent conquis par Jules César, possédaient relativement beaucoup d'or. Les trésors bien plus considérables accumulés par les souverains de la Perse provenaient plutôt de ce que ces princes, comptant pour peu le
(1) Le même fait a eu Ijeu pour le platine et pour la même cause, son extrême lourdeur.
(â) Je dirais 30 à 40 pour 100 si je n'envisageais que les minerais une fois lavés, ou bien ceux qu'on ne ikve point.
(3) On rencontre aussi de ce»' pépite», c'est te nom qu'on leur d6nnê, au milieu dé» sfilodes auin^èrés. Lalptns grave- deltoutdsles |iépitsA< amaues est c^ d6 36 kilagKadiBidi q^'on a découverte assez récemment près de Miask^ dans le sud de l'Ourài. GeUe que tes Espagnols trouvèrent à H^ti, et qui est restée célèlu'c.quoiqu'eMeaijt été aussitôt perdue dans un naufrage, pesait 14 kilogrammes et demi»
travail humain^ faisaient laver des sables par des troupes nombreuse^ d*esciaves.
Dans les piontagnes au bas desquelles les alluvions produisent de Tor, on n'est pa^ toujours parvenu à apercevoir le précieux métal, tant il est disséminé. Sur plusieurs points cependant du nouveau continent, au Mexique, près d'Oaxaca, dans un grand nombre de localités de la Nouvelle-Grenade, au Chili et aux États-Unis, sur une longue ligne, située au pied de la chaîne des AUeghanys, il existe des mines d*or où Ton attaque, non plus seulement des sables d'alluvion , mais la masse solide du roc, et où Ton exploite par puits et galeries. Il en est de même sur un petit nombre de points de Tancien continent.
L'exploitation des sables aurifères, qui représentent les 19/20 des gisemens d'or qu'on utilise, n'est, sur quelque étendue qu'elle procède, qu'une petite industrie, morcelée lors même que cent ateliers reconnaîtraient le même maître, usant de moyens élémentaires relativement aux appareils que font jouer en général l'art des mines et la métallurgie. Elle n'offre pas à l'observateur l'intérêt d'une grande difficulté vaincue, d'une grande puissance qui se déploie et surmonte les obstacles. C'est même une industrie plus incertaine que celle des mines d'argent. Chaque dépôt considéré isolément est très resserré, et par conséquent le rendement des mines d'or ne peut avoir la régularité d'un filon qui se prolonge habituellement sur une longueur presque indéfinie. Il y a toujours lieu de craindre que les alluvions aurifères qui s'annoncent le mieux ne s'appauvrissent très prochainement. L'altrait non raisonné qu'exerce ce métal sur les esprits avides de posséder et impatiens de s'enrichir est pour quelque chose dans la persévérance avec laquelle on en suit l'exploitation. Et pourtant les mêmes terrains, quelquefois les mêmes bancs, sont des gîtes de platine, sont même des gîtes de diamans. Réunies, toutes^ces richesses sembleraient devoir être une source inépuisable de fortune, et elles ne forment, pour l'industrie, de l'homme, qu'un médiocre domainel
La majeure partie de l'or que fournit le Mexique est retiré de Fargenf avec lequel il est confondu. L'opération par ^aquellç 6n sépare l'or de l'argent, et qui se nomme le départ [dpartado), a de tout temps été pratiquée au Mexique^ parmi la noblesse mexicaine, q;ui tirait sa richesse^ des mines et en faisait volontiers dériver ses titres de CastiUe, il y avait' un marquis de l'Âpartado : c'est le titre des Fa^oaga. On se procure d'abord une partie de l'argent [aurifère, celle qui contient le plus d'or, en mêlant, lorsqu'il y a lieu, du mercure au minerai qù^on broie dans les arrastras. Le mercure s'empare dife l'or uaiif qui se rencontre quelquefois disséminé dans la masse, ou de l'or qui peut être combiné avec l'argent natif, ce qui se voit plus fréquemment, en dissolvant celui-ci* C'est d'afileurs un moyen d'isoler tout de suite de la gangue cet argent
lui-même, et, lorsqu'il est un peu abondant, on s'en trouve bien. Les minerais assez riches pour être traités par le procédé de la fusion rendent un argent plus aurifère que celui qui provient de ramalgamation. L'opération du départ a été portée à un très haut degré de perfection et d'économie en Europe. Les affineurs de Paris, qui sont, il est vrai, d'une habileté sans égale, gagnent à faire le départ, lorsque les lingots d'argent contiennent le tiers d'un millième d'or. Au Mexique, sous le régime colonial, l'administration s'en chargeait, mais ne tenait compte de l'or aux mineurs que lorsqu'il y en avait 6 millièmes et 1/4. On travaillait ainsi jusqu'à 45,000 kilogrammes d'argent annuellement. Aujourd'hui le travail roule sur une quantité au moins égale, quoique la production de l'argent soit moindre^ mais les procédés de départ ont été beaucoup perfectionnés au Mexique.
La proportion d'or contenue dans l^rgent, toujours faible cependant, varie beaucoup d'une mine à l'autre, et exerce une grande influence sur les profits du mineur^ c'est que i kilogramme d'or représente à peu près 16 kilogrammes d'argent. Les mines de Tasco, de Catorce et la majeure partie des filons de Zacatecas sont à peine aurifères. Les filons, de Guanaxuato et ceux de Guadalupe y Calvo contiennent une remarquable proportion d'or. Les lingots aurifères sont ceux sur lesquels la contrebande s exerce de préférence; ainsi les documens officiels et les registres des ateliers de départ ne peuvent faire connaître la teneur habituelle en or des mines les plus privilégiées. M. Duport, qui" était très bien placé pour le savoir, dit qu'en 1841 la proportion d'or pour les districts les plus voisins de Mexico, qui sont médiocrement riches, était de 6 millièmes du poids de l'argent soumis au départ; mais on sait, par les comptes de quelques compagnies, que l'argent aurifère, obtenu en plaçant du mercure dans les arrastras, en contient jusqu'à 4 et 6 pour 100 de sou poids. 11 y a quatre à cinq ans, à la mine de Rayas, l'un des établissemens de Guanaxuato, l'argent considéré manufacturièrement comme aurifère représentait en poids 13 pour 100 de la masse totale des lingots, et, en valeur, l'or formait 1/11 du revenu de la mine (89,131 piastres sur 977,153). Aux mines de Guadalupe y Calvo, la proportion de l'or est plus forte. Dans le premier semestre de 1842, elle s'est trouvée décuple. Il y avait sur la masse totale du minerai 2 millièmes 1/2 d'argent et 1 dix millième d'or. Dans le second semestre, l'or a été moins abondant; la proportion de l'argent étant à peu près la même, celle de l'or avait diminué dans le rapport de 10 à 4. En sonune, M. Duport calcule qu'aujourd'hui la métallurgie mexicaine, en tenant compte des lavages de sables aurifères, fournit en or une valeur égale au huitième de l'argent, 2 millions de piastres contre 16, en poids 1 contre 136.
* Les gîtes d'or d'alluvion du département de Sonora sont les plus re-
nommés du Mexique. Les mines d'Oaxaca, qu'on exploitait définis la conquête et qu'on doit travailler encore, sont, avons-nous dit, des mines en roche. De même celles de Yillalpando, près de Guanaxuato. Parmi les causes qui restreignent au Mexique et au Pérou l'exploitation des mines d'or, il faut signaler la facilité du vol. C'est un des motifs qui ont contribué, autant que le défaut de continuité des veines, à faire abandonner beaucoup de mines d'or en roche. Les ouvriers des mines d'argent soustraient souvent des morceaux riches de minerai, et, pour empêcher ces détournemens, on les soumet à des visites quelquefois ignominieuses. C'est une guerre d'astuce entre l'ouvrier, qui veut s'approprier des fragmens de prix, et le surveillant, qui cherche à faire restituer ce qui a pu être dérobé. Avec l'or, la tentation est bien plus grande et le larcin bien plus aisé. L'exploitation par lavage offre l'avantage de n'exiger que des appareils simples, partant presque point de capital. C'est donc un travail que les ouvriers peuvent entreprendre pour leur compte. Sous cette forme, on peut croire que les alluvions de la Sonora deviendront très productives aussitôt que la population s'y portera.
Pour évaluer la quantité de métaux précieux que le Mexique a fournie jusqu'à ce jour, il convient de distinguer au moins deux périodes. Nous prendrons pour la première l'intervalle tout entier entre a conquête et Tannée 1810 où éclata la lutte de l'indépendance. Pendant ces deux cent quatre-vingt-dix ans, l'extraction enregistrée est montée à la somme de 1,913,935,898 piastres (1).
Mais il faut tenir compte des quantités d'or et d'argent qui sont sorties clandestinement da pays pour éviter de payef les droits. Sous le régime colonial, cette contrebande a surtout été forte avant 1723, pour deux motifs : l'àutorifé de la métropole étant alors moins assise sur les colons, ceux-ci fraudaient plus aisément les taxes, et la tentation était grande, car les droits étaient très élevés. La couronne prélevait' ïà cinquième partie du produit de l'exploitation, une livre d'argent ou d'or par 5 livres : c'était le quint. Il y avait encore d'autres droits, Y un et demi pour cent, le droit d'essai, le droit de seigneuriage et celui de monnayage. Le quint fut réduit de moitié^ et devint une dime, en 1723 au Mexique (2), en 1736 au Pérou. Le droit d'un et demi pour cent fut de même mis à 1 pour 100 au Mexique. A l'ouverture du siècle, le prélèvement total du gouvernement était de 12 et demi pour 100 sur l'argent dépourvu d'or. Sur l'argent aurifère, il était plus considérable^ lorsque l'argent contenait en or 50 grains au marc pesant (environ 1 pour 100), l'impôt représentait 19 pour 100. Avec une richesse en or de 6 millièmes ou de moins, l'impôt était bien plus lourd, puisque tout l'or restait à la couronne (3). Il n'en fallait pas davantage pour que la contrebande fût active, surtout avant 1723; mais à cette époque le Mexique ne produisait pas tout-à-fait leviers de ce qu'il a rendu soixante-quinze ans plus tard. On comprend aussi, à la manière dont était traité par le fisc l'ar-
(1) La piastre d'argent représente, d'après la quantité d'argent fin qu'elle contient, h francs 43 centimes. Rapportée à notre pièce de 20 francs, la piastre d'or a une moindre valeur, 5 fr. 09 cent, n est bon de remarquer que la qualification de piastre d'or est plutôt conventionnelle que légale, et n'est point inscrite sur la monnaie même. h& nom de la pièce d'or espagnole est le quadruple, et non point un nombre déterminé de*- piastres, tandis que notre pièce d'or suppose un rapport absolu entre l'or et l'argent : }o. loi l'appelle pièce de 20 francs, après avoir défini le franc une pièce de cinq grammes d'i.'Vgent au titre de neuf dixièmes.
(2) Cependant bien avant 1723 plusieurs districts mexicains jouissaient de cette réduction,
(3) Six millièmes d'or représentent neuf centièmes et demi d'argent.
— argent aurifère^ que la contrebande a dû s'exercer plus particulièremœt sur cette partie de la production. Comme la fraude est beaucoup plus facile sur l'or une fois qu'il est en lingots, par cela seul qu'il recèle une grande valeur sous un petit volume, c'est une autre raison d^admettre que la proportion de métal qui est sortie clandestinement a été, toutes choses égales d'ailleurs, plus forte pour l'or que pour l'argent. Nous ajouterons donc un septième à l'argent enregistré et un cinquième à Tor. La convenance, hypothétique cependant, de ces chiffres résulte d'un certain nombre de données. On arrive ainsi à 2,195,547,767 piastres, dont 2,023,487,959 piastres en argent et 172,059,808 en or. En poids de métal exempt d'alliage, c'est 49,443,928 kilogranunes d'argent et 254,476 d'or»
Après 1810, la production devient difficile a constater par diverses causes. Tant que dure la crise révolutionnaire, il n'y a plus rien de régulier dans le pays. L'exploitation des mines est précaire; beaucoup d'exploitations sont suspendues, parce que les ateliers ont été pillés et le matériel saccagé. La quantité de métal frappé dans les hôtels des monnaies n'est plus dans un rapport aussi direct et aussi constant avec la production des mines, soit parce que, d'un côté, on exporte furtivement des métaux en lingots au lieu de les livrer à la monnaie, soit que, d'autre part, à bout de ressources, on envoie à la monnaie de l'argent et de l'or anciennement extraits, qui avaient été convertis en ornemens et en ustensiles. Enfin les hôtels des monnaies du Mexique, par un de ces reviremens que les révolutions ou les spéculations désordonnées ont seules le pouvoir de produire, ont reçu de l'Europe, à la fin de cette période, des métaux précieux, de l'or : c'étaient les remises des compagnies anglaises formées pour l'exploitation des mines après l'indépendance (1).
Somme toute, il y a lieu de penser que l'extraction des métaux a fa'ès peu excédé le monnayage pendant les seize ans de la crise, de 1810 à la fin de 1825. Ce serait en tout, d'après les comptes monétaires, 178,302,028 piastres, dont moins de 10 millions en or. Nous portenwis ce total (2) à 185 millions seulement, que>ous répartirons ainsi : aiw gent, 170 millions de piastres on 4,153,950 kilogrammes de fin; or, 15 millions de piastres ou 22,185 kilog.
Mais, l'indépendance une fois consommée, la contrd>ande s'est dé^
(1) M. Ward évalue les remises qui ont été monnayées à Mexico à 1,986,040 piastres en or, ou 2,863 kilogrammes {ItÊexico, ii, p. 19).
(9) Ce total est fourni par M. Ward , qui prend en considét^tion : lo le travail d'Un lidtel des monnaies établi à Sombrerete à la fin de 1810, qui fonctionna un an; ao le monnayage fait à Guanaïuato en 1812 et 1813 par les autorités coloniales dans les atetiers qu'avait organisés le chef des insurgés. Hidalgo, et celui qui plus tard eut lieu dans la même ville, de ISftl à 1825. G*est un total de 4,042,828 piastres.
ployée avec une audace extrême ^ sans que rien en balançât Tinfluoieè sur la production apparente des métaux précieux. La corruption des autorités lui a offert une assistance qu'elle a mise à profit Âinsi^ M. Du* port, qui, par ses relations directes avec les mineurs^ n'a pu manquer d'être bien informé, dit avoir acquis la certitude que la valeur des métaux précieux embarqués, en 1840, dans les différens ports mexicains de l'Océan Pacifique, sur les navires de guerre anglais, par contrebande, s'est élevée à plus de 6 millions- de piastres. Suivant le même observateur, l'exportation clandestine de l'or a dépassé de plus de moitié, en 1841, rex|)ortation légale, et la contrebande en cette année, où des circonstances accidentelles l'avaient rendue nulle du côté du golfe du Mexique, a été en tout de près de 5 millions contre 13, ou de 38 pour 100.
Le monnayage, du 31 décembre 1825 au 31 décembre 1840, dans les différens hôtels des monnaies de la république, a été de 161,676,527 piastres, sur quoi il n'y a pas plus de 7 millions et demi de piastres en or. A cause de la fraude, nous compterons 200 millions de piastres en argent et 15 en or. Â partir de 1841, nous supposerons annuellement 16 millions de piastres d'argent et 2 d'or, jusqu'à l'année 1 845, que nous compterons pour 21 millions de piastres, dont 18,500,000 d'argent et 2,500,000 d'or (1). Depuis le commencement de la lutte de l'indépendance, ce serait donc 452 millions et demi de piastres de l'un des métaux et 40 et demi du second. On a alors, depuis la découverte, un total de 2,688,547,767 piastres, répondant en poids de métal fin à 60,500,766 kilogrammes d'argent et 314,378 kilogrammes d'or.
Pour l'or, il faut aussi avoir égard à ce qu'une grande quantité de piastres ont quitté le Mexique avec une dose d'or que les afflneurs d'Europe en ont séparée. Sous le régime colonial, avons-nous dit, on faisait le départ, à Mexico, sur 45,000 kilogrammes au plus, pendant que l'extraction était de 537,000. Ce sera nous mettre au-dessous de la vérité que de porter à 1 millième de la totalité de l'argent extrait depuis l'origine l'or qui est sorti du Mexique sans être apparent, mais qui l'est devenu, ou le devient tous les jours, par les soins intéressés et iutelligens de l'industrie européenne; car, pendant long-temps, on s'est abstenu de faire le départ sur des lingots riches à 3 ou 4 millièmes. On en a la preuve par ce fait qu'au-dessous de 6 millièmes et un quart le gou» vernement espagnol, qui cependant prélevait une rétribution pour l'opération, ne tenait pas compte de l'or aux mineurs. Il y a vingtncinq ans, après que l'industrie du départ avait été perfectionnée, le point à
(1) M. Mac-Gregor, du Board of Tradê de Londres, dans un Tolume qui vient de paraître, et qui fait partie de la collection importante qu'il publie sur le commerce det différens états (Commtrcial îariffh, etc.), porte à 18,500,000 piastres la production moyenne des dernières années. Il évalue, diaprés la correspondance des consuls angUûi^ le monnayage de 18H à 13,-Z»4,A31 piastres, ^t celui de 1845 à 15,14i,8ie.
partir duquel le rendement en or dut profiter aux particuliers fut mis à 3 millièmes et un tiers, quoiqu'on maintînt encore au profit de Tatelier national du départ une rétribution fixe par marc d'argent affiné» et qu'on eût l'intention de traiter libéralement l'industrie minérale. Actuellement, avec les ateliers de départ que M. Duport avait organisés et que le gouvernement s'est fait céder, on doit extraire avec profit, à Mexico, â millièmes d'or.
Par ce motif, on n'exagère rien en augmentant de 60,000 kilog. la quantité d'or estimée plus haut, ce qui la porte à 374,378 kilog.
A la rigueur, il convient encore de tenir compte de la plus-value des piastres d'argent frappées avant 1772 qui étaient à un titre supérieur au titre actuel; de même pour les quadruples d'or qui ont été plus gravement altérés une première fois en 1772, une seconde en 1786. En faisant ces corrections, dont nous supprimons ici l'analyse, on arrive, pour la production du Mexique, au total définitif de 2,743,937,439 piastres tant en argent qu'en or, qui répondent, en poids de métal sans alliage, à 60,782,917 kilogrammes d'argent et à 379,221 kilogrammes d'or. En monnaie française, ce serait un total de 14,813,000,000 de fr., dont, en argent, 13,507,000,000 de fr., en or, 1,306,000,000 de fr. Ainsi, au Mexique, la production totale a été de 160 kilogrammes d'argent contre 1 kilogramme d'or, et en valeur, d'après le tarif de la monnaie française, de 10 francs 34 centimes en argent contre 1 franc en or.
Rappelons que la production actuelle est, en argent, de 16 millions de piastres, ou 390,960 kilogrammes, et en or, de 2 millions de piastres, ou 2,958 kilogrammes: c'est en poids 136 kilogrammes d'argent contre 1 kilogramme d'or; ou encore en francs, au taux de la monnaie française, elle est de 97 millions, dont 86,800,000 en argent et 10,200,000 en or, ou de 8 francs 50 centimes en argent contre i franc enjor (1).
(i) Nous écartons, comme si elle était accidentelle, la production de fi millions de piastres, calculée d*après le monnayage de 1845 indiqué par M. Mac-Gregor.
MINBS DU PÉROU,
Du Mexique passons au Pérou. Ce fut d'abord de toutes les colonies espagnoles la plus productive en métaux précieux, et, dans Topiniou populaire, il a conservé cette prééminence. On y exploita, dès 1545, la classique montagne du Potosi; mais, une fois que les mines mexicaines de Zacatecas et de Guanaxuato furent en pleine exploitation, le Mexique ne tarda pas à atteindre le Pérou, puis il le dépassa. Vainement, en 1630, on découvrit au Pérou de nouvelles mines, celles de Yauricocha ou de Pasco^ dues à un Indien; en 4771, celles de Gualgayoc, gite fort riche dont un autre Indien peut revendiquer l'honneur, et, un peu plus tard, les gîtes moins remarquables de Porco et de Huants^aya : le Mexique acquit la primauté. Grâce au filon de Guanaxuato, au commencement du siècle, le rendement du Mexique était plus que double de celui du Pérou, y compris les provinces qui étaient passées à la viceroyauté de Buehos-Ayres (1).
Ce n'est pas que les filons mexicains surpassent en puissance et en teneur ceux du Pérou. Non, les uns et les autres sont de la même famille. Les minerais péruvien^ sont même d'un traitement un peu plus facile que ceux du Mexique (^2); mais les gîtes métaUifères mexicains se trouvent en des sites dont le climat se prête à une agriculture florissante, et l'homme habite avec plaisir ces douces régions. A Guanaxuato, par exemple, on sent qu'on est dans le Feliz AnahtMC [heurmx Meooique) (3). De belles villes entourées d'une riche culture se sont naturellement élevées au milieu des reaies . Les mines mexicaines sont presque toujours à moins de 2,000 mètres au-dessus du niveau des mers. Les mines du Pérou occupent une terre glacée, en raison de son élévation, où les arbres refusent de croître et les hommes de se fixer. Il est contre nature d'édifier des villes et de transplanter la race humaine dans des lieux
(1) En 1778, l& province du Potosi, celle de la Paz, d'Oruro et de la Plata, toutes riches en argent, passèrent de la vice-royauté du Pérou à celle de Buenos-Ayres.
(3) A cause de Tabondance relative des minerais qu*on appelle coloradot ou paeos, dont Tamalgamation, ainsi que nous venons de rexpliquer, extrait rargent plus aisément et d'une manière plus complète.
(3) C'est une qualification que j'ai fréquemment entendu employer, quoique actuellement elle convienne mal à ce pays désolé par les révolutions. Anahuac est le nom de la vaUée de Mexico dans la langue des Aztèques.
Iebqii6 Pmx>, Biaaéav«ttGa€!<; IfiGiikampt. jOd 7 toiichié <b bmaSti ks ttcâges éternelles. C'est la Sibérie sous Téquateur, la Sibérie a^rec les orages de la zone tomde , la Sibérie dépouillée de ses immenses lorêfe si précieuses pour la métallurgie, la Sibérie sans ses fleuves, coodamiiée à une perpétuelle stérilité, si ce n'est dans quelques rares qwimdm^ val^ Ions creux et abrités où Ton cultive Forge et les pommes de terre. La petite ville péruvienne de Micuieampa est à 3,6i8 mètnes au-dessus de la mer. C'est âOO mètres plus haut que le pic de Nétbou, le plus élevé des Pyrénées; presque toutes les nuits, le thermomèke y descend au point de la congélation, ce qui n'amve jamais à Tobolsk ni dans le reste de la Russie boréale tout le long des mois d'été. La riche mine de GuaJgayoc qui Tavoisine est à 4^080 mètres. Les mines de Pasco, qui sont d'une richesse prodigieuse, mais les plus mal travaillées de la terre, sont de même à plus de Âtfi^ mètres d'élévation; c'est la hauteur de la Yuiig-Frau. La mine du Potosi a été exploitée à une élévation supérieure au M<Hit-Blanc lui-même, le roi des Alpes. Ainsi une différence de niveau de 4,300 à 2,000 mètres suffit pour que le Pérou, avec une richesse métallurgique intrinsèquement ^le ou supérieure, ait, relativement au Mexique, pour l'extraction de l'argent, un désavantage que l'industrie humaine n'écartera qu'avec de très énergiques efforts longtemps soutenus, si jamais elle y parvient, et l'énergie est ce qu'il faut le ijnoins demander aux Péruviens modernes.
La ville de Pasco réunit pourtant aujourd'hui, au niilieu de ces affreux dimats, plus de 18,000 ames; mais quelle existence y mène4-on, et que n'y coûtent pas les cbosesl Un voyageur, qui récanment a parcouru ce pays et qui a décrit en termes expressifs le détestable système d'exploitation qu'on applique à ces filons sans nombre , si cela peut «'appeler un «ystème, le docteur Tschudi, rapporte qu'il arrite de payer a Pasco, pour la nourriture d'un dieval, 2 à 3 {Âastres par jour (ii i IB francs).
Dans les ctimals excessifs, l'honune est enclin à recherdier les excès. A moins d'étne d'une nature fortement trempée, il lui est ûnpos^lde de se tenir dans une situation d'ame qui convienne à des entreprises di£Qeiles, pour le succès descpiellés Si feut de l'esprit d'ordre et de suite, beaucoup de prévoyance, d'activité et de savoir.
Les mauvais traitemens qu'on infligeait aux Indiens du Pérou sous le régime colonial, et dont les blancs ont consacré l'habitude, s'o^aosent à l'extension et à l'amélioration de l'industrie des mines dans la république péruvienne, malgré les modifications libérales et équitables qu'a reçues la lettre de la loi depuis l'indépendance. Les indigènes du Pérou ont constamment été traités avec plus d'indignité que ceux du Mexique. Les traditions de Ck)rtez et celles de Pizarre n'étaient pas les mêmes Mion
que Gortez ait été humain, du moins envers les cheb des nations qu'il venait de conquérir; mais c'était un grand tiomme, supérieur dans Fart de gouverner autantqu'entreprenant et invincibleà la guerre, et, quand en lui l'humanité se taisait, la politique tendait à le rendre bienveillant et juste. Auprès de lui, Pizarre et Âlmagro furent des chefs de brigands. Le Pérou étant plus éloigné que le Mexique, la cupidité des Européens y fut plus difficile à réprimer. Le gouvernement espagnol, qui eut toujours l'intention de protéger les Indiens et qui fit des centaines d'ordonnances dans ce but, avait déjà assez de peine à se faire obéir tant bien que mal dans les provinces mexicaines; il n'eut jamais le bras assez long pour faire respecter ses ordres jusque dans les montagnes escarpées auxquelles Lima est adossé, et où une distance de cent lieues équivaut au décuple par l'incroyable difficulté des communications. Le travail des mines, qui était libre au Mexique, a été forcé au Pérou jusqu'au moment de l'indépendance, en vertu de l'institution de la mita, sorte de conscription ou de servitude. Tous les genres d'oppression furent I)ratiqués contre les anciens sujets des incas, mais avec une cruauté particulière dans les mines. C'est ainsi que la population péruvienne a été décimée au point que les bras manquent aiyourd'hui pour tous les genres de travail, tandis que celle du Mexique est demeurée considérable. Excédés de tant de tyrannie, les indigènes firent des révoltes dont l'histoire du Mexique n'oflVe pas un seul exemple, mais qui, au Pérou, allèrent jusqu'à compromettre la domination espagnole, en 4780, lorsque le cacique Tupac Amaru, se présentant comme l'héritier des incas, appela ses compatriotes à la vengeance (i).
Regardant l'or et l'argent comme la cause de leurs maux, les Indiens avaient commencé, dès l'époque de la conquête, par enfouir ou jeter dans les lacs ce qu'ils avaient de l'un ou l'autne métal; ainsi disparut une chaîne d'or, célèbre dans les annales de ce temps-là, qui avait été fabriquée pour la naissance de l'inca Huescar. La conquête consommée, lorsqu'ils découvraient un filon, ils en gardaient pour eux la connaissance. On dit qu'ils léguaient leur secret à leurs enfans, afin qu'ils allassent de temps en temps puiser dans la mine quelques morceaux de choix, et puis qu'un jour, si de meilleurs temps venaient pour les peaux- rouges, leur postérité s'y enrichit librement. Lorsqu'ils avaient quelques obligations à un blanc, ils lui livraient quelques charges du minerai le plus pur sans lui indiquer la mine. Le docteur
(1) On a vu dans le xviii* siècle des désordres à Mexico : il arriva même une fois que le palais du vice-roi fut brûlé par les populations indiennes; mais c'étaient des émeutes comme on peut en voir partout dans les momens de disette, et non point des insurrections contre Vautorité espagnole.
Tschudi rapporte beaucoup d'histoires qu'il a recueillies sur ces secrets si bien gardés par les indigènes. La plupart sont lugubres et sanglantes. En voici une qui est plus conforme à Thumeur naturellement douce des indigènes du Pérou : un moine qui était lié d'amitié avec un Indien, et à qui celui-ci avait apporté des blocs du minerai le plus riche, le supplia de lui faire connaître le lieu où il puisait ces trésors. L'Indien, y ayant consenti, vint le prendre une nuit avec deux de ses amis, lui banda les yeux et le porta sur ses épaules au milieu des montagnes. Là, il le déposa, et, enlevant le bandeau, lui dit de regarder. Lé moine se trouva au milieu d'un filon éblouissant de richesse. Après qu'il se fut extasié et en eut pris ce qu'il put mettre dans un sac, on lui banda les yeux de nouveau , et il lui fallut se laisser reporter chez lui. Tout le long du chemin , il eut l'idée de semer les grains de son chapelet dans l'espoir de s'y reconnaître; mais, quelques heures après qu'il était rentré, l'Indien paraît dans sa chambre, en lui disant : Mon père, voici votre chapelet que vous aviez perdu, — et il lui rend une poignée de grains.
Les mêmes sentimens subsistent encore. L'Indien couve toujours contre les descendans des Espagnols la même haine et la même défiance. Quand il travaille pour le compte du blanc, il n'épargne aucune ruse pour dérober les meilleurs morceaux de minerai, et ne se prête à rien de ce qui pourrait rendre l'exploitation plus fructueuse. Le blanc, de son côté, ne prend aucune précaution pour mettre la vie du mineur à l'abri des éboulemens, et c'est ainsi que dans les entrailles de la terre péruvienne ont eu lieu de lamentables aventures.
Exploitées d'une manière inepte et barbare, les mines de Pasco rendent, dit-on, aujourd'hui jusqu'à 300,000 marcs (69,000 kil. d'argent) communément, contrebande comprise. C'est à peu près 46 millions.
Le gouvernement espagnol, à cause du plus grand éloignement peulr-être, entreprit et accomplit moins pour l'avancement de l'industrie péruvienne que pour celle du Mexique. Cette négligence n'a pas peu contribué à borner le développement de la métallurgie du Pérou. J'ai déjà cité pour le Mexique la magnifique route qui, de là* Vera-Cruz, gagne a Perote le sommet de la Cordillère; c'est un des fruits du régime colonial, et le régime de l'indépendance Ta à demi détruite. Au Pérou, les conquistadores trouvèrent les chaussées établies par les incas, de Cuzco, leur capitale, à Quito, sur cinq cents lieues de long, à travers monts et vaux : c'était comparable aux plus belles voies romaines. Des communications pareilles dirigées des mines sur le littoral changeraient la face du pays en général, de l'exploitation des mines en particulier. Les Espagnols, après avoir laissé les cliaussées des incas se détruire, n'en établb:ent point de nouvelles; mais du moins ces constructions des premiers maîtres de la contrée, dont les débris
Mnt Tisibles en cent endroits et étonnent l'Européen, montrent ce qu^on pourrait faire. Pour les populations, c'est un souvenir, et pour les gouvememensun exemple qui restera comme un reproche accablant jusqu'à ce qu'il s'en présente un qui le mette à profit.
En partant des données fournies par M. de Humboldt, qui vont jusqu'à 1804, et en me servant, pour les compléter jusqu'à ce jour et les modifier (i) dans quelques parties, des indications fournies par M. Jacob, par M. Hac-Culloch, dans son Dictionnaire du Commerce (2), et par quelques voyageurs qui ont parcouru ces contrées, je trouve que la production en métaux précieux des Andes péruviennes, comprenant toutes les mines des deux ci-devant vice-royautés du Pérou et de Buenos-Ayres, ou des deux républiques modernes du Pérou et de la Bolivie, s'élevait en minimum, au !•' janvier 1810, à 2,403,888,000 piastres, dont 2,197,803,000 représentant 53,703,316 kilogrammes de métal en argent, et 206,085,000 piastres ou 304,800 kilog. en or, et, au 1" janvier 1846, à 2,608,700,000 piastres, dont 2,380,300,000 en argent et 228 millions en or, ou encore à 14,088 mOlions de francs, dont 12,925 en argent et 1,163 en or; ou enfin à 58,163,000 kilog. d'argent et 337,725 kilog. d'or. Ainsi les mines des Andes péruviennes ont rendu 750 millions de moins que celles du Mexique.
La proportion des deux métaux est d'un kilogramme d'or contre ,170 d'argent, et en valeur, au taux de la monnaie française, d'un franc en or contre 11 francs en argent (3).
Au début du xix« siècle, le produit annuel des Andes péruviennes était de 251,242 kilogrammes d'argent, dont quatre septièmes provenaient de la vice-royauté du Pérou et trois septièmes des montagnes dépendant du gouvernement de Buenos-Ayres; et de 1,500 kilogrammes d'or, dont 900 eritiron doivent être attribués au Pérou, et 600 à l'autre division du pays métallifère. Actuellement le Pérou proprement dit produit, selon le témoignage du consul anglais M. Wilson, rapporté par M. Mac-Culloch, 5,210,000 piastres. En répartissant ce rendement entre les deux métaux, suivant le rapport qui parait avoir été celui du
(1) Ces modifications concernent le Potosi; on les verra plus bas.
(a) Édition de 1S46, article Preeious metals.
(3) Si, au lieu de la version donnée par le préfet du département de Potosi , on adoptait celle qui avait été communiquée à M. de Humboldt, il faudrait aux ohilfres qui concernent Targent lyouter 279 millions de piastres, ce qui porterait la production totale des Andes péruviennes à 2,S87 millions de piastres, dont 2,659 en argent et 228 en or, ou en poids à 6i,980,000 kilogrammes d'argent et 337,725 kilogrammes d*or, ou enfin à 15,603 millions de francs, dont 14,440 en argent et 1,163 en or. Dans ce cas, la supériorité resterait aux Andes péruvieaAeflS
mfm 43 *^
commencement du siècle, c'està-dîre d'une piastre d*or sur 9, on aura pour la production actuelle 4.,631,000 piastres ou 113,158 kilog. d'argent, et 479,000 piastres d'or ou 708 kilog. (1).
(1) La production en or paraît avoir été, à certains momens, très considérable au Pérou. Ainsi de 1754 à 1772 on a livré à Thôtel des monnaies de Lima 6,102,139 marcs d'argent et 12Sf,080 marcs d*or; ce qui a dû produire plus d'une piastre d'or contre 3 piastres d'argent. De 1772 à 1791, la production de l'or a été beaucoup moindre, mais cependant de plus d'une piastre d'or oontre 8 d'argent, sans compter la proportion relativement plus forte de l'or qui ne venait pas à 1^ monnaie.
LEVOTOSl.
Parmi les mines péruviennes, celles du Potosi méritent une mention particulière.
Les mines du Potosi sont celles du monde entier qui ont donné le plus d'argent, et qui ont eu la plus grande part à la variation des prix des denrées en Europe. Découvertes en 1545, elles rendaient, onze ans après, en 1556, 89,050 kilog. d'argent fin, représentant 19,790,000 fr. de notre monnaie, et trente ans plus tard, suivant l'évaluation la plus réduite, 184,240 kilog. d'argent fin ou 40,941 ,000 francs, taux auquel elles se tinrent sans baisser de plus d'un tiers pendant un long laps de temps. Jamais mine d'argent n'avait autant donné et jamais pareille chose ne s'est vue depuis, et pourtant nous ne tenons pas compte ici de tout ce qui s'écoulait sans passer par l'hôtel des monnaies du P(>tosi, en contrebande, à l'état de lingots, afin d'éviter les droits établis au profit de la couronne; ce que H. de Humboldt a porté pour l'ensemble de l'exploitation au quart du produit déclaré, et à l'époque dont nous parlons, c'était davantage. Ainsi la production du Potosi , évaluée au plus bas, se trouvait, vers l'an 1585, de plus de 50 millions. Pour en bien apprécier l'importance, il faut se reporter au temps où le Potosi vint étonner le monde. Alors les métaux précieux étaient extrêmement rares, par conséquent leur valeur relative était bien plus grande qu'aujourd'hui. D'après les prix comparés du blé, l'argent valait en Espagne plus qu'aigourd'hui dans le rapport de 62 à 10. Cette richesse de 50 millions de francs dut faire sur les imagmations espagnoles le même effet que produiraient aujourd'hui 300. Il n'y avait peut-être pas avant la découverte de l'Amérique, ni quarante ans après, en circulation dans toute la monarchie espagnole, une quantité d'espèces d'argent supérieure à ce que donna bientôt le Potosi en une seule année. Il eût fallu moins pour donner à toutes les Espagnes la passion des mines et accréditer la fable de l'Eldorado.
Tous les trésors retirés des mines du Potosi, qui montent à 6 ou 7 milliards, sont sortis des flancs d'une seule montagne, le Hatun Potocchi (le grand Potocchi), dont, par euphonie, on a fait le Potose. Cette montagne, située au milieu des montagnes du Pérou, à cent lieues environ à vol d'oiseau dans l'intérieur des terres, et haute de 4,865 mètres au-dessus de l'Océan, s'élève, isolée en pain de sucre, au milieu d'uu vaste bassin, suspendu lui-n^êiiic sur la croupe des Andes, à une
-Estelle hauteur au-dessus de la mer, que rélévatioD apparente de la mon* tagiie est de 945 mètres seulement. On y exploite, à différens étages, trente-deux filons qui coupent la masse rocheuse, sans parier de moindres veines métalliques. Elle est entourée au loin d'un pays désert, horrible, sans végétation, sans culture. 11 se passe peu de jours de Tannée sans qu'au fond du bassin même on n'ait de la neige, de la grêle ou de la pluie. Un Indien, conducteur de lamas, Diego Hualca, qui avait travaillé aux mines de Porco, qu'on exploitait déjà du temps des incas, y découvrit le minerai d'argent en 1545. Dès le début, les profits furent tels que la population accourut de toutes parts dans ces tristes régions, et une ville de deux lieues de tour y fut construite comme par enchantement : c'est celle de Polosi, qui, dès la fin du xvi« siècle, était aussi vaste qu'on la voit aujourd'hui, et qui compta, dit-on, jusqu'à 160,000 habitans. Pendant les guerres civiles, elle était tombée à 7)000. Il y a quelques années déjà, après le rétablissement de la paix, elle s'était relevée à 13,000.
A l'origine, le minerai extrait se traitait, à la façon des Indiens, dans de petits fourneaux en terre glaise appelée huayras, où on le mêlait à de la galène ou minerai de plomb, et où le feu agissait excité par un courant d'air naturel. On perdait ainsi une grande quantité de métal; on se procurait très péniblement du combustible, on remplaçait le bois par des broussailles; mais on ne s'attaquait qu'aux minerais les plus riches, qui, dans cette mine biai plus encore que dans les autres exploitations du Nouveau-Monde, étaient les plus voisins de la surface. Tout près du jour on trouvait des masses de minerai dont on retirait quelquefois, à ce qu'on assure, le tiers de leur poids en lingots. L'exploitation avait un^ activité extrême. Le nombre des fourneaux qui, chaque soir, illuminaient les flancs de la montagne était d'au moins 6,000. C'était un spectacle inoui pour les nouveaux venus, auxquels tout semblait tenir de la féerie au Potosi, et les récits du temps en parlent avec enthou* siasme. L'exploitation allait languir faute de combustible, lorsqu'un Espagnol importa au Pérou le procédé de l'amalgamation dont Médina avait enrichi la métallurgie mexicaine : c'était en 4571. Dès-lors l'avidité des aventuriers, qui de la Péninsule se précipitaient sur le Nouveau-Monde, put amplement se satisfaire, et de puissans moyens furent employés pour organiser le travail sur une grande échelle. Par un rare bonheur, le sel nécessaire à l'amalgamation se rencontra dans le voisinage. On manquait d'eau motrice pour broyer le minerai et pour les lavages; on leva cet obstacle par des constructions hardies : des barrages en pierre furent jetés au débouché des vallons creux de la Cordillère de manière à y retenir la fonte des neiges et les eaux pluviales qu'on lâchait ensuite selon les besoins. Dès 1578, le nombre de ces réservoirs était d'au moins dix-huit, e^ ils avaient coûté, au plus bas mot, 22 mil«