‹ Des mines d'argent et d'or du Nouveau-mondeChapitre 6 sur 9 · ARGENT EN KILOG. OR ES &1L0G · texte numérisé non relu

ARGENT EN KILOG. OR ES &1L0G

Amérique 795,581 14,118

Earope 52,670 1,300

Turquie d*A8ie 11,945 »

Asie boréale 21,709 050

Archipel de la Sonde. » 4,700

Afrique » 4,000

Totaux 881,205 24,768

Ainsi l'Amérique entrait dans la masse de métaux qui était jetée sur le marché général pour un contingent des 9i centièmes de l'argent, et de 57 pour iOO de l'or (i). On voit aussi qu'il y avait une production de 1 kilogramme d'or contre 36 kilog. d'argent, ou de 1 franc en or contre 2 fr. 33 cent, en argent.

Mais actuellement les rapports qui existaient au commencement du siècle sont complètement changés. C'est par la Russie principalement que ce changement s'est opéré, quoique la baisse de la production de l'argent en Amérique soit très sensible.

(1) Jt ne présente qu'avec réserve, je le répète, les évaluations relatives à ce dernier métal, parce qu'elles sont beaucoup plus hypothétiques que celles qui concernent Targent, surtout pour les pays en dehors de TAmérique et de TEurope.

— loi -

MINES d'or de la RUSSIE.

Les mines d'or de la Russie orientale et de la Sibérie^ exploitées depuis un petit nombre d'années, produisent des quantités de métal toujours croissantes. Les résultats qu'elles donnent sont faciles à connaître : le gouvernement russe fournit à FEurope les renseignemens les plus détaillés sur tout ce qui concerne ces vastes exploitations , au moyen d'une publication faite périodiquement à Paris même, par les soins d'un de ses agens officiels^ sous le titre de V Annuaire du Journal des Mines de Itussie.

Actuellement ces gites d'or d'alluvion sont sinon exploités, du moins reconnus sur un espace inmiense. Depuis le Kamtchatka et les monts Oudskoï, dont le pied est baigné par l'Océan Pacifique, jusqu'au méridien de Perm, à l'ouest de l'Oural, sur une distance qui embrasse la moitié du cercle qu'on décrirait en faisant le tour de la planète à cette hauteur, des groupes de terrains diversement espacés, mais couvrant chacun une grande surface, présentent des dépôts aurifères. Cette zone , démesurément longue, a une largeur moyenne de 8 degrés de latitude ou de près de 900 kilomètres. La présence de l'or sur une pareille superficie est un des phénomènes les plus généraux qu'on puisse signaler sur notre globe. Elle répond au surplus à l'uniformité de configuration des régions du nord de l'Europe et de l'Asie qui , depuis le détroit de Behring, par lequel l'ancien et le nouveau continent sont séparés du côté de l'Orient, jusqu'à notre Picardie, ne forment, pour ainsi dire, qu'une seule plaine.

Ce sont quelques points choisis sur ce grand espace qui, depuis une trentaine d'années, se sont mis à produire tant d'or qu'on n'y soupçonnait pas. Et cependant le père des historiens, Hérodote, avait positivement indiqué l'existence de beaucoup d'or dans ces contrées septentrionales qu'il appelait l'Europe orientsde et que les modernes rangent dans l'Asie. C'est dans le nord de l'Europe ^ disait-il, que se trouve la plus grande abondance de l'or. Venait ensuite son récit des Arimaspes, qui enlèvent l'or aux griffons gardiens de ce métal et le transmettent par le trafic aux bsédons. La fable des griffons qu'Hérodote mêle à sa narration s'expUque assez bien par les ossemens des grands quadrupèdes pareils aux éléphans et aux rhinocéros* qu'on trouve bien conservés et en grand nombre ^ans les couche» du sol qui reçouTreat les 9«bte8 auriferwi etdaos Uv\w}s^ w^ow^lm i^coroi wlon ce que rap*

porte M. de Humboldt dans son récit sur Y Asie Centrale, les tribus indigènes, race de chasseurs, croient reconnaître les griffes, le bec et même la tête entière d'un oiseau gigantesque. Ces barbares trouvaient à la surface du sol de grosses pépites dont il y a de nombreux exemples, et les vendaient aux Issédons, qui les livraient aux Scythes, qui à d'autres; nécessairement aussi ils avaient lavé des sables.

Voilà commentée champ immense où s'exploite aujourd'hui, comme on va le voir, la majeure partie de l'or que reçoive la civilisation est exactement le même d'où l'antiquité presque la plus reculée retirait son approvisionnement de ce même métal. 11 est remarquable que la connaissance de ce fait, si parfaitement propre cependant à tenir en éveil chez les peuples et chez les princes une des passions les plus vivaces et les plus infatigables, la soif des richesses métalliques, se fût effacée de la mémoire des hommes, en dépit du soin que le plus classique des historiens avait pris de le consigner expressément dans ses écrits, et qu'il nous revienne par l'effet du hasard après un oubli de deux mille ans. Pèû d'exéniples pourraient donner une preuve plus convaincante de ee que notre m^re a de léger, notre savoir de fugitif.

Dû premier groupe de mines d'or est formé par la circonscription des monts Ourals, grande chaîne dirigée à peu près du nord au midi, comme la ehàine des Andes, et qui occupe, à la séparation de l'Europe et de l'Asie, une longueur d'environ i,900 kilom. Les monts Ourals sont couverts d'immenses forêts propres à fournir à tous les besoins de la métallurgie. On y rencontre des mines de fer et de cuivre que l'on etploite, depuis long-temps déjà, sur une grande échelle. Lesalluvions qui omtiennent l'or et le platine, disséminées sur les flancs de la chaîne, sont beaucoup plus riches* sur le versant oriental que sur celui qui regarde l'Europe ou TOccident.

• En 1774, des réparations à un des engins de la mine de Klutchefsk firent rencontrer un g!te de sable aurifère dont on soumit une partie au lavage l'année suivante. Vers 1813, d'autres découvertes du même genre eurentlieu; mais ce n'est qu'à 1823 que remontent les exploitations actuelles. Ce sont des couches éparses dans la masse des alluvions de sable et de gravier qui composent le sol de l'Asie et de l'Europe septetttricHiaies. La forme et la puissance des couches aurifères varient beaucoup; ce sont en général des zones oblongues dont la largeur n'est que le viïigtième de la longueur dans les plus grandes (celles qui ont jusqu'à 500 mètres), et du douzième dans les plus courtes. Elles sont disposées en plus ou moins grand nombre, tantôt sur des plateaux arides, tantôt le long des rivières ou dans lès endroits marécageux. Leur épaisseur se réduit à 20 centimètres quelquefois; mais elle approche souvent de deux mètres et va au-delà sur quelques points, On en exploite qui m contiemwnt pas en poidf plus d*ua troi9 ceat millième d'or, ce qui

Suppose une proportion huit ou neuf fois moindre en volume, n s'en est trouYé cependant qui en avaient vingt et quarante fois autant. L'or est disséminé tellement en petites parcelles au milieu des sables et des gravierS; que Fœil le plus subtil^ armé de la loupe la plus^ grossissante, chercherait en vain à l'apercevoir dans la tranche des couches, quoi* qu'il s'y rencontre cependant à l'état métallique, dégagé de toute com* binaison (4).

On trouve, au milieu de la masse des montagnes, quelques filons de quartz où l'or se montre en quantité suffisante pour qu'on les exploite; mais l'or qui a cette origine ne forme qu'une imperceptible portions de la production totale : c'est à Berézofsk particulièrement que cette exploitation se fait.

A plus de 2,000 kilomètres de l'Oural dans le cœur de la Sibérie, les vallées à sables aurifères sont exploitées au milieu d'autres richesses métallurgiques. La chaîne de l'Altaï, plus étendue que l'Oural, avec des cimes plus élevées, couvre un grand espace en Asie dans les possessions russes et à la limite des empires qui obéissent l'un au czar, l'autre au fils du ciel. Au milieu de ces âpres montagnes, on exploitait déjà depuis assez long-temps quelques mmes d'argent et d'autres métaux; dès le xvn« siècle, un Grec industrieux avait apporté au czar quelques lingots d'argent qu'il en avait retirés. L'exploitation- de l'or y est bien plus récente et remonte seulement à 1830. On distingue dans l'Altaï deux circonscriptions minéralogiques : la région des monts Alataou, qui est fort spacieuse et d'où l'on retire beaucoup d'or; l'autre, bien plus loin à l'est, aux confins extrêmes de la Sibérie, est celle de Nertschinsk, où sont d'autres sables aurifères, en ce moment très productifs; la contrée offre aussi des mines de plomb argentifère, d'étain, de fer, on y rencontre enfin des pierres précieuses; mais c'est malheureusement un climat très rigoureux, car la température moyenne y est de 3 degrés centigrades^ au-dessous de zéro.

Les régions de l'Altaï qu'a parcourues, en 1829, M. de Humboldt à la tête d'une expédition organisée par les soins de l'empereur de Russie, et dont un intrépide et savant voyageur, M. de Tchihatcheff, après une exploration pénible, a fait connaître les parties les plus sauvages par une publication qu'a justementremarquée le monde scientifique, offk^nt aux arts métallurgiques un champ infini. Pour nous borner à ce qui regarde les métaux précieux, l'or y est en gisemens plus vastes que dans l'Oural. Cest d'ailleurs la même richesse à peu près, ou, pour

(1) Ce n'est cq^ndaBt.pas «edlement à came derextrèn» lénwf^' to parodies d*or quille représentent maxennemenfi qi^'une petite fractv^n de miUigrRunMf un qninsièma ou un vingtième. Cest aussi parce que la surface de T.or est Toiiée par une légère coucbtf argileuse. Ainsi des pépites même d'an Tolume très appréciable ne «'aperçolTentjpas daiii )atrf|Q(bede9Coiicbe9,^

mieux dire, la même rareté de For au milieu des sables. Lorsqu^il s^agit de Tor, on compte en Sibérie comme partout, dans TÂltaï comme dans les montagnes plus voisines de la Chine, par fractions de cent millième. Il faut cependant que For justifie les frais que cette rareté occasionne, puisqu'on continue de l'exploiter. Les couches d'alluvion aurifère de rAltaïy de même que celles de TOural et des autres contrées qui produisent de For, sont maintes fois recouvertes par une certaine épaisseur d'autres sables qui sont stériles, et qu'il est le plus souvent nécessaire de déblayer, ce qui enchérit Fextraction. Même dans ces conditions coûteuses cependant, les gisemens sont attaqués avec succès par les moyens mécaniques que fournit la science européenne. L'extraction de l'or a donné, dans certains cas, des bénéfices énormes, comme il est arrivé pour les mines d'argent au Mexique. Le vulgaire, ébloui par les fortunes brillantes qu'il a vues sortir tout à coup de Fexploitation des sables aurifères, sans se donner la peine de compter les chercheurs de trésors qui s'étaient ruinés, s'est pris de passion pour cette industrie, et c'est ainsi qu'elle a acquis de grands développemens dans l'Altaï plus encore que dans FOural, malgré Fâpreté du climat, la rareté de la population, et la difficulté de se procurer des subsistances dans ces déserts lointains, plus inhospitaliers encore que ceux où la nature a placé les mines du Potosi.

Ce fut d'abord dans FOural, avons-nous dit, que Fexploitation de For de la Russie commença. La couronne se partagea la tâche et le profit avec les particuUers. Elle s'adjugea à elle-même, et dans cette chaîne et dans FÂltaï, le versant occidental des montagnes, abandonnant à Findustrie privée le versant oriental. Ce partage s'est trouvé de fait très inégal au détriment de la couronne, les gisemens du versant occidental étant beaucoup moins riches et moins nombreux que ceux du versant opposé. Quelques années après FOural, FÂltaï fut mis en exploitation. Il s'éleva graduellement de manière à dépasser FOural, qui, au surplus, fut bientôt en décroissance. Ainsi, en 1845, l'Oural a donné, d'après les relevés officiels, 5,358 kilogrammes, et la Sibérie 16,009 kilog. M. de Humboldt évaluait qu'à la fin de 1838 la production totale de toutes les mines de la Russie, depuis 1823, avait été de 84,362 kilogrammes d'or pur, soit moyennement par année 5,273 kilogrammes; mais la production ne s'est point répartie également dans cette période : elle suit une progression ascendante.

Les résultats officiels des lavages d'or de la Russie, pendant les dix dernières années, sont consignés dans le tableau suivant que je dois à l'obligeance de M. de Boutowsky, agent officiel de Fadministration corn* merciale et financière de Fempire russe à Paris,

Page 1