‹ Des mines d'argent et d'or du Nouveau-mondeChapitre 7 sur 9 · OR DE LAVAGE DES MINES DE RUSSIE · texte numérisé non relu

OR DE LAVAGE DES MINES DE RUSSIE

Mais Tor mentionné dans ce tableau n'est pas pur, il contient 12 pour 100 d'alliage, presque tout argent. D'un autre côté^ le droit de 10 à 15 pour 100 (1), qui est perçu au profit de la couronne, détermine les particuliers à dissimuler autant qu'ils le peuvent une partie de leur production. Ensuite les ouvriers commettent constamment des soustractions. M. MacCulloch (2) évalue la proportion d'or qui s'écoule clandestinement au jcinquième de la production déclarée. Nous admettrons cette évaluation.

La Sibérie contient aussi des mines d'argent qui même sont connues depuis long-temps. Dans l'Altaï, on cite plusieurs mines d'argent dont les plus belles étaient en activité dès 1726, grâce à l'industrie d'Akenfl Demidofif, chef de la famille qui a tant contribué à mettre en valeur les richesses minérales de l'empire russe. Depuis l'origine des travaux, elles avaient rendu , en 1835, d'après les renseignemens officiels^ 1,141,817 kilogrammes d'argent, d'où on avait entrait 3i,122 kilog. d'or. Pendant les seize années de 1823 à 1838; les mines de l'Altaï ont donné en argent 240,855 kilog., ou moyennement 15,053 kilog. La production actuelle est évaluée à 16,380 kilogrammes. Ces mines sont curieuses par l'extrême pauvreté du minerai, qu'on traite cependant avec avantage. Les plus favorisées, celles de ZérianoM, ne contiennent que 4 et demi zolotniks par poud (3), ou 117 sur 100,000,

(1) Les premières concessions faites par le gouvernement msse furent accordées sons la réserye du dixième du produit brut. Plus tard ce droit a été porté & 15 pour 100. On Bait<itt*en"France les mines de toute sorte ne sont astreintes enverv l'état qu'à une red^ vançe de 5 pour 100 du produit net (S) Dietionnairû du Commercû, 1846, article Preeiouê metaU» (ai Un pond représoatA 10 kilog. 86; 1 Uvro rum do 40 au pondi 41 fpmmsn t lo^i toUuk^ d6 9H 11 Hm, 186 miUierâoimo»!

c*est-à-(îîre à peine un atome par-delà le point ou Ton cesse âe traiter les minerais mexicains, et celles de Palairsk n!ont qu'une teneur de six à sept fois moindre, exactement 184 sur 1,000,000. On les traite par la fusion, ce qui suppose un combustible dont la valeur puisse n'être comptée pour rien. Le procédé est tel cependant, que, sur cent parties d'argent contenues dans le minerai, on en perd 35. Plus à Test encore, dans la circonscription de Nertchinsk, les mines d'argent, travaillées jadis par dçs populatiçns de race finnoise, furent reprises, au ^commencement du xvui* siècle, par des Grecs. Oq estime que de 1704 à 1835, elles avaient rendu 323,783 kilogrammes d'argent^ qui avaient fourni 1,132 kilogrammes d'or. Leur plus grande prospérité fut vers 1765. Alors le produit s'élevait à 8,190 kilogrammes d'argent. De 1823 à 1838, en seize ans, il a été de 54,082 kilogrammes, soit moyennement par année 3,380 kilogrammes. On l'évaluait, il y a dix ans, à 3,767 kilogrammes (1).

Pendant la période décennale close le 31 décembre 1845, les mines d'argent de la Russie ont rendu, d'après les relevés officiels, 199,449 kilogrammes, et 5,813 kilogrammes d'or fin. La production a peu varié d'une année à l'autre, et les oscillations tantôt dans le sens de l'accroissement, tantôt dans le sens opposé, indiquent un état stationnaire.

La production de l'empire russe, calculée d'après la dernière année connue, 1845, en tenant compte de la contrebande estimée à un cinquième pour l'or et à un dixième pour l'argent, se présente ainsi :

22,564 kil. d'or fin, d'une valeur de 77,700,000 fr. 20^720 kU. d'argent fin, — 4,600,000

Valeur totale. 82,300,000 fr.

Mais cette production n'est pas stationnaire pour le plus précieux des deux métaux. L'extraction de l'or en 1846 parait avoir sensiblement excédé celle de 1845.

Les trésors fournis par l'empire russe depuis 1823 pour l'or, depuis le commencement du xvur siècle pour l'argent, peuvent s'estimer à 217,534 kilog. d'or, équivalant, d'après le tarif de la monnaie française, à 750 millions de franeç, et à 1,831,554 kilog. d'argent ou 407 millions de francs. La sonime totale est de 1,157 millions. Comparé à ce qui est sorti des mines de l'Amérique, c'est pour l'or 7 et demi contre 100, pour l'argent presque une parcelle, 1 centième et demi, et pour l'ensemble une fraction par-delà 3 pour 100.

Si, au lieu d'envisager la production totale, on con»dère l'extraction annuelle, l'empire russe apparaît dans une position beaucoup plus avantageuse. Dès à présent, pour ne parler que de l'or, la pro«

ductîon américaine étant représentée par JOO, celle de la Russie Test par 151. Comme les lavages de la Russie asiatique vont s*étendant sans cesse, et que le champ sur lequel ils s'exercent semble indéfini, nous sommes bien éloignés encore du terme qui sera atteint. Il faut s'attendre à ce que prochainement, par le fait de la Russie, la production générale de Tor approche du triple de ce qui apparaissait, à la fin du siècle dernier, sur le marché du monde. Cet accroissement de l'extraction devra, après un certain délai, amener une baisse de prix, parce que, à moins d'un développement rapide de la richesse parmi les populations, l'on cesserait bientôt de trouver l'emploi de cette masse d'or, et Toffre ainsi excéderait la demande. En d'autres termes, en supposant que l'argent restât au même point par rapport au blé, l'or ne vaudrait plus que quinze ou quatorze ou douze fois son poids en argent. La valeur relative des deux métaux précieux (je ne parlç pas de la valeur absolue ^ ni de la valeur rapportée à celle des objets de première nécessité) se rapprocherait de ce qu'elle était chez les peuples anciens ou avant la découverte de l'Amérique. D'un autre côté, la baisse de la valeur vénale de l'or ne pourrait se soutenir qu'autant que les frais de production auraient diminué, autrement la production s'arrêterait; mais, quand on songe aux progrès surprenans que font tous les jours les arts mécaniques, on ne peut douter que le*prîx de revient de l'or n'éprouve une réduction, sous la seule condition que les gisemens restent les mêmes. Ainsi la baisse, si elle vient à se déclarer, ne fera guère reculer l'extraction. Au surplus, il devra s'écouler du temps avant que, devant une production d'or même triple de celle du commencement du siècle, le prix courant de ce métal éprouve une réduction significative. La quantité d'or qui existe chez les peuples civilisés est tellement forte, qu'une addition annuelle de 40,000 kilogrammes par-delà ce qui s'y plaçait ordinairement avant 1823 n'en augmenterait pas vite la masse d'une manière bien sensible, et n'en changerait pas la valeur vénale, si ce n'est après un certain délai (1). La civilisation ensuite est dans une veine de paix dont il faut croire que le verbiage insensé de passions rétrogrades réduites aux abois ne la fera pas sortir. A la faveur de la paix, l'aisance et la culture gagnent parmi les populations; un peu d'élégance et de luxe s'introduisent dans tous les rangs de la société. Voilà de quoi assurer à une production de l'or plus considérable que celle du jour un placement facile, sans que les extracteurs aient à se préoccuper de la baisse de la valeur vénale de l'or. Avant que dans notre Europe chaque personne, homme ou femme, ait sa montre

(1) Ainsi, il y a Tingt-cinq ans, lorsque rAngleterre a attiré à elle pour fabriquer d« la monnaie en or, afin de remplacer les billets de banque qui seuls avaient eu conn depuis 1797, uoe somme de plus d'un milliard, représentant au moins 800,000 lOliH ffnwm i'Qt flO| l« prU de Vor n'oa » pu étt ^enaibl^meot «Itéré dm le commercet

êKl or, une baguô en or ou une croix d'or, la Sibérie a de la marge. Or> avec l'aide de la paix, pourquoi n'en viendrions-nous pas là tout comme à la poule au pot du bon roi Henri IV?

H ne faut pas s'attendre non plus à ce que For éprouye une baisse de -valeur comparable à celle qu'on peut prévoir à l'égard de l'argent pour une époque encore incertaine, à moins de la découverte de quelque Eldorado y où les cpnditions de l'exploitation seraient complètement changées. L'extraction de ce métal ne se prête pas à des perfectionnemens aussi étendus à beaucoup près que l'industrie argentière, qui, dans les principaux centres de production, ceux de l'Amérique, est barbare. De ce point de vue, l'Angleterre , dont le numéraire métallique est en or^ n'est pas exposée à la même perte que la France, dont la monnaie réelle est uniquement en argent.

PRODUCTION DE l'ARGENT EN ESPAGNE.

Dans Fancien continent^ la Russie n'est pas le seul état qui ait agrandi sa production de métaux précieux. C'est un progrès qui est presque général parmi ceux des états européens qui comptent sous ce rapport. Les succès qu'en ce genre a obtenus la Russie sont éclatans, incomparables. Cependant on va Yoir que quelques autres nations ont fait aussi des pas dignes d'être cités. Au commencement du siècle^ l'Europe y sans compter la Russie, que nous prenons ici dans son ensemble, tant à l'est de l'Oural qu'à l'ouest, donnait en métal fin i,300 kilogrammes d'or et 52,670 kilogrammes d'argent. En 1835, c'était encore à peu près la même quantité d'or, mais il y avait un produit en argent d'environ 15,000 kilogrammes de plus. La production de l'or et de l'argent en Europe était, en 1835, comme au commencement du siècle, concentrée dans l'Allemagne et le bas de la vallée du Danube, c'est-à-dire, pour être plus précis, dans les montagnes du Hiartz, en Hanovre, dans celles de l'Erzgebirge, que se partagent la Saxe, la Bohême, la Prusse, dans la Hongrie et la Transylvanie, ces deux derniers pays, répétons-le, ayant à peu près le monopole de l'or. Hors de l'Allemagne et de la vallée du Danube, il ne se produisait pas, en 1835, plus de 15,000 kilogrammes d'argent d'une valeur d'environ 3 millions, et de 20 ou 25 kilogrammes d'or. L'industrie, qui, depuis 1835, a pris en Europe un beaucoup plus grand essor, s'est attachée aux métaux précieux plus que par le passé. En ce moment, il s'en faut de peu que la production de l'argent ne soit du double de ce qu'elle était en 1 835. La prmcipale cause du développement qu'elle a reçu tient à ce que l'Espagne, dont le territoire recelait en ce genre de grandes richesses fort célèbres autrefois, s'est remise à les exploiter.

Les mines d'or, et plus encore celles d'argent de l'Espagne, ont eu une grande renommée. Strabon, dont chaque jour on apprécie mieux l'exactitude, en constate la fécondité. Bien avant lui , le prophète Ézéchiel l'avait signalée dans ses menaçantes prophéties contre Tyr (!]. On travaillait avec succès les gisemens d'argent de la Péninsule sous les Maures comme sous les Romains; on les a repris depuis que le pays a eu plus de liberté, en même temps qu'on s'est mis à exploiter avec vigueur les

(1) Llbérie fit le commerce avec toi à cause de tes grandes richesses; elle paya tes denrées avec deFargent. {Èxéehiel, chap. xxii, 13.)

tiombreuMd couches de houille que la nature a placées dans les Âstu« rieSi tout près de la mer, avec des mines de fer inépuisables.

Ce sont des mines de plomb argentifères situées dans les royaumes de Murcie et de Grenade, à peu de distance de la Méditerranée, qui ont donné autrefois et qui rendent présentement une grande quantité d'argent. Le plomb n'y est cependant pas toujours associé à l'argent. Les mines de la sierra de Gador, situées derrière Almeria, qui ont donné, il y a quelques années, jusqu'à 39 millions de kilogrammes de plomb, et qui en rendent encore 13 à 14, ne fournissent pas d'argent; mais les mines qui sont derrière Carthagène, particulièrement à Âlmazarron, et plus encore celles qu'on exploite dans un petit vallon nommé le Baranco Jaroso, dans la sierra Almagrera, petit chaînon peu éloigné du littoral, dans le royaume de Grenade, ont une teneur en argent assez remarquable. Elle est de 1 pour 100 par rapport au plomb. Visitées successivement par plusieurs ingénieurs français fort éclairés, tels que MM. Le Play, Paillette, Sauvage, les mines du midi de l'Espagne, ont été, en 1845, l'objet d'une exploration nouvelle, par M. Pemolet, directeur des mines de PouUaouen en Bretagne. D'après cet observateur (1), les seules mines de la sierra Almagrera rendent actuellement au moins 40,000 kilogrammes d'argent, et par conséquent on ne saurait évaluer à moins de 50,000 kilogr. l'extraction de la Péninsule entière.

Quant à l'or, ce que donne la Péninsule est tout-à-fait insignifiant. On peut regarder cependant comme probable que la réussite extraordinaire des lavages d'or dans la Russie asiatique excitera les recherches de ce métal dans tous les pays où autrefois on s'était livré à des travaux semblables, Le succès a sur le cœur de l'homme une puissance de fascination. L'exemple du succès provoque quelquefois les entreprises les plus folles, à plus forte raison peut-il légitimer des tentatives qui se présentent avec des chances passables. Il n'y aurait rien de déraisonnable à attaquer désormais, avec les moyens qu'indique la mécanique et que chaque jour la Russie perfectionne, les gisemens d'alluvion qui furent renommés autrefois pour l'or qu'ils renferment. Il en existe non-seulement dans la péninsule ibérique, mais aussi chez nous, au pied des Pyrénées, qui ont été jadis d'un bon rendement, spécialement dans la vallée de l' Ariége, où paraissent se reproduire les circonstances caractéristiques du gisement dé l'or en Sibérie; de même dans la vaste alluvion qui occupe la vallée du Rhin, entre Bâle et Manheim, On en cite aussi dans d'autres contrées.

(1) Annales des mines, 4« série, tome X, pi^e 257.

xvm.

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