‹ Des modifications du foie consécutives aux altérations rénales: étudeChapitre 2 sur 12 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

L'organisme, même à Tétat normal, est constamment soumis à toute une série d'intoxications du fait de la désassimilation et de l'usure cellulaires, ain.si que de l'absorption intestinale. Sans cesse il doit se débarrasser des nombreux produits toxiques qui prennent naissance dans les tissus ou qui sont absorbés par la muqueuse intestinale ; il s'en débarrasse soit en les éliminant en nature, soit en les transformant.

: De nombreux organes entrent ici enjeu : certains agissent surtout comme organes d'excrétion et d'élimination : ce sont les poumons, ïà peau, la muqueuse digestive; d'autres agissent en transformant les substances toxiques : ce sont les glaiides vasculaires sanguines , glandes surrénales, corps thyroïde, peut-être les organes hématopoïétiques. Mais le rôle principal dans la lufte de l'organisme contre l'intoxication revient sans conteste aux reins et au foie. Ce sont les principaux organes dépurateurs qui agissent l'un et l'autre à la fois en transformant et en éliminant au dehors le^ substances toxiques que leur apporte le sang.

A première vue, le rôle dépurateur du rein est le plus apparent : l'excrétion de Purine d'une part, et d'autre part les accidents que provoque la suppression de la fonction rénale, le mettent en pleine lumière.

Mais, en réalité, le rôle du foie ne le lui cède en rien : par

la sécrétion biliaire, cette glande élimine encore plus de substances toxiques que le rein par la sécrétion urinaire, et encore n'est-ce là qu'un des modes de son activité anlitoxique. Le foie, placé comme une barrière sur le trajet du sang qui vient de l'intestin, arrête un grand nombre des substances nocives, minérales ou organiques, que charrie le sang; il peut les emmagasiner, puis les rendre peu à peu et par petites quantités, à la circulation, ou bien les éliminer par la bile, ou encore leur faire subir des modifications chimiques qui atténuent ou annihilent leur toxicité.

Ainsi le foie joue un rôle capital dans la protection de l'iorganismç contre les intoxications ; à ce point de vue> il est l'auxiliaire le plus important des reins. Plus que tous les autres organes, les reins et le foie présentent une synergie fonctionnelle, une solidarité physiologique extrêmement étroites. Or, la solidarité qui relie ces organes à l'état physiologique se retrouve à l'état pathologique ; l'insuffisance de Tun de ces organes laissant s'accumuler les substances toxiques dans l'organisme augmente nécessairement le travail de l'autre : foie et reins agissent done*dans une certaine mesure comme organes vicariants.

Le retentissement des lésions et des troubles fonctionnels hépatiques sur le rein a été l'objet d'assez nombreuses recherches ; depuis longtemps les cliniciens avaient signalé la fréquence et l'importance des lésions rénales chez les hépatiques et particulièrement chez les ictériques ; et la constatation de l'hypertoxicité des urines chez les sujets en insuffisance hépatique (Roger et Surmont) (1) expliquait

(1) Surmont, Toxicité des urines dans les maladies du foie. Arch, gén. de méd., i892.

comment les reins, chargés d'éliminer les toxines en quantité exagérée, pouvaient être à leur tour lésés par ces toxines ; d'ailleurs, bientôt Texpérimentation avec MM. Gaucher (1), Pawlow (2), Charrin (3) et surtout Gouget (4), vint reproduire ces lésions rénales consécutives à l'insuffisance hépatique. Enfin les recherches de physiologie expérimentale de MM. Chauffard, Gavasse et Gastaigne (5), ont confirmé ces résultats, en démontrant Texistence de troubles de perméabilité rénale chez les hépatiques.

Mais inversement, n'est-il pas logique de penser que les substances toxiques retenues en quantité exagérée dans l'organisme par suite de l'insuffisance de la dépuration rénale, sont capables de déterminer d'importantes réactions • de la part du foie, plus que de tout autre organe, en raison de sa fonction antitoxique?

Or, les travaux sur ce sujet sont encore bien peu nombreux; Hanot (6) le premier, en 1888, a signalé la fréquence

(1) Gaucher, Pathogénie des néphrites. Th. agrégation, 1886 ; et Rev. de méd,, 1888, p. 885.

(2) Pawlow, Arch. de biol. de Sl-Pélersbourg, t. II, n» 4, 1893.

(3) Charrin, Influence des maladies du foie sur la pathologie du rein. Sem. méd,, i4 février 1894.

(4) Gouget, De ^influence des maladies du foie sur Vétat des reins. Th. Paris, i 895.

(5) Chauffard, Perméabilité rénale dans les ictères infectieux. Presse méd.^ 8 janvier 1898 ; Chauffard et Cavasse, Perméabilité rénale chez les hépatiques. Presse mé(/., 12 mars 1898 ; Chauffard et Gastaigne, Valeur séméiologique de l'épreuve du bleu de méthylène chez les hépatiques. Soc. méd, des hop., 22 avril 1898; Chauffard et Gastaigne, L'épreuve du bleu et les éliminations urinaires chez les hépatiques^ Journ. de physioL et de path. gén., 1899, n<» 3.

(6) Hanot, Gros foie dans le mal de Bright. Arch g en. de méd., décembre 1888.

— iode l'hypertrophie et des lésions hépatiques chez les brightiques et affirmé Texistence d'un rapport de cause à effet entre les lésions rénales et les lésions hépatiques.

Depuis, divers cliniciens ont vérifié la description de Hanot, et quelques expérimentateurs ont signalé, le plus souvent incidemment, des modifications fonctionnelles ou histologiques du foie dans l'urémie-Mais aucune étude d ensemble n'a encore été faite sur Tétat du foie chez les néphrétiques et chez les urémiques.

C'est cette étude que nous avons voulu entreprendre, sur le conseil et avec la collaboration de notre maître et ami, M- Léon Bernard, à qui nous sommes heureux d'exprimer ici toute notre reconnaissance.

Cette étude offre un grand intérêt, car elle touche à une question encore fort discutée : le rôle du foie dans la pathogénie de l'urémie. Sans vouloir intervenir encore dans la discussion de ce problème, nous nous sommes proposé d'étudier tout d'abord de quelle façon retentissent sur le foie les lésions et les troubles fonctionnels du rein. Or cette question est déjà complexe, et ce n'est pas à l'observation clinique et anatomo-pathologique qu'on peut s'adresser directement pour en trouver la solution. En clinique, en effet, il faut tout d'abord avouer notre impuissance actuelle à apprécier d'une façon précise le fonctionnement du foie.

D'autre part, lorsqu'^ une autopsie on constate Texistence de lésions rénales et de lésions hépatiques, comment peut-on savoir lesquelles sont primitives, lesquelles sont secondaires ? Comment savoir surtout si toutes deux ne sont pas simultanées et liées toutes deux à la même cause dont les effets ont porté en même temps sur le foie et sur les

reins? C'est là Tobjection principale qui nous empêche de nous adresser en premier lieu à la clinique pour obtenir la solution du problème.

L'expérimentation, au contraire, réalise aisément la condition essentielle, puisqu'elle permet de produire par maints procédés des lésions exclusivement locales d'un ou des deux reins. Elle offre en outre l'avantage de. permettre d'examiner le foie aux différentes étapes de l'évolution des lésions normales provoquées. Enfin elle permet de recueillir des pièces absolument fraîches, condition impossible à réaliser chez rhomme, et cependant tout à fait indispensable pour étudier les modifications de cytologie fine de la cellule hépatique.

C'est à cette étude expérimentale que nous avons voulu nous limiter dans cette thèse. Nous n'apporterons ici que les résultats de la première étape de nos recherches : la description des modifications histologiques du foie, consécutives à diverses lésions expérimentales du rein, réservant pour plus tard l'étude physiologique expérimentale des modifications du fonctionnement du foie, et la publication de nos documents cliniques relatifs au rôle du foie dans la pathogénie, la symptomatologje et l'évolution de l'urémie.

Nous commencerons par exposer rapidement les données actuellement acquises sur ce sujet par les cliniciens et les expérimentateurs.

Puis, après avoir indiqué les techniques diverses auxquelles nous avons eu recours, nous décrirons les résultats que nous avons obtenus.

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