HISTORIQUE
Le 13 janvier 1824, Civiale pratiquait à l’hôpital Necker la première opération de 1 i thotriti e . La méthode ne compte donc pas encore soixante ans d’existence, et cependant son histoire est déjà singulièrement longue. Toutefois, après bien des discussions, bien des vicissitudes, la lithotritie s’avançait d’un pas lent et tranquille dans la voie du progrès, lorsque brusquement, au commencement de 1878, un novateur hardi est venu la jeter hors des sentiers battus, opérant ainsi dans sa marche une véritable révolution. Et, chose d’gne de remarque, au moment où la spécialisation semble de toutes parts triompher, ce réformateur n’était point un spécialiste, mais bien un chirurgien. C’est, en effet, le professeur Bigelow, de TUni-
\ ersité d Harward, dont le nom était déj A bien connu parmi nous pour son beau travail sur les luxations de la hanche, qui a été le promoteur de ce mouvement scientifique. Tant il est vrai que la spécialisation ne saurait avoir d autres bases que l’application à un objet particulier des données générales de la médecine ou de la chirurgie.
Voici quel a été le point de départ de la réforme accomplie par M. Bigelow. Pour lui, les accidents consécutifs à la lithotritie tiennent bien moins à l’acte opératoire en luimême, aux manœuvres exécutées dans la vessie, qu’à la présence, dans ce réservoir, à la suite de chaque séance, de fragments de pierre plus ou moins multipliés, plus ou moins volumineux. Ce qu’il importe de considérer surtout, nous dit-il, ce sont les aspérités, les saillies aiguës que présentent ces fragments, jouant le rôle de corps étrangers offensifs, capables de déterminer du côté de la muqueuse vesicale les traumatismes les plus graves. Ce qu’il faut donc, avant tout, c’est débarrasser en une seule séance la vessie de tous les débris calculeux. Tel est le point de départ de la méthode nouvelle. A M. Bigelow, revient non seulement le mérite de cette conception, mais encore celui de l’avoir fait passer dans la pratique, en inventant les instruments les plus ingénieux. Toutefois, deux auxiliaires importants lui sont venus en aide. Le premier, c’est l’anesthésie chirurgicale, qui permet de diminuer les inconvénients résultant de manœuvres intra-vésicales longtemps prolongées. Le second, c’est un travail antérieur de M. Otis, qui a démontré la possibilité d’introduire dans l’urèthre des instruments beaucoup plus volumineux que ceux dont on se servait jusque-là. Dès lors il devenait possible d’employer des sondes assez larges pour évacuer complètement en une seule séance les débris calculeux. Rien ne s’opposait donc à ce que la conception théorique de M. Bigelow fût réalisée.
Voici en quoi consiste la méthode; le malade à lithotritier est endormi, soit par l’éther, soit par le chloroforme ; le calcul est broyé avec le lithotriteur et, quand l’opérateur juge que le morcellement est assez avancé pour que les fragments puissent traverser les tubes destinés à leur évacuation, il retire le lithotriteur et introduit dans la vessie le tube évacuateur auquel est adapté un appareil destiné à l’aspiration des fragments.
Reste-t-il des débris trop volumineux pour s’engager dans le tube évacuateur, celui-ci est retiré ; le lithotriteur est introduit de nouveau, et ainsi de suite un assez grand nombre de fois, jusqu’à ce que la vessie soit complètement débarrassée. Ce qui préoccupe avant tout M. Bigelow, c’est 1 évacuation des fragments. Aussi, devant cette pensée dominante, le broiement du calcul est-il rejeté par lui au second plan. Et cela est si vrai, que l’auteur éprouve le
besoin de traduire par un mot nouveau le nouvel obiet
qu il poursuit. Au terme ancien de lithotritie, il propose de substituer celui de litholapaxie (XiQoç, pierre, et Xa7ta£iç, évacuation), indiq uant par là que son but est avant tout 1 extraction des fragments.
On se tromperait cependant si l’on croyait que tout, dans la méthode de M. Bigelow, soit entièrement nouveau. De tout temps l’évacution complète de la vessie en une seule seance avait été regardée comme le but à atteindre ; un grand nombre d’efforts avaient été tentés. Nous devons rappeler brièvement ce qui avait été fait dans cette voie.
L un des hommes qui ont le plus contribué aux perfectionnements de la lithotritie, Heurteloup, en modifiant son lithotriteur, s’était efforcé de débarrasser la vessie de la plus grande quantité possible de fragments. « En place des aspérités, dit-il, dont était armé l’intérieur des branches de mon percuteur, j’ai fait pratiquer des excavations dans toute la longueur des plans.Ces excavations donnent
aux deux branches la forme de deux cuillers, dont les creux, marchant l’un vers l’autre, tendent à emprisonner une quantité de pierre proportionnelle à leur capacité. Si la pierre ou les pierres sont très petites, elles se trouvent emprisonnées sans être brisées ; si elles sont plus volumineuses, une portion est retenue entre les cuillers, et l’autre portion s’échappe. Si l’on rapproche ces deux cuillers après avoir saisi un fragment de pierre volumineux, au moyen d’une pression morte, telle que celle que produit une vis tournant dans un écrou , elles ne peuvent se fermer, quelle que soit la force employée. Si la force est trop grande, elles s’écartent, se faussent ou se brisent; si, au contraire, on les rapproche au moyen d’une force vive et alternative, comme celle que fournit un marteau, on voit les cuillers se rapprocher avec un mouvement progressif en proportion de rapidité avec la force employée. Le trop plein s’évacue par petiis jets de poudre, si la pierre est sèche, et sous la forme d’une pâte fine et liquide, quand la pierre est humide. Après quelques moments d’une percussion faite à coups pressés, mais puissants, les bords des cuillers s’affrontent en coupant les fragments qui les dépassent, et l’instrument, plein de pierre et fermé, présente exactement le même volume, la même forme, le même poli qu’avant de l’avoir mis en usage. » (Heurteloup, de la lithotritie, etc., p. 99.)
L’évacuation rapide de la vessie préoccupait si bien Heurteloup qu’il traduisit sa pensée par un mot nouveau, celui de lithocénose ("XiÔoç, pierre et xêvwgiç, extraction), expression curieuse à rapprocher de celle de litholapaxie que propose aujourd’hui M. Bigelow.
Pour arriver au même but, 1 évacuation rapide des fragments, on a imaginé encore les sondes évacuatrices. Heurteloup en fit construire une à laquelle il donna le nom de videur. C’était une sonde métallique à grande courbure,
portant sur ses parties latérales deux yeux, situés vis-à-vis l’un de l’autre. De calibre assez considérable, elle pouvait recevoir un mandrin dont l’extrémité articulée se prêtait à sa courbure, et qui était destiné à couper au ras des orifices les fragments engagés dans les yeux de la sonde. L’extrémité vésicale mobile se rattachait à la sonde par un pas de vis. La cupule terminale portant le nom de magasin était destinée à recueillir les débris. De son côté, Leroy d’Etiolles imagina une sonde en argent assez grosse, présentant au commencement de sa courbure une ouverture oblongue fermée par un clapet. Un stylet articulé avec ce clapet et mû par un bouton placé sur le talon de l’instrument permet de fermer et d’ouvrir à volonté l’ouverture de la sonde. Les détritus sortent assez facilement par cette voie; mais comme des débris dépassant le calibre de la sonde pouvaient se trouver arrêtés dans sa cavité, l’instrument est armé d’un mandrin à tête fraisée pour les briser.
M. Mercier a transformé, pour le même usage, sa sonde à courbure brusque en une sonde à double courant, portant, au commencement de sa courbure, une ouverture qui se trouve fermée par l’extrémité d’un mandrin de baleine. Quand l’instrument est dans la vessie, on retire le mandrin et on injecte par le second conduit de l’eau, qui, passant par plusieurs petits trous dont le bec de la sonde est percé, établit un courant destiné à entraîner les détritus calculeux en dehors. « Cette sonde, dit Voillemier, moins compliquée que celle de Leroy, vaut aussi beaucoup mieux. Mais on peut adresser à l’une et à l’autre, le même reproche, c’est que leur ouverture vésicale, ne dépassant pas le calibre de la sonde, est évidemment trop petite. »
Voillemier lui-même a imaginé une sonde évacuatrice d’un modèle différent, dont on trouvera la description faite par l’auteur, dans l’article lithotritie du Dictionnaire encyclopédique.
Guillon père inventa aussi une sonde évacuatrice de gros calibre, dont l’extrémité terminale se prolonge en foi me de cuiller, et lui dut d’assez beaux succès.
Citons enfin le lithexère de Maisonneuve (de XiOoç, pierre, et e^aipco, j enlève). Il est composé d’une sonde dont la concavité du bec est percée d’une large ouverture où les fragments peuvent s’engager, et d’un tube droit dans lequel tourne une vis sans fin dont le mouvement continu entraîne les fragments, les broie comme des grains de café, et les rejette au dehors.
En même temps que les sondes évacuatrices, un principe nouveau fut adopté : Je veux parler de l’aspiration. C’est Cornay (de Rochefort) qui, en 1843, eut le mérite de construire le premier aspirateur ; deux ans plus tard, dans un travail d’ensemble sur la question, il désigne sa méthode sous le nom de lithérétie (de XiÔoç, pierre, et aipeopiai, je choisis).
L’instrument de Cornay (voyez planche I, fig. 1) se composait d’une sonde à petite courbure, ouverte à son extrémité terminale, qu’il désigne du nom de chalumeau. Cette sonde porte deux robinets, le régulateur C et l’injecteur L, par lequel on injecte du liquide dans la vessie. Un long tube flexible réunit la sonde à un ballon de verre ou récipient G.
A ce ballon est fixé un tube muni d’un robinet pour l’évacuation du liquide et des fragments, c’est l’exéat D ; le col N est muni lui-même de deux ouvertures, communiquant l’une avec la sonde M, l’autre avec une pompe aspirante, en E. Rien n’est plus facile que de comprendre le fonctionnement de l’appareil. Le vide est fait dans le ballon, et au moment où sa communication est ouverte avec la vessie, le liquide vésical et les fragments sont aspirés. Toutefois l’essai fait de cet appareil devant une commis-