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sion de l’Académie ne fut pas heureux, et son emploi fut dès lors condamné.
Trois ans après, en 1846, sir Ph. Crampton imagina un nouvel appareil, se composant d’une sonde métallique et d’une bouteille dans laquelle on fait préalablement le vide. (Voyez planche I, fig. 2.) Quand la sonde est introduite dans la vessie, le robinet la mettant en communication avec la bouteille est ouvert; ainsi se trouve exsrcée une brusque aspiration, grâce à laquelle le liquide vésical et les fragments pénètrent dans le récipient.
En 1866, un nouvel aspirateur fut imaginé par Clover (voyez planche II, fig. 1), et cet appareil mérite de nous arrêter plus longtemps, car il a été le point de départ de certains aspirateurs employés aujourd’hui. L’appareil de Clover se compose d’une poire en caoutchouc communiquant avec un cylindre de verre auquel est fixée une sonde pénétrant dans l’intérieur du cylindre jusqu’à sa partie moyenne.
L’appareil étant rempli d’eau est adapté à la sonde introduite dans la vessie ; à l’aide de pressions exercées sur la poire en caoutchouc, on aspire et le liquide et les fragments. Le prolongement de la sonde dans l’intérieur du cylindre empêche ces derniers de rentrer dans la vessie à chaque nouvelle pression.
L appareil de Clover était bien supérieur à ceux qui l’avaient précédé. Il a été employé souvent en Angleterre. Sir Henry Thompson s’en est servi plus de cent fois ; il le réservait néanmoins pour les cas exceptionnels, tels que ceux d hypertrophie de la prostate et d’atonie vésicale, dans lesquels il est à prévoir que la vessie aura peine à se débarrasser elle-même des fragments.
L’aspirateur de Clover fut modifié par MM. Robert et Collin, dans le but de lui donner plus de puissance. Ce nouvel aspirateur (voyez planche II, fig. 2) se compose
d une sonde, dite sonde de Nélaton, dans laquelle l’ouvertuie est terminale, et dont la paroi postérieure se prolonge au delà de l’ouverture en forme de cuiller, et écarte les parois vésicales, de façon à s’opposer à leur aspiration. Ici, le ballon en caoutchouc de Clover est remplacé par un corps de pompe dans lequel le vide est fait par un piston mû par une manivelle. Le reproche qu’on peut faire à cet appareil, c est d’être trop puissant. L’aspiration qu’il exerce a pu déterminer l’hémorrhagie de la muqueuse vésicale.
En 1869, le professeur Corradi, de Florence, fit construire un aspirateur qui présente avec le précédent une grande analogie. Il se compose d’un corps de pompe où se meut un piston, d’un récipient de verre et d’une sonde métallique. (Voyez planche III.) Nous n’entrerons pas dans la description de cet appareil, la figure ci-jointe suffira à en donner une bonne idée.
Disons en terminant, que M. Eugène Bœckel (1), qui longtemps auparavant avait fait construire une sonde évacuatrice, qui n’est qu’une variété de sonde à double courant, a modifié à son tour l’aspirateur de Clover. Il a adopté un ballon de verre à deux tubulures, dont l’une reçoit la poire en caoutchouc, l’autre la sonde évacuatrice. On trouvera dans le travail de l’auteur la description complète de son appareil.
Telles sont les diverses tentatives accomplies avant M. Bigelow pour arriver à l’évacuation rapide de la vessie, soit à l’aide des sondes évacuatrices, soit à l’aide des aspirateurs. L’emploi des anesthésiques, qui constitue l’un des principes importants de la méthode moderne, n’est pas non plus entièrement nouveau.
(1) Delà lithotritie et de ses indications, parle Dr Eug. Bœckel. Gaz. méd. de Strasbourg, 1880, p. 66 et Vierteljahrsschrift der ârzlichen Polytechnik, von G. Beck, Bern, 1880, 2o année, livraison d’avril.
pl. ni.
Aspirateur primitif du professeur Corradi.
Au début, Leroy d’Etiolles et A.mussat employèrent l’anesthésie ; mais on y renonça, en disant que, dans la plupart des cas, le chloroforme est inutile, puisque l’opération ne doit pas faire souffrir le malade. La sensibilité de la vessie pouvait d’ailleurs être un renseignement précieux pour éviter ses lésions pendant les manœuvres de la lithotritie. Cependant, en Angleterre, surtout dans les dix dernières années, l’anesthésie fut assez fréquemment employée. Nous en citerons pour exemple des observations telles que celle du Dr John Foster (1), dans laquelle il est dit « le ndalade fut soumis à l’influence du protoxyde d’azote et de l’éther » ; celle du Dr Teevan (2), dans laquelle il est noté que le malade fut éthérisé. Mais c’est surtout sir Henry Thompson qui eut le mérite de recommander l’anesthésie dans la pratique de la lithotritie. Sa manière de faire est nettement exposée dans une leçon clinique de l’auteur, parue en 1876 (3).
Parlant de la cystite calculeuse, « dans ces cas, dit-il, je soumets le malade à l’éthérisation. Je broie à mon aise les fragments les plus larges et les plus acérés, et j’aspire les débris avec l’appareil de M. Clover. Six heures après l’opération, l’urine est beaucoup plus claire; le muco-pus a presque disparu, et le malade se retrouve dans un état général meilleur... Cette pratique d’interventions répétées dans les cas de cystite calculeuse est sans aucun doute facilitée par les récents progrès de l’anesthésie. Je n’ai ja-
(1) Dr John Foster. Cas intéressant de calculs vésicaux, traitement par les injections vésicales et la lithotritie. The Lancet, 1874, t. II
(2) Dr Teevan. Calcul vésical, lithotritie, guérison. The Lancet, 1877 t. II, p. 765.
(3) Henry Thompson. Leçon clinique sur quelques points importants relatifs à la pratique de la lithotritie. The Lancet, 8 janvier
mais été, vous le savez bien, très disposé à employer le chloroforme, et je m’en dispensais lorsque faire se pouvait. Mais, en présence d'une méthode améliorée, j’applique l’anesthésie beaucoup plus volontiers qu’autrefois. Je donne donc la préférence à la façon de faire de M. Clover, qui emploie d’abord le protoxyde d’azote pendant environ trente secondes, et poursuit l’anesthésie avec l’éther... Partant, je fais des séances de lithotritie plus longues que je ne le faisais lorsque le malade était éveillé. »
Ainsi donc, rien dans la méthode de M. Bigelow, ni l’emploi des aspirateurs, ni l’usage des anesthésiques appliqué à la lithotritie, n’est absolument nouveau. Si nous avons rappelé les faits qui précédent, ce n’est pas que nous voulions amoindrir en quoi que ce soit le mérite du professeur de Boston, pour les travaux duquel, nous l’avons dit en commençant, nous professons la plus sincère admiration. Mais il est curieux, ici comme en maintes circonstances, d’étudier la marche de l’esprit humain qui n’arrive jamais d’emblée, mais seulement après de longs tâtonnements à la découverte de la vérité. Il est surtout curieux et instructif de nous demander pourquoi les diverses tentatives qui ont précédé l’apparition de la méthode américaine ont échoué, ou du moins n’ont pas donné tous les résultats qu’on en pouvait attendre. Il y a pour cela deux raisons : la première, c’est que le calibre des instruments employés pour l’évacuation était insuffisant ; la seconde, c’est qu’on redoutait avant tout la prolongation des séances, que, suivant le conseil de Civiale, on s’appliquait à rendre aussi courtes que possible. Tous les instruments évacuateurs, si bien compris qu’ils fussent, ne pouvaient, grâce à leur calibre insuffisant, livrer passage qu’à de fins débris. Pour les rendre utiles, il eût fallu pousser jusqu’à ses dernières limites le broiement ; mais l’irritabilité de la vessie s’opposait à la prolongation des manœvres. On comptait les
minutes, presque les secondes; et quand le broiement avait duré deux, trois, et jusqu’à cinq minutes pour les opérateurs les plus hardis, vite on retirait l’instrument de la vessie. Sans doute le chloroforme eût pu masquer la souffrance vésicale et permettre de prolonger les séances ; mais, par là même, il était dangereux, puisque cette irritabilité de la vessie devait imposer une limite à la durée de l’opération.
Toutes les tentatives que nous avons énumérées étaient donc abandonnées, ou constituaient tout au plus des procédés d’exception. Les séances courtes, sans chloroforme, l’évacuation des fragments abandonnée aux seules contractions vésicales, telles étaient les règles généralement acceptées. La durée des séances se comptait par minutes; la nouvelle opération les prolonge pendant deux et trois heures! On peut donc dire que, malgré les recherches qui l’ont précédée, la méthode de M. Bigelow constitue véritablement une innovation hardie. Elle eut rapidement à ce titre tout le succès qu’elle méritait. En Amérique, tout d’abord, l’opération de Bigelow fut répétée par MM. Curtis, Porter, Keyes et Warren. Bientôt elle fut adoptée en Angleterre par M. Thompson ; en France, par M. Guyon, mais non sans subir de la part de ces derniers chirurgiens, d’importantes modifications. Nous nous contenterons d’indiquer pour le moment le fait, devant y revenir longuement plus tard, quand nous traiterons des instruments et du manuel opératoire.
Au Congrès international de Londres, en 1881, la lithotritie rapide sortit triomphante de la discussion, et si les divers chirurgiens qui prirent la parole n’admirent pas 1 opération de M. Bigelow dans tous ses détails, du moins le principe en fut-il généralement accepté.
En France, M. Guyon fit, au mois de mars et d’avril 1881, une série de leçons cliniques dans lesquelles il expose la
Kirmisson.
nouvelle méthode et les modifications qu’il y a apportées. Déjà, en 1880, il avait inspiré la thèse de M. Coutinho, sur 1 Évacuation des fragments après la li thotriti e. Viennent ensuite une revue critique de M. Rousseau, parue dans les Archives cle médecine de février 1881, et un court chapitre des maladies des voies urinaires de MM. Voillemier et Le Dentu. Enfin, une leçon clinique de sir Henry Thompson, publiée par M. Lebec, en février 1882, dans les Archives de médecine ; la traduction dans la Revue de chirurgie (avril 1882), d’un article de Bigelow (1); un travail de M. Reliquet, paru en mars 1882 (2), travail que l’auteur complète par deux articles de la Gazette des hôpitaux, de la même année (nos 56 et 57), nous conduisent à l’importante thèse de notre ami le Dr Desnos, dans laquelle la question est soigneusement étudiée, et la méthode de M. Guyon exposée dans les plus minutieux détails. Depuis lors, nous avons peu de travaux à citer. L’étude que M. Desnos a fait paraître dans la Revue de chirurgie (3), sur la Lithotritie à séances prolongées, n’est que le résumé de sa thèse. Le Dr Bigelow a publié, au mois de janvier de cette année, dans le Boston médical, ud article sur une modification nouvelle de son aspirateur (4). Aux mois de février et de mars 1883, MM. Guyon et Desnos ont donné, dans les Annales des maladies des organes génito-urinaires , une étude sur l’aspiration des fragments après la lithotritie (5),
(1) Remarques sur la lithotritie moderne, par Henry Bigelow. Revue de chirurgie, avril 1882.
(2) Reliquet. De la lithotritie rapide, Paris, 1882.
(3) Desnos. De la lithotritie à séances prolongées. In Revue de chirurgie, novembre et décembre 1882.
(4) H. Bigelow. A simplified evacuator for litholapaxy. In the Boston medical and surgica] Journal, 11 january 1883.
(5) De l’aspiration des fragments après la lithotritie, par M. le professeur Guyon et M.le D1 2 3 4 5' Desnos. In Annales des maladies des organes génito-urinaires, février et mars 1883.
Signalons enfin les dernières éditions des ouvrages de Sir Henry Thompson, parues cette année même, qui nous fournissent les détails les plus récents sur les idées et la pratique de cet éminent chirurgien (i).Un court travail de Reginald Harrison (2), qui vient de paraître, renferme sur la lithotritie rapide des conseils judicieux et d’intéressantes observations. Disons en terminant que, ces jours derniers, le DrDelefosse a publié dans l'XJnion médicale ( 3), un article qui, comme ceux de Reliquet, qui l’ont précédé, nous semble une tentative malheureuse contre les principes mêmes de la lithotritie moderne.
Nous bornons là ce rapide aperçu historique que les développements dans lesquels nous allons entrer, et l’index bibliographique annexé à notre thèse permettront de compléter. Il nous suffit, pour montrer que la lithotritie rapide est aujourd’hui généralement acceptée, et que, malgré les discussions auxquelles elle donne lieu, malgré les modifications de détail qu’elle a subies, elle constitue bien véritablement une méthode nouvelle, qui mérite le nom de méthode de Bigelow.
(1) Sir Henry Thompson. Glinical lectures on diseases of the urinary
organs, 7e édition, avril 1883. ,
Du même. Diseases of the prostate, 1883.
(2) Reginald Harrison. Observations on lithotomy, lithotrity and the early détection of stone in the bladder, London, 1883.
(3) Delefosse. Quelques réflexions sur la lithotritie rapide. In Union médicale, 8 et 13 mai 1883.