LE PASSE
Le Canada, jadis, connut la Liberté,
L'ardente et robuste déesse, Qui prodiguait les biens de sa fécondité,
Avec PéterneUe jeunesse.
Aux peuples fabuleux guidés par l'Idéal,
Puisant la foi du sacrifice Dans la fraternité du lien social.
Dans la droiture et la justice.
Longtemps il contempla l'astre du souvenir
Traçant dans nne apothéose L'orbe qui projetait jusque dans l'avenir
Son rayonnement grandiose.
Les faits d'armes d'hier, les héros de demain,
Germes au sein de la Victoire, Faisaient frémir le glaive en sa vaillante main,
Et burinait dans l'or sa gloire.
Il voulut conserver, à cet immense autel
Où priait toute la Patrie Aux heures de triomphe, un éclat immortel
Et sa pieuse idolâtrie.
L'espoir était trop grand, l'épisode trop beau,
Et comme une vision brève.
Le passé s'écrasa sur l'effroi d'un tombeau
Et vint broyer le dernier rêve.
La politique, alors, n'était pas un recul Entraînant le pays au gouffre
Où la déloyauté féconde le calcul
Et brise toute âme qui souffre.
DES VEES 209
Tout homme qui fléchit, et toute nation
Qui sent crouler son espérance Sous l^accablant fardeau, de la corruption
Et de la lâche intolérance.
Le principe étayait le courage et Phonneur.
Les Tartufes, les arrivistes, N^osaient pas, en ces jours, au souffle empoisonneur
De leurs intrigues égoïstes.
Ternir le pur éclat resplendissant au front
De toutes les phalanges fortes, Et salir, d'une boue élaborée au fond
De leurs répugnantes retortes, La sereine grandeur et la mâle vertu.
Les maîtres régnaient sans faiblesse.
Ils savaient respecter l'adversaire abattu;
Mais ils méprisaient l'étroitesse.
L'abus, la trahison avec le péculat.
Et les sectaires fanatiques Qui cherchaient à livrer l'aveugle électorat
Aux forbans des charges publiques.
Mais les temps sont changés. La fourberie est loi Dans les formulaires d'esclaves.
L'on n'a plus qu'un amour et qu'un culte : le Moi. L'on fomente, dans des conclaves
OÙ la servilité lève ses légions
Plus houraillantes qu'une meute, Les guerres d'origine et de religions
Sous le drapeau noir de l'émeute.
L'on traîne dans l'égout, tel un cadavre abject,
Le patriotisme des races; Et, pour déprécier l'hommage du respect,
Cherchant le défaut des cuirasses, De l'âpre calomnie on se fait un poignard :
L'atteinte des paroles veules.
Qu'on soudoie en tous lieux pour un sordide liard,
Trace des cotices de gueules Sur l'écu de l'honneur comme dans un plastron.
Et si cette arme misérable, S'appliquant d'elle-même au poignet d'un poltron
Pour frapper lâchement au râble.
S'écarte du chemin par la haine tracé.
Pour mieux consommer la besogne.
Dans l'ornière fétide et profonde enfoncé,
Un ministre ment sans vergogne.