SHYLOCK
Toi, le pâle usurier, opprobre des voleurs.
Qui comblais tes coffres avides Avec Fâpre rançon des hontes et des pleurs,
Grevant les bourses déjà vides En pressurant les deuils nés de la pauvreté.
Tu pillais orphelin et veuve Au nom de la justice et de l'autorité;
Et tu réclamais dans ta preuve Une livre de chair pour une livre d'or !
Mais tu trouves, maître, tes maîtres.
Dans la juste géhenne où tu gémis encor
Aves les fripons, tes ancêtres,
OÙ les froids embryons de tes calques maudits,
Germes dans le sein d'une pieuvre Grandissent, au milieu des éternels proscrits,
Tu vois s'élaborer ton œuvre !
Longtemps tu Tas pétri de tes infâmes mains,
Ce monstre affolant de l'Usure, Et tu n'espérais pas d'aussi beaux lendemains
Pour ta hideuse créature.
■Souffre en paix, vieux Shylock. Ton nom est
immortel.
Ta postérité souveraine T'édifie en tous lieux un méprisable autel ;
Et les angoissés qu'elle enchaîne Brûlent en ton honneur espérance, avenir,
Prostituant la renommée.
Ton règne désastreux n'est pas prêt de finir,
0 sombre dépouille exhumée !
Partout, sur les comptoirs crasseux, des doigts
[crochus
Supputent le taux inflexible Que ta science avait créé pour les déchus;
Et comme l'on vise une cible.
Des yeux de flamme vont peser dans le foyer
Des travailleurs porte-misères, Le peu de pain qui reste aux mioches à broyer
Pour se réchauffer les artères !
DES VEES 201
Ta gloire n'est pas morte, ô sinistre marchand, Et victime de ton emprise,
Eeniant et Judas et les deniers du Champ, Toute la terre te méprise !