‹ Des mots, des vers [microforme]Chapitre 8 sur 40 · LE CHANT DU CORAILLEUR · texte numérisé non relu

LE CHANT DU CORAILLEUR

à Germain Beaulieu.

Sous l'onde où je descends dans mon lourd attirail, L’Océan m’a remis un collier de corail :

Plus riche que l’onyx, plus blanc que le carrare, C'était du polypier le joyau 1- pius rare.

— Tu rencontrerais bien, en égarant tes pas, “Quelque fille aux yeux noirs, si tu n’en voulais pas.” J’ai donné le corail à Juana la blonde,

Et depuis, malgré moi, je ne vois qu’elle au monde.

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J’ai repris mes filets, mais non ma liberté.

Comme l’alcyonnaire au récif apporté

Improvise l’atoll ou la nouvelle grève,

Mon désir inquiet de noirs soucis se grève, L’Océan l’a compris, en me voyant souffrir :

— Ce symbole d'amour, si tu le veux offrir,

“ La rouge Fleur de Sang, troublera sa pensée.” Juana m’a souri comme une fiancée.

Le sirocco terrible a soulevé la mer

Et jeté sur l’écueil la balise et l’amer.

Les bateliers sanglants gisent sur le rivage. Dominant de sa voix les clameurs du naufrage, L'écumeux Océan prélude au chant railleur :

— J’ai des bijoux de deuil, si tu veux, corailleur. “Ta Juana n’est plus. Le corail noir lenlace, “ Aïnsi qu’une madone en sa mystique châsse.

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Ma barque se balance au gré du flot charmeur. Doucement elle va, sans voile et sans rameur, Et se perd dans la nuit comme ma vie errante, Sans pouvoir aviver l’ambition mourante.

Je déserte l’espoir et n’ai plus d’idéal.

Que m'importe l’éclat du phare boréal :

En berçant ma douleur en mon âme brisée, J’erre avec mon bateau sur la vague irisée.

Naples, 1908

LA

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