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fois même l’ouvrier et sa famille habitent dans des caves (1) : Les plafonds sont bas, tantôt ce sont les portes qui font défaut, tantôt ce sont les fenêtres qui manquent de vitres (2). Le surmenage des ouvriers à domicile ést si grand qu'ils n’ont ni la force, ni le temps d'introduire la propreté la plus élémentaire au logis, aussi les planchers sont-ils couverts de crasse, les habits pendus à des cordes, les aliments épars.
C’est dans ces taudis,dans ces « tanières » (3),que vivent et travaillent souvent cinq, six, huit et même douze personnes, alors que la chambre mesure à peine 3 ou 4 mètres carrés et que sa hauteur ne dépasse guère 2 m. 50.
Dans l'enquête de la Chambre des Lords (4), on trouve que dans une même pièce, la nuit venue, il y avait 18 personnes ; pendant que les uns dormaient, les autres travaillaient. Un témoin déclare que dans Old Montagne street, dans une cave, pendant que les ouvfiers travaillaient, une femme dormait avec ses trois enfants.
L'enquête autrichienne (5), qui a porté sur 409 loge-
(4) Zusammenstellung der Ergebnisse der Ermittelungen über die Arbeitsverhæltnisse in der Kleider und Wasche Confection, p. 85.
(2) « L’ouvrier tisseur lyonnais donne dans son logement la plus grande place à l'atelier et se confine dans le fond de la pièce. Ce réduit, séparé de l'atelier par un briquetage ou une baie vitrée afin de ne pas abîmer les étoffes, est à son tour divisé en deux par un plancher horizontal situé à 2 m. 20 ou 2 m. 50 du sol. C’est dans cette soupente dont l’air est vicié par les odeurs des tissus, par les émanations de la cuisine, que couchent les enfants et souvent toute la famille. » GauTHEroN : Logement de l'ouvrier.
(3) Report of the Committee on manufactures, p. 201. (4) Report of the select Committee of the House of Lords.
(5) Questions pratiques, novembre 1901: Enquête autrichienne sur le travail à domicile dans la lingerie, les vêtements.
ments d'ouvriers à domicile, constate que les trois quarts des logements pendant le jour, les quatre cinquièmes pendant la nuit, n’offrent pas la surface requise par l’hygiène la moins exigeante ;. la ventilation est insuffisante dans 114 cas, l’éclairage dans 103.
L’entassement des individus fait que souvent, dans la chambre, il n’y a pas de table, qui tiendrait trop de place : l’ouvrier travaille sur ses genoux. Maintes fois, pas de lit pour tous : quelques-uns couchent sur le carreau ou sur des paillasses, dans une promiscuité révoltante.
Tout ce monde vit dans une atmosphère irrespirable, dans un air vicié par les émanations du fourneau qui sert en même temps à faire la cuisine et à chauffer les fers ; 1l faut aussi noter les odeurs produites par le cuir, le drap, la fourrure, la colle et autres substances, qu'emploie dans son travail l’ouvrier à domicile. L’air est difficilement renouvelé ; les fenêtres sont rarement ouvertes en été ; en hiver, jamais à cause du froid ; d’autre part, pas de ventilateur, l’air vient par la porte, et l’atelier reçoit les émanations du couloir et de l'escalier.
Ainsi, mauvais état de l'habitation, multiplicité de l’affectation des chambres qui servent également de dortoir, de cuisine et d’atelier, entassement des individus, telles sont les causes des mauvaises conditions hygiéniques dans lesquelles vivent les ouvriers à domicile, inconvénients d’ailleurs accrus par le surmenage qui leur est imposé.
La conséquence de cet état sanitaire déplorable est que la résistance de l’organisme de l’ouvrier à domicile se trouve affaiblie. Il est difficile cependant, comme le remarque le D” Fauquet, de préciser par des chiffres l’influence
=D — de ces mauvaises conditions d'hygiène sur la santé de l’ouvrier en Chambre.
A l’occasion des travaux de la Commission de statistique du travail sur la situation des ouvriers des industries à domicile, de la lingerie et du vêtement (1), un inspecteur du travail de Berlin recueillit des renseignements sur la fréquence des maladies contagieuses dans les ateliers en chambre. Mais les chiffres indiqués dans les réponses réunies par l'inspecteur semblent tout à fait inexacts. Voici, en effet, le tableau des cas qui auraient été observés pendant deux ans dans 3.046 logements visés par l’enquête :
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Plus intéressante est la déposition du D” Squire, médecin du London hospital for consumption, devant la Commission d'enquête de la Chambre des Lords (2) : il insiste sur la fréquence de la tuberculose chez les ouvriers tailleurs, un quart des décès est dû à cette maladie ; le D” Squire ajoute que les ouvriers des grands ateliers de Regent-street paraissent être, d’après l’expérience qu’il a acquise dans ce district, d’une meilleure santé et moins prédisposés aux maladies que leurs collègues travaillant à domicile. Le D' H. Priou est du même avis. Une enquête faite à Cincinnati constate également les inconvénients hygiéniques des ateliers à domicile (tenement house).
(4) Drucksachen der Kommission fur Arbeitstatistik.
(2) Third Report from the select Committee of the House of Lords on the sweating-System.
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Funestes pour les ouvriers à domicile, ces mauvaises conditions sanitaires ne sont pas moins dangereuses pour le consommateur. Les produits fabriqués à domicile, notamment les objets d’habillement, les vêtements, en particulier, sont très exposés à la contamination ; imprégnés de microbes, ils deviennent des éléments de propagation épidémique, d'autant plus, qu’en cours de fabrication, ils servent souvent aux ouvriers de couvertures. Le journal médical anglais The Lancet nous cite ce cas remarquable de contamination par des vêtements fabriqués en chambre : la fille du célèbre ministre anglais $S. Robert Peel contracta une maladie mortelle par l’intermédiaire d’un habit d’amazone fabriqué au domicile d’un tailleur dont l’enfant était atteint de ce mal. M. J. B. Lennon, secrétaire de l’Union des ouvriers tailleurs d'Amérique, appelé ‘à ‘témoigner devant le Comité des manufactures de la Chambre des représentants (1), signale le cas d’un vêtement fabriqué dans une maison où il y avait quatre cas de variole, et qui communiqua cette maladie à la famille de l’acheteur. . M. Mac Lean, secrétaire de la Scottisch nationale operative tailors protection Society, déclara à la Commission d’enquête de la Chambre des Lords, que les vêtements fabriqués en chambre étant souvent renvoyés à d’autres ouvriers pour être retouchés, il en résultait des cas de contamination.
Mais, nous n’avons pas besoin des faits rapportés ou d’autres semblables pour admettre la possibilité de la contamination par les objets fabriqués en chambre. Une semblable transmission ne peut faire aucun doute pour . certaines maladies éminemment contagieuses : la petite
(1) Report of the Committee on manufactures, 1893, p. 210.