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CHAPITRE II

Critique des systèmes prohibitifs.

Supposons nécessaire l'interdiction de cette forme de travail, peut-on la réaliser par un simple décret ? À moins d’avoir recours à des procédés inquisitoriaux, comment interdire à un ouvrier de travailler à domicile, et que faire à celui qui persisterait à s'occuper chez lui ? De quelle façon empêcher un ouvrier de fabrique de prendre chez lui de l’ouvrage, surtout si c’est pour le compte d’un autre patron que le sien, savoir s’il emporte du travail pour lui ou pour quelqu'un de ses parents, à moins d’employer les procédés pratiqués en Angleterre : visiter les ateliers signalés à l’heure où les ouvriers quittent leur ouvrage, demander des explications aux ouvrières rencontrées portant un paquet, examiner le contenu de leur colis ! (4).

Il semble donc utopique de vouloir supprimer le travail à domicile, et ce qui tendrait à le prouver, c’est que les expériences pratiquées n’ont pas donné grand résultat : aux Etats-Unis, il est fort difficile de constater si les ouvriers travaillant à domicile sont membres d’une même famille. Dans Fempire allemand, une ordonnance du Bundesrath

(1) Second annual report of the Women's industrial Council, 1895-96, p. 14 et suiv.

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(8 juillet 1893), qui avait interdit la fabrication à domicile des allumettes chimiques n’eut aucun effet, et actuellement cette industrie est plus florissante que jamais, ce qui faisait déclarer au conseiller d'Etat Ziller, dans une séance du Reichstag : « L'industrie à domicile des allumettes chimiques ne disparaîtra que du jour où l’emploi de ces allumettes aura été prohibé. » En Autriche, la corporation des cordonniers de Cracovie, par ses statuts de 1885, interdit à ses membres de travailler à domicile, mais des centaines de famille ayant demandé aux magistrats que l’on n’appliquât pas ces dispositions, le pouvoir exécutif ne fit rien pour facilites leur mise en vigueur (1).

En effet, que deviendront les milliers d'ouvriers empêchés de travailler à domicile ? Où trouver un nombre d’ateliers assez grand pour les contenir ; comment les réunir si dans un même lieu n’en sont pas agglomérés un certain nombre d’un même genre d'industrie, comme à Saint-Etienne et à Lyon, par exemple ?

Mais, admettons que des ateliers fente soient trouvés, la situation des ouvriers s’en trouvera-t-elle amélorée ?

De deux choses l’une, en effet : ou l’atelier est établi aux frais du patron, qui, pour lutter avec avantage contre ses concurrents, fera peser ses nouvelles charges sur le salaire, à moins de n’occuper que des ouvriers d’une valeur professionnelle suffisante, repoussant de son atelier les femmes, les ouvriers médiocres, en somme tous les travailleurs non qualifiés. Ou bien, l'atelier est installé à la charge des ouvriers, et alors ceux-ci auront à supporter des dépen-

(1) SCHWIEDLAND : 0p. cit.

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ses parfois onéreuses, surtout pendant les périodes de chômage.

Au point de vue de la durée pendant la bonne saison, le travail en atelier ne sera guère moins intensif qu’autrefois à domicile.

Quant aux conditions hygiéniques, elles ne se trouveraient pas beaucoup améliorées par la réunion des ouvriers à domicile en de petits ateliers ; les inconvénients ne seront, semble-t-1l; que déplacés.

Les essais d’embrigadement en atelier des ouvriers à domicile n’ont d’ailleurs pas donné beaucoup de résultat. L'atelier établi à Genève en 1889 n’a jamais réuni plus d’une trentaine de tailleurs à domicile sur 450 à 500 que compte la ville. Celui de Zurich ne rassembla guère que 18 à 20 tailleurs sur 600. L'atelier de Berne a disparu faute de ressources. De même ceux de Lausanne et de Mayence. £

A supposer d’ailleurs parfaitement possible la création de pareils ateliers, elle ne serait pas moins peu désirable, en raison des avantages que peut avoir l’industfrie à domicile.

Cette forme de travail présente, en effet, comme nous l’avons vu, des avantages incontestables. Au point de vue moral, elle resserre davantage les liens de la famille, permet d’entourer les enfants de meilleurs soins, augmente la dignité de l’ouvrier. Au point de vue social, elle donne la possibilité d’occuper des personnes qui ne sauraient être occupées à l’atelier, malheureux frappés d’une incapacité quelconque de travailler à l'atelier, femmes veuves ou abandonnées, femmes mariées dont le salaire est nécessaire pour suppléer à l'insuffisance de la rémunération

G. Lévy, 5

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maritale ou pour la remplacer en cas de maladie ou de chômage. Au point de vue économique, l’industrie à domicile convient particulièrement à certaines industries de mode ou de luxe par la souplesse et Le fini de son travail.

Cependant les avantages de cette forme de travail ne doivent pas nous faire oublier les inconvénients que nous ont révélés les enquêtes : mauvaise hygiène de l’atelier, dangereuse pour l’ouvrier et le consommateur, médiocrité

‘du salaire qui conduit à l’exagération des heures de travail, à l'emploi des enfants, à la prostitution et que viennent encore accroître les exactions de l’intermédiaire.

Si donc nous voulons conserver l’industrie à domicile, il est nécessaire d’en modifier les conditions, et dans ce but, nous aurons recours à la réglementation ou à son défaut, à l'initiative privée.

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