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CRÉATION D’ATELIERS

Mais, le travail à domicile supprimé, que faire des ouvriers qui le pratiquaient ? On a proposé de les réunir dans des ateliers.

Pareille centralisation présenterait, dit-on, de nombreux avantages, tant au point de vue du relèvement des conditions de travail de l’ouvrier, que de l’amélioration de sa situation sanitaire.

La création d'ateliers aurait d’abord pour résultat de relever les salaires : l’ouvrier moins isolé, connaissant mieux la valeur du marché du travail, saurait résister avec avantage aux prétentions des entrepreneurs, à l’oppression de l’intermédiaire. Celui-ci serait même destiné à disparaître, si le contrat était conclu au nom de l'atelier.

La réunion des ouvriers à domicile dans des ateliers

(1) Bulletin de l'Office international de Bâle, mars 1903,

aurait encore pour effet de remédier à l’exagération des heures de travail, car l’atelier serait soumis à la réglementation des fabriques : si l’ouvrier a du travail au delà de ce qu’il en peut faire, il donnera le surplus à exécuter à ses camarades moins favorisés ou bien encore, les commandes seront prises au nom de l’atelier et réparties entre ses membres.

Enfin, un pareil système aurait d’heureux résultats au point de vue de l’hygiène, supprimant les risques qui proviennent de ce que l’atelier est attenant au logement, et rendant plus facile l’application et le contrôle d’une réglementation sanitaire.

Mais comment seront établis de pareils ateliers ? Les frais d’entretien seront-ils au compte de l’employeur, à celui des ouvriers, demandera-t-on des subventions aux pouvoirs publics ? La question fut maintes fois discutée et résolue en sens divers. Presque généralement cependant, il fut pensé que c'était une « ironie » que de laisser à l’ouvrier les charges d'installation, d’achat et d'entretien de matériel, de chauffage et d'éclairage, et que l’employeur devait en être chargé. En pratique cependant, souvent ce furent les ouvriers qui firent les frais de ces ateliers.

En 1889 (1), les tailleurs de Genève s’adressèrent à la municipalité de cette ville, pour qu’en sa qualité de propriétaire de plusieurs maisons, elle leur accordât un local convenable à l’étabiissement d’un atelier. Le conseil municipal reconnut dans sa réponse le bien-fondé de la demande des ouvriers tailleurs, mais déclara que cependant il ne pouvait l’accueillir, car les autres syndicats auraient alors

(4) SCHWIEDLAND : op. cût.

réclamé les mêmes avantages. Le conseil vint néanmoins en aide à l’association, en lui concédant l’exemption d’impôts pour une tombola qui rapporta plus de 400 francs, il fut émis en outre 160 actions de 5 francs, à titre de prêt gratuit ; quant aux quelques centaines de francs qui manquaient, le syndicat des tailleurs les avança. Un local de quatre chambres fut installé ; on le pourvut de 6 machines à coudre et de 3 poêles à repasser ; 25 fers et passe-carreaux complétèrent le matériel. Chaque ouvrier eut le droit de profiter de l’organisation moyennant 1 franc par semaine, plus 3 p. 100 de son gain.

En 1891 un atelier fut constitué par les tailleurs de Zurich au moyen des fonds syndicaux.

Par contre, en 1891, à la suite d’une grève à Londres, ce furent les patrons cordonniers qui se chargèrent de créer des ateliers pouf leurs ouvriers. Ceux-ci ne pouvaient travailler à domicile pour le compte d’uñ employeur qu'avec l'autorisation du conseil d'arbitrage et de conciliation des maîtres et ouvriers cCordonniers.

Un atelier fut établi à Berne par le syndicat des cordonniers en 1893.

Un autre essai fut tenté à Mayence, à la suite du Congrès d’Erfürth, par les tailleurs allemands ; un façonnier sousloua son local à ses collègues.

En 1900, à Munich, les patrons confectionneurs établirent à leurs frais des ateliers pour le groupement de leurs ouvriers en chambre.

A Berne, à la fin de 1902, le syndicat des ouvriers tailleurs fonda, avec subvention de la ville, un atelier de 20 places pour les ouvriers à domicile travaillant dans des conditions particulièrement défectueuses. La ville s’est

chargée des frais d’installation et de location. Le syndicat lui restitue peu à peu la moitié de ses dépenses : quant aux frais courants, ils sont couverts par les droits de location, de place et de machines. La surveillance de l'atelier est exercée par une commission composée du chef de la police, de deux conseillers municipaux et de deux membres du syn-

dicat.

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