DU NOMBRE DES OUVRIERS A DOMICILE
Tels sont les éléments constitutifs de l’industrie à domicile.
Cette forme de travail est encore très pratiquée. Il est difficile de déterminer le nombre des ouvriers occupés à domicile : les statistiques ne peuvent en être exactes. Souvent, en effet, l’ouvrier travaille à la fois pour le public et le marchand, parfois encore, l’ouvrier tantôt reste chez lui, tantôt va en Journée, faisant souvent l’une et l’autre chose, travaillant quelques heures par jour ou quelques heures par semaine dehors, demeurant le reste du temps chez lui. Il n’est pas commode, dans ces conditions, de donner les chiffres exacts du nombre des ouvriers travaillant à domicile.
Le recensement suisse de 14888 a donné pour chaque profession le nombre des ouvriers indépendants, mais il ne s’est pas occupé des professions accessoires.
Les recensements allemands de 1882 et 1895 ont placé les ouvriers à domicile sous la rubrique « ouvriers indépendants » ; on a demandé à l’ouvrier à domicile s’il exerçait sa profession dans sa propre demeure ou non, pour son compte ou pour celui d’un entrepreneur. On s’est enquis également auprès de l’employeur ou de l’intermédiaire du
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nombre d'ouvriers qu’il occupait hors de chez lui, mais ce qui prouve que les résultats du recensement ne furent pas très précis, c’est qu’il y eut entre les indications des employeurs et celles des ouvriers une différence assez grande.
La statistique française de 1896 n’est pas très claire, car l’unité en étant l’établissement, et les travailleurs isolés quels qu’ils soient ne constituant pas un établissement, on a mis sous la même rubrique (1) « travailleurs disséminés », les ouvriers à facon travaillant chez eux et les ouvriers sans place fixe et unique. On ne saurait donc faire fond de ce dénombrement pour évaluer le nombre des ouvriers à domicile dans l’industrie française.
En Autriche-Hongrie, il a été procédé en juin 1902 à un recensement des ouvriers à domicile. Les résultats ne sont pas encore connus, mais ils semblent devoir être assez exacts ; on s’est efforcé, en effet, d’obvier à toutes causes d’erreur en posant aux ouvriers non plus une question générale qu'ils ne comprenaient pas toujours, mais une série de petites questions.
Le recensement de l'Office du travail belge est bien établi, et il en ressort si nettement quel est le nombre des ouvriers à domicile de ce pays, que M. Waxweiller a pu en résumer les résultats de la facon suivante : Au 31 décembre 1896 on comptait en Belgique 87.821 (14 p. 100) entreprises appartenant à des ouvriers ou ouvrières travaillant à domicile pour le compte de patrons faisant fabriquer hors de chez eux. Ces entreprises se répartissaient ainsi :
Fabrique de dentelles : 46.620 personnes ;
Broderie à la main : 1.652 personnes ;
Confection du vêtement pour homme : 7.114 personnes ;
(4) Branrs : la Petite Industrie.
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Confection du vêtement pour femme : 3.046 personnes ;
Tissage de fil et de lin : 40.770 personnes ;
Tissage de laine : 8.173 personnes ;
Tissage du coton et laine et coton : 9.129 personnes ;
Chaussures, gants, bonneterie, tressage de la paille, corderie, ébénisterie, armes à feu (1) : 34.664 personnes.
Mais à l'insuffisance des statistiques suppléent les enquêtes, les monographies, les rapports des inspecteurs, qui nous révèlent que sont nombreux encore les ouvriers à domicile, et que leur tendance est de s’accroître encore, en vue, déclarent certains d’entre eux, d’échapper à la réglementation du travail. Pour la France notamment, presque tous les rapports des inspecteurs du travail constatent cette tendance à l’augmentation (2).
L'inspecteur de la 2° circonscription (Limoges) déclare que les ateliers de famille s'étendent de plus en plus ; celui de la 4° circonscription signale l’éccroissement du nombre des ateliers de famille dans l’industrie de la confection pour hommes. Même tendance dans la 6° circonscription (Rouen) ; à Falaise le travail à domicile est très développé dans la bonneterie. Il en est encore de même dans la 10° circonscription (Marseille), principalement pour la confection des vêtements. Enfin, l'inspecteur de la 11° circonscription (Lyon) déclare que le nombre des ateliers de famille augmente tous les ans dans la région de Saint-Etienne.
Ces rapports et monographies nous donnent encore d’autres éclaireissements sur l’industrie à domicile, et nous
pouvons en tirer les remarques générales suivantes.
(4) Questions pratiques de législation ouvrière et sociale. Chronique, juillet 1900.
(2) Questions pratiques. Chronique, novembre 1905.
Le travail à domicile est une occupation tantôt principale, tantôt accessoire. Tandis que certaines catégories forment des métiers de saison, ou ne sont exercées chaque année que pendant quelques mois, les autres constituent des professions plus ou moins régulières, plus ou moins d’appoint,mais qui sont pratiquées tout le cours de l’année.
Nous constatons aussi que, contrairement à ce qui se passe dans le travail en fabrique, on rencontre, sans parler des métiers qui sont l’apanage de la femme, des industries à domicile qui sont exclusivement ou peu s’en faut des industries féminines.
On peut encore remarquer que cette forme d’organisation du travail se pratique dans presque tous les pays, en Europe, aux Etats-Unis, en Australie, etc., qu’elle s’adapte aux industries les plus diverses, de la dentelle à l’ébénisterie, du tissage à la confection des vêtements, de la lingerie à la ganterie. Les enquêtes et monographies nous donnent d’intéressants renseignements sur ces différents types d'industrie à domicile. Nous en tirerons simplement quelques indications afin de donner une idée succincte du mécanisme de cette forme d'organisation du travail dans chacune de ces industries.