CHAPITRE PREMIER
Des soins continuels qu'il faut porter aux yeux faibles.
.Les soins qu'on doit donner , pour ainsi dire , sans interruption , aux yeux faibles , ne sont autre chose que ceux qu'exigent lôs yeux en santé; il n'y a de plus, pour ces cas r qu'une plus stricte exactitude a observer, sans en négliger aucune, les règles que j'ai déjà prescrites.
Toute personne dont la vue est faible , a pour coutume de se soustraire constamment à la lumière , et le plus ordinairement d'une manière qui lui apporte plus de dommages que de bons effets ) car la plupart se servent d'écrans faits de parchemin, et enluminés de quelques couleurs vernies et luisantes.
D'autres mettent au hasard quelqu'obj et entre elles et la lumière ) le plus grand nombre la
( io4 ) place dans un coin de la pièce /pour éviter sotf trop grand éclat ; ce qu'il est néanmoins impossible de toujours faire , puisque par intervalles, il arrive nécessairement que la réflexion ou l'augmentation des rayons de la lumière a'iieu, quand cène serait qu'au moment où l'on se lève , où l'on marche , etc ; sans compter que la flamme , venant a frapper soudainement sur des yeux inhahitués à ses effets , les excite trop fortement , les irrite et les affaiblit. En général , ceux qui ont la vue faible peuvent beaucoup mieux supporter une lumière par-tout également répandue , que la flamme d'une seule bougie. .j'ai souvent eu l'occasion de confirmer l'observation de M. Fest (1) : savoir 9 qu'une chandelle allumée pendant le jour est plus insupportable à quiconque est faible de vue , que le soir. C'est donc un principe des plus importans :
i°. « De ne jamais éviter complètement » la lumière quand on a les yeux faibles , y mais seulement d'adoucir sa trop grande
(1) Voyez l'ouvrage intitulé : Winke ans der geschichte einesaugen hranken. Leipsich , 1793^ 3n-8.o
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5> clarté , quand on est forcé de se tenir près » de la chandelle , et cela afin de prévenir y> V irritât ion opiniâtre qu'elle pourrait ocy> casionner. »
La meilleure manière de parvenir a ce but consiste h. faire usage d'un paralumière de taffetas vert portatif , qui peut se poser devant la chandelle , sans être à charge au reste de la compagnie , par le déplacement de la lumière.
Malgré cette sage précaution, on n'est pas encore entièrement à l'abri des atteintes de tous les ennemis d'une vue faible 3 car , comment se garantir des effets de tant d'objets polis et brillans, que nos bonnes gens ont encore la manie de porter , ou dont elles décorent leurs appartemens, et qui tendent à, détruire les vues malades?
Si l'on doutait des effet préjudiciables de tout objet brillant sur les vues faibles, on en serait convaincu par l'événement suivant , dont un digne homme fut la triste victime. Cet infortuné , dans la pensée que presque tous les alimens devenaient nuisibles a ses yeux , se privait de tout avec scrupule, et préférait même endurer la faim, pour éditer une prochaine cécité. Les soins qu'il prenait depuis deux ans, étaient inutiles > et l'avaient réduit
C 10G ) a un état d'étisie difficile à décrire. Un travail continuel et opiniâtre , avait mis sa vue dam un état qu'il ne croyait plus susceptible de guérison. Cependant la nécessité de vaquer à sa profession était impérieuse. Je laisse a penser quel était son chagrin de ne pouvoir s'y livrer de tout le jour , quand il avait soupe la veille. Il était donc naturel qu'il attribuât l'augmentation de son mal aux alimens , puisqu'après avoir employé le soir tous les moyens de se procurer une digestion facile , il n'en était pas mieux le lendemain ; ce qui le fit résoudre à ne prendre aucune nourriture après le coucher du soleil. Dès ce moment , il s'opéra un changement soudain dans sa vue -, il en conserva , il est vrai , la faiblesse , mais il pouvait néanmoins s'acquitter d'un travail modéré. Un jour que je fus invité à souper chez un malade, et la compagnie étant nombreuse ( car c'était un repas de famille), lé maître du logis devait y paraître , en dépit de son appréhension pour la lumière. Il vint ; c'était notre malade , il ne tarda pas à me communiquer ses peines. « Comment, lui » dis-je, pouvez-vous être étonné que vo* » yeux soient plus faibles après un tel sou- 7> per qu'auparavant , lorsqu'il se trouve un » si grand nombre d'objets qui sont à chargé
( ^7 ) > même aux yeux les plus forts et les plus » sains ? Que n^n faites-vous bannir ce su- » perflu et ce clinquant dont l'éclat meur- » trier vous est si préjudiciable ? vous n'au- » riez plus alors à craindre que vos repas » eussent une si mauvaise influence sur votre » vue. » Le lendemain il fit en effet disparaître de sa table toute l'argenterie inutile ; les bougies furent pourvues d'écrans, et le bon père de famille , que je visitai ensuite , m'avoua sincèrement que depuis deux ans il ne s'était jamais trouvé si dispos. Il continua de prendre ses repas de cette manière. Le corps reprit des forces , et l'indisposition fâcheuse de sa vue disparut entièrement.
C'est ainsi qu'on découvre de soi-même , quand on y veut porter quelque attention , les causes du mal et les objets qui peuvent tourmenter une vue faible, et qu'on les éloigne avant qu'ils n'aient fait une impression plus dangereuse.
Une attention particulière qu'on doit encore avoir lorsqu'on a la vue faible , c'est de ne jamais presser fortement l'oeil \ car , en le pressant , il devient capable de recevoir davantage de lumière, cette action faisant distendre la prunelle d'autant plus qu'on ferme plus fortement les paupières.
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II dérive encore de ce que je viens de dire sur le traitement des yeux faibles, et concernant l'irritation de la lumière , la règle suivante :
2°. « Les gens dont la vue est faible , y> quand ils devront voyager dans un chej> min couvert déneige , feront leur possible y> pour se garantir scrupuleusement les yeux » de V impression de la lumière réfléchie 7? par la neige j car cette impression a souy> vent des effets si pernicieux , même sur y> les yeux les plus sains , qu'ils en éprou- 2> vent un affaiblisement remarquable. »
Le meilleur préservatif contre cette lumière vive, serait un crêpe noir et très-épais,, qui ne pendrait pourtant que jusqu'à la moitié du visage ; moyen qu'on pourrait également employer dans les chemins sablonneux qui sont fortement éclairés du soleil.
5°. « Des yeux faibles exigent, il est t> vrai > encore plus que les bons, qu'on y les lave et qu'on les tienne propres ; mais j> ils ne peuvent pas toujours supporter l'eau » froide. »
On demandera maintenant, comment ceux qui ne ne sont pas de l'art, peuvent juger les cas où il convient de se les laver avec de Veau froide ? Cela est bien aisé a déterminer :,
( 109 ) lorsqu'on éprouve une grande difficulté à ouvrir et à fermer les yeux , que les paupières sont si fortement attachées, qu'elles pressent la prunelle et y causent une contraction douloureuse; dans ces cas, des yeux faibles ne peuvent être lavés à l'eau froide , sans les exposer au danger d'une inflammation opiâtreet maligne. Mais si la faiblesse d'yeux n'est pas accompagnée d'accidens douloureux , l'usage de i'eaufroide produira toujours d'heureux effets, de même que l'éprouvent les yeux sains, qui ont souffert quelque tension (i).
I ■ Il l l i ... !
(i) M. Adams conseille à ceux qui ont la vue faible , ou qui sentent leurs yeux s'affaiblir, de sa servir de la composition suivante :
« Mettez dans une bouteille deux onces de ro- » marin avec une chopine d'eau-de-vie • bouchez ; » secouez la bouteille une ou deux fois le jour. Au m bout de trois jours , filtrez la liqueur à travers » une é ta mine serrée ; quand vous voudrez vous » en servir , mettez chaque fois une cuillerée à u thé de cette teinture dans quatre cuillerées à w bouche d'eau dégourdie , et lavez-en l'œil tous » les soirs, de manière que la liqueur s'insinue » entre cet organe et la paupière. Vous diminue- » rez peu-à-peu la quantité d'eau que vous mêlez » avec la teinture de romarin jusqu'à ce que vous » soyez venu au point de ne mettre plus qu'une à» cuillerée à thé d'eau, a
( no)